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dimanche 28 juin 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 54e partie

 

Instructions pour cerner la vérité qui nous entoure.

Mais comment une âme peut-elle être ainsi ceinte de vérité dans sa profession de foi ? Je réponds : Premièrement, efforcez-vous d'enflammer votre cœur d'un amour sincère pour la vérité. Deuxièmement, à cet amour ardent, efforcez-vous d'y ajouter la crainte de la colère que Dieu réserve à tous ceux qui apostasient.

Premier conseil. S'efforcer d'enflammer son cœur d'un amour sincère pour la vérité. Seul cet amour peut rivaliser avec les ennemis de la vérité. Le pire qu'ils puissent faire, ce sont les chaînes ou la mort ; or, "l'amour est plus fort que la mort". Il anéantit la mort elle-même. Il rend tout facile. Les commandements ne sont pas pénibles pour l'amour, et il ne se plaint pas des souffrances. 

Avec quel courage Jacob, par amour pour Rachel, endurait la chaleur du jour et le froid de la nuit ! Quel acte d'audace ! Jonathan abandonna un royaume et affronta la colère d'un père furieux pour David. L'amour ne se considère jamais vaincu tant qu'il garde l'être aimé ; bien au contraire, il aspire à toute entreprise périlleuse, quitte à se sacrifier à son service, comme le voit David, qui mit sa vie en jeu pour Michal. 

À plus forte raison lorsque notre amour se porte sur un quelqu'un d'aussi transcendant que le Christ et sa vérité ! Hélas, ce ne sont que de faibles esprits insufflés par une créature ! De ténus rayons jaillissant de si tristes beautés ! Si ces êtres soumettent leurs amours à une loi à laquelle ils ne peuvent qu'obéir, même au péril de leur vie, quelle contrainte doit subir une âme ravie par l'amour du Christ ! C'est ce qui a poussé les saints à quitter leurs biens, leurs proches, et même leurs corps avec joie, ne considérant pas comme une perte de s'en séparer, mais de les conserver au moindre préjugé envers la vérité (Apocalypse 12:11).

Il est dit ici : "Ils n’ont pas aimé leur vie jusqu’à la mort." Remarquez, non pas jusqu’à perdre certains conforts de leur existence, mais "jusqu’à la mort". Ils considéraient la vie elle-même comme une ennemie, car elle menaçait de les séparer de la vérité. De même qu’un homme n’aime pas son bras ou sa jambe lorsqu’ils mettent le reste de son corps en péril, mais qu’il souhaite les couper, "ne pouvons-nous vivre", disent ces âmes nobles, "qu’en voyant la vérité obscurcie et notre amour pour elle et pour le Christ remis en question ? Accueillons donc la pire des morts." C’est ce qui soutint le courage de David lorsque sa vie fut en danger : "Les méchants m’attendent pour me perdre ; mais je considérerai tes témoignages" (Psaume 119:95).

Un cœur charnel aurait considéré ses biens, sa femme et ses enfants, ou du moins sa vie, désormais en danger. Mais le cœur de David était tourné vers un sujet plus noble ; il méditait sur les témoignages de Dieu, et une telle douceur emplissait son âme tandis qu’il les méditait, qu’il ne pouvait la contenir. "Oh ! combien j’aime ta loi !" (verset 97). Cela éclaira toutes les épreuves qu’il rencontra pour son attachement à la vérité. C’est un grand mystère pour le monde que des hommes puissent courir un tel péril pour une opinion, comme on l’appelle. C’est pourquoi Paul fut considéré par son juge comme ayant perdu la raison. Et cette question que Pilate posa au Christ semble avoir été posée avec légèreté plutôt qu’avec sérieux (Jean 18). Notre Sauveur lui avait dit (verset 37) que le but de sa naissance et de sa venue au monde était de "rendre témoignage à la vérité".

Alors Pilate, au verset 38, demande au Christ : "Qu'est-ce que la vérité ?", comme s'il avait dit : "Est-ce maintenant le moment de penser à la vérité, alors que ta vie est en danger ? Qu'est-ce que la vérité, pour que tu prennes tant de risques pour elle ?" Mais un homme magnanime pourrait mieux demander, avec un saint mépris : "Que sont les richesses et les honneurs, que sont les plaisirs éphémères de ce monde trompeur, et même la vie elle-même, pour que tout cela soit opposé à la vérité ?" Messieurs, voyez ce qui captive votre amour au point de vous faire accaparer bourse, crédit, vie et tout le reste.

"Amor meus pondus meum" ; chacun va là où son amour le porte. Si le monde a votre amour, vous y consacrerez votre vie ; si la vérité a conquis vos cœur, vous encaisserez les coups qui lui sont portés plutôt que de les laisser s'abbatre sur elle. Veillez seulement à ce que votre amour pour la vérité soit sincère, sinon il vous abandonnera aux portes de la prison et vous fera vous séparer de la vérité au moment où vous devriez le plus la défendre. Il existe trois sortes de faux croyants, dont l’amour ne résistera pas à l’épreuve du feu.

Première catégorie. Ceux qui embrassent la vérité par intérêt charnel. Parfois, la vérité paie bien son séjour avec l'argent du monde, et tant qu'elle y est invitée, chacun l'accueille chez soi. Ceux-là n'aiment pas la vérité, mais le bijou à son oreille.

On observe, sous le règne d'Henri VIII, que beaucoup étaient très zélés contre les abbayes, car ils aimaient leurs terres plus qu'ils ne haïssaient leur idolâtrie. La vérité trouve peu de personnes qui l'aiment gratuitement. Et seuls ces quelques-uns souffriront avec et pour la vérité ; quant aux autres, une fois dépensés les biens matériels que la vérité leur a apportés, vous constaterez qu'ils sont las de leur combat.

Ce feu de cuisine ne brûle pas plus longtemps que le combustible grossier que sont le profit, le crédit et autres ne l'alimente. Si vous ne pouvez aimer la vérité nue, vous ne supporterez pas d'être déshonoré pour elle ; et le sort que subit la vérité, ses disciples doivent s'y attendre.

Deuxième catégorie. Ceux qui vantent la vérité et la proclament haut et fort, mais qui, si vous les observez, ne font que la complimenter. Ils se tiennent à distance et ne laissent pas la vérité entrer en eux, pour qu'elle leur serve de loi ; comme celle qui reçoit un prétendant, parle bien de lui, converse avec lui, mais refuse de l'épouser. C'est une chose d'aimer véritablement, c'en est une autre de simplement embrasser ou caresser.

Bucholcerus disait souvent : "Beaucoup embrassent le Christ, mais peu l'aiment vraiment". Le véritable amour pour le Christ est conjugal. Lorsqu'une âme s'abandonne, par une attirance intérieure qu'elle éprouve pour le Christ comme pour son époux, à être gouvernée par son Esprit et ordonnée par sa parole de vérité, voilà une âme qui aime le Christ et sa vérité. Mais là où la vérité n'a ni commandement ni règle, l'amour de la vérité ne demeure pas dans ce cœur. Celle qui n'obéit pas ne peut être une épouse aimante, car l'amour l'y contraindrait ; et de même, l'amour dans l'âme imposerait l'obéissance à la vérité qu'il aime. Bien plus, celui qui n'obéit pas à la vérité est si loin de l'aimer qu'il la craint ; il sera plus enclin à la persécuter qu'à souffrir pour elle.

