dimanche 18 octobre 2026

Le pécheur impénitent au paradis ?!

 

"Une fois sauvé, toujours sauvé", dit l'homme avec enthousiasme, alors qu'il vient de déclarer : "Si la dernière chose qu'un homme "saint devant Dieu" fait avant de mourir est un vol, et qu'il meure durant le vol qu'il est en train de faire, alors il s'en va directement au paradis, parce qu'il est un saint".

C'est comme si nous disions: "Si la dernière chose qu'un homme "saint devant Dieu" fait avant de mourir est de tromper sa femme et tuer le mari de sa maitresse, alors il ira tout droit au paradis, parce qu'il est un saint".

Nous voyons comment il est facile de se tromper soi-même avec une mauvaise compréhension de la grâce de Dieu, et le refus de comprendre la nécessité, voire même l'obligation de la repentance tous les jours de la vie du chrétien. Non seulement cela le garde-t-il dans une attitude humble devant Dieu, mais son cœur ne s'endurcit pas aussi facilement que celui de l'autre, car il est attristé lorsqu'il fait quelque chose de mal, tandis que l'autre, qui croit que, parce qu'il s'est repentit une fois, il y a peut-être 25 ans, il n'est plus nécessaire pour lui de se repentir de nouveau, s'endurcit dans ses péchés, car il a une attitude tout à fait désinvolte face au péché; il n'a aucun regret pour tout ce qu'il fait de mal et qui déshonore le nom de Dieu. 

Comme notre exemple du début nous le montre, il ne voit même plus la gravité du péché et comment le péché prive Dieu de la gloire qui lui revient. Comment le "saint" pourrait-il encore être un voleur, ou un adultère, ou un meurtrier, après des années de marche chrétienne? Dieu ne fait-il pas de nous des nouvelles créatures? Toutes choses ne sont-elles pas faites nouvelles en Christ? Bien sûr, il peut arriver au chrétien de trébucher, c'est la raison pour laquelle Jean dira en 1 Jean 1:9 : "Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité." Et encore, en 1 Jean 2: 1 : "Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste".

Mais attention, Jean ajoutera aux versets 28 et 29 : "Et maintenant, petits enfants, demeurez en lui, afin que, lorsqu'il paraîtra, nous ayons de l'assurance, et qu'à son avènement nous ne soyons pas confus et éloignés de lui. Si vous savez qu'il est juste, reconnaissez que quiconque pratique la justice est né de lui." Quiconque pratique la justice. Est-ce que le péché volontaire prouve que nous "pratiquons la justice" ? Voler, mentir, être hypocrites, être un adultère serait justice devant Dieu? Certainement pas! 

Dieu serait il trop faible pour nous permettre de cesser de pécher? Paul dit pourtant à l'Église de Corinthe : "Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront point le royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas: ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les cupides, ni les ivrognes, ni les outrageux, ni les ravisseurs, n'hériteront le royaume de Dieu". Et il ajoute aussitôt au verset 11 : "Et c'est là ce que vous étiez, quelques-uns de vous". C'est à dire que, maintenant qu'ils sont chrétiens, ils ne sont plus des voleurs, ni des idolâtre, etc. Et il continue, disant: "Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ, et par l'Esprit de notre Dieu".

Une personne lavée, sanctifiée, peut-elle continuer dans les péchés qu'elle pratiquait avant d'avoir été lavée ? Mais alors, pourquoi Pierre nous met-il en garde en ces termes si sévère en 2 Pierre 2:20-22 : "En effet, si, après s'être retirés des souillures du monde, par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s'y engagent de nouveau et sont vaincus, leur dernière condition est pire que la première. Car mieux valait pour eux n'avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l'avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné. Il leur est arrivé ce que dit un proverbe vrai: Le chien est retourné à ce qu'il avait vomi, et la truie lavée s'est vautrée dans le bourbier".

Comment concilier ces passages avec cette affirmation comme quoi le pseudo "saint" devant Dieu pourrait continuer de pécher volontairement et aller au paradis, sans même avoir le temps de se repentir ? "Mais", répond l'homme, "c'est cela, la folie de la croix, la folie de l'Évangile". La folie de la croix serait donc que nous pouvons nous moquer de la grâce de Dieu en demeurant dans nos péchés pour lesquels le Christ est expressément venu à la croix pour nous délivrer? 

Comprenons bien ceci: Dieu peut, et va sauver des pécheurs. Nous sommes tous pécheurs! Mais ce que nous étions, avant de connaître Christ, ne doit plus définir qui nous sommes après L'avoir connu et avoir marché avec Lui. C'est impossible! Car ce qui est ancien disparait, et Dieu fait toutes choses nouvelles en nous. "Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles" (2 Corinthiens 5:17).

Romains 12:2 nous dit aussi : "Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait." Nous sommes renouvelés dans l'intelligence, afin de discerner la volonté de Dieu. La volonté de Dieu serait-elle alors que nous poursuivions dans nos voies de péchés après avoir connu Christ? Certainement pas! Nous sommes ici bas pour glorifier Dieu; nous le servons au milieu d'une génération perverse et corrompue. Nous ne le servons pas en vivant comme le monde, mais en "portant la parole de vie et en brillant comme des flambeaux dans le monde" (Philippiens 2:15-16).  C'est pourquoi Paul dit en 2 Corinthiens 5: 20 : "Nous faisons donc les fonctions d'ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!"

Nous sommes appelés à être des ambassadeurs pour Christ. Un ambassadeur d'un pays étranger pris à voler et pris dans toutes sortes de scandales, ferait-il honneur au pays qu'il est censé représenter ? Non! Il est fort possible qu'il serait immédiatement relevé de ses fonctions et qu'il serait ramené en disgrâce dans son pays, et il serait ensuite remplacé par un autre qui ferait honneur à son pays par son comportement. Dieu, dans Sa grâce, est quand même plus patient que les hommes, mais ce qu'Il désire, c'est de transformer nos pensées et nos désirs, et s'Il est réellement à l'oeuvre en nous, alors un changement radical se produira dans nos vies; nous ne voudrons plus rien savoir de ces péchés qui déshonorent Son saint nom.

C'est impossible que la grâce de Dieu à l'oeuvre en une personne n'aboutisse pas en une transformation de tout son système de valeur, de pensée et d'actions. Plus nous lisons la Bible, plus nous prions, plus nous aimerons ce qu'Il aime, et plus nous haïrons ce qu'Il hait. C'est pourquoi Paul dit en Romains 12:9 : "Ayez le mal en horreur; attachez-vous fortement au bien." Au verset 11 : "Soyez fervents d'esprit. Servez le Seigneur." Comment sert-on le Seigneur? En péchant volontairement, puisque, de toute manière, après avoir "cru", nous serions en quelque sorte des "saints" devant Dieu ? Servons-nous le Seigneur en faisant du mal à autrui? Rien que d'y penser est une aberration pour l'âme attachée au Seigneur! Jacques nous dit que notre foi doit être appuyée par des œuvres (Jacques 2:18), et Paul nous dit en Éphésiens 2:10 : "Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes oeuvres, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions". Dieu n'a jamais préparé d'ouvres pécheresses pour nous, afin que nous les pratiquions. Quelle folie!

Est-ce à dire que nous ne péchons plus jamais? Non, mais les Écritures sont claires sur le fait que nous devons voir un changement dans nos vies et dans celles de ceux qui prétendent être de Christ, après avoir connu Christ. Les choses anciennes doivent disparaître, nous ne pouvons jamais rester les mêmes après notre conversion, c'est impossible, car la grâce de Dieu, "source de salut pour tous les hommes, a été manifestée. Elle nous enseigne à renoncer à l'impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent selon la sagesse, la justice et la piété, en attendant la bienheureuse espérance, et la manifestation de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ" (Tite 2:11-13). Jésus nous dit bien que "nous reconnaissons les arbres à leurs fruits". Si nos fruits sont toujours ceux de la chair, alors c'est simplement qu'aucune conversion n'a eu lieu, et que nous sommes encore dans la chair! 

Prenons l'exemple de Saül et de David. Saül a désobéi au prophète Samuel à quelques reprises, concernant entre autre, les sacrifices. C'était un péché. David a convoité Bath Scheba, il a commit l'adultère avec elle, il a fait tuer son mari, et David est appelé "un homme selon le coeur de Dieu", tandis que Saül a été rejeté par Dieu. Pourquoi? Tout en nous dit qu'il y a ici une injustice flagrante ! Pourtant, Dieu regarde au coeur, à l'attitude de chacun face à ses péchés. Quelle était l'attitude de Saül face à ses péchés? Désinvolte. 1 Samuel 15 : 30 : "Saül dit encore: J'ai péché! Maintenant, je te prie, honore-moi en présence des anciens de mon peuple et en présence d'Israël; reviens avec moi, et je me prosternerai devant l'Éternel, ton Dieu." Que vois-t-on ici? Nous voyons un homme pour qui l'apparence importe plus que toute autre chose. "Oui, d'accord Samuel, si c'est ce que tu veux entendre, j'ai péché. Allons, maintenant, honore moi, ce que j'ai fait ne peut pas être si terrible".

David lui? Lorsque confronté à ses péchés, dit : "J'ai péché contre l'Éternel!" Et il a écrit le Paume 51, dont voici un extrait : "O Dieu! aie pitié de moi dans ta bonté; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions; lave-moi complètement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché.(...). O Dieu! crée en moi un coeur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé. Ne me rejette pas loin de ta face, ne me retire pas ton esprit saint. Rends-moi la joie de ton salut, et qu'un esprit de bonne volonté me soutienne!" C'est cette attitude du coeur là que Dieu veut voir en nous face au péché qui nous assaille; si cela n'est pas, nous devrions faire attention de ne pas devenir des Saül!

Jésus a dit en Jean 8:34 : "Quiconque se livre au péché est esclave du péché". Et qu'ajoute-t'il ensuite ? "Or, l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison; le fils y demeure toujours". Paul dit en Romains 6: 1-2 : "Que dirons-nous donc? Demeurerions-nous dans le péché, afin que la grâce abonde? Loin de là! Nous qui sommes morts au péché, comment vivrions-nous encore dans le péché?" Celui donc, qui prétend être "fils", être un "saint devant Dieu" mais qui est encore esclave du péché ne demeurera pas toujours dans la maison; il sera jeté dehors. Et il ajoute, verset 36 : "Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres." Non pas libre de pécher comme nous le désirons tout en nous proclamant enfants de Dieu, mais libérés du péché qui nous retenait esclave et dans la mort. Comment cela se fait-il? Par l'oeuvre du Saint-Esprit en nous. Il n'est pas inactif, Il travaille afin de nous rendre semblable à Christ. 

