dimanche 2 novembre 2025

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 34e partie

 

Pourquoi le chrétien ne devrait pas se reposer sur une quelconque œuvre de grâce.

Premièrement. Ta grâce ne peut prospérer tant que tu t'appuies sur elle. Un esprit légaliste n'est pas ami de la grâce ; au contraire, il en est un ennemi acharné, comme l'ont montré les pharisiens au temps du Christ. La grâce ne vient pas de la loi, mais du Christ ; tu peux la maintenir assez longtemps avant de recevoir la vie de la grâce dans ton âme, ou une vie plus profonde dans ta grâce. Si tu veux cela, tu dois te placer sous les ailes du Christ par la foi. De son Esprit, dans l'Évangile, seul vient cette douce chaleur naturelle qui fait éclore ton âme à la vie de sainteté et accroît ce que tu possèdes. Tu ne peux pas te placer sous les ailes du Christ tant que tu n'es pas sorti de l'ombre de l'autre, en renonçant à toute attente de tes propres œuvres et services. Tu connais la malédiction de Ruben : il ne pouvait pas exceller, car il était monté dans le lit de son père. Lorsque les autres tribus se multipliaient, a sienne était peu nombreuse.

En te fiant à tes propres œuvres, tu fais pire, car cela concerne Christ; excelleras-tu en grâce ? Peut-être certains d'entre vous professez être chrétiens depuis longtemps et pourtant, vous n'avez guère progressé dans l'amour de Dieu, l'humilité, la vocation céleste, la mortification ; il vaut la peine de creuser pour voir ce qui est à la racine de votre profession : s'il n'y a pas un principe légaliste qui vous a trop influencé.

N'avez-vous pas pensé que vos devoirs et vos services soient fait avec Dieu, et n'avez-vous pas trop misé sur vos propres actions ? Hélas ! C'est comme une terre morte qu'il faut jeter dehors et remplacer par les principes de l'Évangile. Essayez seulement cette voie, et vous verras si la source de votre grâce ne jaillira pas rapidement. David raconte comment il s'est établi et s'est épanoui, alors que des hommes riches et puissants se sont soudainement flétris et réduits à néant. 

"Voici", dit-il, "cet homme-là n'a pas fait de Dieu sa force, mais s'est confié sur l'abondance de ses richesses. Moi, je suis comme un olivier verdoyant dans la maison de Dieu ; je me confie en la miséricorde de Dieu pour toujours et à jamais" Psaume 52:7-8. Tandis que d'autres se confient aux richesses de leur propre justice et de leurs services, et ne font pas de Christ leur force, renonce à tout et mets ta confiance en la miséricorde de Dieu en Christ, et tu seras comme un olivier verdoyant tandis que l'autre se fanera.

Deuxièmement. Chrétien, tu ne trouveras pas le vrai réconfort tant que tu te reposeras sur une œuvre de grâce inhérente et que tu ne t'éloigneras pas de tes propres actions et de ta justice. Le réconfort évangélique naît d'une racine évangélique, qui est Christ. « Nous sommes la circoncision, nous qui rendons un culte à Dieu en esprit, qui nous glorifions en Jésus-Christ, et qui ne mettons pas notre confiance dans la chair » (Philippiens 3:3). 

Or, une âme qui se repose sur une certaine sainteté en elle-même greffe sa consolation sur elle-même, et non sur Christ. Il place sa confiance en lui-même et non en Christ, faisant ainsi du Christ une nourrice sèche (et inutile); quel réconfort peut-il pousser sur cet arbre sec ? L’Esprit est notre consolateur, notre maître et notre conseiller. Or, comme l’Esprit, lorsqu’il enseigne, ne vient pas avec une vérité nouvelle ou étrangère, mais prend de Christ; ce qu’il trouve dans la Parole, de même, lorsqu’il console, il le prend de Christ; sa justice, et non la nôtre. Le Christ est la matière et le fondement de son réconfort. 

Tous les réconforts ne sont que le Christ distillé et composé de promesses diverses ; son action, non la nôtre ; sa souffrance, non la nôtre ; sa sainteté, non la nôtre. Il ne dit pas : "Âme, réjouis-toi ! Tu es sainte", mais : "Âme, triomphe ! Christ est juste, et le Seigneur est ta justice" ; non pas : "Âme, prie doucement, ne crains rien", mais : "Tu as un Avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste" ; de sorte que le premier pas pour recevoir le réconfort de l'Esprit est de renoncer à tout réconfort qui nous est propre. 