Ainsi est vrai ce qu'affirme Jérôme : "Celui que nous craignons, nous le haïssons ; celui que nous haïssons, nous souhaitons sa destruction." Saül craignait David, et cela le poussa à redoubler d'efforts pour le perdre. Hérode craignait Jean, et cela lui coûta la vie. La crainte servile pousse le cœur pervers à emprisonner la vérité dans sa conscience, car si celle-ci avait toute sa liberté et son autorité dans l'âme, elle emprisonnerait, voire exécuterait, toute convoitise qui règne en maître ; et celui qui emprisonne la vérité en son sein, il lui est difficile de se retrouver lui-même en prison pour témoigner de la vérité.

Troisième catégorie. Ceux qui ne manifestent aucun zèle contre les ennemis de la vérité. L'amour, lui, s'arme de zèle ; c'est le poignard qu'il brandit contre tous les opposants à la vérité. Celui qui n'est pas zélé n'aime pas. Or, le zèle véritable agit comme un feu qui brûle jusqu'à son paroxysme, tout en restant contenu. S'il demeure confiné au cœur d'un chrétien, et ne peut alors jaillir pour punir les ennemis de la vérité, il brûle d'autant plus intérieurement, emprisonné, et s'attaque, tel un feu dans ses os, à l'esprit du chrétien, le consumant, le dévorant de chagrin à la vue de la vérité foulée aux pieds par l'erreur ou le profanation, sans qu'il puisse la relever. Il n'y a aucune joie pour un amant zélé à survivre à l'être aimé. Il y en a eu qui auraient préféré se jeter dans la tombe de leurs amis et se coucher avec eux dans la poussière, plutôt que de passer ici-bas une vie désenchantée sans eux.

"Allons mourir avec lui", dit Thomas lorsque le Christ leur annonça la mort de Lazare. Et je suis certain que les zélés défenseurs de la vérité trouvent triste de vivre en des temps de perversité, quand celle-ci est bafouée. La nouvelle de la disparition de l'arche terrifia l'âme du bon Élie, et l'on peut penser, par charité, que cela donna naissance au souhait d'Élie, voire à sa prière solennelle pour la mort : "C'en est assez ; maintenant, Seigneur, prends ma vie" (1 Rois 19:4). Le saint homme vit comment les choses se passaient parmi les grands de ce temps pervers.

On courtisait les idolâtres, on provoquait les fidèles serviteurs de Dieu, on les traînait, on les tuait, pour ainsi dire ; et maintenant, ce prophète zélé pense qu'il est temps de quitter ce monde plutôt que de vivre plus longtemps dans le tourment, de voir le nom, la vérité et les serviteurs de Dieu bafoués par ceux qui auraient dû leur témoigner le plus de bienveillance. Mais si le zèle reçoit le pouvoir de défendre la vérité, comme lorsqu'il est élevé au siège du magistrat, alors les ennemis de la vérité sauront et sentiront qu'il ne porte pas l'épée en vain. Le magistrat zélé, comme il a un bras pour secourir et défendre la vérité; l'Israélite a une main pour frapper le blasphème, l'erreur et la profanation (l'Égyptien) lorsque l'un d'eux l'attaque.

Oh ! comme Moïse s'est indigné contre lui, cet homme humble qui demeura muet dans sa propre cause (Nombres 12), lorsque le peuple s'était adonné à l'idolâtrie ! Son cœur était si ardent que, malgré tout l'amour qu'il leur portait, il ne pouvait ni prier Dieu pour eux, ni écouter leurs supplications, avant d'avoir manifesté son zèle par un acte de justice contre les coupables. Or, seuls de tels individus sont susceptibles de souffrir pour la vérité lorsqu'on les y appelle ; ils ne la laisseront pas souffrir s'ils peuvent l'en empêcher.

Quant aux esprits neutres, à l'instar de Gallion, qui voient la vérité et l'erreur s'affronter sans pour autant se démener pour la soutenir (en usant de leur pouvoir et de leur autorité, s'il s'agit d'un magistrat ; en prêchant l'une et en dénigrant l'autre, s'il s'agit d'un pasteur ; et par un témoignage sincère, une prière fervente et une sympathie affectueuse envers la vérité, qu'elle prospère ou non, s'il s'agit d'un simple chrétien) je dis bien, quant à ceux-là, qui, en l'occurrence, se tiennent comme des spectateurs devant deux lutteurs, peu soucieux de savoir qui tombera, on ne peut attendre de ceux-là qu'ils s'exposent à de grandes souffrances pour la vérité.

Celui qui n'a pas le zèle nécessaire pour faire taire les ennemis de la vérité quand il le peut, osera-t-il la proclamer librement face à la mort et au danger ? Ce pasteur qui n'a ni l'amour ni le courage de défendre la vérité en chaire, peut-on imaginer qu'il la défendrait jusqu'au bûcher ? En un mot, ce chrétien dont le cœur n'est pas touché par la vérité au point de la comprendre, s'interposera-t-il entre elle et le coup que lui portent ses persécuteurs sanguinaires, et choisira-t-il de recevoir ce coup, même au prix de sa vie, plutôt que de le voir s'abattre sur la vérité ? Si le feu de l'amour s'éteint en lui, ou s'affaiblit au point de ne plus le plonger dans le chagrin face aux atteintes à la vérité commises par des esprits corrompus, où trouvera-t-il la flamme qui lui permettra de se consumer sous la main des hommes sanguinaires ? Nul ne supportera le feu qui brûle en lui s'il ne prend plus soin d'entretenir cette flamme sacrée dans son âme. S'il ne peut verser de larmes, à plus forte raison saignera-t-il pour la vérité.

Question : Si quelqu'un se demandait comment embraser son cœur de ce feu céleste d'amour pour la vérité, je répondrais:

1. Efforce-toi d'harmoniser ton cœur avec la vérité. La ressemblance est le fondement de l'amour. Un cœur charnel ne peut aimer la vérité, car il ne lui ressemble pas. Un tel homme peut aimer la vérité comme on a aimé Alexandre, le roi, non l'homme qui la personne qui était le roi. La vérité dans son honneur et sa dignité, lorsqu'elle peut lui être préférée, mais non la vérité nue elle-même. Comment est-il possible qu'une âme terrestre aime la vérité céleste ? Un cœur impur, la vérité pure ?

Oh ! comme il est triste de voir comment les préceptes et les principes de l'entendement des hommes s'opposent et se disputent avec les principes de leur cœur et de leurs affections, quand les hommes ont des jugements orthodoxes et des cœurs hétérodoxes ! Il y a forcément peu d'amour pour la vérité, car le jugement et la volonté sont si mal assortis. La vérité dans la conscience réprimande et menace la luxure dans le cœur ! Et celle-ci, à son tour, contrôle la vérité dans la conscience !

Ainsi, tel un couple qui se dispute, ils peuvent un temps cohabiter, mais ne trouvant aucun réconfort l'un chez l'autre. Le misérable se laisse facilement persuader de divorcer de la vérité et de la renvoyer, comme Assuérus le fit avec Vashti, afin d'embrasser d'autres principes, plus en accord avec son cœur corrompu, et de ne pas le contrarier dans sa voie. C'est cela, j'en suis persuadé, qui a séparé tant de personnes de la vérité en ces temps de débauche. Ils ne pouvaient pécher en paix tout en conservant la justesse de leurs jugements. La vérité les réprimandait sans cesse, et c'est pourquoi, pour harmoniser leurs jugements avec leurs cœurs, ils ont adopté des principes conformes à leurs convoitises.

