dimanche 1 novembre 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 64e partie

 

Conseil et réconfort pour ceux qui, à l’épreuve, se révèlent sincères, mais demeurent des âmes abattues et en proie au doute.

Troisième catégorie. Nous arrivons maintenant à la troisième catégorie, et cela concerne les âmes sceptiques, qui sont certes sincères, mais qui n'osent pas se laisser persuader d'avoir une si bonne opinion d'elles-mêmes. Ils viennent de l'épreuve qu'on leur a demandé de se soumettre, et qui les amène dans l'ignorance, sans savoir s'ils sont sincères ou non. Maintenant, je voudrais donner à ceux-ci ces quelques conseils, et le Seigneur leur accordera sa bénédiction.

Premier conseil. Prenez garde que Satan ne vous amène pas à conclure que vous êtes des hypocrites parce que vous n’avez pas la preuve actuelle de votre sincérité. Dire cela serait offenser la génération des chers enfants de Dieu, dont beaucoup devraient, si cela était une véritable déduction à partir de telles prémisses, se prononcer sur eux-mêmes. Car il existe des âmes si précieuses, aux yeux desquelles la vérité de leur grâce et la sincérité de leur cœur est aujourd'hui cachée, et pourtant elles n'en sont pas dépourvues non plus. (Suite à leur visite en Egypte chez Joseph), les patriarches avaient toute la journée leur argent enfermé dans leurs sacs pendant qu'ils voyageaient, bien qu'ils ne le sussent pas, jusqu'à ce qu'ils arrivent à leur auberge et les ouvrent. Ainsi, il y a un trésor de sincérité caché dans beaucoup d’âmes, mais le moment d’ouvrir le sac et de faire connaître à l’âme ses richesses n’est pas venu.

Beaucoup qui sont maintenant au ciel ont traversé le golfe et y ont atterri en toute sécurité, mais ils ont été tristement secoués par des craintes tout au long de leur voyage quant à la vérité de la grâce en eux. La foi sincère met une âme dans l'arche du Christ ; mais cela ne gêne en rien, mais une telle personne pourrait avoir le mal de mer à bord du navire. C’est l’œuvre du Christ, et non celle de la grâce, de se manifester ainsi à nos yeux de manière démonstrative afin de nous permettre de nous en approprier. Outre un organe convenablement disposé, il faut une lumière pour irradier le milieu ; ainsi, outre la vérité de la grâce, il est nécessaire que l'esprit soit une autre lumière, faute de laquelle l'âme est obscurcie dans ses pensées, et doit crier pour une autre (et il n'est autre que le Saint-Esprit) pour la conduire dans la lumière. C’est le grand messager qui seul est capable de « montrer à un homme sa droiture.

Mais, de même que l’œil peut voir dans l’obscurité, alors qu’il ne voit rien, de même il peut y avoir une vérité de grâce là où il n’y a pas de sens présent de cette vérité. Oui, la créature peut aller passionnément d'ordonnance en ordonnance, pour obtenir cette sincérité qu'elle possède déjà ; comme parfois vous avez peut-être vu quelqu'un chercher très sérieusement partout dans la maison son chapeau, alors qu'en même temps il l'a sur la tête. Eh bien, pose ceci comme une vérité réelle dans ton âme : "Je peux être droit, bien qu'à présent je ne sois pas capable de le voir clairement."

Ceci, même si cela n'apportera pas un réconfort complet, peut néanmoins être un certain soutien en attendant que cela vienne, comme un rivage pour ta faible maison ; même si ça ne le répare pas, oui, ça le fera soutenez-le et maintenez-le debout jusqu'à ce que le maître ouvrier vienne (le Saint-Esprit) qui, avec une seule parole aimable à votre âme, est capable de vous redresser dans vos propres pensées et de vous faire tenir fort sur la promesse, la seule vraie base et fondement d'un confort solide.

Ne sois pas plus cruel envers ton âme, ô chrétien, que tu ne le ferais envers ton ami, ou même ton ennemi. Si quelqu'un que tu n'aimes pas beaucoup était malade dans ta maison, et même si malade que, si tu lui demandais s'il est vivant, il ne pourrait pas te le dire, ses sens et sa parole étant actuellement perdus, l'étendrais-tu sur-le-champ et l'enterrerais-tu pour la tombe, parce que tu ne peux pas savoir de sa propre bouche qu'il est vivant ? Sûrement pas! Oh, comme Satan est donc déraisonnable et sanglant, lui qui voudrait que tu te jettes maintenant dans le gouffre du désespoir, parce que ta grâce n'est pas assez forte pour parler d'elle-même à l'heure actuelle!

Deuxième conseil. Laissez-moi vous renvoyer à un examen plus approfondi. Examinons les choses une nouvelle fois, avec une attention renouvelée, si Satan ne joue pas un rôle majeur dans ces interrogations et ces doutes qui surgissent en toi concernant ta sincérité. Il ne s’agit peut-être là que de sa dernière manœuvre : puisqu’il n’a pas réussi à t’endormir par de faux espoirs, il cherche désormais à t’occuper et à te détourner de l’essentiel par des craintes illusoires. Autrefois, alors que ton état était réellement pire, il te faisait croire que tu étais meilleur que tu ne l’étais en réalité.

Aujourd’hui, en revanche, maintenant que tu as changé de voie, renoncé à ton ancienne assurance, fait la rencontre du Christ et goûté à la saveur de ses saintes voies, au point d’aspirer ardemment à les suivre, il fait surgir en toi, au sein de tes pensées tourmentées, tout un cortège de craintes ; il ne va peut-être pas jusqu’à t’accuser ouvertement d’hypocrisie, mais il sème le doute sur la sincérité profonde de ton cœur. Il vaut donc la peine, je le répète, de se demander si ce n’est pas, là encore, la même main (celle du diable) qui frappe, bien qu’à une autre porte.

Aucun acteur ne dispose d’une telle variété de costumes pour paraître sur scène que le diable ne possède de formes de tentation ; et voici une tenue qu’on lui a très souvent vu revêtir. Si tu étais seul dans ce cas, tu pourrais légitimement craindre que ces appréhensions ne soient le juste reproche adressé à ton propre cœur trompeur ; mais lorsque tu constates que les tourments de nombre de tes frères (dont tu ne saurais mettre en doute la sincérité, bien que tu manques d’une telle bienveillance envers toi-même) rejoignent si parfaitement les tiens, au point qu’aucune clé, même façonnée à dessein, ne saurait mieux épouser les rouages ​​d’une serrure que leur situation ne correspond à la tienne. 

Cela pourrait bien t’inciter à mener une nouvelle réflexion, afin de déterminer si cet esprit ne s’est pas manifesté sous les traits d’un "esprit menteur", cherchant à troubler ton âme sensible par une affirmation (la pire qui puisse parvenir à tes oreilles) selon laquelle tu n’aimerais pas Jésus-Christ autant que tu le prétends, et que tu ne ferais que te tromper toi-même en croyant le contraire. Ainsi, cet esprit immonde (tel une prostituée effrontée qui déposerait son enfant devant la porte d’une personne honorable) accuse sans vergogne bien des gens de fautes dont ils sont à peine coupables. Il sait qu’une part de cette accusation audacieuse risque de s’ancrer dans l’esprit du pauvre chrétien, ouvrant ainsi la porte à une autre tentation qu’il souhaite ardemment glisser dans son cœur, à la faveur et sous le couvert de la première.

Son objectif habituel est de détourner le chrétien de son devoir, de briser les roues du char qui, si souvent, le conduisait en la présence de Dieu au sein des ordonnances, en lui suggérant simplement qu’il n’est pas sincère dans sa démarche. "Mieux vaut rester chez soi, sans écouter la Parole ni s’associer au peuple de Dieu dans quelque devoir que ce soit, plutôt que de s’y rendre et de révéler ainsi la perversité de son propre cœur", murmure le diable. Le serpent avait-il une peau plus lisse ou un discours plus séduisant lorsqu’il incita Ève à tendre la main vers le fruit défendu, qu’il n’en a aujourd’hui, dans cette tentation, pour te convaincre, pauvre chrétien, de ne pas toucher ni goûter à ce fruit que Dieu t’ordonne pourtant de consommer; je veux dire, ces ordonnances dont tu es invité à tirer profit? 

Pourtant, chrétien, si je ne m'abuse, tu as des raisons de bénir Dieu s'il permet à ton ennemi de révéler ainsi ses intentions ; cela peut t'éclairer sur la perversité de son dessein, qui consiste, par une autre tentation, à te faire douter de ta propre sincérité. Ne comprends-tu pas maintenant, pauvre âme, ce qui a suscité ces cris alarmants concernant ton hypocrisie ? Le diable voyait d'un mauvais œil ton assiduité dans les pratiques religieuses, ainsi que les liens de plus en plus étroits que tu tissais avec Dieu à travers elles ; il n'a donc trouvé que ce moyen pour t'en détourner. Tu ne mordais pas à ses autres appâts : il a bien compris que le péché, si habilement préparé et présenté soit-il, n'est pas un mets à ton goût. Il n'a donc plus le choix : soit il t'effraie en troublant ton imagination par la crainte d'être hypocrite, soit il doit renoncer à la partie et admettre que tu lui as échappé.

Crois-tu, pauvre âme, que si ton cœur était si faux et hypocrite dans l’accomplissement de tes devoirs, l'ennemi ferait tout ce vacarme à ce sujet ? Il n’a pas pour habitude de mal placer ses efforts, ni de les installer là où il n’y a aucun ennemi pour L’offenser. Tes prières hypocrites et ton écoute feinte ne Lui feraient pas plus de tort que si elles n’existaient tout simplement pas. Par ailleurs, Il n’est pas non plus du genre à faire preuve d’une telle bienveillance au point de ​​révéler aux hypocrites la fausseté de leur cœur! C’est là la chaîne par laquelle Il les tient enchaînés, et Il veille tout particulièrement à la leur dissimuler, de peur que son cliquetis dans leur conscience ne les éveille et ne les pousse à tenter de s’en défaire, leur permettant ainsi de s’échapper de Sa prison.

Sois donc rassurée, pauvre âme. Si ta conscience ne s’appuie pas sur les Écritures pour te condamner en tant qu’hypocrite, ne crains pas les accusations du diable. Il ne siégera pas au tribunal lorsque tu seras jugée pour ta vie, et son témoignage n’aura aucune valeur en ce jour-là ; pourquoi, dès lors, ses calomnies devraient-elles t’atteindre aujourd’hui ?