De même que, pour apprendre de l'Esprit, celui qui veut être instruit par lui doit d'abord devenir fou, c'est-à-dire ne pas s'appuyer sur sa propre intelligence, de même celui qui veut être consolé doit d'abord se dépouiller de tout appui personnel, ne pas se fier à son propre confort. De même qu’un médecin demande d’abord à son patient de se débarrasser de tous les autres médecins qu’il a consultés, lui demande quel remède il a reçu d’eux, enlève leurs pansements, jette leurs médicaments et reprend son travail à nouveau ; de même l’Esprit, lorsqu’il vient consoler une âme en détresse, persuade d’abord cette âme de se séparer de tous ses anciens conforts.

"Oh", dit l’âme, "j’ai été soumise à un tel devoir, à une telle obéissance, et je pensais désormais que le bien-être et le réconfort m’attendraient, maintenant que j’accomplis ce devoir, engagé sur une voie si sainte". "Eh bien", dit l'Esprit, "si tu veux que je fasse quoi que ce soit, il faut rejeter tout cela". Maintenant, et seulement maintenant, l'âme est digne de recevoir les
consolations de l'Esprit.

C'est pourquoi, mes amis, si vous chérissez votre paix intérieure, prenez garde à la source de votre réconfort. La grâce est limitée, et ne peut donc pas se permettre grand-chose. Elle s'écoule et ne peut donc durer longtemps ; vous buvez dans un vase fendu, vous qui puisez votre réconfort dans votre propre grâce. Elle est imparfaite et donc faible ; et une grâce faible ne peut apporter une consolation forte, pourtant, tel est votre besoin, surtout dans les conflits les plus violents. Bien plus, enfin, le réconfort que vous y puisez vous est volé ; vous ne l'obtenez pas honnêtement, et les réconforts volés ne prospéreront pas en vous. 

Oh ! quelle folie pour un enfant de jouer au voleur, alors qu'il peut recevoir librement et pleinement de son père, qui donne sans reproche ! Ce réconfort que tu voudrais dérober à ta propre justice et à tes devoirs, le voici, il t'est réservé en Christ. De sa plénitude, tu peux puiser autant que ta foi le permet, et nul ne peut t'en empêcher. Plus tu t'appuies sur Christ pour ton réconfort, plus il est accueilli chaleureusement. Il nous est demandé d'ouvrir grand la bouche, et il la remplira! 

Troisième forme d'orgueil spirituel; l'orgueil des privilèges.

L'orgueil des privilèges est la troisième forme d'orgueil spirituel, par laquelle ces esprits malins s'emploient à détruire le chrétien.

Voici trois exemples de ces privilèges : Premièrement, lorsque Dieu appelle une personne à une place éminente ou l'utilise pour accomplir un service particulier. Deuxièmement, lorsque Dieu honore un saint en lui confiant les souffrances nécessaires à la vérité ou à la cause qu'il défend. Troisièmement, lorsque Dieu manifeste son amour de façon extraordinaire et remplit l'âme de joie et de réconfort. Ces privilèges ne sont pas accordés à tous de la même manière ; c'est pourquoi, là où ils se manifestent, Satan en profite pour attaquer les personnes avec orgueil.

Premier privilège. Lorsque Dieu appelle une personne à une place éminente ou l'utilise pour accomplir un service particulier. Il faut en effet une grande grâce pour garder son cœur humble quand on occupe une position élevée. L'apôtre, parlant des qualifications requises pour un ministre de l'Évangile, dit qu'il ne doit pas être « novice » ou jeune converti, "de peur qu'enflé d'orgueil, il ne tombe sous la condamnation du diable" (1 Timothée 3:6) ; comme s'il avait dit : "Cet appel est honorable, mais s'il n'est pas équilibré par l'humilité, un souffle de Satan le fera basculer dans ce péché". 