Mais mon âme, si la vérité a eu sur toi un tel pouvoir de te transformer, par le renouvellement de ton esprit, à son image, de sorte que, comme le rejeton transforme le tronc selon sa propre nature, ainsi la vérité t'a assimilée et t'a fait porter des fruits semblables aux siens, alors tu es celle qui ne se séparera jamais de la vérité. Car avant que cela ne soit possible, tu dois renoncer à cette nouvelle nature que l'Esprit de Dieu a engendrée en toi. Il existe désormais une union si profonde entre toi et la vérité, ou plutôt entre toi et le Christ, qu'elle est indissoluble.

Voyez la puissance immense qui accompagne l'institution divine du mariage : deux personnes qui, un mois auparavant peut-être, ne se connaissaient pas, et pourtant, leurs affections désormais unies par l'amour et leurs êtres rendus un par le mariage, peuvent quitter amis et parents pour se réjouir l'un de l'autre. Une puissance immense, et bien plus grande encore, accompagne cette union mystique entre l'âme et le Christ, l'âme et la vérité ; celle-là même qui, avant sa conversion, n'aurait pas risqué de perdre un sou pour le Christ ou sa vérité, et pourtant, désormais unie au Christ et à sa vérité par une œuvre secrète de l'Esprit qui la remodèle à son image, peut dire adieu au monde, à la vie et à tout le reste, pour cela.

Comme ce martyr le raconta à celui qui lui demandait s'il n'aimait pas sa femme et ses enfants, et s'il ne rechignait pas à s'en séparer : "Oui, répondit-il, je les aime tellement que je ne me séparerais d'aucun d'eux pour tout ce que vaut le duc de Brunswick, dont il était le sujet ; mais pour l'amour du Christ et de sa vérité, adieu à eux tous."

2. Efforce-toi d'embraser toujours plus ton cœur de l'amour de Dieu, et cela fera naître en toi un amour profond pour sa vérité. L'amour observe ce qui est précieux et cher à celui qu'on aime, et l'aime à cause de lui. L'amour de David pour Jonathan l'a poussé à se renseigner sur certains de ses semblables, afin de leur témoigner de la bienveillance, à cause de lui. L'amour de Dieu rendra l'âme curieuse de découvrir ce qui Lui est proche et cher, afin qu'en lui témoignant de la bienveillance, elle puisse lui exprimer son amour. Or, après une brève recherche, nous constaterons que le Dieu tout-puissant accorde une valeur inestimable à la vérité. "Car tu as élevé ta parole au-dessus de tout ton nom" (Psaume 138:2). C'est le nom de Dieu, par lequel il est connu. Toute créature porte le nom de Dieu (c'est par la Création que Dieu est connu), même le plus petit brin d'herbe.

Mais à sa parole, et à la vérité qui y est écrite, il a donné la prééminence sur tout ce qui porte son nom. Considérons quelques points qui nous permettront d'entrevoir la grande valeur que Dieu accorde à la vérité.

A). Lorsque Dieu accorde sa parole et sa vérité à un peuple, il lui fait preuve d'une des plus grandes miséricordes qu'il puisse recevoir ou qu'il puisse accorder ; il les appelle les "grandes choses" de sa loi (Osée 8.12). Un peuple qui jouit de sa vérité est, par le jugement même du Christ, "élevé au ciel". Sans cela, tout ce qu'un peuple possède de la main de Dieu ne peut s'y comparer, pas plus que le pain et la bouteille d'Agar (qui constituaient la part d'Ismaël) ne peuvent se comparer à l'héritage d'Isaac.

Dieu, qui sait apprécier et mesurer ses propres dons, dit de sa parole qu'il révèle à Jacob, et des témoignages qu'il donne à Israël, "qu'il n'a agi ainsi envers aucune nation" (Psaume 147.20) ; c'est-à-dire, pas avec autant de richesse et de grâce. 

B). Considérez le soin particulier que Dieu apporte à préserver sa vérité. Quoi qu'il en soit, Dieu se tourne vers sa vérité. Lors des naufrages en mer et des incendies sur terre, quand les hommes ne peuvent sauver que peu de choses, ils choisissent non pas du bois et des objets sans valeur, mais ce qu'ils estiment le plus précieux. Dans toutes les grandes révolutions, les changements et les renversements de royaumes et d'Églises, Dieu a toujours préservé sa vérité. 

Des milliers de vies de saints ont été ôtées, mais ce que le diable déteste plus que tous les saints, oui, ce pour quoi il les déteste seulement, c’est sa vérité. Cela vivra et triomphera de sa malice. Et assurément, si la vérité n'était pas si chère à Dieu, il ne se serait pas donné ce prix pour la préserver par le sang de ses saints ; oui, et plus encore, par le sang de son Fils, dont la mission dans le monde était, par sa vie et sa mort, de "rendre témoignage à la vérité" (Jean 18:37). En un mot, dans ce grand et funeste brasier du ciel et de la terre, lorsque les éléments fondront sous l'effet de la chaleur et que le monde atteindra son terme fatal, alors la vérité ne subira aucune perte, mais "la parole du Seigneur subsiste éternellement" (1 Pierre 1:24).

C). Considérons la sévérité de Dieu envers les ennemis de la vérité. Une terrible malédiction est prononcée contre ceux qui en retranchent ou en ajoutent la moindre parcelle; ceux qui altèrent ou rognent cette pièce céleste (Apocalypse 22:18). 

L'un attire sur lui tous les fléaux décrits dans la parole de vérité ; à l'autre, sa part sera ôtée du livre de vie, de la cité sainte et des biens, c'est-à-dire des biens promis, qui sont écrits dans ce livre. Tout cela témoigne de la haute valeur que Dieu accorde à la vérité ; et cela n'a rien d'étonnant si l'on considère ce qu'est la vérité : cette vérité qui resplendit de la parole écrite. Elle est l'essence même des pensées et des desseins que Dieu a recueillis de toute éternité et qu'il a portés dans son cœur pour les mettre en œuvre. Rien ne se réalise sans l'accomplissement de sa parole.

C'est la représentation la plus complète et la plus parfaite que Dieu lui-même pouvait donner de son être et de sa nature aux fils des hommes, afin que, par elle, nous puissions le connaître et l'aimer. Les grands princes avaient coutume d'envoyer leurs portraits par leurs ambassadeurs à celles qu'ils courtisaient en mariage. Dieu est une perfection si infinie que nulle main ne peut le faire naître à la vie, si ce n'est la sienne, et c'est ce qu'il a fait précisément dans sa parole. C’est de là que tous ses saints sont tombés amoureux de Lui. Celui qui abandonne la vérité de Dieu renie le Dieu de vérité.

Bien que nul ne puisse détrôner Dieu, ils s'en approchent au plus près lorsqu'ils déchaînent leur colère contre la vérité. Ce faisant, ils exécutent en quelque sorte Dieu en effigie. C'est pourquoi nous comprenons si bien pourquoi Dieu chérit tant sa vérité et pourquoi nous qui l'aimons devons nous y attacher.