Voici quelques versets qui démontrent que les chrétiens remplis de l'Esprit ne peuvent plus vivre de la même manière qu'avant de connaître le Christ. 2 Corinthiens 3:18 : "Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par le Seigneur, l'Esprit." Celui qui est transformés "en la même image" (de Christ) n'est plus redevable à la chair pour en satisfaire toutes les convoitises. Paul dit donc en Romains 8:12-14 : "Frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair. Si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l'Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez, car tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu." Il dit aussi en Galates 5:16-17 : "Je dis donc: Marchez selon l'Esprit, et vous n'accomplirez pas les désirs de la chair. Car la chair a des désirs contraires à ceux de l'Esprit, et l'Esprit en a de contraires à ceux de la chair; ils sont opposés entre eux, afin que vous ne fassiez point ce que vous voudriez." 

Attention donc, à ceux qui se disent sauvés, qui se réclament de la grâce, mais qui refusent d'être transformés par Dieu. Dieu est saint; permettra-il le péché au Ciel ? Après ce que Jésus a fait à la croix pour nous libérer et nous purifier du péché, Il serait le plus injuste s'il le faisait. C'est pourquoi Paul nous exhorte encore en Colossiens 3:5-7 : "Faites donc mourir les membres qui sont sur la terre, l'impudicité, l'impureté, les passions, les mauvais désirs, et la cupidité, qui est une idolâtrie". Pourquoi nous exhorte-t-il ainsi? C'est très simple; c'est parce que ces choses ne doivent pas se trouver dans la vie du chrétien. Il poursuit: "C'est à cause de ces choses que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion, parmi lesquels vous marchiez autrefois, lorsque vous viviez dans ces péchés".

Des affirmations comme celle que nous avons vu au début de ce texte peuvent sortir de la bouche de personnes qui ont une mauvaise compréhension de l'oeuvre de la grâce de Dieu dans la vie des croyants. Mais pire encore, il se peut que ces personnes se soient inventé un autre évangile, un autre "Jésus" qui n'a rien à voir avec Celui de la Bible. En effet, c'est agréable pour la nature pécheresse de penser que nous pouvons demeurer exactement comme nous étions avant de connaître Christ, tout en accédant à la vie éternelle. Mais alors, pourquoi le prix terrible de la croix ? Si l'homme pécheur peut être sauvé en demeurant esclave du péché, pourquoi toute cette souffrance vécue par Jésus? Pourquoi ce sacrifice de l'Agneau parfait (Hébreux 5:7-8; Matthieu 26:38-45; Esaïe 53)? Pourquoi a-t-il subit la colère de Dieu contre le péché (à notre place, faut-il le rappeler), si le péché est si léger aux yeux de Dieu (selon ces gens) ? 

Quelqu'un a dit que "le pardon n'est pas une permission de pécher ; c'est la puissance de marcher dans la sainteté". Et cela est vrai. Le signe de la vraie repentance n'est pas un seul regret qui a eu lieu il y a 25 ans, mais c'est une vie transformée par l'Esprit. C'est un coeur attristé par ses propres manquements, c'est une conscience pure et alerte qui avertit le chrétien si ce qu'il fait est mal, et, lorsque cela arrive, ce dernier se souvient qu'il a un avocat auprès du Père, donc il court vers Lui afin d'obtenir le pardon de ses péchés et par qui il reçoit la force de lui résister. 

Terminons avec 2 Pierre 1:3-11, qui résume en quelques phrases tout ce que nous venons de dire : "Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu, lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise, à cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété, à la piété l'amour fraternel, à l'amour fraternel la charité. Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Mais celui en qui ces choses ne sont point est aveugle, il ne voit pas de loin, et il a mis en oubli la purification de ses anciens péchés. C'est pourquoi, frères, appliquez-vous d'autant plus à affermir votre vocation et votre élection; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais. C'est ainsi, en effet, que l'entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ vous sera pleinement accordée".

Que le Seigneur nous vienne en aide, afin de bien comprendre Sa parole, et qu'avec l'aide de l'Esprit, nous puissions la mettre en pratique. Amen.

dimanche 11 octobre 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 63e partie

 

3e conseil (de la seconde catégorie). 

Si tu désires marcher dans la pratique de la sincérité, médite souvent sur la simplicité et la sincérité du cœur de Dieu envers ses saints. Quelle pensée plus puissante pourrait nous rendre fidèles à Dieu que la fidélité et la vérité de Dieu envers nous ? Absalom, bien qu'il fût l'un des plus vils hypocrites qui aient jamais vécu, se méfia pourtant de Hushaï lorsque celui-ci vint le rejoindre. "Et Absalom dit à Hushaï : Est-ce là l'amitié que tu témoignes à ton ami ? Pourquoi n'es-tu pas allé avec ton ami ?" (2 Samuel 16:17). 

Sa propre conscience lui disait qu'il était d'une bassesse atroce, lui qui avait trouvé en David un ami si fidèle, de prendre désormais les armes de la rébellion contre lui ; et bien qu'Absalom, en agissant ainsi, ait violé bien plus gravement encore cette loi de l'amour, il se demandait apparemment si quelqu'un d'autre que lui oserait commettre une telle méchanceté. Ainsi, chrétien, lorsque tu sens ton cœur dévier vers une conduite empreinte de duplicité, soumets-le à cette réflexion ; si la grâce de Dieu réside en toi, elle redressera ton cœur et te remettra dans le droit chemin.

Demande à ton âme : "Est-ce là la bonté que tu témoignes à ton ami ?", car tel est l'ami que Dieu a été, qu'il est et qu'il sera assurément pour toi à jamais. Lorsque son peuple pèche, Dieu, pour le confondre, lui demande s'il a donné un motif à une conduite aussi ingrate et déloyale à son égard : "Ainsi parle l'Éternel : Quelle iniquité vos pères ont-ils trouvée en moi, pour s'éloigner de moi ?" (Jérémie 2:5). De même, Moïse, avant de monter sur le mont Nébo pour y mourir, entend faire rendre des comptes à Israël pour toute son hypocrisie, ses murmures et ses horribles rébellions contre Dieu, depuis leur sortie d'Égypte jusqu'à ce jour ; il expose donc les griefs retenus contre eux et détaille les diverses fautes dont ils se sont rendus coupables.

Pour donner plus de poids à chaque point, il commence par révéler la nature du Dieu contre qui ils ont agi de la sorte. Il prépare le terrain pour dénoncer leurs péchés en proclamant la gloire de Dieu, celui-là même qu'ils ont offensé. "Je proclamerai le nom de l'Éternel : rendez gloire à notre Dieu" (Deutéronome 32:3). Il est particulièrement remarquable de voir quel aspect du nom de Dieu il choisit de proclamer pour mieux souligner la gravité de leurs péchés et leur en faire saisir toute l'horreur : "Il est le Rocher ; son œuvre est parfaite... un Dieu de vérité et sans iniquité, il est juste et droit" (verset 4). Il choisit de mettre en avant la vérité et la sincérité du cœur de Dieu à leur égard dans toutes ses interventions, comme autant d'éléments propres à leur inspirer la plus vive honte de leur conduite.

Or, puisque cette réflexion peut puissamment contenir le cœur et le maintenir attaché à Dieu dans la sincérité, je vais exposer comment se manifestent la vérité et la sincérité de l'amour de Dieu envers ses saints ; chacun de ces points nous fournira un argument solide pour être nous-mêmes sincères et droits envers Dieu.

A) La sincérité du cœur de Dieu se manifeste dans le principe qui guide son action et dans le but qu’il poursuit à travers toutes ses dispensations. L’amour est le principe qui motive constamment ses actes, et leur bien, la fin qu’il vise. Le feu de l’amour ne s’éteint jamais dans son cœur, et leur bien ne quitte jamais son regard. Lorsqu’il fronce les sourcils, qu’il réprimande de ses lèvres et qu’il frappe de sa main, son cœur brûle pourtant d’amour et ses pensées méditent la paix à leur égard. 

Ce passage est célèbre à cet égard : "Je reconnaîtrai pour leur bien les déportés de Juda, que j'ai envoyés de ce lieu au pays des Chaldéens ; je fixerai sur eux un regard favorable" (Jérémie 24:5). Or, ce fut l'un des jugements les plus sévères que Dieu ait jamais infligés à son peuple ; pourtant, en cela même, il avait en vue la miséricorde et projetait de leur faire du bien. De même au désert, lorsqu'ils s'en prenaient à Moïse pour les avoir conduits là afin de les faire mourir, ils avaient plus peur que de mal. Dieu leur voulait plus de bien qu'ils ne l'imaginaient. Son dessein était de les humilier afin de leur faire du bien par la suite. 

Dieu est si sincère envers son peuple qu'il lui confie sa propre gloire en gage de sa sécurité. Les vêtements mêmes de sa gloire sont liés à la prospérité et au salut des siens. Il ne veut pas, et, à vrai dire, il ne peut pas se manifester dans toute sa magnificence et sa majesté tant qu'il n'aura pas mené à bien le dessein de miséricorde qu'il a formé pour son peuple. Il choisit de différer le moment où il apparaîtra au monde dans toute sa gloire jusqu'à ce qu'il ait effectivement accompli leur délivrance, afin que lui et eux puissent paraître ensemble dans leur gloire, au même jour. .Quand l'Éternel rebâtira Sion, il apparaîtra dans sa gloire. (Psaume 102:16).

Le soleil demeure glorieux même par les jours les plus nuageux, mais il ne laisse pas paraître cet éclat tant qu'il n'a pas dissipé les nuages ​​qui le dérobent à la vue du monde d'ici-bas. Dieu est glorieux alors même que le monde ne le voit pas, mais sa gloire se manifeste pleinement lorsque l'éclat de sa miséricorde, de sa vérité et de sa fidélité resplendit dans le salut de son peuple. Quelle honte devrait donc couvrir ton visage, ô chrétien, si tu ne visais pas sincèrement, d'un même élan, la gloire de ton Dieu et ton propre bonheur, de telle sorte qu'il ne puisse perdre l'une sans perdre l'autre !

La vérité et la sincérité de Dieu envers son peuple se manifestent dans l'ouverture et la franchise de son cœur à leur égard. Un ami proche mais réservé devient, à juste titre, suspect aux yeux de son compagnon ; mais celui qui porte, pour ainsi dire, une fenêtre de cristal dans sa poitrine (à travers laquelle son ami peut lire les pensées inscrites au plus profond de son cœur) se met à l'abri du moindre soupçon d'infidélité. C'est précisément ainsi que Dieu ouvre son cœur à ses saints. "Le secret de l'Éternel est pour ceux qui le craignent."

Il nous donne la clé qui nous permet de pénétrer dans son cœur même et de connaître ses pensées; celles qu'il nourrissait déjà à notre égard avant même que la première pierre des fondations du monde ne soit posée ; cette clé n'est autre que son Esprit, celui qui connaît "les profondeurs de Dieu" (1 Corinthiens 2:10), car il était présent au conseil céleste où tout a été décidé.