Troisième conseil. Ne néglige aucun moyen de parvenir à la certitude de la sincérité et de la droiture de ton cœur. C’est une chose que l’on peut obtenir. Il s’agit de ce "caillou blanc" portant un "nom nouveau", "que nul ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit", tel qu’il est promis dans Apocalypse 2:17. Et j’espère que tu ne considères pas cela comme une simple chose imaginaire, à l’instar de la pierre philosophale, dont personne, à ce jour, n’a jamais pu prétendre qu’elle se trouvait réellement entre ses mains. L’apôtre Paul possédait ce "caillou blanc", qui brillait dans sa conscience avec plus d’éclat que toutes les pierres précieuses du pectoral d’Aaron. "Voici notre sujet de gloire : le témoignage de notre conscience, qui atteste que nous nous sommes conduits dans le monde avec simplicité et sincérité devant Dieu..." (2 Corinthiens 1:12).

Et Job, assurément, ne manquait pas de cette assurance lorsqu’il osa, avec une telle confiance, en appeler au jugement que Dieu lui-même portait sur lui, et ce, au moment même où Dieu, par sa main pesante, sondait et explorait les moindres recoins de son cœur : "Tu sais bien que je ne suis pas un méchant" (Job 10,7). Remarquez bien : il ne nie pas porter le péché en lui, ce que vous avez, à maintes reprises, reconnu avec lui, mais il affirme ne pas être un "méchant", c’est-à-dire un hypocrite au cœur corrompu.

Il maintient cette position, convaincu que Dieu lui-même ne saurait le qualifier ainsi ; bien que, pour l’éprouver, le Seigneur permette qu’il soit passé au crible, afin de fermer la bouche au diable et de confondre celui qui ne craignait pas de l’accuser d’une telle félonie spirituelle.

Objection. Mais peut-être direz-vous : "Il s’agissait là de saints d’une stature exceptionnelle ; et, bien qu’ils aient pu parvenir à discerner leur propre sincérité et porter en leur sein cette "pierre blanche", on ne saurait attendre des chrétiens ordinaires qu’ils possèdent de tels joyaux."

Réponse. Pour répondre à cette question, considérez que le plus faible des chrétiens dans la famille de Dieu possède en lui le même témoignage que celui dont jouissaient ces personnes. "Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage en lui-même" (1 Jean 5:10). Remarquez bien : l’expression est générale ; elle s’applique à quiconque croit, et non pas seulement à tel ou tel chrétien éminent. Le "témoignage" est identique, car ce sont le même Christ et le même Esprit qui habitent votre cœur, tout comme ils habitent le cœur du plus grand des saints sur terre ; vous disposez, vous aussi, du même sang pour l’aspersion et de la même eau pour votre purification.

Ces éléments peuvent témoigner, et témoigneront, lorsque le Seigneur le voudra, de votre grâce et de votre sincérité, tout comme ils le font pour les autres. Toutefois, tout comme les témoins dans un tribunal attendent que le juge les appelle à la barre, et ne s’exprimant qu’à ce moment précis, il en va de même ici ; Dieu demeure libre de choisir le moment où il fera entendre ce témoignage. 

Il en va tout autant, à l’inverse. Tout pécheur impénitent porte en son propre sein un témoin qui le condamnera ; mais ce témoin ne s’exprime pas toujours, et ne communique pas sur-le-champ la triste nouvelle qu’il a à révéler au pécheur. Cela ne se produit que lorsque Dieu convoque un tribunal et tient, au sein même de l’âme du pécheur, des audiences privées qu’Il ​​décide d’organiser à Sa guise. Il ne faut toutefois pas négliger les moyens d’y remédier ; je vais en proposer quelques-uns. 

1. Moyen. Tends, ô chrétien (car c’est ainsi que je dois t’appeler, que tu acceptes ou non ce nom) vers des degrés de grâce plus élevés. À mesure qu’un enfant grandit, il acquiert son véritable aspect ; il en va de même pour la grâce.

Il existe, à l’heure actuelle, tant de craintes serviles, d’égoïsme et d’autres imperfections (autant de scories sur le visage de ce nouveau-né de la grâce) qu’ils en dissimulent la véritable beauté. Cependant, ces défauts s’estomperont peu à peu à mesure que cet enfant grandira. En effet, la faculté de discernement spirituel du chrétien mûrit à mesure que l’ensemble de la grâce se développe en lui ; il devient alors plus apte, en examinant ses propres actions, à évaluer les objections que Satan soulève contre sa sincérité. Si donc tu souhaites ne plus être constamment ballotté par tes pensées incertaines (te demandant si tu es sincère ou non) et aspirer à une stature plus élevée, tu verras nombre de tes craintes s’apaiser ; car, grâce à la lumière même qui te révèle la croissance de ta grâce, tu peux aussi en percevoir l’authenticité. 

Bien qu’il soit difficile, au crépuscule ou aux premières lueurs de l’aube, de distinguer s’il s’agit de la lumière du jour ou de celle de la nuit, lorsque vous voyez cette clarté croître et se déployer manifestement, vous savez alors qu’il fait jour. Le fard appliqué sur un visage ne le rend pas plus beau avec le temps ; et les bras d’un enfant, peints dans un tableau, ne gagnent pas en force pour y être restés peints durant des mois ou des années. Si ton amour, ton espérance, ton humilité et ta tristesse selon Dieu ne cessent de grandir (pauvre âme !) comment peux-tu encore te demander s’il s’agit, oui ou non, de la grâce véritable ? Il est tout aussi étonnant que tu ignores la nature et l’origine de ta grâce, qu’il était surprenant que les Juifs ne sussent pas qui était le Christ, alors même qu’il avait rendu la vue, et de manière si manifeste, à un homme né aveugle (Jean 9, 2)!

2. Moyen. Accueille avec empressement tout appel que Dieu t’adresse, par sa providence, afin de mettre à l’épreuve ta sincérité. Il existe des occasions privilégiées que Dieu accorde ; si l’on sait les saisir et en tirer profit, on peut parvenir à une connaissance de son propre cœur et de la grâce divine qui y réside, plus profonde que durant tout le reste de son existence. Ces occasions se présentent précisément dans les moments où Dieu nous appelle, de manière manifeste, à renoncer à nous-mêmes pour Lui. Sois donc prêt à accueillir cet appel céleste et fidèle à y obéir ; tu en apprendras alors beaucoup sur ton propre cœur.

D’une part, parce que la grâce, dans de tels actes, se manifeste avec une telle gloire, tel le soleil par une journée sans nuages ​, qu’elle devient bien plus visible au regard de la créature. D’autre part, parce que Dieu choisit ces moments-là pour attester la réalité de la grâce chez ses enfants, précisément lorsqu’ils l’exercent avec le plus de ferveur. Après tout, quand le maître adresse-t-il des paroles bienveillantes à son serviteur et le félicite-t-il, sinon lorsqu’il le voit faire preuve d’une diligence exemplaire ? 

Alors il dit : "C’est bien, bon et fidèle serviteur." Il se peut qu’à un moment donné, Dieu t’appelle à un acte de renoncement tel que, pour répondre à cet appel, tu doives fouler aux pieds quelque jouissance qui t’est chère, qu’il s’agisse de ta réputation, de tes biens, ou peut-être même d’un enfant bien-aimé, d’une épouse chérie ; oui, il est possible que tu ne puisses accomplir l’œuvre à laquelle Dieu t’appelle qu’en exposant tout cela, et bien plus encore.

Eh bien, mon ami, ne te laisse pas accabler par la pensée de cette épreuve difficile, et ne t’inquiète pas à la vue de la providence qui se tient maintenant à ta porte. Si tu savais quelle est sa mission, tu l’inviterais à entrer et tu l’accueillerais avec autant d’empressement qu’Abraham accueillit les trois anges, qu’il reçut si généreusement sous sa tente. Je vais te dire pourquoi Dieu l’envoie : c’est pour te permettre de prendre conscience de ta sincérité, et pour te faire découvrir, en toi-même, cette grâce divine dont tu as si longtemps désiré contempler le visage.

Cette providence t’apporte un char (pour faire allusion aux chariots que Joseph envoya chercher le vieux Jacob) dans lequel tu peux être conduit à contempler, bien vivante, cette grâce dont tu célébrais, depuis si longtemps, les funérailles au sein de ton âme affligée. Ton esprit ne se ranime-t-il pas à la pensée qu’il existe un moyen de parvenir à cela ? Abraham fut appelé à offrir son fils, et il s’y employa avec une détermination sincère. Or, un tel renoncement à soi-même, Dieu ne pouvait le laisser passer sans y apposer une marque d’honneur ; et que lui donne-t-il, sinon le témoignage de sa droiture ? "Ne porte pas la main sur l’enfant ; (...) car je sais maintenant que tu crains Dieu, puisque tu ne m’as pas refusé ton fils, ton fils unique", Genèse 22:12.

Pourquoi ? Dieu le savait déjà! Certes, mais Il l’exprime afin qu’Abraham puisse l’entendre et recevoir, de la bouche même de Dieu, la confirmation de sa sincérité. Il se peut que tu sois appelé à renoncer à ta propre éducation  (ainsi qu’aux principes qui en découlent), à te détacher de ton entourage, à aller à l’encontre du jugement de ceux que tu estimes grandement, voire à faire abstraction de ta propre sagesse et de ta raison, pour accueillir une vérité ou adopter une pratique, uniquement parce que la Parole te le demande.

Si tu peux faire ceci et cela sans affectation de singularité, ni aucune pointe d'orgueil te poussant dans cette voie, c'est un acte de profond renoncement à soi-même, et cela déplaît fortement aux natures les plus ingénues, qui ont peur d'attirer l'attention en quittant leur compagnie pour suivre un chemin seul, et qui répugnent beaucoup à opposer leurs jugements à ceux des autres et qui, par leur nombre et leurs qualités, surpassent les autres ; en un mot, des personnes qui aiment la paix si tendrement qu’elles sont prêtes à tout sacrifier pour l’obtenir, hormis commettre un péché.

Cela exige nécessairement un grand renoncement à soi-même ; et, par conséquent, ceux qui font preuve d’une telle attitude ont d’autant plus de raisons de s’attendre à ce que Dieu leur donne la preuve de leur sincérité. C’est ce qu’Il ​​a fait pour Nathanaël, qui se heurtait pourtant à de nombreux obstacles l’empêchant de venir au Christ et de croire en Lui ; il a pourtant surmonté ces freins, et le Christ l’a accueilli en rendant un témoignage éclatant et solennel à sa droiture : "Voici vraiment un Israélite, en qui il n’y a point de fraude" (Jean 1, 47).