D). Consacrez-vous à la méditation de l'excellence transcendante de la vérité. "L'œil touche le cœur" ; c'est par cette fenêtre que l'amour entre. Jamais personne n'a eu un regard spirituel pour percevoir la vérité dans sa beauté intrinsèque sans avoir un cœur pour l'aimer. C'est ainsi que le cœur de David fut ravi par l'amour de la parole de vérité : "Combien j'aime ta loi ! Je la médite tout le jour", Psaume 119:97. Tandis que ses pensées s'y consacraient, son amour s'y attachait.

David constata une grande différence entre méditer sur les vérités de la parole de Dieu et s'adonner aux autres vertus que le monde encense tant. Lorsqu'il se tourna vers la contemplation d'une quelconque perfection de la créature, il la trouva futile et aride en comparaison. Il ne tarda pas à parcourir le livre des vertus du monde et n'y trouva aucune notion qui mérite qu'on s'y attarde. "J'ai vu", dit-il, "la fin de toutes les perfections" ; il est déjà au bout du monde et, en quelques pensées, il peut sonder le fond de toute la gloire terrestre. Mais lorsqu'il intègre les vérités de Dieu à sa pensée, il trouve alors matière à s'émerveiller et à méditer : "Ton commandement est infiniment vaste."

Les grands navires ne peuvent naviguer sur des rivières étroites et des eaux peu profondes, pas plus que les esprits véritablement grands, imprégnés de la connaissance de Dieu et du ciel, ne peuvent trouver dans la créature suffisamment d'espace pour se tourner et s'épanouir. Une âme pieuse s'échoue vite sur ces terres plates ; mais qu'elle se lance dans la méditation de Dieu, de sa Parole, des vérités mystérieuses de l'Évangile, et elle trouve un lieu d'eaux profondes, un espace marin assez vaste pour s'y perdre. Je pourrais ici vous montrer l'excellence des vérités divines sous différents angles. Comme à la source même d'où elles jaillissent, le Dieu de vérité ; ou à leur contraire, ce monstre difforme qu'est l'erreur, etc. Mais je ne dirigerai votre méditation que vers quelques propriétés séduisantes que vous trouverez dans ces vérités. Vous en trouverez un grand nombre dans le Psaume 19:7, et ainsi de suite.

La vérité est "pure" ; c’est ce qui a poussé David à l’aimer (Psaume 119:140). Non seulement elle est pure, mais elle purifie et sanctifie l’âme qui l’accueille. "Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité" (Jean 17:17). Elle est l’eau pure avec laquelle Dieu lave les âmes souillées. "Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures… je vous purifierai" (Ézéchiel 36:25). L’eau stagnante et croupie fera au visage ce que l’erreur fait à l’âme.

La vérité est "sûre et inébranlable" (Psaume 19:7). Nous pouvons y déposer tout le poids de notre âme sans qu’elle ne cède. Attachez-vous à la vérité et elle vous restera fidèle. Elle vous accompagnera en prison, en exil, et même, elle se dressera sur elle-même et portera vos fardeaux partout où vous irez accomplir sa mission. "Pas une seule chose", dit Josué, "n’est restée sans effet parmi toutes les bonnes choses que l’Éternel, ton Dieu, a dites à ton sujet ; tout s’est accompli pour toi, et rien n’est resté sans effet" (Josué 23:14).

Tout ce que vous y trouverez, considérez-le comme de l'argent dans votre bourse. "Quatre-vingts ans", dit Polycarpe, "j'ai servi Dieu, et je l'ai trouvé bon maître." Mais ceux qui pensent s'assurer un avenir meilleur en abandonnant la vérité sont assurés d'être déçus. Nombreux sont ceux qui, flattés par de belles promesses, se sont éloignés de la vérité et n'ont pas été mieux servis que Judas par les Juifs après avoir livré son Maître entre leurs mains sanglantes. Prenez garde à cela. Bien que les persécuteurs aiment la trahison, ils haïssent le traître. Souvent, pour manifester leur malice diabolique, ils n'hésitent pas à massacrer cruellement ceux qui, contraints de renier la vérité, se glorifient de leur acte, comme une vengeance parfaite pour détruire l'âme et le corps.

Encore une fois, la vérité est libre et libère l'âme qui s'y attache. "La vérité vous rendra libres", Jean 8:32. Le Christ révèle aux Juifs l'esclavage dans lequel ils étaient, un esclavage dont ce peuple arrogant n'avait jamais rêvé. "Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir ses désirs", verset 44. De tels esclaves sont tous pécheurs. Ils doivent faire ce que le diable veut d'eux et
n'osent pas plus lui déplaire qu'un enfant à son père avec un bâton à la main. Certaines sorcières ont avoué avoir été contraintes d'envoyer leurs démons nuire à autrui pour se soulager ; car tant qu'elles ne les avaient pas envoyés en mission, elles étaient elles-mêmes tourmentées par eux. Et celui qui est en proie à un désir ne trouve guère de repos s'il ne le sert pas constamment et ne subvient pas à ses besoins.

Croyez-vous que le monde puisse connaître un autre esclave comme ce pauvre malheureux ? Eh bien, même si tous les verrous du diable (je veux parler des convoitises) étaient verrouillés sur un seul pécheur, et qu'il était enfermé dans le cachot le plus profond de sa prison, qu'il suffise que ce pauvre esclave commence à connaître la vérité du Christ, qu'il lui ouvre son cœur, et vous entendrez bientôt les fondements de la prison trembler, ses portes s'ouvrir et les chaînes tomber des jambes de la pauvre créature.

La vérité ne peut être enchaînée, ni demeurer dans une âme prisonnière du péché ; aussi, lorsque la vérité et l'âme s'accordent, ou plutôt le Christ et l'âme, réunis par la vérité, alors la pauvre créature peut lever la tête avec joie, car sa rédemption et sa délivrance de cet esclavage spirituel sont proches ; oui, le jour est venu, la clé est déjà dans la serrure pour le libérer. Il est impossible que nous connaissions « la vérité telle qu’elle est en Jésus » et que nous soyons de simples étrangers à la liberté qui l’accompagne, Éphésiens 4:19-21.

En un mot, la vérité triomphe. Elle est grande et finira par l'emporter. C'est le grand dessein de Dieu, et bien que de nombreux complots et stratagèmes se cachent dans le cœur des hommes (révélant leurs intentions), le dessein du Seigneur prévaudra. Leurs espoirs sont vains lorsqu'ils y ont trop longtemps cru. Hélas ! ils manquent de pouvoir pour faire éclore ce que leur malice nourrit. Parfois, je l'avoue, les ennemis de la vérité s'emparent des milices de ce monde, et alors la vérité semble s'effondrer, et ceux qui en témoignent sont même mis à mort ; pourtant, leurs persécuteurs sont incapables de les enterrer vivants (Apocalypse 11:9).

Certains, auxquels on n'aurait jamais pensé, se lèveront pour défendre la vérité et empêcheront qu'elle ne soit enterrée. Les persécuteurs n'ont pas besoin de dépenser des sommes considérables pour graver le monument de leurs victoires dans le marbre ; la poussière suffira amplement, car leur règne est éphémère. Pendant trois jours et demi, les (deux) témoins, gisant morts dans les rues, et la vérité, inconsolable, demeure près d'eux ; mais bientôt, ils marcheront à nouveau, et la vérité triomphera. Si les persécuteurs pouvaient tuer leurs successeurs, alors leur œuvre pourrait sembler inébranlable, n'ayant plus à craindre qu'un autre ne détruise ce qu'ils ont érigé ; et pourtant, alors leur œuvre serait aussi exposée au ciel, et pourrait être aussi facilement entravée, que la leur à Babel.