Les soixante-dix que le Christ envoya les premiers prêcher l'Évangile, et qui triomphèrent miraculeusement de Satan, même ceux-là, alors qu'ils marchaient sur la tête du serpent, celui-ci se retourna et faillit les piquer par orgueil. Notre Sauveur le perçut lorsqu'ils revinrent triomphants et racontèrent les grands miracles qu'ils avaient accomplis ; c'est pourquoi il les dépouilla de cette gloire, de peur qu'elle ne dégénère en vaine gloire, et leur dit : "Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans les cieux", Luc 10:20. Comme s'il avait dit : "Ce n'est ni l'honneur de votre vocation, ni le succès de votre ministère qui vous sauveront". 

Certains de ceux qui seront jetés aux démons, diront alors : "Seigneur, Seigneur, en ton nom nous avons chassé les démons." "Ne vous enorgueillissez donc pas de cela, mais considérez plutôt cela comme une preuve pour vos âmes que vous êtes mes élus, ce qui vous sera plus profitable au grand Jour que toutes ces choses".

Second privilège. Un second privilège est celui où Dieu honore une personne de souffrir pour sa vérité. C'est un grand privilège. "Il vous a été donné, par rapport à Christ, non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui", Philippiens 1:29. Dieu n'offre pas à ses saints des présents sans valeur ; il y a en eux une valeur inestimable, imperceptible à l'œil charnel. La foi, direz-vous, est un grand don, mais la persévérance est plus grande encore (sans laquelle la foi serait vaine) et la persévérance dans la souffrance est, par-dessus tout, honorable. Cela fit dire à John Careless, notre martyr anglais qui, bien que n'étant pas mort sur le bûcher, mourut en prison pour le Christ : "Quel honneur, un honneur que même les anges ne reçoivent pas ! Que Dieu me pardonne mon ingratitude !"

Or, lorsque Satan ne parvient pas à faire sortir une âme de prison, il s'efforce de l'enorgueillir ; lorsqu'il ne parvient pas à la faire s'apitoyer sur son sort, il la flatte jusqu'à ce qu'elle prenne la grosse tête. L'affliction venant de Dieu expose à l'impatience, l'affliction pour Dieu, à l'orgueil. C'est pourquoi, chrétiens, efforcez-vous de vous fortifier contre cette tentation de Satan. Vous ignorez combien de temps vous serez appelés à une œuvre de souffrance; de tels nuages ​​se lèvent souvent très vite. 

Ainsi, pour garder ton cœur humble lorsque tu es honoré de souffrir pour la vérité, réfléchis à ce qui suit:

1. Bien que tu ne mérites pas ces souffrances infligées par les hommes, tu peux, à cet égard, te glorifier de ton innocence, car tu ne souffres pas comme un malfaiteur ; pourtant, tu ne peux que confesser qu'il s'agit d'une juste affliction de Dieu à cause du péché en toi, et cela, à mon avis, devrait te maintenir humble. La même souffrance peut être un martyre aux yeux des hommes, et pourtant une correction paternelle pour le péché aux yeux de Dieu. Nul n'a souffert sans péché, si ce n'est le Christ, et par conséquent nul ne peut se glorifier des souffrances, si ce n'est lui; le Christ dans les siennes, nous dans les siennes. "Loin de moi la pensée de me glorifier, sinon de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ", Galates 6:14.

Cela maintint M. Bradford dans l'humilité face aux souffrances endurées pour la vérité. Nul ne s'en est plus réjoui, ni n'a béni Dieu plus à leur sujet, et nul n'a été plus humble sous leur autorité que lui. Qu'est-ce qui le maintenait dans cette humilité ? Lisez ses lettres pieuses, et vous constaterez que dans presque toutes, il déplore ses péchés et ceux des protestants sous le règne du roi Édouard : "Il était temps", dit-il, "que Dieu mette son bâton entre les mains des papistes. Nous étions devenus si orgueilleux, si guindés, si stériles, au point de haïr et de mépriser les moyens de la grâce, alors même que nous en jouissions. C'est pourquoi Dieu a fait s'abattre sur nous la roue de la persécution." De même qu'il considérait l'honneur comme source de gratitude, il considérait le péché comme source d'humilité.