Il se peut, par ailleurs, que ce à quoi Dieu souhaite que tu renonces soit ta colère et ton désir de vengeance. Pour t’offrir une occasion manifeste de faire preuve de ta sincérité, Il place ton ennemi en ton pouvoir, le livrant pour ainsi dire, pieds et poings liés, entre tes mains. Sa providence dispose même les choses de telle sorte que tu puisses agir à ta guise à son égard, en toute discrétion ; ou, si l’affaire vient à se savoir, les torts flagrants qu’il t’a causés (conjugués à certaines circonstances providentielles qui l’ont conduit entre tes mains) te permettent de présenter la situation sous un jour si favorable qu’elle justifiera ta conduite aux yeux de ceux qui en entendront parler, les amenant, surtout ceux qui n'examinent pas la question de près, à voir la justice de Dieu dans le jugement qui s'est abattu sur ton ennemi plutôt que ton injustice et ton péché, toi qui en as été l'instrument.

Lorsque le chemin s’ouvre, aisé et dégagé, devant tes pas, et que ta propre corruption t’incite à t’y engager, invoquant même le nom de Dieu pour t’affermir dans ton assurance, en te disant, comme on l'a dit à David : "Voici le jour dont l’Éternel t’a parlé : Je livre ton ennemi entre tes mains ; fais-en ce qu’il te plaira" (1 Samuel 24:4). Si, en cet instant, tu parviens à résister à la tentation ; si, au lieu de te venger de ton ennemi, tu t’en prends plutôt à ton désir de vengeance — qui est, des deux, le plus redoutable adversaire — en rendant le bien pour le mal qu’il t’a fait ; et si, après avoir agi ainsi, tu parviens à échapper à un autre ennemi sur ton chemin de retour (je veux dire l’orgueil) de sortir du combat en vainqueur humble ; et si, enfin, tu consacres le souvenir de cette victoire non pas à ta propre gloire, mais à la louange du nom de Dieu (tout comme l’épée de Goliath, que David ne garda point chez lui pour faire étalage de son exploit, mais qu’il déposa dans le tabernacle, derrière l’éphod, en témoignage de ce que Dieu avait accompli par elle entre ses mains (1 Samuel 21:9)), alors, tu as fait preuve d’une sincérité profonde, et tu t’es élevé à un haut degré dans cette grâce ; Dieu, tôt ou tard, te le fera savoir.

La renommée de David ne retentit pas moins pour ses victoires remportées en rase campagne sur ses ennemis abattus, que pour celle qu’il remporta dans une grotte (ce lieu pourtant obscur) sur son propre désir de vengeance, en épargnant la vie de Saül ; un épisode qui illustre parfaitement, sous tous ses aspects, la situation dont il est ici question. Par ses batailles sanglantes, David acquit "un grand nom, semblable à celui des grands hommes qui sont sur la terre" (2 Samuel 7:9) ; mais, par ce noble acte de renoncement à soi-même, il se fit un nom, grand, comparable à celui de ceux qui, dans les Écritures, sont renommés pour leur sainteté.

Et, pour que David ne soit pas privé de la reconnaissance due à un tel acte d’abnégation, Dieu fait en sorte que cet éloge vienne de la bouche même de son ennemi ; celui-ci ne peut s’en empêcher (bien qu’il révèle ainsi sa propre honte et sa méchanceté) et se voit contraint de reconnaître en David un homme saint et juste. "Et Saül dit à David : Tu es plus juste que moi ; car tu m’as rendu le bien, alors que je t’ai rendu le mal" (1 Samuel 24:17).

3. Moyen. Continue à t'en remettre à Dieu dans toutes les voies de ses ordonnances, chacune en son temps. Lorsque tu parviens à contempler, avec assurance et réconfort, la sincérité de ton cœur, sache que c’est l’Esprit de Dieu qui t’y aide ; sans Lui, tu pourrais, à l’instar d’Agar, rester assise près d’un puits sans pour autant le remarquer ; tu pourrais arpenter ton champ encore et encore, sans jamais découvrir le trésor qui y est enfoui. C’est par l’Esprit de Dieu que nous "connaissons les choses qui nous ont été données par Dieu" (1 Corinthiens 2:12). Or, l’Esprit réside au sein des ordonnances, et c’est là qu’il nous faut nous rendre si nous voulons que la réalité de nos grâces, qui constituent nos gages pour le ciel, soit scellée dans notre conscience. Rends-toi donc en ce lieu, et attends-y ; car, comme le dit le Sage au sujet des semailles (Ecclésiaste 11:6), tu ignores si telle ou telle démarche, à tel ou tel moment, portera finalement ses fruits pour toi.  

Il suffit, pour t’affermir, voire pour t’apaiser et te consoler dans ton attente, de savoir que tu te tiens devant la bonne porte. Et même si tu frappes longuement sans recevoir aucun signe de sa venue, sache que ton attente ne saurait être si longue qu’elle doive t’apporter la honte, contrairement aux serviteurs d’Eglon (Juges 3:25). Eux, en effet, attendaient un homme mort, qui, quand bien même ils auraient attendu longtemps, n’aurait jamais pu les entendre ; toi, en revanche, tu attends un Dieu vivant, qui entend chaque coup que tu portes à la porte du ciel par tes prières et tes larmes.

Oui, un Dieu plein d’amour qui, bien qu’il se comporte pour l’heure comme un étranger, à l’instar de Joseph face à ses frères, déborde d’une telle miséricorde qu’il finira par se jeter à ton cou, laissant libre cours à son cœur en te reconnaissant comme sien, et en manifestant la grâce qu’il a déposée en toi.

Relève donc la tête, pauvre âme abattue, et avance dans l’attente de ce que tu espères ; mais garde-toi d’imposer un délai à Dieu. Le soleil se lève à l’heure qu’il a choisie, peu importe l’heure que nous lui fixons. Et lorsque Dieu vient à ta rencontre au sein d’une pratique spirituelle (car il t’arrive sans doute, chrétien, de sentir une lumière céleste illuminer ton âme et une influence vivifiante l’animer, que ce soit en écoutant la Parole ou, peut-être, à genoux dans un combat avec Dieu), saisis cette précieuse occasion pour combler les aspirations de ton âme.

Tout comme, lorsque le soleil perce les nuages, nous nous précipitons vers le cadran solaire pour connaître l’heure ; ou comme, lorsque nous sommes assis dans l’obscurité et que quelqu’un apporte une bougie, nous nous activons aussitôt pour chercher ce qui nous manquait, trouvant alors ce que nous cherchions en vain à tâtons dans les ténèbres ; de même, pauvre âme, à l’instar de tant de tes chers frères et sœurs qui t’ont précédé, tu peux, en de tels moments, découvrir davantage ton état spirituel en quelques instants que durant bien des jours où Dieu semble se retirer. 

Veille donc avec soin à saisir de telles occasions et à en tirer profit. Mais si Dieu choisit de dérober ton trésor à ton regard, console-toi, console-toi en te disant que Dieu connaît ta droiture, même si elle demeure cachée à tes propres yeux. Dis comme David : "Quand mon esprit était abattu au-dedans de moi, toi, tu connaissais mon sentier" (Psaume 142:3) ; et Dieu agira à ton égard, non pas en se fondant sur les fausses accusations que tu portes contre toi-même (comme certains, hélas, ont pu en subir de la part des hommes), mais en se fondant sur le témoignage que son regard, qui voit tout, peut rendre à ta grâce. 

vendredi 23 octobre 2026

Allez, revenez! par F.B Meyer

 

Il est très solennel de penser qu'un seul péché puisse à jamais, en ce qui concerne ce monde, ruiner notre utilité. Il n'en est pas toujours ainsi. Parfois, comme dans le cas de l'apôtre Pierre, le Seigneur restaure et réaffecte gracieusement à son œuvre celui qui aurait pu être jugé inapte à s'y engager à nouveau. "Pais mes brebis. Pais mes agneaux." Mais à ce seul cas, nous pouvons en opposer trois autres, dans chacun desquels il semblerait que l'ange gardien, qui a interdit le retour de nos premiers parents en Éden, ait été posté avec des injonctions strictes interdisant tout retour à leur ancienne position de noble service.

Le premier cas est celui de Moïse. Aucun autre homme n'a jamais été honoré comme lui, "à qui Dieu parlait face à face"; le plus doux des hommes, le serviteur du Seigneur, la nourrice du peuple juif, dont les intercessions l'ont sauvé à maintes reprises de la destruction. Pourtant, parce qu'il a parlé sans réfléchir et a frappé le rocher à deux reprises, par incrédulité et par passion, il fut contraint de subir la terrible sentence : "Parce que tu ne m'as pas cru pour me sanctifier aux yeux des enfants d'Israël, tu ne feras pas entrer cette assemblée dans le pays que je leur ai donné !" (Nombres 20:12). Il plaida avec la plus grande insistance pour la révocation de cette terrible interdiction, mais il fut réduit au silence par la réponse solennelle, sans appel : "C'est assez, ne me parle plus de cette affaire" (Deutéronome 3:26).

Le deuxième cas est celui de Saül, le premier roi d'Israël, au destin funeste, dont le règne s'ouvrit sous de si bons auspices, comme un matin sans nuages, mais qui s'attira bientôt la sentence de destitution. Pourtant, ce ne fut que pour un seul acte. Alarmé par le long retard de Samuel et la dispersion du peuple, il s'introduisit imprudemment dans une province dont il avait été expressément exclu et offrit le sacrifice par lequel les Israélites se préparaient habituellement au combat. "Et il arriva, dès qu'il eut achevé d'offrir l'holocauste, voici, Samuel arriva... Et Samuel dit : Qu'as-tu fait ?... Tu as agi en insensé, tu n'as pas observé le commandement que l'Éternel, ton Dieu, t'avait prescrit ; car maintenant l'Éternel aurait affermi pour toujours ta royauté sur Israël. Mais maintenant, ton règne ne durera pas… parce que tu n’as pas observé ce que l’Éternel t’avait commandé" (1 Samuel 13:10-14). Au début de son règne, et avant sa nouvelle désobéissance envers les Amalécites; pour cet acte de désobéissance, révélant un triste état de décrépitude morale, Saül fut rejeté.