Qui n'aime pas être du côté des vainqueurs ? Choisis la vérité, et elle te sera acquise. On peut entendre dire que la vérité est malade, mais jamais qu'elle est morte. Non, l'erreur est éphémère. "Une langue menteuse ne dure qu'un instant", mais la vérité est éternelle, à l'instar de Dieu. Elle vivra jusqu'à voir leurs têtes gisant dans la poussière et marcher sur les tombes de ceux qui s'étaient empressés de lui en construire une. Vis, ai-je dit. Oui, règne en paix avec ceux qui sont désormais prêts à souffrir avec et pour elle.

Et toi, chrétien, ne voudrais-tu pas faire partie de cette noble suite de vainqueurs qui accompagneront le Christ sur son char triomphal jusqu'à la cité céleste, pour y recevoir la couronne et t'asseoir sur ton trône avec ceux qui ont défendu le champ de bataille, lorsque le Christ et sa vérité étaient militants sur terre ? Ainsi, si seulement tu pouvais, par la pensée, essuyer les larmes et le sang qui recouvrent à présent le visage de la vérité souffrante, et te la présenter telle qu'elle apparaîtra dans la gloire, tu ne pourrais que t'y attacher d'un amour "plus fort que la mort".

Deuxième conseil. S’il subsiste encore en toi la moindre crainte, face à la colère de ces hommes sanguinaires qui te menacent pour ta profession de la vérité, alors, à un cœur embrasé par l’amour de la vérité, efforce-toi d’ajouter la crainte de cette colère que Dieu réserve à tous ceux qui apostasient. Quand on se brûle le doigt par hasard, c'est qu'on le tient près du feu, et comme le feu est plus intense, l'autre doigt brûle aussi. Ainsi, lorsque tes pensées sont brûlées et ton cœur embrasé par la colère humaine, confronte-les un instant au feu de l'enfer, que Dieu a préparé pour les lâches (Apocalypse 21:8) et tous ceux qui fuient la vérité (Hébreux 10:39), et tu perdras le sens de l'un par crainte de l'autre. "Pardonne-moi, ô empereur, si je n'obéis pas à ton ordre ; tu menaces la prison, mais Dieu, l'enfer".

On peut observer le cas de David : "Des princes m’ont persécuté sans raison ; mais mon cœur est rempli de crainte à cause de ta parole" (Psaume 119:161). Il n’avait aucune raison de craindre ceux qui n’avaient aucune raison de le persécuter. Une menace fondée sur la parole, qui lui fait prendre conscience de la colère de Dieu, l’effraie davantage que le pire que les plus grands sur terre puissent lui faire. La colère de l’homme, hélas, même lorsqu’elle est la plus intense, n’est qu’un climat tempéré comparé à la colère du Dieu vivant.

Ceux qui ont éprouvé les deux en ont témoigné. La colère de l’homme ne peut empêcher l’amour de Dieu d’atteindre la créature, ce qui a fait chanter les saints dans le feu malgré les dents de leurs ennemis. Mais la créature sous la colère de Dieu est comme enfermée dans un four, aucune fente ne laisse échapper la chaleur, ni aucun rafraîchissement.

dimanche 7 juin 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 52e partie

 

Instructions pour établir le jugement selon la vérité.

Mais quel conseil pouvez-vous me donner pour affermir mon jugement dans la vérité du Christ ?

Premier conseil : Que ton but soit sincère dans la recherche des vérités. Un cœur pervers et un jugement erroné, comme la glace et l’eau, s’alimentent mutuellement. La versatilité du jugement de certains hommes provient de la ruse de leur cœur. Un esprit stable et un cœur double se rencontrent rarement. Ce passage illustre parfaitement ce point : 1 Timothée 1:5 : "Le but de ce commandement, c’est l’amour qui vient d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère." Remarquez maintenant ce qui suit, au verset 6 : "dont certains se sont détournés", ou, comme dans le texte original, "sans viser", "s’étant détournés vers de vaines discussions". Ils n’ont jamais recherché la puissance de la sainteté dans l’accueil de la vérité, afin de progresser par elle dans leur amour, leur foi et leurs autres grâces.

Et, en poursuivant de mauvaises fins et de mauvais objectifs, il n'est pas étonnant qu'ils s'égarent. Un cœur pervers peut aisément corrompre le jugement pour qu'il penche en sa faveur. Ceci sera la vérité aujourd'hui, et plus rien dans un mois si cela lui plaît. Pour beaucoup, la vérité n'est autre que celle qui sert leurs intérêts. Ils lient leurs jugements à leurs finances, à leurs promotions, etc., et ces hommes sont prêts, comme la girouette du temps de la reine Mary, à chanter une nouvelle chanson au moindre changement dans leurs préoccupations charnelles.

Quand l'amour reçoit une vérité, on s'y accroche, mais si la convoitise, pour quelque intérêt terrestre que ce soit, en est la cause, alors elle peut être reléguée aux oubliettes une fois le tour passé. Amnon en eut bientôt autant marre de Tamar qu'il avait jamais eu envie d'elle. Et n'avons-nous pas vu, de nos jours, des vérités et des ordonnances rejetées avec autant de mépris et de dédain qu'il l'a fait pour elle, et ce par ceux qui les avaient tant appréciées quelques années auparavant, mais qui, il faut le craindre, ne les avaient jamais vraiment aimées ?

Deuxième conseil : Consacrez-vous au ministère de la Parole. L'un des principaux objectifs de ce ministère est de nous affermir dans la vérité : "Il a donné des pasteurs et des docteurs pour le perfectionnement des saints" (Éphésiens 4.11-12) ; et notez : "afin que nous ne soyons plus des enfants ballottés" (verset 14). Celui qui fuit son guide s'égarera bientôt.

Le témoignage que Dieu a donné à ses fidèles ministres en ce temps-ci est remarquable : rares sont ceux qui les quittent sans que le fléau de l'erreur ne se manifeste bientôt sur leur front. Dans ton ministère de la Parole, veille à porter une attention particulière à la doctrine du sermon, autant qu'à son application. La première est nécessaire pour faire de toi un chrétien solide, la seconde pour faire de toi un chrétien fervent. En effet, des passions ardentes sans une connaissance solide sont comme du feu dans une poêle sans étincelles. Les Lévites, nous le lisons, "donnèrent au peuple le sens de la loi et en firent comprendre la lecture" (Néhémie 8:7-8). Semer précède arroser, de même il faut enseigner avant d'exhorter. Et c'est par la même méthode que le peuple doit apprendre que nous devons prêcher.

Troisième conseil : Ne soumets ton jugement à personne ni à aucun parti. Il existe une forme de cautionnement spirituel qui a perdu bien des personnes dans leurs jugements et leurs principes. Ne sois lié à aucun jugement de personne. Pèse la vérité et, comme ton père, discerne l'or ; mais vis selon ta propre foi, et non celle d'autrui. Efforce-toi de voir la vérité de tes propres yeux. Un édifice qui repose sur un rivage ou sur la maison d'un voisin plutôt que sur ses propres fondations est fragile. Si ces fondations s'effondrent, l'édifice s'écroulera également. Que ton jugement ne soit pas fondé sur une autorité humaine, mais sur la Parole ; l'autorité humaine n'est qu'un rivage, celle de la Parole est un fondement.