2. Considère qui te soutient et te porte à travers tes souffrances pour le Christ. Est-ce ta grâce ou la sienne qui est suffisante pour une telle œuvre ? Ton esprit ou celui du Christ, par lequel tu parles lorsqu'on t'appelle à témoigner de la vérité ? Comment se fait-il que tu sois un souffrant et non un persécuteur ? Un confesseur et non un reniant, voire un traître au Christ et à son Évangile ? Tu le dois à Dieu. Il ne te doit rien, au point que tu te sépares de tes biens, de ton crédit ou même de ta vie pour lui ; si tu avais mille vies, tu les lui devrais toutes!

Tu es infiniment redevable à Dieu, car il te les réclame de cette manière, qui comporte tant d'honneur et de récompense. Il aurait pu te laisser vivre dans tes convoitises et finalement souffrir la perte de tout cela pour elles. Oh ! combien meurent sur l'échafaud en martyrs pour la cause du diable, pour des crimes, des viols et des meurtres ! Ou bien il pourrait te retirer sa grâce et te laisser à ta propre lâcheté et à ton incrédulité, et alors tu ne tarderais pas à révéler ton vrai visage. Même les plus fervents défenseurs du Christ ont appris leur faiblesse si le Christ se retire. 

Certains ont témoigné avec force de leur foi et de leur résolution pour la cause du Christ, allant jusqu'à frôler la mort pour son nom, se livrant eux-mêmes au bûcher et au feu. Pourtant, leur cœur a flanché, comme celui de ce saint homme, M. Benbridge, dans notre martyrologe anglais, qui repoussa les fagots et s'écria : "Je me renie ! Je me renie !" Mais cet homme, fortifié dans sa foi et revêtu de la puissance divine, put, une semaine seulement après cette terrible épreuve, mourir sur le bûcher avec sérénité.

Celui qui a vaincu la mort pour nous, c’est celui qui la vainc toujours en nous. Et qui devrait être ton chant, sinon Celui qui est ta force ? Ne te glorifie pas toi-même, mais bénis-le. C’est l’un des noms de Dieu ; il est appelé "la gloire de la force de son peuple" (Psaume 89,17). Plus tu te glorifies en Dieu qui te donne la force de souffrir pour lui, moins tu te vanteras de toi-même. Un cœur reconnaissant et un cœur orgueilleux ne peuvent coexister.

3. Considère la tache infâme que l'orgueil donne à toutes tes souffrances ; lorsqu'il n'est ni déploré ni combattu, il en change la donne. Un vieux dicton dit que ce n'est pas le châtiment, mais la cause qui fait le martyr. On peut affirmer sans risque d'erreur que ce n'est pas seulement la cause, mais la sincérité du cœur dans la souffrance pour une juste cause qui fait d'un homme un martyr aux yeux de Dieu. Même si tu devais livrer ton corps aux flammes, si tu n'as pas l'humble cœur d'un martyr pour le Christ, tu ne fais que te vendre; tu ne fais que renier une partie de toi-même pour en ériger une autre ; tu cours au péril de ta vie et de ton rang, peut-être pour gagner quelques applaudissements et ériger un monument à ta gloire aux yeux des hommes.

En cette affaire, tu n'agis pas plus qu'un soldat qui, pour se donner un nom de bravoure, s'aventure au péril de sa vie ; seulement, tu manifestes ton orgueil sous un voile de religion ; mais cela
n'arrange rien, au contraire, cela ne fait qu'empirer les choses. Si tu veux, dans tes souffrances, être un sacrifice agréable à Dieu, tu dois non seulement être prêt à offrir ta vie pour sa vérité, mais aussi à sacrifier ton orgueil, sinon tu risques de tomber d'un feu à l'autre : souffrir ici-bas de la part des hommes, en te prétendant champion de l'Évangile, et dans l'autre monde de la part de Dieu, pour l'avoir dépouillé de sa gloire par tes souffrances.

Troisième privilège. Un troisième privilège se manifeste lorsque Dieu se déverse sur nous avec des manifestations de son amour plus qu'ordinaires. Alors, le chrétien risque de voir son cœur s'enorgueillir secrètement. En effet, l'effet authentique et naturel que de telles révélations de l'amour divin ont sur une âme pieuse est de l'humilier. La vue de la miséricorde accroît le sentiment du péché, et ce sentiment dissout l'âme avec douceur dans la tristesse, comme nous le voyons chez Madeleine. Le cœur qui était peut-être dur et glacé dans l'ombre, s'ouvrira et se réchauffera au soleil de l'amour, et tant que l'orgueil restera caché aux yeux de la créature.