Le troisième cas est celui d'Élie. Il ne fut jamais rétabli dans la position qu'il occupait avant sa fuite fatale. Certes, il fut invité à reprendre son chemin, et une tâche lui fut assignée. Mais cette tâche consistait à oindre trois hommes qui devaient se partager le ministère qu'il aurait pu accomplir s'il avait été fidèle à son Dieu et à ses opportunités. L'œuvre de Dieu doit se poursuivre ; sinon par nous, du moins, par nos échecs, par d'autres appelés à nous remplacer. "Va, retourne par ton chemin au désert de Damas. Quand tu seras arrivé, oins Hazaël pour roi de Syrie ; tu oindras Jéhu, fils de Nimshi, pour roi d'Israël ; et tu oindras Élisée, fils de Schaphath, d'Abel-Mehola, pour être prophète à ta place." Ces paroles sonnèrent le glas des rêves les plus chers d'Élie. De toute évidence, il ne lui appartenait pas de libérer son peuple de l'esclavage de Baal. D'autres devaient accomplir son œuvre ; un autre devait être prophète à sa place.

Tous ceux qui occupent des postes importants d'enseignants et de dirigeants peuvent être mis en garde par ces exemples solennels, tels que la femme de Lot sur les plaines de Sodome. Nous ne sommes peut-être pas tous tentés, comme Élie, par l'incrédulité et le découragement. Mais bien d'autres pièges nous sont tendus par notre grand ennemi et semés de belles apparences, comme le chasseur qui répand de la terre et de l'herbe au sommet du trou qu'il a creusé entre le fleuve et l'antre de sa proie. Il y a l'adulation envers l'homme qui a réussi, où tant d'humain se mêle à la gratitude pour l'aide ou le réconfort apporté. Il y a le désir d'être toujours en vue; premier sur tous les plans et premier dans chaque entreprise, au détriment total de la prière privée. Il y a les attaques insidieuses de la jalousie, le mépris des autres, la comparaison de leur position avec la nôtre. Et à cela s'ajoutent d'autres modes d'échec, plus flagrants et plus évidents, auxquels nous sommes tous sujets et dont, hélas ! trop de personnes ont été dominées. Chacune de ces attaques peut contraindre Dieu à nous rejeter de son glorieux service et à nous employer à un ministère plus humble, ou à oindre nos successeurs.

En tant qu'enfants, il ne nous rejettera jamais ; mais en tant que serviteurs, il le peut. Prenons garde ! Un faux pas, une désertion précipitée de notre poste, un acte de désobéissance, un accès de colère ; chacun de ces actes peut amener notre Père céleste à nous rejeter, comme Samson le fit avec la mâchoire de l'âne avec laquelle il avait égorgé des monceaux. Nous ne perdrons pas le ciel ; il nous est garanti par le précieux sang du Christ. Nous pourrions même être honorés d'une entrée glorieuse et triomphale dans un équipage de feu. Mais nous ne chevaucherons plus jamais la crête de la marée montante, emportant tout sur notre passage. D'autres achèveront notre tâche inachevée.

Mais malgré le danger, il existe des protections suffisantes. Laissez Dieu vous tailler avec le sécateur d'or de sa sainte Parole. Regardez dans le miroir de la vérité révélée, pour voir s'il n'y a aucune trace de défaut qui se glisse sur le visage de l'âme. Offrez constamment votre esprit au Saint-Esprit, afin qu'il puisse détecter et vous révéler les prémices du péché d'idolâtrie. Soyez très jaloux de tout ce qui divise votre cœur avec votre Seigneur. "Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation" (Marc 14:38). Ayez un recours perpétuel pour la purification, au sang versé pour la rémission des péchés. Ayez confiance en Lui qui est capable de vous garder de toute chute et de vous placer devant la présence de sa gloire sans défaut, dans une joie extrême.

Mais maintenant, en nous tournant vers l'étude plus approfondie des paroles par lesquelles Dieu a renvoyé son serviteur d'Horeb, remarquons trois pensées distinctes.

La variété des instruments de Dieu

Hazaël, roi de Syrie ; Jéhu, le capitaine impitoyable ; et Élisée, le jeune fermier. Chacun était aussi différent que possible des autres, et pourtant chacun était nécessaire à une tâche particulière en lien avec ce peuple idolâtre. Hazaël était destiné à être le bâton de la vengeance divine sur Israël dans son ensemble, par lequel Dieu commença et à les réduire comme la poussière par le battage. Ah ! cruel fut son traitement envers eux ! (2 Rois 5:12 ; 10:32 12:3,17). Jéhu devait être le fléau de la maison d'Achab, l'extirpant de la racine et des branches. Le ministère d'Élisée devait être aussi agréable et doux que la pluie d'été et la rosée du soir, à l'image du ministère de notre Seigneur lui-même, qu'Élisée préfigurait et dont son nom évoquait de manière significative.

Il est remarquable de voir comment Dieu accomplit ses desseins par l'intermédiaire d'hommes qui ne pensent qu'à leurs propres excès. Leur péché n'est ni atténué ni pardonné parce qu'ils exécutent les desseins du ciel ; il demeure visible dans toute sa malignité. Et pourtant, bien qu'ils soient tenus responsables du mal, il n'en demeure pas moins évident qu'ils accomplissent tout ce que la main et le conseil de Dieu avaient déterminé auparavant. Ce fait est souvent mentionné dans les Écritures. Joseph réconforta ses frères après la mort de son père, en leur disant que, même s'ils avaient pensé du mal de lui, Dieu avait transformé cela en bien, pour sauver le peuple. David interdit à ses hommes de tuer Shimeï, car, bien que Shimeï ait maudit David, et que maudire le roi fût une trahison odieuse, "S'il maudit, c'Est que l'Éternel lui a dit : Maudis David !" (2 Samuel 16:10). Et notre Seigneur, sur le point d'être livré aux mains des méchants, dit que son Père lui mettait cette coupe entre les mains (voir Actes 2:23).

Les hommes peuvent commettre des méfaits contre nous, pour lesquels ils seront condamnés, et pourtant ces mêmes méfaits, permis par la sagesse et l'amour de Dieu, sont ses messages. Avant de nous atteindre, ils doivent traverser sa présence environnante et englobante. Si c'est le cas, alors ils sont la volonté de Dieu pour nous, et nous devons accepter humblement le plan de notre Père, en disant : "Que ta volonté soit faite, et non la mienne."

Personne ne peut échapper complètement aux interventions personnelles de Dieu

Les filets de Dieu ne sont pas tous construits avec les mêmes mailles. Les hommes peuvent échapper à certains d'entre eux, mais ils ne peuvent échapper à tous. S'ils échappent au ministère de l'Évangile, ils seront capturés par un ouvrier sérieux, apte aux relations personnelles. S'ils parviennent à échapper à tout contact de vive voix, ils peuvent encore être atteints par la page imprimée. S'ils évitent toute littérature religieuse, ils peuvent encore être les sujets soudains des efforts de l'Esprit. "Celui qui échappera à l'épée d'Hazaël, Jéhu le tuera ; et celui qui échappera à l'épée de Jéhu, Élisée le tuera" (1 Rois 19:17).

Nous ne lisons pas qu'Élisée ait jamais manié l'épée, et pourtant le ministère de l'amour doux est parfois plus puissant pour tuer des âmes que le ministère plus vigoureux d'un Hazaël ou d'un Jéhu ; et de ce meurtre naît la vie.

Ne comparons pas les hommes entre eux. Ne méprisons aucune dénomination ou groupe de chrétiens. Ce qui est inopérant pour l'un, c'est la voix de Dieu pour l'autre. Nous sommes totalement incapables d'apprécier l'utilité essentielle des hommes. Et ne nous envions pas les uns les autres, car chacun de nous possède un don particulier qui nous qualifie pour être utile au cher Maître et nous permet de toucher ceux qui seraient restés intouchables sans nous. "Il y a maintenant plusieurs membres, et pourtant un seul corps. Et l'œil ne peut dire à la main : Je n'ai pas besoin de toi ; ni la tête aux pieds : Je n'ai pas besoin de vous" (1 Corinthiens 12:21).

Et lorsque nous observons l'étendue des ministères qui peuplent le monde, nous pouvons être sûrs que chacun a au moins une chance, et que Dieu organise la vie des hommes de telle sorte qu'une fois au moins, ils soient confrontés au type d'argument le plus adapté à leur caractère et à leur tempérament, pourvu qu'ils soient attentifs et obéissent.

Dieu n'oublie jamais l'un des siens.

Élie pensait être le seul à aimer et à adorer Dieu. C'était une grave erreur. Dieu en avait beaucoup de cachés : "J'ai laissé sept mille hommes en Israël, tous ceux qui n'ont pas fléchi les genoux devant Baal, et dont la bouche ne l'a pas baisé" (1 Rois 19:18). Nous ignorons tout de leurs noms et de leur histoire. Ils étaient probablement inconnus du camp ou de la cour ; obscurs, simples et humbles. Leur seul témoignage fut un long refus des sollicitations des rites immondes de l'idolâtrie. Ils gémissaient et pleuraient en secret, et se parlaient souvent les uns aux autres, tandis que le Seigneur les écoutait. Mais ils étaient tous connus de Dieu, inscrits parmi ses joyaux et comptés comme un berger compte ses brebis. Il prenait soin d'eux avec une sollicitude infinie, et c'est pour eux qu'il suscita le bon et doux Élisée pour qu'il poursuive l'éducation et la discipline de leurs âmes.

Je me suis souvent demandé comment ces sept mille disciples secrets pouvaient rester si près d'eux au point d'être ignorés de leur grand chef. L'essence d'une rose trahira toujours sa présence, même si nous la cachons. Quand le sel n'a pas perdu sa saveur, il ne peut être caché. Et l'œuvre de Dieu dans le cœur des hommes doit, tôt ou tard, se révéler. Il est donc à craindre que la piété de ces êtres cachés ait été très vague et incolore, nécessitant l'œil de l'omniscience pour la déceler. Mais malgré tout, Dieu l'a décelée et l'a estimée. Il n'a pas éteint le lin fumant, mais l'a attisé. Il n'a pas méprisé le grain de moutarde, il a surveillé sa croissance avec tendresse et attention.

Vous pouvez être très faible et insignifiant, non compté parmi les capitaines de Dieu, ni jugé digne d'un nom ou d'une place parmi ses serviteurs dévoués. Pourtant, si vous avez ne serait-ce qu'une étincelle de foi et d'amour, si vous vous efforcez de rester pur du monde, vous serez la propriété de Celui dont le sceptre est tendu au plus timide des suppliants. Mais rappelez-vous, si votre vie intérieure est authentique, elle ne restera pas éternellement secrète. Elle éclatera comme un feu longtemps caché ; elle se frayera un chemin vers la lumière comme la graine enfouie où se trouve l'étincelle de vie.