Cite les Écritures plutôt que les hommes pour juger. Non pas : "Ainsi parle un savant", mais : "Ainsi parle les Saintes Écritures." Cependant, prenons garde de tomber dans l'excès inverse, ce qui arrive lorsqu'on méprise le jugement de ceux dont la piété et le savoir devraient inspirer le respect. Il existe assurément un juste milieu entre se méfier des hommes et les glorifier. C'est l'admiration excessive des personnes qui fait du traître à la vérité et qui pousse nombre d'entre elles à crier "Hosanna" à l'erreur et "Crucifie" à la vérité.

Eusèbe, citant Josèphe, nous raconte comment Hérode (celui-là même dont il est question dans les Actes 12:23, rongé par les vers) entra au théâtre somptueusement vêtu et, tandis qu'il prononçait un discours éloquent devant le peuple, sa robe d'argent, qu'il portait alors, scintillait tellement sous les rayons du soleil qu'elle éblouissait les spectateurs. Et ceci, dit-il, incita certains flatteurs à s'écrier : "C'est la voix de Dieu, et non celle de l'homme !" 

Et en vérité, le vernis brillant que certains hommes donnent à leurs discours et à leur rhétorique aveugle si souvent le jugement de leurs admirateurs qu'ils sont trop enclins à croire que tout ce qu'ils disent est divin, surtout s'il s'agit de ceux que Dieu a jadis utilisés comme instruments pour le bien de leurs âmes. Oh ! il est difficile alors, comme il le disait, d'aimer et d'estimer l'homme comme un homme, de le révérer au point de ne pas risquer d'aimer aussi ses erreurs. Augustin avait été un moyen de convertir Alypius d'une erreur, et il confesse que c'est une des raisons pour lesquelles il s'est si facilement laissé entraîner par lui dans une autre erreur, rien de moins que le manichéisme. Alypius pensait qu'il ne pouvait pas pervertir celui qui l'avait converti. N'appelez donc personne père sur terre ; ne méprisez personne, n'adorez personne.

Quatrième conseil : Méfiez-vous de la curiosité. Celui qui convoite vainement les nouveautés et écoute toutes les opinions à la mode est déjà à moitié égaré. On parle "d’oreilles qui démangent" (2 Timothée 4:3). Cette démangeaison finit souvent par se transformer en erreur. Tamar a perdu sa chasteté en s’adonnant à la débauche. La chasteté de l’esprit est sa fermeté dans la foi. Et c’est ce que risquent de perdre ceux qui fréquentent tous les milieux et prêtent l’oreille à toutes les doctrines prêchées.

Soyez d’abord auditeur, puis disciple. Nombreux sont ceux qui s’adonnent si loin à cette curiosité de converser avec toutes les sectes et toutes les opinions qu’ils finissent par devenir sceptiques et ne plus rien considérer comme la vérité. Augustin confesse lui-même avoir été touché par tant d’erreurs et d’illusions chez les manichéens qu’il finit par craindre la vérité elle-même, celle qu’Ambroise prêchait. "Celui qui a eu affaire à un médecin incompétent finit par craindre de se confier à un médecin compétent", dit-il. Ô, prenez garde, vous qui refusez d'écouter, de ne pas finir par ne plus croire à rien!

Cinquième conseil :  Implorez humblement le jugement de Dieu et soumettez-le. Nul voyageur ne s'égare plus vite que celui qui croit si bien connaître le chemin qu'il n'a plus besoin de le demander. Et nul ne risque autant de s'éloigner de la vérité que celui qui s'appuie sur sa propre compréhension et ne reconnaît pas Dieu dans ses voies, en le consultant quotidiennement.

Observez l'orgueil (quelle que soit la hauteur qu'il puisse paraître dans la profession de foi actuelle) et vous le trouverez finalement jeté dans le fossé de l'erreur ou du profanation. C'est le lit que Dieu lui a préparé, et il doit y demeurer. Il est essentiel que de tels hommes soient laissés dans la perplexité et la honte, afin que, lorsque la raison leur reviendra, si Dieu leur réserve une telle miséricorde, ils puissent, avec Nabuchodonosor, "bénir le Très-Haut" et Le reconnaître, à leur retour, Lui qu'ils ont si indignement négligé à leur départ.

Prends donc garde à l'orgueil, qui te rendra bientôt étranger au trône de la grâce. L'orgueil prend peu plaisir à mendier. Il transforme l'humble prière pour la vérité en une querelle active et ambitieuse (l'honneur étant en jeu) : et ainsi, nombreux sont ceux qui, pour remporter la victoire, ont perdu la vérité dans le feu de l'action. Grave profondément ceci dans ton cœur : Dieu, qui donne des yeux pour voir la vérité, doit aussi donner une main pour la retenir fermement quand nous la possédons.

Ce que nous avons reçu de Dieu, nous ne pouvons le garder sans Dieu. Garde donc ta relation avec Dieu, sinon la vérité ne restera pas longtemps auprès de toi. Dieu est lumière ; tu t'enfonces dans les ténèbres dès que tu lui tournes le dos. Nous avons plus de chances de trouver la vérité, et de la garder, en priant avec dévotion pour elle qu'en nous querellant et en nous disputant âprement à son sujet.

Les disputes agitent l'âme et attisent les passions. La prière apaise l'esprit et calme les passions que les disputes suscitent. Et je suis certain qu'on voit plus loin par temps clair et calme que par temps venteux et nuageux. Quand quelqu'un parle beaucoup et se repose peu, il y a de fortes raisons de craindre que son esprit ne tienne pas longtemps ; et en vérité, si quelqu'un parle et discute beaucoup de la vérité sans un esprit humble pour la conduire dans la prière, Dieu peut justement punir son orgueil par une frénésie spirituelle, afin qu'il ne puisse plus distinguer l'erreur de la vérité.

Sixième conseil : Ne t'offense pas des divergences de jugements et d'opinions qui existent parmi les croyants. C'est une pierre que les papistes jettent à nos pieds, surtout en ces temps de division. Comment pouvez-vous discerner la vérité, disent-ils, quand il y a tant de jugements et de voies parmi vous ? Certains ont tellement trébuché sur ce point qu'ils ont renié la vérité qu'ils professaient jadis et, sous l'effet des tempêtes de dissensions religieuses, ont été, sinon précipités dans l'athéisme, du moins ballottés par l'incertitude, refusant de se fixer sur une opinion avant que la tempête ne soit passée.

Quant à ceux qui sont dispersés par la diversité des jugements, ils se sont réunis dans une unité et un consensus sur les convictions religieuses; une résolution, comme on le dit très justement, aussi insensée et pernicieuse pour l'âme, sinon plus, que ne le serait pour le corps le vœu de ne pas manger tant que toutes les horloges de la ville n'auraient pas sonné minuit simultanément. On pourrait d'ailleurs s'attendre plus facilement à cette dernière situation qu'à la première.