Il a employé son Esprit pour exposer et faire connaître, dans les Écritures qu'il a inspirées, la substance de ces desseins d'amour arrêtés au sein de la Trinité pour notre salut et, afin que rien ne manque à notre contentement, il a établi ce même Saint-Esprit pour demeurer en ses saints : ainsi, tout comme le Christ présente nos désirs au Père depuis le ciel, l'Esprit nous révèle la pensée divine à travers sa Parole; une Parole qui répond au cœur de Dieu "comme le visage répond au visage dans le miroir". Tout ce que l'on recherche chez un véritable ami en matière de franchise et d'ouverture du cœur, Dieu l'accomplit de manière transcendante envers son peuple. Si un danger les menace, il ne peut le leur cacher. "Ton serviteur y trouve un avertissement", dit David en parlant de la Parole de Dieu.

Dieu enverra un messager ou un autre pour donner l'alerte à ses saints, que le danger provienne du péché intérieur ou d'ennemis extérieurs. Ézéchias courait le risque de l'orgueil intérieur. Dieu lui envoie une épreuve pour lui faire "connaître ce qu'il y avait dans son cœur", afin qu'en chutant une fois, il soit préservé de retomber. Satan avait un dessein contre Pierre ; le Christ l'en avertit (Luc 22:31). Si l'un de ses enfants lui déplaît par le péché, il ne dissimule pas son mécontentement (comme le font les faux amis) en affichant une attitude bienveillante tout en nourrissant une rancœur secrète ; non, il le leur dit franchement et les corrige sévèrement, sans pour autant leur garder rancune. 

Lorsqu'il conduit son peuple dans l'affliction, son amour est tel qu'il ne peut les laisser totalement dans l'ignorance quant aux desseins bienveillants qu'il nourrit pour leur délivrance ; au contraire, pour les réconforter dans leur captivité, il leur ouvre son cœur par avance. Nous le voyons bien lors des grandes calamités qui frappèrent l'Église juive en Égypte et à Babylone, ainsi que l'Église de l'Évangile sous le règne de l'Antéchrist : les promesses de délivrance furent énoncées avant même que les souffrances ne surviennent. Lorsque le Christ était sur terre, avec quelle liberté et quelle franchise ne s'adressait-il pas à ses disciples, leur révélant tant les épreuves qui les attendaient que l'issue bienheureuse de celles-ci lors de son retour ! 

Et pourquoi cela, sinon pour les conforter dans la conviction de la sincérité de Son cœur à leur égard, comme l'impliquent ces paroles : "Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit" (Jean 14:2) ? C'est comme s'il avait dit : "Il n'aurait pas été conforme à l'amour sincère que je vous porte de vous cacher quoi que ce soit qu'il vous convienne de savoir, ou de présenter les choses autrement qu'elles ne sont." Et lorsqu'il leur dissimule certaines vérités pour le moment, voyez sa franchise et sa sincérité : il explique que ce voilement ne vient pas d'une réticence à les leur communiquer, mais du fait qu'ils ne sont pas encore en mesure de les supporter.

Toi, chrétien, tire profit de tout cela pour faire preuve d'une plus grande franchise de cœur envers Dieu. Puisqu'il se montre si ouvert et transparent avec toi, serais-tu réservé à son égard ? Ton Dieu te confie les pensées de son cœur ; ne vas-tu pas, en retour, épancher toute ton âme devant lui ? Oserais-tu ne pas lui confier tes secrets, alors qu'il t'associe à ses desseins d'amour et de miséricorde ? En un mot, comment oserais-tu, sans honte, nourrir et cacher en ton âme quelque désir perfide, alors que son amour l'empêche de te dissimuler le moindre danger ? Dieu, qui observe avec une fidélité absolue les lois de l'amitié envers son peuple, attend de celui-ci une franchise semblable.

La sincérité du cœur de Dieu et de son affection pour son peuple se manifeste dans l'immutabilité de son amour. Tout comme il n'y a "aucune ombre de variation" dans l'être de Dieu, il n'y en a pas non plus dans l'amour qu'il porte à son peuple. Son amour ne connaît aucune fluctuation ; il demeure inébranlable. Tel le soleil à Gabaon, il ne se couche ni ne décline, mais conserve toute sa vigueur ; "Je te témoignerai ma compassion avec une bonté éternelle, dit l'Éternel, ton Rédempteur" (Ésaïe 54:8).

L'homme, inconstant, se repent de son amour. L'affection la plus ardente finit par refroidir dans son cœur. Chez la créature, l'amour est semblable au feu de l'âtre : tantôt il flambe, tantôt il vacille et s'éteint ; mais en Dieu, il est comme le feu élémentaire, qui ne s'éteint jamais. Chez la créature, il ressemble à l'eau d'une rivière qui monte et qui descend ; mais en Dieu, il est comme l'eau de la mer, toujours pleine, sans flux ni reflux. Rien ne peut détourner son amour de l'objet sur lequel il s'est porté ; il ne peut être ni corrompu ni vaincu.

On a tenté l'un et l'autre, mais en vain.

Son amour est incorruptible. Certains ont osé tenter Dieu, et courtiser (voire soudoyer) "le Saint d’Israël" pour qu’il abandonne son peuple et se détourne de lui. C’est ainsi que Balaam entreprit de rallier Dieu au camp de Balak contre Israël ; pour y parvenir, il ne ménagea aucune dépense, érigeant autel sur autel et multipliant les sacrifices. Que n’auraient-ils pas fait pour obtenir ne serait-ce qu’une parole ou deux de la bouche de Dieu contre son peuple ? Mais Dieu leur demeura fidèle ; bien plus, il marqua la nation de Balak du sceau de son mécontentement pour avoir soudoyé Balaam et l’avoir envoyé auprès de lui avec une telle mission (Deutéronome 23:4).

Dans ce passage, nous voyons Dieu rappeler à son peuple sa sollicitude, afin de maintenir en eux la conviction de son amour sincère et inébranlable à leur égard : "Mon peuple, souviens-toi de ce que projetait Balak, roi de Moab, et de ce que lui répondit Balaam, fils de Beor, depuis Shittim jusqu’à Guilgal" (Michée 6:5). Et pourquoi devaient-ils s’en souvenir ? "Afin que vous connaissiez la justice de l’Éternel" ; c’est-à-dire, afin que vous sachiez quel Dieu véridique et fidèle j’ai été pour vous. Parfois, il s’en sert pour les inciter à la sincérité envers lui, à l’image de la fidélité dont il a fait preuve à leur égard (Josué 24:9) ; il leur raconte comment Balak envoya Balaam pour amener Dieu à les maudire, mais, dit l’Éternel, "je ne voulus pas l’écouter" ; au contraire, "je fis en sorte que celui qui était venu pour vous maudire prononce lui-même une bénédiction sur vous et sur les vôtres".

Et pourquoi ce récit est-il mentionné ? Voyez le verset 14 : "Maintenant donc, craignez l’Éternel et servez-le avec sincérité et vérité", une conclusion tout à fait naturelle et raisonnable découlant de la vérité et de la fidélité de Dieu. Ô chrétien ! Si tu veux que ton amour pour Dieu devienne incorruptible, embaume-le souvent, dans tes pensées, des doux aromates de l’amour sincère que Dieu te porte, un amour immortel, exempt de toute corruption.

Crois que Dieu est fidèle envers toi, et sois-lui infidèle si tu l’oses. C’est un contresens et une aberration en matière d’amour que de répondre à la fidélité par la fausseté.

L'amour de Dieu pour ses saints est invincible. Ce qui le met le plus à l'épreuve, ce n'est pas la puissance des ennemis de son peuple (qu'il s'agisse d'hommes ou de démons) mais les péchés de ce même peuple. Dieu ne fait aucun cas de leur puissance et de leur fureur réunies ; en vérité, ce sont les péchés de son peuple qui mettent l'omnipotence elle-même à l'épreuve. Jamais nous n'entendons Dieu gémir ou se plaindre de la puissance de ses ennemis, tandis qu'il le fait souvent, avec tristesse, au sujet des péchés et de l'ingratitude de son peuple.

Ces choses lui pèsent ; elles lui brisent le cœur et le poussent à s'écrier, pour employer une expression humaine, comme s'il était dans l'incertitude, ne sachant que faire : les aimer ou les abandonner, opter pour leur vie ou pour leur mort. Toutefois, quels que soient les termes que Dieu emploie pour faire prendre conscience à son peuple de la gravité de son ingratitude, il n'est nullement désemparé quant à la conduite à tenir en pareille circonstance.

Son amour oriente ses pensées en faveur du peuple de son alliance, alors même que leur conduite le mérite le moins (Osée 11:9). Le diable crut avoir assez d'arguments contre Josué lorsqu'il trouva une souillure sur son vêtement ; il s'empressa de rapporter l'affaire et de montrer à Dieu dans quel état de saleté se trouvait son enfant (Zacharie 3:6). Il s'attendait à voir Dieu se retourner contre lui, mais il se trompait ; car loin de provoquer la colère divine, cela suscita la compassion de Dieu : au lieu d'une rupture, Josué trouva le Christ intercédant pour lui.

Médite là-dessus, chrétien. L'amour de Dieu est-il si invincible que tes propres péchés ne puissent rompre ni dénouer le lien de l'alliance qui t'unit à Lui ? Et n'as-tu pas honte de ton inconstance à son égard ? Tu devrais t'efforcer de faire en sorte que l'image même de l'amour de ton Père céleste soit plus clairement imprimée sur ton propre amour pour lui. 

De même que rien ne saurait triompher de l'amour qu'il te porte, ne laisse rien non plus nuire à l'amour que tu lui voues. Dis à ton âme : "Ne m'attacherais-je pas fermement à Dieu lorsqu'il me cache sa face, lui qui ne m'a pas rejeté alors que, par le péché, je lui avais tourné le dos ? Ne rendrais-je pas témoignage à sa vérité et à son nom, quand d'autres délaissent l'une et outragent l'autre, lui qui a entretenu la flamme de son amour pour moi alors que je le déshonorais ? Quoi ! Dieu est encore à mes côtés et se montre bienveillant envers moi après de telles défections ; et j'irais encore attrister son Esprit et bafouer son amour par de nouveaux manquements à mon devoir ? À Dieu ne plaise ! Ce serait faire tout mon possible pour rendre Dieu complice de mon péché, en faisant de son amour le combustible de ma faute."

4e conseil. 

Si tu veux marcher dans la sincérité, garde-toi des péchés de présomption. Ceux-ci portent l'atteinte la plus grave à la droiture ; bien plus, ils sont incompatibles avec elle : "Préserve aussi ton serviteur des péchés de présomption ; qu'ils n'aient point d'empire sur moi ! Alors je serai intègre" (Psaume 19:13). Un seul acte de présomption est incompatible avec l'exercice de la droiture, comme nous le voyons chez David qui, par ce seul péché odieux de meurtre, perdit l'usage immédiat de sa droiture et se comporta, à cet égard, tout comme l'un des insensés d'Israël ; cela demeure ainsi la seule exception au témoignage général que Dieu rendit à sa droiture : "Parce que David avait fait ce qui est droit aux yeux de l'Éternel et ne s'était détourné d'aucun de ses commandements durant toute sa vie, si ce n'est dans l'affaire d'Urie, le Héthien" (1 Rois 15:5).