"Alors, dit Dieu, vous vous souviendrez de vos mauvaises voies et de vos actions iniques, et vous vous détesterez vous-mêmes", etc. (Ézéchiel 36:31). Et quand cela arrivera-t-il, sinon lorsque Dieu voudra les sauver de toutes leurs impuretés, comme le montre le verset 25 ? Malgré cela, il subsiste encore des traces de corruption, même parmi les meilleurs, si bien que Satan est capable de faire des manifestations de l'amour de Dieu une source d'orgueil pour le chrétien. 

Et en vérité, Dieu nous révèle notre propension à ce péché lors du bref passage qu'il nous accorde, lorsqu'il nous offre de plus grandes manifestations de son amour. Le Consolateur, il est vrai, demeure à jamais dans le cœur du saint ; mais ses joies, elles, sont éphémères. Elles sont comme des excès dont il régale le croyant, mais le festin est vite retiré ; et pourquoi donc, sinon parce que nous ne pouvons les supporter comme nourriture quotidienne ? 

Un bref entretien avec le ciel, et une vision d'amour de temps à autre sur la montagne d'une ordonnance ou d'une affliction, réconfortent les chrétiens abattus qui, s'ils avaient la permission d'y bâtir leur demeure et de vivre sous la lumière constante de telles manifestations, seraient enclins à s'oublier et à se croire maîtres de leur propre confort. Si saint Paul risquait de succomber à ce mal d'orgueil après son bref ravissement (​​et pour l'en empêcher), Dieu jugea nécessaire de le laisser souffrir d'une épine dans la chair, notre sang ne deviendrait-il pas à plus forte raison trop orgueilleux, et nous-mêmes trop volages et débauchés, si nous nous nourrissions longtemps d'une telle nourriture exquise ? C'est pourquoi, chrétien, si jamais tu as besoin de veiller, c'est bien à ce moment-là, lorsque les consolations abondent et que Dieu te berce le plus de son amour; lorsque son visage rayonne des manifestations les plus claires, de peur que ce péché d'orgueil, tel un voleur de chandelle, n'éteigne ta joie.

Pour éviter cela, tu ferais bien de…

1. Veiller à ne pas mesurer ta grâce à ton confort, de peur de te laisser induire en erreur et de croire que ta grâce est grande simplement parce que ton confort l'est. Satan sera prompt à semer une telle pensée pour t'enorgueillir et te détourner de tes devoirs futurs. De telles découvertes témoignent certes de la vérité de ta grâce, mais non de son degré et de sa mesure. L'enfant faible est souvent, et même souvent, porté sur les genoux de l'enfant fort. 

2. Ne te complais pas tant dans ton confort actuel que ne t'efforce de l'améliorer, pour la gloire de Dieu. "Lève-toi et mange", dit l'ange au prophète, "car le voyage est trop long pour toi." Les manifestations de l'amour de Dieu sont là pour nous préparer à notre tâche. C'est une chose de se réjouir de notre confort, et une autre de partir, fortifiés par l'Esprit qui nous réconforte; tels des géants revigorés par ce vin, pour accomplir notre devoir et notre obéissance avec plus de force et d'ardeur. Celui qui passe son temps à compter son argent pour simplement voir à quel point il est riche fait preuve d'orgueil ; mais celui qui investit son argent et le fait fructifier fait preuve de sagesse. Celui qui se vante de son confort perdra ce qu'il possède, tandis que celui qui améliore son confort en accomplissant pleinement son devoir l'accroîtra.

3. Souviens-toi que ton réconfort dépend de Dieu. Ce ne sont pas les sourires d'hier qui te rendent joyeux aujourd'hui, pas plus que le pain que tu mangeais alors ne peut te fortifier à lui seul aujourd'hui. Il te faut de nouvelles découvertes pour un réconfort nouveau. Si Dieu cache son visage, tu perdras bientôt la vue et oublieras la saveur de ce que tu as encore. Il est au-delà de notre habileté et de notre pouvoir de préserver ces impressions de joie et ces douces perceptions de la faveur divine que nous ressentons parfois ; de même que la présence de Dieu les apporte, lorsqu'il s'en va, il les emporte avec lui, comme le soleil couchant emporte le jour.