Septième conseil : Ne te repose pas tant que tu n'as pas ressenti l'efficacité de chaque vérité que tu portes en ton cœur, dans ton jugement. Une faculté en aide une autre. Plus la vérité est claire dans l'entendement, plus elle demeure dans la mémoire. Et plus la vérité agit sur la volonté, plus elle s'ancre dans le jugement. Aussi excellente soit une chose, si un homme ne peut en faire que peu ou pas usage, elle lui est de peu de valeur et on peut facilement la lui prendre. Ainsi, de précieuses bibliothèques ont pu être cédées par de rudes soldats qui les avaient entre leurs mains, pour à peine plus que la valeur de leurs couvertures, lesquelles auraient été conservées comme le plus précieux trésor par d'autres qui auraient su les mettre en valeur.

Et en vérité, le sort de la vérité dépend de ceux entre qui elle tombe. Si elle se pose sur celui qui s'attache à la cultiver et en retire la force et la douceur, cet homme la retient d'autant plus fermement dans son jugement qu'elle agit plus profondément sur son cœur. Mais si elle rencontre celui qui ne perçoit en elle aucune efficacité divine pour l'humilier, le réconforter ou le sanctifier, elle risque d'être rapidement rejetée et de devoir chercher un nouvel hôte. De tels hommes peuvent, un temps, danser autour de cette lumière qui, peu après, s'éteindra d'elle-même.

Quand j'entends parler d'un homme qui, jadis, tenait pour vérité le péché originel et la souillure universelle de la nature humaine, mais qui les renie aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de craindre qu'il ne les ait jamais portées si profondément en lui qu'il s'en soit abaissé avec bienveillance, ou qu'il se soit lassé de cette tâche et que, par paresse et négligence, il ait perdu l'efficacité de cette vérité dans son cœur avant même de perdre la vérité elle-même dans son jugement. Je pourrais citer bien d'autres exemples où des croyants, en ces temps troublés, se sont éloignés de leurs anciens principes.

Le chant des psaumes était un devoir reconnu et appliqué par beaucoup, qui l'ont désormais abandonné. Il serait pertinent de leur demander s'ils n'ont jamais éprouvé, autrefois, une douce communion avec Dieu dans ce devoir, comme dans d'autres. Leurs cœurs ne s'élevaient-ils jamais vers Dieu avec des sentiments célestes, tandis qu'ils chantaient ? Il me semblerait étrange qu'une personne pieuse le nie. Eh bien, si jamais, chrétien, tu as rencontré Dieu à cette porte du tabernacle (car je ne peux imaginer le contraire), permets-moi de te demander à nouveau : ton cœur ne s'est-il pas endurci, refroidi et formalisé dans ce devoir avant que tu n'oses l'abandonner ? Et si tel est le cas (ce que je suis prêt à croire), je souhaite à ceux qui, dans la crainte de Dieu, méditent sur ces quatre questions (1 Jean 2:23-24).

Ne craignent-ils pas de se tromper et que cette obscurité n'affecte leurs jugements en guise de châtiment pour leur négligence et leur légèreté d'esprit dans l'accomplissement de leur devoir, lorsqu'ils n'ont pas remis en question sa légitimité ?

Ne vaudrait-il pas mieux qu'ils s'efforcent de retrouver la ferveur originelle de leurs affections pour ce devoir, ce qui leur ferait bientôt redécouvrir la douceur et la joie qu'ils y trouvaient autrefois, plutôt que de le rejeter sur la base de preuves si fragiles que ceux qui prétendent le mieux le contester peuvent avancer ?

Ceux qui négligent un devoir sont-ils susceptibles de s'épanouir dans l'accomplissement d'un autre et d'en conserver le souvenir vivace ? 

Si Dieu permettait qu'ils se détournent d'une autre ordonnance, qu'il pourrait interdire, s'il le voulait, ne serait-il pas tout aussi facile pour Satan de rassembler suffisamment d'arguments pour les faire hésiter et, avec le temps, les amener à rejeter aussi bien celle-ci que celle-là ? Et que cette question se pose, les temps actuels nous le prouvent : chaque ordonnance a été tour à tour remise en question, voire reniée, par les uns, par les autres (...).

Ainsi, lorsque les ordonnances et les vérités deviennent mortes à nos yeux à cause de nos erreurs, nous pouvons être prêts, si belles qu'elles aient pu être à nos yeux, à les enterrer définitivement. Ces choses, profondément ressenties, vous donneront raison de penser que, même si ce point de vue est placé en dernier dans mon discours, il ne doit pas pour autant occuper la dernière ni la moindre place parmi tous les autres points mentionnés, dans votre pratique et votre soin chrétiens.

dimanche 10 mai 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 50e partie

 

Les différentes pièces de l'armure complète de Dieu.

Première pièce : la ceinture spirituelle du chrétien.

"Ayez à vos reins la vérité pour ceinture" (Éphésiens 6:14). L’apôtre ayant indiqué aux Éphésiens, et par extension à chaque chrétien, la posture à adopter face à l’ennemi, il en vient maintenant à détailler les différentes pièces de cette armure, dont il ne leur avait auparavant parlé que dans son ensemble. La première est la ceinture de vérité : "Avoir la vérité ceinte à vos reins". Une double question s’impose ici : premièrement, que signifie pour lui la vérité ? Deuxièmement, que signifie "avoir les reins ceints de vérité" ?

Première question. Qu’est-ce que la vérité ici ? Certains l’entendent comme le Christ, qui est d’ailleurs appelé ailleurs "la vérité". 

Pourtant, à mon avis, ce passage n'est pas correctement compris, car l'apôtre y cite plusieurs pièces d'armure, distinctes les unes des autres. Or, on ne saurait dire que le Christ soit une pièce unique servant à défendre telle ou telle partie, mais plutôt le tout en qui nous sommes complets. C'est pourquoi, en Romains 13:14, on compare le Christ à l'armure complète : "Revêtez-vous du Seigneur Jésus", c'est-à-dire, revêtez-vous du Christ comme un soldat porte son armure complète. Certains entendent par vérité la vérité de la doctrine ; d'autres, la vérité du cœur, la sincérité. 

Ceux qui, à mon avis, englobent les deux aspects sont justes ; c'est ainsi que je procéderai. En effet, les deux sont nécessaires pour que la ceinture soit complète. L'un ne saurait se passer de l'autre. Il est possible de trouver de bonnes intentions et une certaine sincérité sans, voire contre, la vérité. Nombreux sont ceux qui suivent l'erreur comme Absalom, dans la simplicité de leur cœur. De tels individus font le mal malgré leurs bonnes intentions. Les bonnes intentions ne rendent pas plus une action bonne qu'une cible bien visée ne rend un tir précis à un archer maladroit. Dieu n'appréciait pas le zèle de Saul lorsqu'il persécutait l'Église chrétienne, bien qu'il pensât, sans aucun doute, lui rendre service.

Il ne suffit pas d'avoir la vérité de notre côté si nous ne l'avons pas dans nos cœurs. Jéhu était farouchement opposé à l'idolâtrie, mais son hypocrisie l'a complètement discrédité. Les deux sont donc nécessaires : la sincérité pour poursuivre un but juste, et la connaissance de la parole de vérité pour nous guider sur le bon chemin vers ce but.

Deuxième question. Que signifie ici l'expression "Avoir la ceinture de vérité" ?

Les reins doivent être comme la ceinture. Il s'agit d'une dimension spirituelle, et par conséquent, il en va de même. Pierre nous aidera à interpréter Paul : "Ceignez les reins de votre esprit" (1 Pierre 1:13). Ce sont nos esprits et nos pensées qui doivent porter cette ceinture, et il est tout à fait approprié de les comparer aux reins. Les reins sont le siège principal de la force corporelle. À propos du béhémoth, il est dit : "Sa force réside dans ses reins" (Job 40:16).