Il se peut que Dieu, par ces lignes, parle à un apostat et lui dise : "Va, reviens ! Reviens à moi, que tu as quitté. Reviens à mon œuvre, que tu as désertée. Reviens à la foi, d'où tu es tombé. Reviens à l'enfance heureuse et sainte d'autrefois. "Reviens, enfants apostats, et je guérirai tes infidélités" (Jérémie 3:22). Oh, que la réponse soit : "Voici, nous venons à toi, car tu es l'Éternel, notre Dieu" (Jérémie 3:22).

dimanche 18 octobre 2026

Le pécheur impénitent au paradis ?!

 

"Une fois sauvé, toujours sauvé", dit l'homme avec enthousiasme, alors qu'il vient de déclarer : "Si la dernière chose qu'un homme "saint devant Dieu" fait avant de mourir est un vol, et qu'il meure durant le vol qu'il est en train de faire, alors il s'en va directement au paradis, parce qu'il est un saint".

C'est comme si nous disions: "Si la dernière chose qu'un homme "saint devant Dieu" fait avant de mourir est de tromper sa femme et tuer le mari de sa maitresse, alors il ira tout droit au paradis, parce qu'il est un saint".

Nous voyons comment il est facile de se tromper soi-même avec une mauvaise compréhension de la grâce de Dieu, et le refus de comprendre la nécessité, voire même l'obligation de la repentance tous les jours de la vie du chrétien. Non seulement cela le garde-t-il dans une attitude humble devant Dieu, mais son cœur ne s'endurcit pas aussi facilement que celui de l'autre, car il est attristé lorsqu'il fait quelque chose de mal, tandis que l'autre, qui croit que, parce qu'il s'est repentit une fois, il y a peut-être 25 ans, il n'est plus nécessaire pour lui de se repentir de nouveau, s'endurcit dans ses péchés, car il a une attitude tout à fait désinvolte face au péché; il n'a aucun regret pour tout ce qu'il fait de mal et qui déshonore le nom de Dieu. 

Comme notre exemple du début nous le montre, il ne voit même plus la gravité du péché et comment le péché prive Dieu de la gloire qui lui revient. Comment le "saint" pourrait-il encore être un voleur, ou un adultère, ou un meurtrier, après des années de marche chrétienne? Dieu ne fait-il pas de nous des nouvelles créatures? Toutes choses ne sont-elles pas faites nouvelles en Christ? Bien sûr, il peut arriver au chrétien de trébucher, c'est la raison pour laquelle Jean dira en 1 Jean 1:9 : "Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité." Et encore, en 1 Jean 2: 1 : "Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste".

Mais attention, Jean ajoutera aux versets 28 et 29 : "Et maintenant, petits enfants, demeurez en lui, afin que, lorsqu'il paraîtra, nous ayons de l'assurance, et qu'à son avènement nous ne soyons pas confus et éloignés de lui. Si vous savez qu'il est juste, reconnaissez que quiconque pratique la justice est né de lui." Quiconque pratique la justice. Est-ce que le péché volontaire prouve que nous "pratiquons la justice" ? Voler, mentir, être hypocrites, être un adultère serait justice devant Dieu? Certainement pas! 

Dieu serait il trop faible pour nous permettre de cesser de pécher? Paul dit pourtant à l'Église de Corinthe : "Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront point le royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas: ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n'hériteront le royaume de Dieu". Et il ajoute aussitôt au verset 11 : "Et c'est là ce que vous étiez, quelques-uns de vous". C'est à dire que, maintenant qu'ils sont chrétiens, ils ne sont plus des voleurs, ni des idolâtre, etc. Et il continue, disant: "Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l'Esprit de notre Dieu".

Une personne lavée, sanctifiée, peut-elle continuer dans les péchés qu'elle pratiquait avant d'avoir été lavée ? Mais alors, pourquoi Pierre nous met-il en garde en ces termes si sévère en 2 Pierre 2:20-22 : "En effet, si, après s'être retirés des souillures du monde, par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s'y engagent de nouveau et sont vaincus, leur dernière condition est pire que la première. Car mieux valait pour eux n'avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l'avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné. Il leur est arrivé ce que dit un proverbe vrai: Le chien est retourné à ce qu'il avait vomi, et la truie lavée s'est vautrée dans le bourbier".

Comment concilier ces passages avec cette affirmation comme quoi le pseudo "saint" devant Dieu pourrait continuer de pécher volontairement et aller au paradis, sans même avoir le temps de se repentir ? "Mais", répond l'homme, "c'est cela, la folie de la croix, la folie de l'Évangile". La folie de la croix serait donc que nous pouvons nous moquer de la grâce de Dieu en demeurant dans nos péchés pour lesquels le Christ est expressément venu à la croix pour nous délivrer? 

Comprenons bien ceci: Dieu peut, et va sauver des pécheurs. Nous sommes tous pécheurs! Mais ce que nous étions, avant de connaître Christ, ne doit plus définir qui nous sommes après L'avoir connu et avoir marché avec Lui. C'est impossible! Car ce qui est ancien disparait, et Dieu fait toutes choses nouvelles en nous. "Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles" (2 Corinthiens 5:17).

Romains 12:2 nous dit aussi : "Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait." Nous sommes renouvelés dans l'intelligence, afin de discerner la volonté de Dieu. La volonté de Dieu serait-elle alors que nous poursuivions dans nos voies de péchés après avoir connu Christ? Certainement pas! Nous sommes ici bas pour glorifier Dieu; nous le servons au milieu d'une génération perverse et corrompue. Nous ne le servons pas en vivant comme le monde, mais en "portant la parole de vie et en brillant comme des flambeaux dans le monde" (Philippiens 2:15-16).  C'est pourquoi Paul dit en 2 Corinthiens 5: 20 : "Nous faisons donc les fonctions d'ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!"

Nous sommes appelés à être des ambassadeurs pour Christ. Un ambassadeur d'un pays étranger pris à voler et pris dans toutes sortes de scandales, ferait-il honneur au pays qu'il est censé représenter ? Non! Il est fort possible qu'il serait immédiatement relevé de ses fonctions et qu'il serait ramené en disgrâce dans son pays, et il serait ensuite remplacé par un autre qui ferait honneur à son pays par son comportement. Dieu, dans Sa grâce, est quand même plus patient que les hommes, mais ce qu'Il désire, c'est de transformer nos pensées et nos désirs, et s'Il est réellement à l'oeuvre en nous, alors un changement radical se produira dans nos vies; nous ne voudrons plus rien savoir de ces péchés qui déshonorent Son saint nom.

C'est impossible que la grâce de Dieu à l'oeuvre en une personne n'aboutisse pas en une transformation de tout son système de valeur, de pensée et d'actions. Plus nous lisons la Bible, plus nous prions, plus nous aimerons ce qu'Il aime, et plus nous haïrons ce qu'Il hait. C'est pourquoi Paul dit en Romains 12:9 : "Ayez le mal en horreur; attachez-vous fortement au bien." Au verset 11 : "Soyez fervents d'esprit. Servez le Seigneur." Comment sert-on le Seigneur? En péchant volontairement, puisque, de toute manière, après avoir "cru", nous serions en quelque sorte des "saints" devant Dieu ? Servons-nous le Seigneur en faisant du mal à autrui? Rien que d'y penser est une aberration pour l'âme attachée au Seigneur! Jacques nous dit que notre foi doit être appuyée par des œuvres (Jacques 2:18), et Paul nous dit en Éphésiens 2:10 : "Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions". Dieu n'a jamais préparé d'ouvres pécheresses pour nous, afin que nous les pratiquions. Quelle folie!

Est-ce à dire que nous ne péchons plus jamais? Non, mais les Écritures sont claires sur le fait que nous devons voir un changement dans nos vies et dans celles de ceux qui prétendent être de Christ, après avoir connu Christ. Les choses anciennes doivent disparaître, nous ne pouvons jamais rester les mêmes après notre conversion, c'est impossible, car la grâce de Dieu, "source de salut pour tous les hommes, a été manifestée. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ" (Tite 2:11-13). Jésus nous dit bien que "nous reconnaissons les arbres à leurs fruits". Si nos fruits sont toujours ceux de la chair, alors c'est simplement qu'aucune conversion n'a eu lieu, et que nous sommes encore dans la chair! 

Prenons l'exemple de Saül et de David. Saül a désobéi au prophète Samuel à quelques reprises, concernant entre autre, les sacrifices. C'était un péché. David a convoité Bath Scheba, il a commit l'adultère avec elle, il a fait tuer son mari, et David est appelé "un homme selon le coeur de Dieu", tandis que Saül a été rejeté par Dieu. Pourquoi? Tout en nous dit qu'il y a ici une injustice flagrante ! Pourtant, Dieu regarde au coeur, à l'attitude de chacun face à ses péchés. Quelle était l'attitude de Saül face à ses péchés? Désinvolte. 1 Samuel 15 : 30 : "Saül dit encore: J'ai péché! Maintenant, je te prie, honore-moi en présence des anciens de mon peuple et en présence d'Israël; reviens avec moi, et je me prosternerai devant l'Éternel, ton Dieu." Que vois-t-on ici? Nous voyons un homme pour qui l'apparence importe plus que toute autre chose. "Oui, d'accord Samuel, si c'est ce que tu veux entendre, j'ai péché. Allons, maintenant, honore moi, ce que j'ai fait ne peut pas être si terrible".

David lui? Lorsque confronté à ses péchés, dit : "J'ai péché contre l'Éternel!" Et il a écrit le Paume 51, dont voici un extrait : "O Dieu! aie pitié de moi dans ta bonté; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions; lave-moi complètement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché.(...). O Dieu! crée en moi un coeur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé. Ne me rejette pas loin de ta face, ne me retire pas ton esprit saint. Rends-moi la joie de ton salut, et qu'un esprit de bonne volonté me soutienne!" C'est cette attitude du coeur là que Dieu veut voir en nous face au péché qui nous assaille; si cela n'est pas, nous devrions faire attention de ne pas devenir des Saül!

Jésus a dit en Jean 8:34 : "Quiconque se livre au péché est esclave du péché". Et qu'ajoute-t'il ensuite ? "Or, l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison; le fils y demeure toujours". Paul dit en Romains 6: 1-2 : "Que dirons-nous donc? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde? Loin de là! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché?" Celui donc, qui prétend être "fils", être un "saint devant Dieu" mais qui est encore esclave du péché ne demeurera pas toujours dans la maison; il sera jeté dehors. Et il ajoute, verset 36 : "Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres." Non pas libre de pécher comme nous le désirons tout en nous proclamant enfants de Dieu, mais libérés du péché qui nous retenait esclave et dans la mort. Comment cela se fait-il? Par l'oeuvre du Saint-Esprit en nous. Il n'est pas inactif, Il travaille afin de nous rendre semblable à Christ. 

