vendredi 23 octobre 2026

Allez, revenez! par F.B Meyer

 

Il est très solennel de penser qu'un seul péché puisse à jamais, en ce qui concerne ce monde, ruiner notre utilité. Il n'en est pas toujours ainsi. Parfois, comme dans le cas de l'apôtre Pierre, le Seigneur restaure et réaffecte gracieusement à son œuvre celui qui aurait pu être jugé inapte à s'y engager à nouveau. "Pais mes brebis. Pais mes agneaux." Mais à ce seul cas, nous pouvons en opposer trois autres, dans chacun desquels il semblerait que l'ange gardien, qui a interdit le retour de nos premiers parents en Éden, ait été posté avec des injonctions strictes interdisant tout retour à leur ancienne position de noble service.

Le premier cas est celui de Moïse. Aucun autre homme n'a jamais été honoré comme lui, "à qui Dieu parlait face à face"; le plus doux des hommes, le serviteur du Seigneur, la nourrice du peuple juif, dont les intercessions l'ont sauvé à maintes reprises de la destruction. Pourtant, parce qu'il a parlé sans réfléchir et a frappé le rocher à deux reprises, par incrédulité et par passion, il fut contraint de subir la terrible sentence : "Parce que tu ne m'as pas cru pour me sanctifier aux yeux des enfants d'Israël, tu ne feras pas entrer cette assemblée dans le pays que je leur ai donné !" (Nombres 20:12). Il plaida avec la plus grande insistance pour la révocation de cette terrible interdiction, mais il fut réduit au silence par la réponse solennelle, sans appel : "C'est assez, ne me parle plus de cette affaire" (Deutéronome 3:26).

Le deuxième cas est celui de Saül, le premier roi d'Israël, au destin funeste, dont le règne s'ouvrit sous de si bons auspices, comme un matin sans nuages, mais qui s'attira bientôt la sentence de destitution. Pourtant, ce ne fut que pour un seul acte. Alarmé par le long retard de Samuel et la dispersion du peuple, il s'introduisit imprudemment dans une province dont il avait été expressément exclu et offrit le sacrifice par lequel les Israélites se préparaient habituellement au combat. "Et il arriva, dès qu'il eut achevé d'offrir l'holocauste, voici, Samuel arriva... Et Samuel dit : Qu'as-tu fait ?... Tu as agi en insensé, tu n'as pas observé le commandement que l'Éternel, ton Dieu, t'avait prescrit ; car maintenant l'Éternel aurait affermi pour toujours ta royauté sur Israël. Mais maintenant, ton règne ne durera pas… parce que tu n’as pas observé ce que l’Éternel t’avait commandé" (1 Samuel 13:10-14). Au début de son règne, et avant sa nouvelle désobéissance envers les Amalécites; pour cet acte de désobéissance, révélant un triste état de décrépitude morale, Saül fut rejeté.

Le troisième cas est celui d'Élie. Il ne fut jamais rétabli dans la position qu'il occupait avant sa fuite fatale. Certes, il fut invité à reprendre son chemin, et une tâche lui fut assignée. Mais cette tâche consistait à oindre trois hommes qui devaient se partager le ministère qu'il aurait pu accomplir s'il avait été fidèle à son Dieu et à ses opportunités. L'œuvre de Dieu doit se poursuivre ; sinon par nous, du moins, par nos échecs, par d'autres appelés à nous remplacer. "Va, retourne par ton chemin au désert de Damas. Quand tu seras arrivé, oins Hazaël pour roi de Syrie ; tu oindras Jéhu, fils de Nimshi, pour roi d'Israël ; et tu oindras Élisée, fils de Schaphath, d'Abel-Mehola, pour être prophète à ta place." Ces paroles sonnèrent le glas des rêves les plus chers d'Élie. De toute évidence, il ne lui appartenait pas de libérer son peuple de l'esclavage de Baal. D'autres devaient accomplir son œuvre ; un autre devait être prophète à sa place.

Tous ceux qui occupent des postes importants d'enseignants et de dirigeants peuvent être mis en garde par ces exemples solennels, tels que la femme de Lot sur les plaines de Sodome. Nous ne sommes peut-être pas tous tentés, comme Élie, par l'incrédulité et le découragement. Mais bien d'autres pièges nous sont tendus par notre grand ennemi et semés de belles apparences, comme le chasseur qui répand de la terre et de l'herbe au sommet du trou qu'il a creusé entre le fleuve et l'antre de sa proie. Il y a l'adulation envers l'homme qui a réussi, où tant d'humain se mêle à la gratitude pour l'aide ou le réconfort apporté. Il y a le désir d'être toujours en vue; premier sur tous les plans et premier dans chaque entreprise, au détriment total de la prière privée. Il y a les attaques insidieuses de la jalousie, le mépris des autres, la comparaison de leur position avec la nôtre. Et à cela s'ajoutent d'autres modes d'échec, plus flagrants et plus évidents, auxquels nous sommes tous sujets et dont, hélas ! trop de personnes ont été dominées. Chacune de ces attaques peut contraindre Dieu à nous rejeter de son glorieux service et à nous employer à un ministère plus humble, ou à oindre nos successeurs.