En d'autres termes, aucun autre péché qu'il a commis ne comportait une telle présomption ; ils sont donc écartés de cette comparaison, car ils n'ont pas porté atteinte à sa droiture comme l'a fait ce péché unique. De même qu'un acte de péché présomptueux est incompatible avec une droiture réelle, une droiture habituelle s'accorde très difficilement avec une présomption habituelle. 

Si un seul acte de péché commis avec présomption (une seule gorgée, pour ainsi dire, de cette coupe empoisonnée) corrompt si tristement l'âme d'un croyant et altère à ce point son état spirituel qu'il ne se reconnaît plus lui-même, combien mortel ne doit-il pas être pour toute droiture d'y boire jour après jour ? C'est pourquoi, tout comme Daniel "résolut dans son cœur de ne pas se souiller par les mets du roi" (Daniel 1:8), impose-toi chaque jour un saint engagement : celui de ne te souiller par aucun péché de présomption. Car, en vérité, c'est là proprement "les mets du roi" (je veux dire, ceux du diable, ce prince des ténèbres qui ne peut lui-même commettre que des péchés de présomption et qui s'efforce avant tout de souiller les âmes en les faisant manger de ce plat).

Dis, comme Augustin dans une autre circonstance : "Errare possum, hæreticus esse nolo"; "Je peux me tromper, mais je suis résolu à ne pas être hérétique". Je peux avoir bien des défaillances, mais par la grâce de Dieu, je m'efforcerai de ne pas être un pécheur présomptueux. Et si tu ne veux pas tomber dans le péché de présomption, prends garde de ne pas prendre à la légère les moindres péchés. Lorsque le cœur de David le frappa de remords pour avoir déchiré le pan du manteau de Saül, il s'arrêta et fit sagement marche arrière. Sa conscience sensible lui adressa un avertissement intérieur pour ce geste, l'empêchant ainsi de lui trancher la gorge et de lui ôter la vie, laquelle valait bien mieux qu'un vêtement.

Mais une autre fois, alors que sa conscience était plus engourdie et ne lui rendait pas ce service bienveillant, le laissant plutôt jeter des regards concupiscents sur Bath-Schéba sans l'alerter du danger, cet homme de bien, tel celui qui perd ses sens et a la tête qui tourne au premier faux pas sur une pente abrupte, ne put se ressaisir ; il bascula d'un péché à l'autre jusqu'à tomber finalement dans l'abîme du meurtre. Lorsque la rivière est gelée, un homme ose marcher et courir là où il n'oserait poser le pied si la glace était fondue ou brisée. Ô, lorsque le cœur d'un homme pieux s'endurcit au point qu'il peut s'appuyer sur une infirmité, aussi minime soit-elle, sans que sa conscience ne se rompe sous lui, jusqu'où peut-il aller ! Je tremble à la pensée du péché dans lequel il risque de tomber!

5e conseil. Si tu veux marcher dans la pratique de ta sincérité, élève-toi au-dessus de l'amour et de la crainte du monde. La sincérité du chrétien ne s'éclipse pas sans que les choses terrestres ne viennent s'interposer entre Dieu et son âme. 

1) Élevez-vous au-dessus de l'amour du monde. C'est un terreau propice à l'éclosion de l'hypocrisie. Si le cœur s'attache avec véhémence à quelque bien de ce monde et décide impérieusement de le posséder (il me faut tel revenu annuel, tel honneur) et que l'homme commence, à l'instar d'Achab, à dépérir de désir pour ces choses, alors il court un grand risque d'écouter le premier mauvais conseil que Satan ou la chair lui souffle pour parvenir à ses fins, au mépris de sa droiture. Le chasseur ne se soucie guère du chemin qu'il emprunte; il franchit haies et fossés d'un bond, pourvu qu'il attrape le lièvre. Il est étonnant, je l'avoue, qu'un saint puisse être à ce point attiré par les biens de ce monde alors qu'il a reçu en son sein le parfum des onguents du Christ.

On pourrait penser que ce doux parfum (émanant avec tant d'ardeur de ces parterres d'épices et de promesses) gâcherait la traque que le chrétien mène à la poursuite des plaisirs créés, et qu'une senteur empêcherait de percevoir l'autre. Ces douceurs plus pures (ce souffle du Christ et du ciel qui les imprègne) devraient emplir les sens du chrétien au point que les autres jouissances, à la saveur plus grossière et terrestre, ne puissent plus flatter son odorat ; cela est certes vrai et certain tant que le chrétien garde ses sens spirituels en éveil et en exercice.

Mais hélas ! tout comme un rhume peut obstruer les narines et paralyser les sens, la négligence du chrétien peut engendrer un mal spirituel qui entrave fâcheusement ces sens (je veux dire ces grâces) chargés de discerner les choses. Dès lors, lorsque le chrétien n'est plus disposé à goûter ces douceurs pures, le diable saisit l'occasion de faire surgir une jouissance terrestre et de la placer sous ses yeux ; la chair en hume aussitôt l'odeur et entraîne le pauvre chrétien à sa poursuite, jusqu'à ce que la grâce retrouve quelque vigueur et qu'il abandonne la chasse, accablé de honte et de tristesse. 

2) Élevez-vous au-dessus de la peur du monde. La crainte des hommes tend un piège. Le lâche se réfugie dans n'importe quel trou, aussi déshonorant soit-il, pourvu qu'il échappe à ce qu'il redoute ; et lorsque les plus saints tombent sous l'emprise de cette tentation, ils ressemblent trop aux autres hommes. Dans un élan de peur, Abraham use de dissimulation envers Abimélec. De même Pierre, alors que ce n'était pas sa vie mais sa réputation qui semblait quelque peu menacée, ne "marcha pas avec droiture selon la vérité de l'Évangile". Il ne marcha pas avec l'assurance qui sied à un homme si saint, mais fit un pas en avant puis un pas en arrière, comme s'il n'était pas sûr de sa voie : tantôt il mangeait avec les païens, tantôt il se retirait. Qu'est-ce qui le poussa à dissimuler ainsi et à hésiter dans sa marche ? Rien d'autre qu'une soudaine frayeur qui envahit son cœur, comme on peut le voir en comparant les versets 12 et 14 du chapitre 2 de l'épître aux Galates : "craignant les circoncis", il usa de dissimulation et entraîna d'autres personnes avec lui. 

6e conseil. Si tu veux marcher dans la sincérité, veille attentivement sur ton cœur au cours de ta marche quotidienne. L'hypocrisie est une mauvaise herbe qui infecte même le meilleur sol ; elle exige des soins et un entretien constants pour être tenue en échec. Celui qui monte un cheval sujet à trébucher doit garder les yeux sur le chemin et la main sur la bride. 

Tel est ton cœur, ô chrétien. Oui, il trébuche souvent sur le chemin le plus sûr, au moment où tu t'y attends le moins ; veille donc sur lui et tiens-le en bride serrée : "Garde ton cœur plus que toute autre chose" (Proverbes 4:23). Le serviteur reste dans le droit chemin lorsqu'il voyage en compagnie de son maître ; mais s'il est envoyé seul en mission, il se laisse aller à des écarts. Bien des faux pas et des égarements dans ta marche quotidienne pourraient être évités si tu marchais en ta propre compagnie; je veux dire, si tu observais ta propre personne et ta conduite. À cet égard, la plupart des gens sont comme étrangers à eux-mêmes ; ils ignorent leur propre conduite tout autant que leur propre visage.

Tous ceux qui les côtoient les connaissent mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes, ce qui est une honte effroyable. Et ne te laisse pas aller à cette vaine pensée qu'étant sincère, tu n'as pas besoin de surveiller ton cœur de si près ; comme si ton cœur, bien que renouvelé par la grâce, ne pouvait pas te trahir, toi et Dieu. Salomon ne marque-t-il pas du sceau de la folie quiconque "se fie à son propre cœur" ? Si tu es sincère, comme tu le prétends, je ne peux croire qu'une telle illusion puisse l'emporter sur toi. Ce sont les ignorants et les impies, dont le cœur est foncièrement mauvais, qui le vantent comme étant bon. Mais c'est là une marque de la bonté d'un cœur véritablement rendu bon par la grâce : discerner davantage sa propre corruption et s'en plaindre davantage.

Soumets donc souvent ton cœur à l'examen et fais-en le bilan avec sérieux. Celui qui ne demande pas de temps à autre à son serviteur quelle somme il a entre les mains l'incite à devenir un voleur. Certes, je lis qu'au temps du bon Jehojada, on confiait l'argent destiné à la réparation du Temple à des hommes sans même exiger de comptes sur la manière dont ils le dépensaient, "car ils agissaient avec fidélité" (2 Rois 12:15). Mais il ne serait pas sage d'agir ainsi avec ton cœur, de peur qu'il n'accumule envers Dieu et ta propre conscience une dette que tu ne pourras pas effacer à la hâte.

Dieu place entre tes mains de nombreux talents; la santé, la liberté, les jours de repos, les ordonnances, la communion des saints et autres bienfaits, pour la restauration de ton temple spirituel, c'est-à-dire l'œuvre de la grâce en toi. Demande maintenant à ton âme comment chacun de ces dons a été employé ; peut-être constateras-tu qu'une partie de cet argent a été dépensée sans que l'œuvre ait pour autant progressé. Il est de ton intérêt d'y veiller, car Dieu exigera des comptes, même si toi, par indulgence envers ton cœur trompeur, tu négliges de le faire.

Nous en avons fini avec la seconde catégorie de personnes : celles qui, après examen, voient leur conscience témoigner de leur droiture.

dimanche 4 octobre 2026

Mise en garde chrétienne, ou la nécessité de l'auto-examen, par Jonathan Edwards, dernière partie

 

Section 5

Examen personnel concernant notre disposition d’esprit envers notre prochain, et nos relations avec lui.

Je vous propose de vous examiner vous-mêmes pour voir si vous ne vivez pas d’une manière ou d’une autre dans le péché.

Dans l’esprit et la disposition d’esprit que vous permettez envers votre prochain.