Voici quelques versets qui démontrent que les chrétiens remplis de l'Esprit ne peuvent plus vivre de la même manière qu'avant de connaître le Christ. 2 Corinthiens 3:18 : "Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit." Celui qui est transformés "en la même image" (de Christ) n'est plus redevable à la chair pour en satisfaire toutes les convoitises. Paul dit donc en Romains 8:12-14 : "Frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair. Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez, car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu." Il dit aussi en Galates 5:16-17 : "Je dis donc: Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair. Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez." 

Attention donc, à ceux qui se disent sauvés, qui se réclament de la grâce, mais qui refusent d'être transformés par Dieu. Dieu est saint; permettra-il le péché au Ciel ? Après ce que Jésus a fait à la croix pour nous libérer et nous purifier du péché, Il serait le plus injuste s'il le faisait. C'est pourquoi Paul nous exhorte encore en Colossiens 3:5-7 : "Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre, l'impudicité, l'impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie". Pourquoi nous exhorte-t-il ainsi? C'est très simple; c'est parce que ces choses ne doivent pas se trouver dans la vie du chrétien. Il poursuit: "C'est à cause de ces choses que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion, parmi lesquels vous marchiez autrefois, lorsque vous viviez dans ces péchés".

Des affirmations comme celle que nous avons vu au début de ce texte peuvent sortir de la bouche de personnes qui ont une mauvaise compréhension de l'oeuvre de la grâce de Dieu dans la vie des croyants. Mais pire encore, il se peut que ces personnes se soient inventé un autre évangile, un autre "Jésus" qui n'a rien à voir avec Celui de la Bible. En effet, c'est agréable pour la nature pécheresse de penser que nous pouvons demeurer exactement comme nous étions avant de connaître Christ, tout en accédant à la vie éternelle. Mais alors, pourquoi le prix terrible de la croix ? Si l'homme pécheur peut être sauvé en demeurant esclave du péché, pourquoi toute cette souffrance vécue par Jésus? Pourquoi ce sacrifice de l'Agneau parfait (Hébreux 5:7-8; Matthieu 26:38-45; Esaïe 53)? Pourquoi a-t-il subit la colère de Dieu contre le péché (à notre place, faut-il le rappeler), si le péché est si léger aux yeux de Dieu (selon ces gens) ? 

Quelqu'un a dit que "le pardon n'est pas une permission de pécher ; c'est la puissance de marcher dans la sainteté". Et cela est vrai. Le signe de la vraie repentance n'est pas un seul regret qui a eu lieu il y a 25 ans, mais c'est une vie transformée par l'Esprit. C'est un coeur attristé par ses propres manquements, c'est une conscience pure et alerte qui avertit le chrétien si ce qu'il fait est mal, et, lorsque cela arrive, ce dernier se souvient qu'il a un avocat auprès du Père, donc il court vers Lui afin d'obtenir le pardon de ses péchés et par qui il reçoit la force de lui résister. 

Terminons avec 2 Pierre 1:3-11, qui résume en quelques phrases tout ce que nous venons de dire : "Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu, lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise, à cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété, à la piété l'amour fraternel, à l'amour fraternel la charité. Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais celui en qui ces choses ne sont point est aveugle, il ne voit pas de loin, et il a mis en oubli la purification de ses anciens péchés. C'est pourquoi, frères, appliquez-vous d'autant plus à affermir votre vocation et votre élection; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais. C'est ainsi, en effet, que l'entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera pleinement accordée".

Que le Seigneur nous vienne en aide, afin de bien comprendre Sa parole, et qu'avec l'aide de l'Esprit, nous puissions la mettre en pratique. Amen.

dimanche 11 octobre 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 63e partie

 

3e conseil (de la seconde catégorie). 

Si tu désires marcher dans la pratique de la sincérité, médite souvent sur la simplicité et la sincérité du cœur de Dieu envers ses saints. Quelle pensée plus puissante pourrait nous rendre fidèles à Dieu que la fidélité et la vérité de Dieu envers nous ? Absalom, bien qu'il fût l'un des plus vils hypocrites qui aient jamais vécu, se méfia pourtant de Hushaï lorsque celui-ci vint le rejoindre. "Et Absalom dit à Hushaï : Est-ce là l'amitié que tu témoignes à ton ami ? Pourquoi n'es-tu pas allé avec ton ami ?" (2 Samuel 16:17). 

Sa propre conscience lui disait qu'il était d'une bassesse atroce, lui qui avait trouvé en David un ami si fidèle, de prendre désormais les armes de la rébellion contre lui ; et bien qu'Absalom, en agissant ainsi, ait violé bien plus gravement encore cette loi de l'amour, il se demandait apparemment si quelqu'un d'autre que lui oserait commettre une telle méchanceté. Ainsi, chrétien, lorsque tu sens ton cœur dévier vers une conduite empreinte de duplicité, soumets-le à cette réflexion ; si la grâce de Dieu réside en toi, elle redressera ton cœur et te remettra dans le droit chemin.

Demande à ton âme : "Est-ce là la bonté que tu témoignes à ton ami ?", car tel est l'ami que Dieu a été, qu'il est et qu'il sera assurément pour toi à jamais. Lorsque son peuple pèche, Dieu, pour le confondre, lui demande s'il a donné un motif à une conduite aussi ingrate et déloyale à son égard : "Ainsi parle l'Éternel : Quelle iniquité vos pères ont-ils trouvée en moi, pour s'éloigner de moi ?" (Jérémie 2:5). De même, Moïse, avant de monter sur le mont Nébo pour y mourir, entend faire rendre des comptes à Israël pour toute son hypocrisie, ses murmures et ses horribles rébellions contre Dieu, depuis leur sortie d'Égypte jusqu'à ce jour ; il expose donc les griefs retenus contre eux et détaille les diverses fautes dont ils se sont rendus coupables.

Pour donner plus de poids à chaque point, il commence par révéler la nature du Dieu contre qui ils ont agi de la sorte. Il prépare le terrain pour dénoncer leurs péchés en proclamant la gloire de Dieu, celui-là même qu'ils ont offensé. "Je proclamerai le nom de l'Éternel : rendez gloire à notre Dieu" (Deutéronome 32:3). Il est particulièrement remarquable de voir quel aspect du nom de Dieu il choisit de proclamer pour mieux souligner la gravité de leurs péchés et leur en faire saisir toute l'horreur : "Il est le Rocher ; son œuvre est parfaite... un Dieu de vérité et sans iniquité, il est juste et droit" (verset 4). Il choisit de mettre en avant la vérité et la sincérité du cœur de Dieu à leur égard dans toutes ses interventions, comme autant d'éléments propres à leur inspirer la plus vive honte de leur conduite.

Or, puisque cette réflexion peut puissamment contenir le cœur et le maintenir attaché à Dieu dans la sincérité, je vais exposer comment se manifestent la vérité et la sincérité de l'amour de Dieu envers ses saints ; chacun de ces points nous fournira un argument solide pour être nous-mêmes sincères et droits envers Dieu.

A) La sincérité du cœur de Dieu se manifeste dans le principe qui guide son action et dans le but qu’il poursuit à travers toutes ses dispensations. L’amour est le principe qui motive constamment ses actes, et leur bien, la fin qu’il vise. Le feu de l’amour ne s’éteint jamais dans son cœur, et leur bien ne quitte jamais son regard. Lorsqu’il fronce les sourcils, qu’il réprimande de ses lèvres et qu’il frappe de sa main, son cœur brûle pourtant d’amour et ses pensées méditent la paix à leur égard. 

Ce passage est célèbre à cet égard : "Je reconnaîtrai pour leur bien les déportés de Juda, que j'ai envoyés de ce lieu au pays des Chaldéens ; je fixerai sur eux un regard favorable" (Jérémie 24:5). Or, ce fut l'un des jugements les plus sévères que Dieu ait jamais infligés à son peuple ; pourtant, en cela même, il avait en vue la miséricorde et projetait de leur faire du bien. De même au désert, lorsqu'ils s'en prenaient à Moïse pour les avoir conduits là afin de les faire mourir, ils avaient plus peur que de mal. Dieu leur voulait plus de bien qu'ils ne l'imaginaient. Son dessein était de les humilier afin de leur faire du bien par la suite. 

Dieu est si sincère envers son peuple qu'il lui confie sa propre gloire en gage de sa sécurité. Les vêtements mêmes de sa gloire sont liés à la prospérité et au salut des siens. Il ne veut pas, et, à vrai dire, il ne peut pas se manifester dans toute sa magnificence et sa majesté tant qu'il n'aura pas mené à bien le dessein de miséricorde qu'il a formé pour son peuple. Il choisit de différer le moment où il apparaîtra au monde dans toute sa gloire jusqu'à ce qu'il ait effectivement accompli leur délivrance, afin que lui et eux puissent paraître ensemble dans leur gloire, au même jour. .Quand l'Éternel rebâtira Sion, il apparaîtra dans sa gloire. (Psaume 102:16).

Le soleil demeure glorieux même par les jours les plus nuageux, mais il ne laisse pas paraître cet éclat tant qu'il n'a pas dissipé les nuages ​​qui le dérobent à la vue du monde d'ici-bas. Dieu est glorieux alors même que le monde ne le voit pas, mais sa gloire se manifeste pleinement lorsque l'éclat de sa miséricorde, de sa vérité et de sa fidélité resplendit dans le salut de son peuple. Quelle honte devrait donc couvrir ton visage, ô chrétien, si tu ne visais pas sincèrement, d'un même élan, la gloire de ton Dieu et ton propre bonheur, de telle sorte qu'il ne puisse perdre l'une sans perdre l'autre !

La vérité et la sincérité de Dieu envers son peuple se manifestent dans l'ouverture et la franchise de son cœur à leur égard. Un ami proche mais réservé devient, à juste titre, suspect aux yeux de son compagnon ; mais celui qui porte, pour ainsi dire, une fenêtre de cristal dans sa poitrine (à travers laquelle son ami peut lire les pensées inscrites au plus profond de son cœur) se met à l'abri du moindre soupçon d'infidélité. C'est précisément ainsi que Dieu ouvre son cœur à ses saints. "Le secret de l'Éternel est pour ceux qui le craignent."