En tant qu'enfants, il ne nous rejettera jamais ; mais en tant que serviteurs, il le peut. Prenons garde ! Un faux pas, une désertion précipitée de notre poste, un acte de désobéissance, un accès de colère ; chacun de ces actes peut amener notre Père céleste à nous rejeter, comme Samson le fit avec la mâchoire de l'âne avec laquelle il avait égorgé des monceaux. Nous ne perdrons pas le ciel ; il nous est garanti par le précieux sang du Christ. Nous pourrions même être honorés d'une entrée glorieuse et triomphale dans un équipage de feu. Mais nous ne chevaucherons plus jamais la crête de la marée montante, emportant tout sur notre passage. D'autres achèveront notre tâche inachevée.

Mais malgré le danger, il existe des protections suffisantes. Laissez Dieu vous tailler avec le sécateur d'or de sa sainte Parole. Regardez dans le miroir de la vérité révélée, pour voir s'il n'y a aucune trace de défaut qui se glisse sur le visage de l'âme. Offrez constamment votre esprit au Saint-Esprit, afin qu'il puisse détecter et vous révéler les prémices du péché d'idolâtrie. Soyez très jaloux de tout ce qui divise votre cœur avec votre Seigneur. "Veillez et priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation" (Marc 14:38). Ayez un recours perpétuel pour la purification, au sang versé pour la rémission des péchés. Ayez confiance en Lui qui est capable de vous garder de toute chute et de vous placer devant la présence de sa gloire sans défaut, dans une joie extrême.

Mais maintenant, en nous tournant vers l'étude plus approfondie des paroles par lesquelles Dieu a renvoyé son serviteur d'Horeb, remarquons trois pensées distinctes.

La variété des instruments de Dieu

Hazaël, roi de Syrie ; Jéhu, le capitaine impitoyable ; et Élisée, le jeune fermier. Chacun était aussi différent que possible des autres, et pourtant chacun était nécessaire à une tâche particulière en lien avec ce peuple idolâtre. Hazaël était destiné à être le bâton de la vengeance divine sur Israël dans son ensemble, par lequel Dieu commença et à les réduire comme la poussière par le battage. Ah ! cruel fut son traitement envers eux ! (2 Rois 5:12 ; 10:32 12:3,17). Jéhu devait être le fléau de la maison d'Achab, l'extirpant de la racine et des branches. Le ministère d'Élisée devait être aussi agréable et doux que la pluie d'été et la rosée du soir, à l'image du ministère de notre Seigneur lui-même, qu'Élisée préfigurait et dont son nom évoquait de manière significative.

Il est remarquable de voir comment Dieu accomplit ses desseins par l'intermédiaire d'hommes qui ne pensent qu'à leurs propres excès. Leur péché n'est ni atténué ni pardonné parce qu'ils exécutent les desseins du ciel ; il demeure visible dans toute sa malignité. Et pourtant, bien qu'ils soient tenus responsables du mal, il n'en demeure pas moins évident qu'ils accomplissent tout ce que la main et le conseil de Dieu avaient déterminé auparavant. Ce fait est souvent mentionné dans les Écritures. Joseph réconforta ses frères après la mort de son père, en leur disant que, même s'ils avaient pensé du mal de lui, Dieu avait transformé cela en bien, pour sauver le peuple. David interdit à ses hommes de tuer Shimeï, car, bien que Shimeï ait maudit David, et que maudire le roi fût une trahison odieuse, "S'il maudit, c'Est que l'Éternel lui a dit : Maudis David !" (2 Samuel 16:10). Et notre Seigneur, sur le point d'être livré aux mains des méchants, dit que son Père lui mettait cette coupe entre les mains (voir Actes 2:23).

Les hommes peuvent commettre des méfaits contre nous, pour lesquels ils seront condamnés, et pourtant ces mêmes méfaits, permis par la sagesse et l'amour de Dieu, sont ses messages. Avant de nous atteindre, ils doivent traverser sa présence environnante et englobante. Si c'est le cas, alors ils sont la volonté de Dieu pour nous, et nous devons accepter humblement le plan de notre Père, en disant : "Que ta volonté soit faite, et non la mienne."