Premièrement, ne laissez-vous pas libre cours à votre tempérament passionné et furieux ? Si votre tempérament naturel est emporté et passionné, luttez-vous vraiment contre un tel tempérament et efforcez-vous de maîtriser votre esprit ? Vous en plaignez-vous et veillez-vous à l’empêcher ? Ou vous laissez-vous aller à un tempérament ardent ? Un tel tempérament ne convient pas à un chrétien ou à un homme. Il ne convient pas à un homme, car il le défigure. Il transforme un homme d’une créature rationnelle en une bête sauvage. Lorsque les hommes sont sous l’emprise d’une passion furieuse, ils n’exercent pas beaucoup la raison. On nous avertit d’éviter de tels hommes, car ce sont des créatures dangereuses, Proverbes 22 :24, 25 : "Ne vous liez pas d’amitié avec un homme en colère ; et tu n’iras pas avec un homme furieux, de peur d’apprendre ses voies et de tomber dans un piège pour ton âme."

Deuxièmement, ne vivez-vous pas dans la haine envers l’un ou l’autre de vos voisins ? Ne le haïssez-vous pas à cause des torts réels ou supposés qu’il vous a causés ? Ne le haïssez-vous pas parce qu’il n’est pas amical envers vous, parce que vous jugez qu’il a un mauvais esprit contre vous, qu’il vous hait, qu’il s’oppose à vous et ne vous témoigne pas le respect que vous croyez vous devoir, ou qu’il ne se montre pas disposé à promouvoir vos intérêts ou votre honneur ? Ne le haïssez-vous pas parce que vous pensez qu’il vous méprise, qu’il a des pensées mesquines à votre égard et qu’il saisit l’occasion de le montrer ? Ne le haïssez-vous pas parce qu’il est du parti opposé à celui qui est dans votre intérêt, et parce qu’il a une influence considérable dans ce parti?

Sans doute, vous ne voudrez pas appeler cela un terme aussi dur que la haine. Mais demandez-vous sérieusement et impartialement si c’est quelque chose de mieux. Ne vous sentez-vous pas mal à son égard ? Ne sentez-vous pas en vous une disposition prédominante à vous réjouir lorsque vous l’entendez parler de mal et de dépréciation, et à vous réjouir lorsque vous entendez parler de quelque déshonneur qui lui est fait, ou de quelque déception qui lui arrive ? Ne seriez-vous pas heureux d’avoir l’occasion de lui rendre justice pour les torts qu’il vous a causés ? Et en quoi la haine agit-elle, sinon de cette façon ?

Troisièmement, demandez-vous si vous ne vivez pas dans l’envie envers quelqu’un de vos voisins. Sa prospérité, ses richesses ou son avancement en honneur ne vous gênent-ils pas ? N’avez-vous pas de la rancune ou du moins, moins de bienveillance à son égard, parce que vous le considérez comme un obstacle sur votre chemin? Vous considérez-vous comme déprimé par son avancement ? Et ne seriez-vous pas heureux maintenant qu’il soit privé de ses richesses ou de ses honneurs, non par pur respect du bien public, mais parce que vous estimez qu’il vous gêne ? N’est-ce pas simplement par égoïsme que vous vous inquiétez tant de sa prospérité ?

Maintenant, je vais vous proposer de considérer si vous ne vivez pas d’une manière de péché et d’injustice dans vos relations avec votre prochain.

Premièrement, examinez si vous ne faites pas de temps à autre tort à ceux avec qui vous traitez. Vos actions envers votre prochain sont-elles tout à fait justes, telles qu’elles peuvent être éprouvées par les règles strictes de la Parole de Dieu, ou telles que vous puissiez les justifier devant Dieu ? Êtes-vous une personne fidèle ? Votre prochain peut-il compter sur votre parole ? Êtes-vous strictement et fermement fidèle à ce qui vous est confié et à ce que vous entreprenez ? Ou bien, par votre conduite, ne montrez-vous pas clairement que vous n’êtes pas consciencieux en ces choses ?

Ne vivez-vous pas dans une négligence pécheresse et insouciante du paiement de vos dettes ? Ne retenez-vous pas, au détriment de votre prochain, ce qui n’est pas à vous, mais à lui ? N’avez-vous pas l’habitude d’opprimer votre prochain ? Lorsque vous voyez quelqu’un dans la nécessité, n’en profitez-vous pas pour le tromper ? Lorsque vous voyez une personne ignorante et que vous voyez que vous avez l’occasion d’en tirer profit, n’avez-vous pas l’habitude de saisir cette occasion ? Ne vous efforcerez-vous pas de tromper en achetant et en vendant, et d’aveugler les yeux de celui à qui vous achetez ou à qui vous vendez, par des paroles trompeuses, en cachant les défauts de ce que vous vendez, en niant les bonnes qualités de ce que vous achetez, et en ne vous tenant pas strictement à la vérité, alors que vous voyez que le mensonge vous sera un avantage dans votre affaire ?

Ne vivez-vous pas dans un tort que vous avez autrefois fait à votre prochain sans le réparer ? N’êtes-vous pas conscients d’avoir autrefois, à un moment ou à un autre, fait du tort à votre prochain, et pourtant vous vivez dans ce tort sans jamais avoir réparé le tort que vous lui avez fait ? S’il en est ainsi, vous vivez dans une voie de péché. 


SECTION 6

Examen personnel concernant la charité envers nos voisins et conversation avec eux

Je désire que vous vous examiniez vous-mêmes, à savoir si vous ne vivez pas dans la négligence des devoirs de charité envers votre prochain. Vous pouvez vivre dans le péché envers votre prochain, bien que vous ne puissiez pas vous accuser de vivre dans une quelconque injustice dans vos relations. Ici aussi, je voudrais mentionner deux choses.

Premièrement, si vous êtes coupable de ne pas donner à votre prochain qui est dans le besoin. Donner aux pauvres, et donner généreusement, est un devoir absolument exigé de nous. Ce n’est pas une chose laissée au choix de chacun de faire ce qu’il veut. Ce n’est pas non plus une chose louable chez les personnes d’être généreuses envers les autres dans le besoin. Mais c’est un devoir aussi strictement et absolument exigé et commandé que n’importe quel autre devoir, un devoir dont Dieu ne nous libère pas. Comme vous pouvez le voir dans Deutéronome 15:7, 8, etc. Et la négligence de ce devoir est très irritante pour Dieu. Proverbes 21:13 : "Celui qui bouche ses oreilles au cri du pauvre criera lui-même, et n’aura point de réponse."

Demandez-vous donc si vous n'avez pas vécu dans le péché. Ne voyez-vous pas votre prochain souffrir et être dans le besoin, et, tout en vous en apercevant, vous endurcissez votre cœur contre lui et vous ne vous en souciez pas ? Ne négligez-vous pas alors de vous informer de ses besoins et de faire quelque chose pour lui venir en aide ? N'avez-vous pas l'habitude de vous cacher les yeux dans ces cas-là, et de vous éloigner si loin de faire des choses généreuses et de chercher à découvrir les objets et les occasions propres à la charité, mais que vous cherchez plutôt à les éviter ? N'êtes-vous pas enclins à faire des objections à ces devoirs et à vous excuser ? N'êtes-vous pas fâchés des devoirs qui vous obligent à donner quelque chose ou à exposer votre réputation ? Ces choses ne vous sont-elles pas pénibles ? S'il en est ainsi, vous vivez certainement dans le péché, et dans un grand péché, et vous avez besoin de vous demander si votre tache n'est pas celle des enfants de Dieu.

Deuxièmement, ne vivez-vous pas dans la négligence de réprimander votre prochain, lorsque vous le voyez s'engager dans une voie de péché ? Cela nous est demandé par le commandement de Dieu, comme un devoir d'amour et de charité que nous devons à notre prochain. Lévitique 19:17 : "Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur", tu reprendras ton prochain, et tu ne te chargeras point d’impureté pour lui." Lorsque nous voyons notre prochain pécher, nous devons aller à sa rencontre et, en chrétiens, lui en parler. La crainte que cela ne serve à rien ne nous excuse pas. Nous ne pouvons d’ailleurs pas prédire l’effet de nos paroles. Il est indéniable que si les chrétiens accomplissaient ce devoir comme il se doit, cela empêcherait le péché et la méchanceté de proliférer et sauverait bien des âmes de la perdition.

Si un homme persistant dans le péché constatait que celui-ci était généralement désapprouvé et condamné, et que d'autres le condamnaient, cela l'inciterait fortement à se réformer. Le souci de sa réputation le persuaderait intensément de changer. Car il verrait alors que sa conduite le rend odieux aux yeux d'autrui. Lorsque des personnes persistent dans le péché et que personne ne leur dit rien, elles sont persuadées que leurs voies sont approuvées et ne se rendent pas compte du déshonneur qu'elles causent. L'approbation d'autrui tend à aveugler les yeux et à endurcir les cœurs dans le péché. En revanche, si elles constataient que d'autres désapprouvent totalement leurs voies, cela tendrait à leur ouvrir les yeux et à les convaincre.