Il nous donne la clé qui nous permet de pénétrer dans son cœur même et de connaître ses pensées; celles qu'il nourrissait déjà à notre égard avant même que la première pierre des fondations du monde ne soit posée ; cette clé n'est autre que son Esprit, celui qui connaît "les profondeurs de Dieu" (1 Corinthiens 2:10), car il était présent au conseil céleste où tout a été décidé.

Il a employé son Esprit pour exposer et faire connaître, dans les Écritures qu'il a inspirées, la substance de ces desseins d'amour arrêtés au sein de la Trinité pour notre salut et, afin que rien ne manque à notre contentement, il a établi ce même Saint-Esprit pour demeurer en ses saints : ainsi, tout comme le Christ présente nos désirs au Père depuis le ciel, l'Esprit nous révèle la pensée divine à travers sa Parole; une Parole qui répond au cœur de Dieu "comme le visage répond au visage dans le miroir". Tout ce que l'on recherche chez un véritable ami en matière de franchise et d'ouverture du cœur, Dieu l'accomplit de manière transcendante envers son peuple. Si un danger les menace, il ne peut le leur cacher. "Ton serviteur y trouve un avertissement", dit David en parlant de la Parole de Dieu.

Dieu enverra un messager ou un autre pour donner l'alerte à ses saints, que le danger provienne du péché intérieur ou d'ennemis extérieurs. Ézéchias courait le risque de l'orgueil intérieur. Dieu lui envoie une épreuve pour lui faire "connaître ce qu'il y avait dans son cœur", afin qu'en chutant une fois, il soit préservé de retomber. Satan avait un dessein contre Pierre ; le Christ l'en avertit (Luc 22:31). Si l'un de ses enfants lui déplaît par le péché, il ne dissimule pas son mécontentement (comme le font les faux amis) en affichant une attitude bienveillante tout en nourrissant une rancœur secrète ; non, il le leur dit franchement et les corrige sévèrement, sans pour autant leur garder rancune. 

Lorsqu'il conduit son peuple dans l'affliction, son amour est tel qu'il ne peut les laisser totalement dans l'ignorance quant aux desseins bienveillants qu'il nourrit pour leur délivrance ; au contraire, pour les réconforter dans leur captivité, il leur ouvre son cœur par avance. Nous le voyons bien lors des grandes calamités qui frappèrent l'Église juive en Égypte et à Babylone, ainsi que l'Église de l'Évangile sous le règne de l'Antéchrist : les promesses de délivrance furent énoncées avant même que les souffrances ne surviennent. Lorsque le Christ était sur terre, avec quelle liberté et quelle franchise ne s'adressait-il pas à ses disciples, leur révélant tant les épreuves qui les attendaient que l'issue bienheureuse de celles-ci lors de son retour ! 

Et pourquoi cela, sinon pour les conforter dans la conviction de la sincérité de Son cœur à leur égard, comme l'impliquent ces paroles : "Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit" (Jean 14:2) ? C'est comme s'il avait dit : "Il n'aurait pas été conforme à l'amour sincère que je vous porte de vous cacher quoi que ce soit qu'il vous convienne de savoir, ou de présenter les choses autrement qu'elles ne sont." Et lorsqu'il leur dissimule certaines vérités pour le moment, voyez sa franchise et sa sincérité : il explique que ce voilement ne vient pas d'une réticence à les leur communiquer, mais du fait qu'ils ne sont pas encore en mesure de les supporter.

Toi, chrétien, tire profit de tout cela pour faire preuve d'une plus grande franchise de cœur envers Dieu. Puisqu'il se montre si ouvert et transparent avec toi, serais-tu réservé à son égard ? Ton Dieu te confie les pensées de son cœur ; ne vas-tu pas, en retour, épancher toute ton âme devant lui ? Oserais-tu ne pas lui confier tes secrets, alors qu'il t'associe à ses desseins d'amour et de miséricorde ? En un mot, comment oserais-tu, sans honte, nourrir et cacher en ton âme quelque désir perfide, alors que son amour l'empêche de te dissimuler le moindre danger ? Dieu, qui observe avec une fidélité absolue les lois de l'amitié envers son peuple, attend de celui-ci une franchise semblable.

La sincérité du cœur de Dieu et de son affection pour son peuple se manifeste dans l'immutabilité de son amour. Tout comme il n'y a "aucune ombre de variation" dans l'être de Dieu, il n'y en a pas non plus dans l'amour qu'il porte à son peuple. Son amour ne connaît aucune fluctuation ; il demeure inébranlable. Tel le soleil à Gabaon, il ne se couche ni ne décline, mais conserve toute sa vigueur ; "Je te témoignerai ma compassion avec une bonté éternelle, dit l'Éternel, ton Rédempteur" (Ésaïe 54:8).

L'homme, inconstant, se repent de son amour. L'affection la plus ardente finit par refroidir dans son cœur. Chez la créature, l'amour est semblable au feu de l'âtre : tantôt il flambe, tantôt il vacille et s'éteint ; mais en Dieu, il est comme le feu élémentaire, qui ne s'éteint jamais. Chez la créature, il ressemble à l'eau d'une rivière qui monte et qui descend ; mais en Dieu, il est comme l'eau de la mer, toujours pleine, sans flux ni reflux. Rien ne peut détourner son amour de l'objet sur lequel il s'est porté ; il ne peut être ni corrompu ni vaincu.

On a tenté l'un et l'autre, mais en vain.

Son amour est incorruptible. Certains ont osé tenter Dieu, et courtiser (voire soudoyer) "le Saint d’Israël" pour qu’il abandonne son peuple et se détourne de lui. C’est ainsi que Balaam entreprit de rallier Dieu au camp de Balak contre Israël ; pour y parvenir, il ne ménagea aucune dépense, érigeant autel sur autel et multipliant les sacrifices. Que n’auraient-ils pas fait pour obtenir ne serait-ce qu’une parole ou deux de la bouche de Dieu contre son peuple ? Mais Dieu leur demeura fidèle ; bien plus, il marqua la nation de Balak du sceau de son mécontentement pour avoir soudoyé Balaam et l’avoir envoyé auprès de lui avec une telle mission (Deutéronome 23:4).

Dans ce passage, nous voyons Dieu rappeler à son peuple sa sollicitude, afin de maintenir en eux la conviction de son amour sincère et inébranlable à leur égard : "Mon peuple, souviens-toi de ce que projetait Balak, roi de Moab, et de ce que lui répondit Balaam, fils de Beor, depuis Shittim jusqu’à Guilgal" (Michée 6:5). Et pourquoi devaient-ils s’en souvenir ? "Afin que vous connaissiez la justice de l’Éternel" ; c’est-à-dire, afin que vous sachiez quel Dieu véridique et fidèle j’ai été pour vous. Parfois, il s’en sert pour les inciter à la sincérité envers lui, à l’image de la fidélité dont il a fait preuve à leur égard (Josué 24:9) ; il leur raconte comment Balak envoya Balaam pour amener Dieu à les maudire, mais, dit l’Éternel, "je ne voulus pas l’écouter" ; au contraire, "je fis en sorte que celui qui était venu pour vous maudire prononce lui-même une bénédiction sur vous et sur les vôtres".

Et pourquoi ce récit est-il mentionné ? Voyez le verset 14 : "Maintenant donc, craignez l’Éternel et servez-le avec sincérité et vérité", une conclusion tout à fait naturelle et raisonnable découlant de la vérité et de la fidélité de Dieu. Ô chrétien ! Si tu veux que ton amour pour Dieu devienne incorruptible, embaume-le souvent, dans tes pensées, des doux aromates de l’amour sincère que Dieu te porte, un amour immortel, exempt de toute corruption.

Crois que Dieu est fidèle envers toi, et sois-lui infidèle si tu l’oses. C’est un contresens et une aberration en matière d’amour que de répondre à la fidélité par la fausseté.

L'amour de Dieu pour ses saints est invincible. Ce qui le met le plus à l'épreuve, ce n'est pas la puissance des ennemis de son peuple (qu'il s'agisse d'hommes ou de démons) mais les péchés de ce même peuple. Dieu ne fait aucun cas de leur puissance et de leur fureur réunies ; en vérité, ce sont les péchés de son peuple qui mettent l'omnipotence elle-même à l'épreuve. Jamais nous n'entendons Dieu gémir ou se plaindre de la puissance de ses ennemis, tandis qu'il le fait souvent, avec tristesse, au sujet des péchés et de l'ingratitude de son peuple.

Ces choses lui pèsent ; elles lui brisent le cœur et le poussent à s'écrier, pour employer une expression humaine, comme s'il était dans l'incertitude, ne sachant que faire : les aimer ou les abandonner, opter pour leur vie ou pour leur mort. Toutefois, quels que soient les termes que Dieu emploie pour faire prendre conscience à son peuple de la gravité de son ingratitude, il n'est nullement désemparé quant à la conduite à tenir en pareille circonstance.

Son amour oriente ses pensées en faveur du peuple de son alliance, alors même que leur conduite le mérite le moins (Osée 11:9). Le diable crut avoir assez d'arguments contre Josué lorsqu'il trouva une souillure sur son vêtement ; il s'empressa de rapporter l'affaire et de montrer à Dieu dans quel état de saleté se trouvait son enfant (Zacharie 3:6). Il s'attendait à voir Dieu se retourner contre lui, mais il se trompait ; car loin de provoquer la colère divine, cela suscita la compassion de Dieu : au lieu d'une rupture, Josué trouva le Christ intercédant pour lui.

Médite là-dessus, chrétien. L'amour de Dieu est-il si invincible que tes propres péchés ne puissent rompre ni dénouer le lien de l'alliance qui t'unit à Lui ? Et n'as-tu pas honte de ton inconstance à son égard ? Tu devrais t'efforcer de faire en sorte que l'image même de l'amour de ton Père céleste soit plus clairement imprimée sur ton propre amour pour lui. 

De même que rien ne saurait triompher de l'amour qu'il te porte, ne laisse rien non plus nuire à l'amour que tu lui voues. Dis à ton âme : "Ne m'attacherais-je pas fermement à Dieu lorsqu'il me cache sa face, lui qui ne m'a pas rejeté alors que, par le péché, je lui avais tourné le dos ? Ne rendrais-je pas témoignage à sa vérité et à son nom, quand d'autres délaissent l'une et outragent l'autre, lui qui a entretenu la flamme de son amour pour moi alors que je le déshonorais ? Quoi ! Dieu est encore à mes côtés et se montre bienveillant envers moi après de telles défections ; et j'irais encore attrister son Esprit et bafouer son amour par de nouveaux manquements à mon devoir ? À Dieu ne plaise ! Ce serait faire tout mon possible pour rendre Dieu complice de mon péché, en faisant de son amour le combustible de ma faute."