Personne ne peut échapper complètement aux interventions personnelles de Dieu

Les filets de Dieu ne sont pas tous construits avec les mêmes mailles. Les hommes peuvent échapper à certains d'entre eux, mais ils ne peuvent échapper à tous. S'ils échappent au ministère de l'Évangile, ils seront capturés par un ouvrier sérieux, apte aux relations personnelles. S'ils parviennent à échapper à tout contact de vive voix, ils peuvent encore être atteints par la page imprimée. S'ils évitent toute littérature religieuse, ils peuvent encore être les sujets soudains des efforts de l'Esprit. "Celui qui échappera à l'épée d'Hazaël, Jéhu le tuera ; et celui qui échappera à l'épée de Jéhu, Élisée le tuera" (1 Rois 19:17).

Nous ne lisons pas qu'Élisée ait jamais manié l'épée, et pourtant le ministère de l'amour doux est parfois plus puissant pour tuer des âmes que le ministère plus vigoureux d'un Hazaël ou d'un Jéhu ; et de ce meurtre naît la vie.

Ne comparons pas les hommes entre eux. Ne méprisons aucune dénomination ou groupe de chrétiens. Ce qui est inopérant pour l'un, c'est la voix de Dieu pour l'autre. Nous sommes totalement incapables d'apprécier l'utilité essentielle des hommes. Et ne nous envions pas les uns les autres, car chacun de nous possède un don particulier qui nous qualifie pour être utile au cher Maître et nous permet de toucher ceux qui seraient restés intouchables sans nous. "Il y a maintenant plusieurs membres, et pourtant un seul corps. Et l'œil ne peut dire à la main : Je n'ai pas besoin de toi ; ni la tête aux pieds : Je n'ai pas besoin de vous" (1 Corinthiens 12:21).

Et lorsque nous observons l'étendue des ministères qui peuplent le monde, nous pouvons être sûrs que chacun a au moins une chance, et que Dieu organise la vie des hommes de telle sorte qu'une fois au moins, ils soient confrontés au type d'argument le plus adapté à leur caractère et à leur tempérament, pourvu qu'ils soient attentifs et obéissent.

Dieu n'oublie jamais l'un des siens.

Élie pensait être le seul à aimer et à adorer Dieu. C'était une grave erreur. Dieu en avait beaucoup de cachés : "J'ai laissé sept mille hommes en Israël, tous ceux qui n'ont pas fléchi les genoux devant Baal, et dont la bouche ne l'a pas baisé" (1 Rois 19:18). Nous ignorons tout de leurs noms et de leur histoire. Ils étaient probablement inconnus du camp ou de la cour ; obscurs, simples et humbles. Leur seul témoignage fut un long refus des sollicitations des rites immondes de l'idolâtrie. Ils gémissaient et pleuraient en secret, et se parlaient souvent les uns aux autres, tandis que le Seigneur les écoutait. Mais ils étaient tous connus de Dieu, inscrits parmi ses joyaux et comptés comme un berger compte ses brebis. Il prenait soin d'eux avec une sollicitude infinie, et c'est pour eux qu'il suscita le bon et doux Élisée pour qu'il poursuive l'éducation et la discipline de leurs âmes.

Je me suis souvent demandé comment ces sept mille disciples secrets pouvaient rester si près d'eux au point d'être ignorés de leur grand chef. L'essence d'une rose trahira toujours sa présence, même si nous la cachons. Quand le sel n'a pas perdu sa saveur, il ne peut être caché. Et l'œuvre de Dieu dans le cœur des hommes doit, tôt ou tard, se révéler. Il est donc à craindre que la piété de ces êtres cachés ait été très vague et incolore, nécessitant l'œil de l'omniscience pour la déceler. Mais malgré tout, Dieu l'a décelée et l'a estimée. Il n'a pas éteint le lin fumant, mais l'a attisé. Il n'a pas méprisé le grain de moutarde, il a surveillé sa croissance avec tendresse et attention.

Vous pouvez être très faible et insignifiant, non compté parmi les capitaines de Dieu, ni jugé digne d'un nom ou d'une place parmi ses serviteurs dévoués. Pourtant, si vous avez ne serait-ce qu'une étincelle de foi et d'amour, si vous vous efforcez de rester pur du monde, vous serez la propriété de Celui dont le sceptre est tendu au plus timide des suppliants. Mais rappelez-vous, si votre vie intérieure est authentique, elle ne restera pas éternellement secrète. Elle éclatera comme un feu longtemps caché ; elle se frayera un chemin vers la lumière comme la graine enfouie où se trouve l'étincelle de vie.

Il se peut que Dieu, par ces lignes, parle à un apostat et lui dise : "Va, reviens ! Reviens à moi, que tu as quitté. Reviens à mon œuvre, que tu as désertée. Reviens à la foi, d'où tu es tombé. Reviens à l'enfance heureuse et sainte d'autrefois. "Reviens, enfants apostats, et je guérirai tes infidélités" (Jérémie 3:22). Oh, que la réponse soit : "Voici, nous venons à toi, car tu es l'Éternel, notre Dieu" (Jérémie 3:22).

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