Si d'autres négligent leur devoir à cet égard, et que notre seul reproche n'aura pas forcément d'effet sur eux, cela ne nous excuse pas pour autant. Car si une seule personne peut être excusée, alors tout le monde peut l'être, et nous n'en ferons donc plus une obligation. Les personnes ont souvent besoin des réprimandes et des avertissements d'autrui pour prendre conscience du caractère pécheur de leur mode de vie. Car, comme on l'a déjà constaté, les hommes sont souvent aveugles à leurs propres péchés.
Deuxièmement, examinez-vous vous-mêmes, pour voir si vous ne vivez pas d'une manière ou d'une autre dans le péché, notamment dans vos relations avec votre prochain. Les hommes commettent beaucoup de péchés, non seulement dans leurs affaires et leurs transactions avec leur prochain, mais aussi dans leurs paroles et leurs conversations avec lui. 
Tout d'abord, demandez-vous si vous ne fréquentez pas des personnes à la conduite lubrique et immorale, qui ne se soucient pas de leurs actes, qui ne mènent pas une vie sobre, mais qui, au contraire, sont profanes et dépensières, et dont les propos sont impurs. C'est ce que la Parole de Dieu interdit et condamne. Proverbes 14:7 :  "Éloigne-toi de la présence de l'insensé, si tu ne trouves pas en lui des lèvres de sagesse." Proverbes 13:20 : "Le compagnon des insensés périra." Le psalmiste se déclare exempt de ce péché. Psaume 26:4-5 : "Je ne me suis pas assis avec les vains, je ne vais pas avec les hypocrites ; j'ai en horreur l'assemblée des méchants, je ne m'assieds pas avec les pervers."
Ne vivez-vous pas dans le péché ? Ne fréquentez-vous pas de telles personnes ? N’y avez-vous pas trouvé un piège pour votre âme ? Si vous vous souciez sérieusement du salut de votre âme, n’y avez-vous pas trouvé un grand obstacle ? N’y avez-vous pas trouvé une grande tentation ? N’y avez-vous pas succombé à plusieurs reprises ? Il vous semble peut-être difficile de rompre complètement avec vos anciens compagnons pervers. Vous craignez leurs railleries et leurs moqueries. C’est pourquoi vous n’avez pas le courage de le faire. Mais, que ce soit difficile ou non, sachez que si vous persistez dans de telles relations, vous vivez dans le péché et, comme le dit l’Écriture, vous périrez. Vous devrez soit "vous couper la main droite et vous arracher l’œil droit", soit aller avec eux dans le feu qui ne s’éteindra jamais.
Réfléchissez à la fréquence à laquelle vous conversez avec autrui et à la manière dont vous parlez. Combien est-il courant, lors de réunions, de voir des personnes passer leur temps à médire, à juger telle ou telle chose, à répandre des rumeurs malveillantes et incertaines, à se dénigrer mutuellement et à ridiculiser leurs faiblesses ! Ce genre de conversation divertit énormément les groupes lors de leurs réunions ! Et quelle conversation semble plus captivante, plus écoutée, plus impliquée, que celle-ci ? Vous ne pouvez ignorer à quel point c’est répandu.
Examinez-vous donc : n'êtes-vous pas coupable de cela ? Et pouvez-vous le justifier ? Ne savez-vous pas que c'est une voie de péché, une voie condamnée par de nombreux préceptes de la Parole de Dieu ? N'êtes-vous pas coupable de vous emparer avec empressement de toute mauvaise rumeur que vous entendez sur votre prochain, feignant de vous réjouir d'avoir une nouvelle à raconter, pensant divertir les autres ? Ne répandez-vous pas souvent des rumeurs malveillantes sur autrui, avant même d'en connaître le fondement ? Ne prenez-vous pas plaisir à colporter de telles nouvelles ? N'avez-vous pas l'habitude de juger les autres, ou leur comportement, sans leur parler, sans les écouter ? N'êtes-vous pas en proie à la folie et à la honte dont parle Proverbes 18:13 : "Celui qui répond avant d'avoir entendu fait preuve de folie et s'attire la honte."
Il s'agit là d'une pratique tout à fait contraire aux valeurs chrétiennes, et pourtant très répandue : lorsque l'on entend parler de méchancetés envers autrui, on refuse d'agir en chrétien en allant en parler avec la personne concernée pour la réprimander, mais on préfère s'immiscer dans son dos avant même qu'elle n'ait ouvert la bouche! Nombreux sont ceux qui s'empressent de parler et de juger, au détriment de la réputation de leur prochain. Demandez-vous si vous n'êtes pas coupable de cela. Réfléchissez aussi à votre propension à vous offusquer lorsque vous apprenez que l'on a parlé contre vous ! Avec quelle promptitude appliquez-vous les règles, à penser et à dire qu'ils auraient dû venir vous en parler d'abord, au lieu de répandre des rumeurs diffamatoires à votre sujet avant même de connaître votre défense ! Comme il est facile de s'offusquer lorsqu'on s'immisce dans les affaires privées d'autrui, qu'on s'en mêle, qu'on juge, qu'on critique et qu'on s'insurge contre soi ! Comme il est facile de dire que cela ne regarde personne ! Et vous, n'êtes-vous pas coupable de la même chose ? 
Aussi, n'est-il pas de votre nature de paraître approuver et de cautionner les propos malveillants de votre entourage ? Lorsque ce dernier tient des propos vains, s'adonne à des discussions obscènes ou à des plaisanteries futiles, n'est-il pas de votre nature, en un tel cas, de vous y conformer et de vous y rallier, de feindre d'approuver ses propos, voire de vous y joindre et de contribuer à les perpétuer, par simple conformisme, même si, au fond, vous les désapprouvez ? Demandez-vous donc si votre manière est de vous rallier ainsi à eux lorsque vos compagnons médisent. Ne contribuez-vous pas à faire avancer le débat, ou du moins ne semblez-vous pas approuver leurs critiques, les calomnies qu'ils lancent sur autrui et les réflexions qu'ils font sur la réputation de leurs voisins ?
Il existe des personnes qui, en cas de différend entre personnes ou partis, font preuve d'hypocrisie et semblent prendre parti pour les deux camps. Lorsqu'elles sont avec l'un, elles feignent de se plier à ses exigences et condamnent l'autre ; une pratique des plus viles et trompeuses. Apparaissant amicales envers les deux camps en face, elles sont leurs ennemies dans leur dos. Et ce, pour un motif aussi vil que celui de plaire au camp qu'elles fréquentent. Elles nuisent aux deux parties et font tout leur possible pour semer la discorde entre elles. Demandez-vous si tel est votre comportement.
Réfléchissez aussi pour savoir si ce n'est-ce pas dans votre manière de vous en tenir à la stricte vérité dans vos conversations avec vos voisins ? Le mensonge est considéré comme ignominieux et honteux parmi les hommes et ils prennent très mal le fait d'être traités de menteurs. Pourtant, combien sont ceux qui ne maîtrisent pas suffisamment leurs paroles pour s'en tenir strictement à la vérité ! Il y a divers degrés de transgression en la matière. Certains, qui se gardent bien de transgresser à un certain degré, peuvent se permettre à un autre. Certains, qui évitent généralement de dire la vérité de façon directe et manifestement contraire aux faits, ne sont peut-être pas tout à fait sincères lorsqu'ils parlent de leurs pensées, désirs, affections et projets, et ne sont pas rigoureux dans leurs récits. Ils n'hésitent pas à varier les circonstances, à ajouter des détails pour rendre leur histoire plus divertissante, à l'amplifier et à la rendre plus extraordinaire. Dès lors que leurs intérêts ou leur réputation sont en jeu, ils font de fausses déclarations, se rendent coupables d'équivoques injustifiées et de ruses, commettant ainsi un grave abus de langage. Pour préserver leur crédibilité, ils tordent le sens des mots et des phrases pour leur donner une signification totalement étrangère à leur sens naturel et établi. Quelle que soit l'interprétation qu'ils donnent à leurs propres paroles, ils ne se dispensent pas du péché de mensonge aux yeux de Dieu. Demandez-vous si, vous aussi, vous ne vivez pas dans le péché en cela.
SECTION 7
L’introspection dans le respect des familles auxquelles nous appartenons.
Examinez-vous vous-mêmes, afin de savoir si vous ne vivez pas, d'une manière ou d'une autre, dans le péché au sein de vos familles. Nombreux sont ceux qui paraissent respectables auprès de leurs voisins et qui semblent avoir une conduite honnête et courtoise dans leurs relations et leurs conversations à l'extérieur. Pourtant, si vous les suivez jusque chez eux, dans leurs familles, vous constaterez qu'ils se sont pervertis dans leurs mœurs. Ils y vivent d'une manière qui déplaît fortement au regard pur et scrutateur de Dieu. Il vous a déjà été demandé d'examiner votre conduite à l'extérieur. Il vous a été demandé de sonder la maison de Dieu et de vérifier que vous n'y avez introduit aucune souillure. Il vous a été demandé de sonder vos chambres à coucher afin de vérifier qu'il n'y a ni impureté ni provocation. Il vous est maintenant conseillé d'examiner vos maisons, votre comportement au sein de vos familles et d'observer vos mœurs et vos manières.
Les foyers auxquels nous appartenons sont les lieux où la plupart d'entre nous passons le plus clair de notre temps. Si l'on considère le monde comme la sphère d'action de l'homme, alors sa propre maison représente pour lui la plus grande partie de ce monde ; autrement dit, la majeure partie de ses actions et de son comportement dans le monde se limite à cette sphère. Nous devons donc être très critiques dans notre conduite, non seulement à l'extérieur, mais aussi au sein de notre foyer. Une grande partie des méfaits dont les hommes sont coupables, et qui seront mis en lumière au jour du jugement, sera le péché qu'ils auront commis au sein de leurs familles. 
Par conséquent, examinez votre comportement au sein de votre famille. De même que les devoirs que nous avons envers les membres d'une même famille relèvent du second ordre, l'amour est le devoir général qui les englobe tous.
1. Examinez-vous vous-mêmes et voyez si votre conduite n'est pas contraire à l'amour dû à vos proches. L'amour, impliquant une bienveillance sincère et une conduite qui en découle, est un devoir envers toute l'humanité. Nous le devons à nos voisins, avec lesquels nous n'avons aucun lien de parenté. Oui, nous le devons à ceux qui ne nous sont apparentés que par leur appartenance à l'humanité, leur nature humaine, leur filiation divine. C'est un devoir que nous avons envers nos ennemis. À plus forte raison, le devons-nous à ceux qui nous sont si proches, époux ou épouse, parents ou enfants, frères et sœurs !
Nous avons le même devoir d'aimer nos proches qu'on aime le reste de l'humanité. Nous devons les aimer comme des hommes, comme nos prochains, comme membres de la même Église chrétienne. Et ce n'est pas tout : il existe une obligation supplémentaire, qui découle de la proximité qui nous unit à eux. Cette obligation prime sur toutes les autres. Plus le lien est fort, plus l'obligation d'aimer est grande. Vivre dans la haine, ou d'une manière contraire à l'amour, envers quiconque est très déplaisant à Dieu. Mais combien plus encore envers un membre de sa propre famille ! L'amour est le ciment de toutes les sociétés. Colossiens 3:14 : "Et par-dessus tout, revêtez-vous de l'amour, qui est le lien de la perfection."