4e conseil. 

Si tu veux marcher dans la sincérité, garde-toi des péchés de présomption. Ceux-ci portent l'atteinte la plus grave à la droiture ; bien plus, ils sont incompatibles avec elle : "Préserve aussi ton serviteur des péchés de présomption ; qu'ils n'aient point d'empire sur moi ! Alors je serai intègre" (Psaume 19:13). Un seul acte de présomption est incompatible avec l'exercice de la droiture, comme nous le voyons chez David qui, par ce seul péché odieux de meurtre, perdit l'usage immédiat de sa droiture et se comporta, à cet égard, tout comme l'un des insensés d'Israël ; cela demeure ainsi la seule exception au témoignage général que Dieu rendit à sa droiture : "Parce que David avait fait ce qui est droit aux yeux de l'Éternel et ne s'était détourné d'aucun de ses commandements durant toute sa vie, si ce n'est dans l'affaire d'Urie, le Héthien" (1 Rois 15:5).

En d'autres termes, aucun autre péché qu'il a commis ne comportait une telle présomption ; ils sont donc écartés de cette comparaison, car ils n'ont pas porté atteinte à sa droiture comme l'a fait ce péché unique. De même qu'un acte de péché présomptueux est incompatible avec une droiture réelle, une droiture habituelle s'accorde très difficilement avec une présomption habituelle. 

Si un seul acte de péché commis avec présomption (une seule gorgée, pour ainsi dire, de cette coupe empoisonnée) corrompt si tristement l'âme d'un croyant et altère à ce point son état spirituel qu'il ne se reconnaît plus lui-même, combien mortel ne doit-il pas être pour toute droiture d'y boire jour après jour ? C'est pourquoi, tout comme Daniel "résolut dans son cœur de ne pas se souiller par les mets du roi" (Daniel 1:8), impose-toi chaque jour un saint engagement : celui de ne te souiller par aucun péché de présomption. Car, en vérité, c'est là proprement "les mets du roi" (je veux dire, ceux du diable, ce prince des ténèbres qui ne peut lui-même commettre que des péchés de présomption et qui s'efforce avant tout de souiller les âmes en les faisant manger de ce plat).

Dis, comme Augustin dans une autre circonstance : "Errare possum, hæreticus esse nolo"; "Je peux me tromper, mais je suis résolu à ne pas être hérétique". Je peux avoir bien des défaillances, mais par la grâce de Dieu, je m'efforcerai de ne pas être un pécheur présomptueux. Et si tu ne veux pas tomber dans le péché de présomption, prends garde de ne pas prendre à la légère les moindres péchés. Lorsque le cœur de David le frappa de remords pour avoir déchiré le pan du manteau de Saül, il s'arrêta et fit sagement marche arrière. Sa conscience sensible lui adressa un avertissement intérieur pour ce geste, l'empêchant ainsi de lui trancher la gorge et de lui ôter la vie, laquelle valait bien mieux qu'un vêtement.

Mais une autre fois, alors que sa conscience était plus engourdie et ne lui rendait pas ce service bienveillant, le laissant plutôt jeter des regards concupiscents sur Bath-Schéba sans l'alerter du danger, cet homme de bien, tel celui qui perd ses sens et a la tête qui tourne au premier faux pas sur une pente abrupte, ne put se ressaisir ; il bascula d'un péché à l'autre jusqu'à tomber finalement dans l'abîme du meurtre. Lorsque la rivière est gelée, un homme ose marcher et courir là où il n'oserait poser le pied si la glace était fondue ou brisée. Ô, lorsque le cœur d'un homme pieux s'endurcit au point qu'il peut s'appuyer sur une infirmité, aussi minime soit-elle, sans que sa conscience ne se rompe sous lui, jusqu'où peut-il aller ! Je tremble à la pensée du péché dans lequel il risque de tomber!

5e conseil. Si tu veux marcher dans la pratique de ta sincérité, élève-toi au-dessus de l'amour et de la crainte du monde. La sincérité du chrétien ne s'éclipse pas sans que les choses terrestres ne viennent s'interposer entre Dieu et son âme. 

1) Élevez-vous au-dessus de l'amour du monde. C'est un terreau propice à l'éclosion de l'hypocrisie. Si le cœur s'attache avec véhémence à quelque bien de ce monde et décide impérieusement de le posséder (il me faut tel revenu annuel, tel honneur) et que l'homme commence, à l'instar d'Achab, à dépérir de désir pour ces choses, alors il court un grand risque d'écouter le premier mauvais conseil que Satan ou la chair lui souffle pour parvenir à ses fins, au mépris de sa droiture. Le chasseur ne se soucie guère du chemin qu'il emprunte; il franchit haies et fossés d'un bond, pourvu qu'il attrape le lièvre. Il est étonnant, je l'avoue, qu'un saint puisse être à ce point attiré par les biens de ce monde alors qu'il a reçu en son sein le parfum des onguents du Christ.

On pourrait penser que ce doux parfum (émanant avec tant d'ardeur de ces parterres d'épices et de promesses) gâcherait la traque que le chrétien mène à la poursuite des plaisirs créés, et qu'une senteur empêcherait de percevoir l'autre. Ces douceurs plus pures (ce souffle du Christ et du ciel qui les imprègne) devraient emplir les sens du chrétien au point que les autres jouissances, à la saveur plus grossière et terrestre, ne puissent plus flatter son odorat ; cela est certes vrai et certain tant que le chrétien garde ses sens spirituels en éveil et en exercice.

Mais hélas ! tout comme un rhume peut obstruer les narines et paralyser les sens, la négligence du chrétien peut engendrer un mal spirituel qui entrave fâcheusement ces sens (je veux dire ces grâces) chargés de discerner les choses. Dès lors, lorsque le chrétien n'est plus disposé à goûter ces douceurs pures, le diable saisit l'occasion de faire surgir une jouissance terrestre et de la placer sous ses yeux ; la chair en hume aussitôt l'odeur et entraîne le pauvre chrétien à sa poursuite, jusqu'à ce que la grâce retrouve quelque vigueur et qu'il abandonne la chasse, accablé de honte et de tristesse. 

2) Élevez-vous au-dessus de la peur du monde. La crainte des hommes tend un piège. Le lâche se réfugie dans n'importe quel trou, aussi déshonorant soit-il, pourvu qu'il échappe à ce qu'il redoute ; et lorsque les plus saints tombent sous l'emprise de cette tentation, ils ressemblent trop aux autres hommes. Dans un élan de peur, Abraham use de dissimulation envers Abimélec. De même Pierre, alors que ce n'était pas sa vie mais sa réputation qui semblait quelque peu menacée, ne "marcha pas avec droiture selon la vérité de l'Évangile". Il ne marcha pas avec l'assurance qui sied à un homme si saint, mais fit un pas en avant puis un pas en arrière, comme s'il n'était pas sûr de sa voie : tantôt il mangeait avec les païens, tantôt il se retirait. Qu'est-ce qui le poussa à dissimuler ainsi et à hésiter dans sa marche ? Rien d'autre qu'une soudaine frayeur qui envahit son cœur, comme on peut le voir en comparant les versets 12 et 14 du chapitre 2 de l'épître aux Galates : "craignant les circoncis", il usa de dissimulation et entraîna d'autres personnes avec lui. 

6e conseil. Si tu veux marcher dans la sincérité, veille attentivement sur ton cœur au cours de ta marche quotidienne. L'hypocrisie est une mauvaise herbe qui infecte même le meilleur sol ; elle exige des soins et un entretien constants pour être tenue en échec. Celui qui monte un cheval sujet à trébucher doit garder les yeux sur le chemin et la main sur la bride. 

Tel est ton cœur, ô chrétien. Oui, il trébuche souvent sur le chemin le plus sûr, au moment où tu t'y attends le moins ; veille donc sur lui et tiens-le en bride serrée : "Garde ton cœur plus que toute autre chose" (Proverbes 4:23). Le serviteur reste dans le droit chemin lorsqu'il voyage en compagnie de son maître ; mais s'il est envoyé seul en mission, il se laisse aller à des écarts. Bien des faux pas et des égarements dans ta marche quotidienne pourraient être évités si tu marchais en ta propre compagnie; je veux dire, si tu observais ta propre personne et ta conduite. À cet égard, la plupart des gens sont comme étrangers à eux-mêmes ; ils ignorent leur propre conduite tout autant que leur propre visage.

Tous ceux qui les côtoient les connaissent mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes, ce qui est une honte effroyable. Et ne te laisse pas aller à cette vaine pensée qu'étant sincère, tu n'as pas besoin de surveiller ton cœur de si près ; comme si ton cœur, bien que renouvelé par la grâce, ne pouvait pas te trahir, toi et Dieu. Salomon ne marque-t-il pas du sceau de la folie quiconque "se fie à son propre cœur" ? Si tu es sincère, comme tu le prétends, je ne peux croire qu'une telle illusion puisse l'emporter sur toi. Ce sont les ignorants et les impies, dont le cœur est foncièrement mauvais, qui le vantent comme étant bon. Mais c'est là une marque de la bonté d'un cœur véritablement rendu bon par la grâce : discerner davantage sa propre corruption et s'en plaindre davantage.

Soumets donc souvent ton cœur à l'examen et fais-en le bilan avec sérieux. Celui qui ne demande pas de temps à autre à son serviteur quelle somme il a entre les mains l'incite à devenir un voleur. Certes, je lis qu'au temps du bon Jehojada, on confiait l'argent destiné à la réparation du Temple à des hommes sans même exiger de comptes sur la manière dont ils le dépensaient, "car ils agissaient avec fidélité" (2 Rois 12:15). Mais il ne serait pas sage d'agir ainsi avec ton cœur, de peur qu'il n'accumule envers Dieu et ta propre conscience une dette que tu ne pourras pas effacer à la hâte.

Dieu place entre tes mains de nombreux talents; la santé, la liberté, les jours de repos, les ordonnances, la communion des saints et autres bienfaits, pour la restauration de ton temple spirituel, c'est-à-dire l'œuvre de la grâce en toi. Demande maintenant à ton âme comment chacun de ces dons a été employé ; peut-être constateras-tu qu'une partie de cet argent a été dépensée sans que l'œuvre ait pour autant progressé. Il est de ton intérêt d'y veiller, car Dieu exigera des comptes, même si toi, par indulgence envers ton cœur trompeur, tu négliges de le faire.

Nous en avons fini avec la seconde catégorie de personnes : celles qui, après examen, voient leur conscience témoigner de leur droiture.