Nous ririons de bon cœur de celui qui, lorsque le soleil brille à sa fenêtre, penserait, en la fermant, emprisonner les rayons du soleil dans sa chambre ; et fais-tu preuve d’autant de folie, toi qui penses que, parce que tu as maintenant du réconfort, tu ne connaîtras plus jamais les ténèbres de l’esprit ? Le réconfort du croyant est comme la manne d’Israël. Il n’est pas comme le pain et les provisions ordinaires que nous achetons au marché et que nous enfermons dans nos placards où nous pouvons aller chercher quand bon nous semble ; non, il est comme la manne, tombé du ciel. En effet, Dieu pourvoyait à leurs besoins après cela, afin de les humilier : "Il t’a nourri de la manne dans le désert, une nourriture que tes pères n’avaient pas connue, afin de t’humilier" (Deutéronome 8:16).

Ce n'est pas la qualité médiocre de la nourriture qui, dit-on, les a humiliés, car c'était une nourriture délicieuse, appelée "nourriture des anges" (Psaume 78:25), telle que les anges eux-mêmes auraient pu la leur servir ; mais la manière dont elle leur était distribuée; de main en main, leur portion quotidienne, et rien de plus. Ainsi, Dieu gardait la clé de leurs provisions; ils dépendaient de sa sollicitation immédiate et c'est ainsi que Dieu nous communique nos consolations spirituelles dans le même but, pour nous humilier. Voilà pour cette seconde forme de perversité spirituelle.

J'avais pensé citer d'autres exemples, comme l'hypocrisie, l'incrédulité et le formalisme, mais le sujet étant peut-être général, ce que j'ai déjà dit pourrait être perçu comme une digression, et de surcroît trop long. Je conclurai donc cette section sur le mal spirituel en m'adressant à ceux qui sont encore dans un état naturel et non sanctifié : les inciter, à partir de ce que j'ai dit concernant les tentations que Satan adresse aux croyants, à considérer sérieusement que le principal dessein de Satan contre eux réside également dans ces mêmes péchés. C'est votre conscience endurcie, votre esprit aveugle et votre cœur paresseux et impénitent qui causeront votre perte, si vous échouez.

Le diable sait que d'autres péchés préparent à ceux-ci, et c'est pourquoi il vous y entraîne pour vous y conduire. Il prépare le chemin des péchés spirituels de deux manières : premièrement, parce qu'il prédispose naturellement le pécheur à ces péchés ; la nature du péché est d'aveugler l'esprit, d'engourdir la conscience, d'endurcir le cœur, comme il est sous-entendu : "Afin qu'aucun de vous ne s'endurcisse par la séduction du péché" (Hébreux 3:13). De même que les pas des voyageurs martèlent la route, la marche dans les péchés charnels et graves endurcit le cœur. Ils engourdissent la conscience, de sorte qu'avec le temps le pécheur perd toute sensibilité et peut porter ses désirs dans son cœur, comme les marteaux-piqueurs enfoncent leurs épingles dans leur chair, sans douleur ni remords.

Deuxièmement, comme ils provoquent Dieu par un acte judiciaire pour les livrer à ces péchés ("Donne-leur de l’obstination de cœur", Lamentations 3:65), de même il est écrit en marge : "Ta malédiction sur eux". Et lorsque le diable a piégé les pécheurs à ce point, il les tient sous sa coupe. Ils sont les précurseurs de la damnation. Si Dieu laisse votre cœur endurci et inflexible, c’est un triste signe qu’il n’entend pas y semer la graine de la grâce. Ô pécheurs, priez, comme il l’a fait pour Pierre dans Actes 8:24, afin qu’aucune de ces choses ne vous arrive ; et pour cela, prenez garde de ne pas rejeter les offres qu’il vous fait pour vous adoucir. L’endurcissement que Dieu inflige est une conséquence et une punition de notre propre endurcissement. Il est tout à fait vrai ce que dit Prosper : "Un homme peut perdre des biens temporels contre sa volonté, mais pas des biens spirituels." Dieu n’endurcira personne, ne damnera personne, contre sa volonté.

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