L'union amoureuse au sein de notre propre famille devrait être d'autant plus forte que cette communauté nous est propre, qu'elle nous est plus personnelle, ou qu'elle nous tient particulièrement à cœur. Le Christ dit dans Matthieu 5:22 : "Je vous le dis, quiconque se met en colère contre son frère sans raison mérite le jugement ; quiconque dira à son frère : Raca ! mérite le Sanhédrin ; et quiconque dira : Insensé ! mérite la géhenne de feu." Si cela est vrai pour ceux qui ne sont que nos frères en tant qu'hommes, ou simplement chrétiens, combien plus pour ceux qui appartiennent à la même famille ! Si la querelle est si néfaste entre voisins dans une ville, combien plus odieuse est-elle entre les membres d'une même famille ! Si la haine, l'envie ou la vengeance déplaisent tant à Dieu envers ceux qui ne sont que nos semblables, combien plus doivent-elles être irritantes entre nos frères et sœurs de sang, qui ne font qu'un ! Si la simple colère contre son prochain, sans raison, est un si grand mal, combien de péchés sont commis dans les querelles et les disputes entre les plus proches parents !
Que chacun s'interroge sur sa propre conduite. Ne vous laissez-vous pas aller à quelque péché en ce sens ? N'êtes-vous pas souvent en conflit avec ceux qui vivent sous le même toit ? Votre esprit n'est-il pas souvent agité par la colère envers certains membres de votre famille ? N'allez-vous pas jusqu'à leur souhaiter du mal, à espérer qu'un malheur s'abatte sur eux ? Ne vous rendez-vous pas coupables de paroles réprobatrices, voire d'actes de vengeance ? Ne négligez-vous pas et ne refusez-vous pas les marques de bienveillance et d'entraide qui sied aux membres d'une même famille ? Oui, n'y en a-t-il pas qui vont jusqu'à nourrir une haine ou une rancune tenace envers certains de leurs plus proches parents ? Mais c'est là que je voudrais m'adresser tout particulièrement.
Tout d'abord, à vous, époux et épouses : demandez-vous si vous ne vivez pas, d'une manière ou d'une autre, dans le péché au sein de votre union. Vous efforcez-vous consciencieusement d'accomplir tous les devoirs que Dieu, dans sa Parole, exige des personnes unies par les liens du mariage ? Ou bien vous autorisez-vous des comportements contraires à ces devoirs ? Ne vivez-vous pas d'une manière qui contrevient aux obligations que vous avez contractées par votre alliance matrimoniale ? Les promesses que vous avez alors faites ne sont pas seulement contraignantes comme des promesses ordinaires entre hommes, mais elles ont la valeur de vœux ou de serments. Elles sont faites en présence de Dieu, car vous le reconnaissez comme témoin. C'est pourquoi l'alliance matrimoniale est appelée l'alliance de Dieu. Proverbes 2:17 : "(Elle) abandonne l'ami de sa jeunesse, et elle oublie l'alliance de son Dieu." Lorsque vous avez juré de vous comporter envers ceux auxquels vous êtes ainsi unis, conformément aux directives de la Parole de Dieu dans une telle relation, devenez-vous insouciant, sans plus penser à ce que vous avez promis et juré, quelle que soit la manière dont vous accomplissez ces vœux ? 
N’êtes-vous pas souvent coupables d’amertume les uns envers les autres, et de méchanceté dans vos paroles et vos actes ? Si la colère, les querelles et les paroles blessantes et injurieuses sont une provocation pour Dieu, même entre voisins, qu’en est-il alors de ceux que Dieu a unis en une seule chair, et entre lesquels il a commandé une si grande et si précieuse amitié ? Éphésiens 5:28-29 : "De même, les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même. Car jamais personne n’a haï sa propre chair ; au contraire, il la nourrit et l’entretient, comme le Seigneur le fait pour l’Église." Éphésiens 5:25 : "Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle."
Il n'y a aucune excuse pour que l'une ou l'autre des parties s'adonne à l'amertume et à la dispute dans cette relation, en rejetant la faute sur l'autre. Car qui, parmi les hommes déchus, a jamais été sans défaut ? Lorsque Dieu a ordonné une telle amitié entre l'homme et la femme, il savait que la plupart des hommes auraient des défauts. Pourtant, il n'a fait aucune exception. Et si vous pensez que vos compagnons d'union ont des défauts, demandez-vous si vous n'en avez pas vous aussi! Il ne sera jamais possible de vivre en paix entre personnes dans cette relation si l'on considère cela comme une raison suffisante et justifiable du contraire.
Il convient aux bons amis de couvrir les défauts de l'autre : l'amour couvre une multitude de défauts. Proverbes 10:12 : "La haine excite les querelles, mais l'amour couvre toutes les fautes." Mais n'êtes-vous pas prompts à déceler les défauts chez l'autre et à en tirer le meilleur parti ? De petites choses ne sont-elles pas souvent source de disputes entre vous ? Ne vous arrive-t-il pas souvent, pour une broutille, de vous agacer mutuellement envers vos compagnons ? Et lorsqu’un malentendu survient, n’êtes-vous pas coupables d’exaspérer l’autre par des paroles blessantes, jusqu’à transformer une étincelle en flamme ?
Vous efforcez-vous de tenir compte des humeurs de l'autre ? Cherchez-vous à vous convenir mutuellement ? Ou bien imposez-vous vos volontés, agissez-vous chacun de votre côté, en opposition l'un à l'autre, dans la gestion de vos affaires familiales ? Vous efforcez-vous de rendre la vie de l'autre confortable ? Ou bien, au contraire, n'y règne-t-il pas très souvent entre vous un esprit de rancœur, une propension à vous agacer et à vous nuire mutuellement ?
Il arrive que des maris pèchent gravement contre Dieu en se comportant de manière dure et autoritaire envers leurs épouses, les traitant comme des servantes et, pour ne citer qu'un exemple, leur imposant des restrictions injustes et déraisonnables quant à l'usage et la disposition de leurs biens communs, leur interdisant même de disposer de quoi que ce soit par charité, plutôt que selon leur propre jugement et leur propre prudence. Ceci est en contradiction directe avec la Parole de Dieu, où il est dit de l'épouse vertueuse, en Proverbes 31:20 : "Elle tend la main au pauvre, elle ouvre ses mains au nécessiteux." Si Dieu a fait de cela son devoir, alors il lui a conféré ce droit et ce pouvoir, car le devoir présuppose le droit. Il ne saurait être du devoir de celle qui n'a aucun droit (selon certains) de disposer de quoi que ce soit, de tendre la main au pauvre et d'ouvrir ses mains au nécessiteux.
D'un autre côté, les commandements de Dieu, les préceptes de sa Parole et les vœux solennels de l'alliance matrimoniale, concernant la soumission qui doit exister dans cette relation, ne sont-ils pas pris à la légère par beaucoup ? Éphésiens 5:22 : "Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur" ; de même que Colossiens 3:18 . Ce qui est commandé par Dieu et ce qui a été solennellement promis et juré en sa présence ne doit certainement pas être tourné en dérision. Et celui qui transgresse ces obligations à la légère sera sans doute considéré comme quelqu'un qui méprise l'autorité de Dieu et prend son nom en vain. 
Deuxièmement, je m’adresserai aux parents et aux chefs de famille. Je leur demanderai si, d’une manière ou d’une autre, ils ne vivent pas dans le péché à l’égard de leurs enfants ou des personnes confiées à leur charge ; et je leur demanderai en particulier : Ne vivez-vous pas dans le péché en négligeant leur instruction ? Ne négligez-vous pas totalement le devoir d'instruire vos enfants et vos serviteurs ? Ou, si vous ne le négligez pas totalement, ne leur accordez-vous pas si peu d'instruction, n'êtes-vous pas si négligent et ne vous souciez-vous pas si peu de cette tâche que vous vivez dans une négligence coupable ? Faites-vous des efforts proportionnés à l'importance de la chose ? Vous ne pouvez nier qu'il est d'une importance capitale que vos enfants soient préparés à la mort et sauvés de l'enfer et que tout soit mis en œuvre pour que cela se fasse rapidement. Car vous ne savez pas dans combien de temps vos enfants peuvent mourir. Êtes-vous aussi attentif au salut de leurs âmes qu'à celui de leurs corps ? Travaillez-vous autant pour qu'ils aient la vie éternelle que pour leur assurer des biens pour vivre en ce monde ? 
Que chaque parent se demande s'il ne vit pas dans le péché à cet égard. Et que les maîtres se demandent s'ils ne vivent pas dans le péché, en négligeant le salut de leurs serviteurs, si leur seul souci n'est pas de les asservir à leurs intérêts terrestres, sans se préoccuper de leur sort éternel.
Aussi, ne vivez-vous pas dans une négligence coupable de l'autorité sur vos familles ? Ne vivez-vous pas dans le péché d'Éli ? Certes, il conseillait et reprenait ses enfants, mais il ne les gouvernait pas. Il les reprenait très solennellement, comme il est dit en 1 Samuel 2:23-25, mais il ne les réprimandait pas, ce qui provoqua grandement la colère de Dieu et attira sur sa maison une malédiction éternelle. 1 Samuel 3:12 : "En ce jour-là , j'accomplirai contre Éli tout ce que j'ai dit au sujet de sa maison. Ce que je commencerai, je l'achèverai. Je jugerai sa maison pour toujours, car ses fils se sont rendus vils, et il ne les a pas réprimandés."
Dire que vous ne pouvez pas maîtriser vos enfants n'est pas une excuse. C'est le signe que vous les avez élevés sans autorité, qu'ils ne respectent pas votre autorité. Quand les parents perdent leur autorité sur leurs enfants, leurs réprimandes et leurs conseils n'ont plus aucune valeur. Combien de parents sont gravement défaillants à cet égard ! Combien sont rares ceux qui veillent scrupuleusement à maintenir l'ordre et l'autorité au sein de leur famille ! L'autorité familiale a presque totalement disparu ! Et combien sont aussi susceptibles d'attirer la malédiction sur leur famille qu'Éli ! C'est l'une des principales causes de la corruption qui règne dans le pays. C'est le fondement de tant de débauche et de pratiques corrompues chez les jeunes. L'autorité familiale est en grande partie éteinte. Par négligence en la matière, les parents portent sur eux la culpabilité des péchés de leurs enfants, et le sang de ces derniers leur sera réclamé. 
Il arrive que les parents s'entravent mutuellement dans cette tâche ; l'un désapprouvant les actions de l'autre ; l'un souriant à l'enfant tandis que l'autre le désapprouve ; l'un protégeant tandis que l'autre corrige. Dans de telles circonstances familiales, les enfants risquent d'en pâtir. Que chacun examine donc s'il ne commet pas lui-même ce péché en la matière. 
Troisièmement, je vais maintenant m'adresser aux enfants. Qu'ils s'examinent eux-mêmes et se demandent s'ils ne commettent pas, d'une manière ou d'une autre, un péché envers leurs parents. N'êtes-vous pas coupables d'une forme de négligence envers eux, une négligence que vous vous permettez ? N'êtes-vous pas coupables de mépriser vos parents pour les faiblesses que vous voyez en eux ? Les enfants désobéissants sont prompts à mépriser leurs parents pour leurs faiblesses. N'êtes-vous pas les fils de Cham, qui vit et se moqua de la nudité de son père, s'attirant ainsi une malédiction sur lui-même et sa descendance jusqu'à ce jour ? Pourquoi n'êtes-vous pas les fils de Sem et de Japhet, qui couvrirent la nudité de leur père ? N'êtes-vous pas coupables de déshonorer et de mépriser vos parents pour des infirmités naturelles ou celles de la vieillesse ? Proverbes 23:22 : "Ne méprise pas ta mère quand elle est vieille." Cette malédiction ne vous concerne-t-elle pas, dans Deutéronome 27:16 : "Maudit soit celui qui méprise son père et sa mère" ?
N'as-tu pas tendance à mépriser les conseils et les réprimandes de tes parents ? Lorsqu'ils te mettent en garde contre un péché et te réprimandent pour une mauvaise conduite, n'as-tu pas tendance à les ignorer et à t'en agacer ? Les honores-tu pour autant ? Au contraire, ne les accueilles-tu pas avec ressentiment, les rejetant avec orgueil ? Cela ne suscite-t-il pas en toi la corruption, un esprit obstiné et pervers, et ne te pousse-t-il pas plutôt à éprouver de la rancune envers tes parents, plutôt qu'à les aimer et à les honorer ? N'es-tu pas compté parmi les insensés mentionnés dans Proverbes 15:5 : "L'insensé méprise l'instruction de son père" ? Et cette malédiction ne te concerne-t-elle pas ? Proverbes 30:17 : "L'œil qui se moque de son père et qui méprise l'obéissance à sa mère, les corbeaux de la vallée le crèveront, et les jeunes aigles le dévoreront" ?
N'avez-vous pas tendance à vous irriter envers vos parents lorsqu'ils vous contrarient ? N'êtes-vous pas enclin à leur reprocher quoi que ce soit et à vous mettre en colère contre eux ? Considérez que si vous vivez de telles manières, vous ne vivez pas seulement dans le péché, mais dans ce péché pour lequel il n'y a guère d'autre personne plus souvent menacée de malédiction dans la Parole de Dieu. 
SECTION 8
Considérations pour l'éveil et l'introspection.
Nous allons maintenant aborder certains points afin de convaincre ceux qui, après examen, constatent qu'ils vivent d'une manière ou d'une autre dans le péché, de l'importance de connaître et de corriger leur mode de vie. Des instructions vous ont été données sur la manière de déterminer si vous vivez ou non dans le péché. De nombreux points précis vous ont été suggérés comme sujets d'examen. Quel est donc votre constat ? Vous estimez-vous exempts de tout péché ? Je ne veux pas dire par là que vous vous croyez totalement irréprochables. Cela n'est attendu d'aucun d'entre vous. Car il n'y a pas un homme sur la terre qui fasse le bien et ne pèche point ( 1 Rois 8:46 ). Mais n'y a-t-il pas une manière de pécher dans votre vie, une manière que vous déclarez avoir ? Il y en a sans doute qui sont irréprochables en la matière, des personnes "sans tache dans leur voie, qui ne commettent point d'iniquité" (Psaume 119:1-3).
Que votre conscience vous examine, au vu de ce qui vous a été proposé, comment vous vous trouvez. Ne vous reconnaissez-vous pas coupables ? Ne vivez-vous pas dans le péché, ne vous y êtes-vous pas complu ? Si tel est le cas, considérez ce qui suit. 
A) Si vous cherchez le salut depuis longtemps sans l'avoir trouvé, voici peut-être la raison. Vous vous êtes sans doute demandé pourquoi, malgré vos efforts et votre sincérité, Dieu ne vous entend pas. D'autres trouvent du réconfort, tandis que vous restez dans les ténèbres. Est-ce vraiment étonnant, si vous avez vécu dans le péché tout ce temps ? Si tel est le cas, c'est une raison suffisante pour expliquer pourquoi toutes vos prières et tous vos efforts ont été vains.
Si, jusqu'à présent, vous avez vécu dans le péché, vous avez manqué à votre quête du salut. La véritable voie du salut consiste à accomplir avec diligence tous vos devoirs et à rejeter toute impiété. Si un seul de vos membres est corrompu et que vous ne le maitrisez pas, vous risquez d'être condamné à la damnation (Matthieu 5: 29-30). 
B) Si la grâce n'a pas prospéré, mais qu'au contraire elle a dépéri dans vos âmes, c'est peut-être la cause. Le chemin de la grâce est celui de l'obéissance à tous les commandements de Dieu, d'une pratique religieuse assidue. La grâce s'épanouira dans le cœur de ceux qui vivent ainsi. Mais si vous vivez dans le péché, ce sera comme une maladie secrète qui vous ronge de l'intérieur, vous maintenant pauvres, faibles et languissants.
Une vie de péché, qu'elle quelle soit, vous maintiendra dans une situation précaire, entravant votre prospérité spirituelle et la croissance et la force de la grâce dans vos cœurs. Elle attristera le Saint-Esprit et, dans une large mesure, l'éloignera de vous. Ceci empêchera l'influence bienfaisante de la Parole et des ordonnances de Dieu de faire fructifier la grâce en vous. Ce sera un obstacle majeur à leur action bénéfique. Ce sera comme un ulcère chez un homme qui, tant qu'il persiste, le maintiendra faible et maigre, même si vous le nourrissez d'aliments sains ou le ffestoyiez avec les plus grands raffinements.
C) Si vous avez été amenés à commettre un péché, c'est peut-être la raison. Si vous avez été amenés à vous blesser profondément, c'est peut-être en raison de cela que vous vous êtes laissés aller au péché. Celui qui ne s'abstient pas de tout péché et qui n'est pas obéissant en toutes choses ne peut être pleinement protégé du péché. Le péché dans lequel il vit sera toujours une brèche, une porte ouverte, par laquelle Satan trouvera régulièrement accès. C'est comme une faille dans votre forteresse, par laquelle l'ennemi peut s'introduire et vous atteindre pour vous blesser gravement.
Si l'on persiste dans le péché comme voie de corruption, ce sera comme une brèche dans un barrage qui, si on la laisse s'agrandir, menacera l'ensemble. Vivre dans le péché, c'est comme porter l'éphod, un piège pour Gédéon et sa famille. 
D) Si vous vivez dans une grande obscurité spirituelle, loin de la présence réconfortante de Dieu, il se peut que ce soit la cause de votre situation. Si vous vous plaignez de n'avoir que peu de communion avec Dieu, d'être délaissé et abandonné, que Dieu semble vous cacher son visage et ne vous offre que rarement la douce vision de sa gloire et de sa grâce, que vous vous sentez livré à vous-même, perdu dans les ténèbres et errant dans un désert, peut-être vous êtes-vous interrogé sur ce qui se passe ; vous avez souvent crié vers Dieu pour recevoir la lumière de son visage, mais il ne vous entend pas. Et c'est pourquoi vous traversez des jours et des nuits de tristesse. Mais si, d'après ce qui a été dit, vous avez constaté que vous vivez dans le péché, il est fort probable que ce soit la cause, la racine de votre mal, l'Acan (Josué 7), le troubleur qui offense Dieu, le fait se retirer et fait peser tant de ténèbres sur vos âmes. Vous attristez le Saint-Esprit par votre manière de vivre. Et c'est la raison pour laquelle vous ne recevez plus aucun réconfort de sa part.
Le Christ a promis de se manifester à ses disciples, à condition qu'ils gardent ses commandements. Jean 14:21 : "Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et je l'aimerai, et je me manifesterai à lui." Si vous vivez habituellement dans la désobéissance à l'un des commandements du Christ, il n'est pas étonnant qu'il ne vous accorde pas les manifestations agréables de sa présence. Pour recevoir les grâces particulières de Dieu et jouir d'une communion profonde avec lui, il faut marcher près de lui.
E)  Si vous doutez depuis longtemps de votre condition, voici peut-être la cause. Pour qu'une personne se convertisse, le moyen le plus sûr d'en avoir des preuves manifestes et de sentir l'Esprit de Dieu témoigner à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu est de marcher étroitement avec lui. Comme nous l'avons déjà constaté, c'est ainsi que la grâce s'épanouit dans notre âme. C'est ainsi que nous fortifions nos habitudes de grâce et que nous les mettons en pratique avec vigueur. Et plus ces pratiques sont vivantes, plus elles seront visibles. De plus, c'est ainsi que Dieu se manifeste à nous comme notre Père et notre ami, que nous recevons les manifestations et les témoignages intérieurs de son amour et de sa faveur.
Mais si vous vivez dans le péché, il n'est pas étonnant que cela obscurcisse considérablement votre foi, car cela entrave la manifestation de la grâce et masque la lumière du visage de Dieu. Et il se peut que vous ne trouviez jamais de réponse satisfaisante à cette question, que vous soyez converti ou non, tant que vous n'aurez pas totalement renoncé à la voie du péché dans laquelle vous vivez.
F) Si vous avez subi les courroux de la Providence, c'est peut-être la cause de vos souffrances. Si vous avez essuyé de sévères réprimandes et des châtiments, c'est probablement le péché qui vous a tourmenté. Parfois, Dieu est terriblement sévère envers son peuple en ce monde, à cause de ses péchés. Moïse et Aaron ne furent pas autorisés à entrer en Canaan car ils n'avaient pas cru en Dieu et parlèrent imprudemment aux eaux de Meriba. Et combien Dieu fut terrible envers David ! Quel malheur s'abattit sur sa famille ! Un de ses fils viola sa sœur, un autre assassina son frère, et après avoir chassé son père de son royaume, ouvertement aux yeux de tout Israël et en plein soleil, il souilla les concubines de son père sur le toit de la maison, pour finalement connaître une fin misérable. Immédiatement après, la rébellion de Saba éclata, et il dut faire face à cette circonstance désagréable à la fin de sa vie : voir un autre de ses fils usurper la couronne.
Quelle terrible punition Dieu infligea à Éli pour avoir vécu dans le péché en ne préservant pas ses enfants du mal ! Il fit mourir ses deux fils le même jour, infligea une mort violente à Éli lui-même, lui prit l'arche et l'envoya en captivité, maudit sa maison pour toujours et jura que l'iniquité de sa maison ne serait jamais expiée par les sacrifices et les offrandes, que la prêtrise lui serait retirée et donnée à une autre famille, et qu'il n'y aurait jamais de vieillard dans sa famille.
N’est-ce pas le péché que vous pratiquez qui vous vaut les reproches et les réprimandes de la Providence ? Certes, il n’appartient pas à votre prochain de vous juger face aux épreuves de la vie. Mais vous devriez vous interroger vous-mêmes sur les raisons pour lesquelles Dieu vous réprimande (Job 9:10).
G) Si la mort vous est si terrible, c'est peut-être là que réside son origine. À la simple pensée de mourir, vous reculez. La moindre maladie, la moindre menace pour votre vie, vous terrifient. L'idée de mourir et d'entrer dans l'éternité vous est insupportable, même si vous espérez être converti. Si vous vivez dans le péché, il est fort probable que ce soit là le fondement même de votre peur. Le péché maintient votre esprit sensuel et mondain, et vous empêche de ressentir pleinement la présence divine et ses joies. Il vous prive de la grâce et vous empêche de savourer les plaisirs célestes que vous auriez autrement. Il vous empêche de ressentir la douce présence et la faveur divines. Sans cela, rien d'étonnant à ce que vous ne puissiez envisager la mort sans terreur.
Pour aborder la mort avec sérénité et trouver la paix et le calme absolus face à elle, il faut marcher près de Dieu et obéir sans tache à ses commandements. Si tel n'est pas le cas parfois, même pour des personnes véritablement pieuses, c'est sans doute parce qu'elles mènent une vie qui déplaît à Dieu.
Si, d'après ce qui vous a été proposé, vous constatez que vous avez vécu dans le péché, sachez que si vous persistez dans cette voie, vous vivrez en toute connaissance de cause. Que ce fût un péché connu ou non par le passé, même si vous y avez vécu jusqu'ici par ignorance ou inadvertance, si vous en avez désormais conscience, alors, si vous persistez dans cette voie, il ne s'agira plus d'un péché d'ignorance, mais vous serez reconnu comme appartenant à la catégorie de ceux qui vivent en toute connaissance de cause.