Les reins sont au corps ce que la quille est au navire. Le navire tout entier y est attaché et soutenu par elle. De même, le corps est attaché aux reins ; si les reins faiblissent, le corps tout entier coule. C'est pourquoi l'expression "frapper les reins" signifie destruction et ruine (Deutéronome 33:11) : des reins faibles et un homme faible. Au moindre signe de fatigue, la nature nous incite à nous appuyer sur nos reins pour les soutenir, car ils constituent notre principale force. Ainsi, selon les facultés et les pouvoirs de notre esprit et de notre âme, nous sommes des chrétiens forts ou faibles.

Si l'entendement est clair dans sa compréhension de la vérité, et la volonté sincère, vigoureuse et résolue dans ses desseins pour ce qui est saint et bon, alors il est un chrétien fort ; mais si l'entendement est obscur ou incertain dans ses notions, comme un œil malade qui ne peut bien discerner son objet; incapable de mener ses pensées à une conclusion, et si la volonté est vacillante et instable, comme une aiguille qui tremble entre deux aimants, alors l'homme est faible, et tout ce qu'il fera le sera aussi.

Un esprit faible provoque un pouls erratique et irrégulier ; de même, le manque de force mentale pour connaître la vérité et le manque de résolution de la volonté pour poursuivre ce qu'il sait être saint et bon, font vaciller l'homme dans son cheminement. 

L'utilité de ces deux éléments, premièrement la vérité de la doctrine pour l'esprit, et deuxièmement la vérité du cœur ou la sincérité pour la volonté, est donc de les unir et de les consolider. Ils accomplissent cela lorsqu'ils sont enlacés autour de l'âme, comme la ceinture autour des reins. Bien que les reins soient la force du corps, ils ont besoin du soutien de la ceinture pour maintenir ces parties unies et consolider leur force ; sans cela, lorsque l'homme s'efforce de déployer ses forces dans une tâche, il ressent un tremblement et un relâchement dans ses reins. C'est pourquoi l'expression "chanceler des reins" (Psaume 69:23) exprime la faiblesse. De même, notre esprit et notre âme ont besoin de cette ceinture pour les fortifier dans tout ce que nous entreprenons, sans quoi nous n'agirons pas avec vigueur.

La vérité de la doctrine comme ceinture pour l'esprit.

Nous commencerons par la vérité de la doctrine, ou vérité de la Parole, appelée "la Parole de vérité" (Éphésiens 1.13), car elle est la Parole de Dieu, qui est le Dieu de vérité. Il incombe à tout chrétien d’être pleinement imprégné de cette vérité. "Résistez au diable", dit Pierre, "fermes dans la foi" (1 Pierre 5.9) ; c’est-à-dire dans la vérité; présentant ici comme l’objet de notre foi la vérité de Dieu, proclamée dans la doctrine de l’Évangile. C’est "la foi qui a été transmise une fois pour toutes aux saints" (Jude 3) ; c’est-à-dire la vérité qui leur a été transmise pour qu’ils y croient et la gardent fermement.

Quant à l'importance de demeurer fermes dans la foi, l'apôtre Pierre, au verset suivant du passage cité précédemment, le montre par sa prière fervente et ardente pour eux, demandant à Dieu de les "affermir, de les fortifier et de les rendre inébranlables". L'insistance de ces paroles souligne le grand danger qu'ils couraient d'être déstabilisés par Satan et ses instruments, et la nécessité pour eux de rester fermes et inébranlables dans la foi. Rien n'est plus fréquemment enseigné que cela dans les Épîtres ; et d'autant plus qu'en ces temps troublés, il était impossible de préserver leur foi sans ce rempart inébranlable. Or, de même que Satan poursuit un double dessein pour dépouiller les chrétiens de la vérité, il est doublement nécessaire de s'en imprégner.

Premièrement, Satan se présente comme un serpent sous les traits de faux enseignants, et par eux, il s'efforce de nous tromper et de nous duper en nous faisant passer l'erreur pour la vérité. Pour nous prémunir contre ce dessein, il est nécessaire que notre intelligence soit revêtue de la vérité, que notre jugement soit établi dans les vérités du Christ. Deuxièmement, Satan se présente parfois sous les traits d'un lion, incarné par des persécuteurs sanguinaires, et s'efforce d'effrayer les chrétiens et de les détourner de la vérité par le feu et la violence. Pour nous prémunir contre cela, nous devons être ceints de vérité, afin qu'avec une sainte résolution, nous puissions maintenir notre profession de foi face à la mort et au danger.

Commençons par le premier point. Le devoir du chrétien est de travailler à l’établissement d’un jugement fondé sur la vérité.

Puisque Satan vient comme un serpent sous les traits de faux enseignants, et qu'il s'efforce par eux de nous tromper et de nous faire passer l'erreur pour la vérité, il est nécessaire, pour nous prémunir contre ce dessein, que notre intelligence soit revêtue de vérité, que notre discernement soit fondé sur les vérités du Christ. Tout chrétien devrait s'attacher à acquérir un discernement solide dans la vérité. Les Béréens sont grandement loués pour l'étude qu'ils ont menée des Écritures afin de confirmer leurs jugements concernant la doctrine prêchée par Paul. Leur foi n'était pas aveugle, mais elle résultait d'un discernement mûrement réfléchi, après une recherche assidue, convaincus par les preuves scripturaires (Actes 17.11). Il est dit là "qu'ils examinaient chaque jour les Écritures pour voir si ce qu'on leur disait était vrai".

Ils transposèrent la doctrine du prédicateur dans les Écritures et la comparèrent à celles-ci ; et remarquez : "c’est pourquoi beaucoup d’entre eux crurent" (verset 12). Comme ils n’avaient pas cru auparavant, ils n’osaient pas ne pas croire maintenant. Je me souviens de Tertullien, parlant de certains hérétiques et de leur manière de prêcher : "Ils enseignent par la persuasion, et non par l’enseignement; ils persuadent, c’est-à-dire qu’ils courtisent et séduisent les cœurs de leurs auditeurs sans les convaincre du bien-fondé de leur prédication".

En effet, il serait difficile pour l’adultère de convaincre sa femme qu’il se prostitue, que cela est licite ; non, il procède autrement. D'abord, par quelques insinuations amoureuses, il séduit son cœur, et une fois ensorcelés, on ne s'interroge guère sur l'autre, car il est facile pour les sentiments de juger leur camp. Certes, l'erreur, tel un voleur, s'introduit par la fenêtre ; mais la vérité, comme le véritable maître des lieux, se plaît à entrer par la porte de l'entendement, pour ensuite gagner la conscience, et ainsi imprégner la volonté et les affections. Celui qui découvre la vérité et s'en réclame avant d'en avoir perçu l'excellence et la beauté céleste par son entendement, ne peut la considérer comme digne de sa naissance et de sa descendance divines.

C'est comme un prince voyageant déguisé : inconnu, donc non honoré. La vérité n'est aimée et chérie que par ceux qui la connaissent. Et ne pas désirer le connaître, c'est le mépriser, tout comme le connaître, c'est le rejeter. Il ne serait pas difficile, assurément, de tromper cet homme de vérité qui ignore ce qu'il possède. Vérité et erreur ne font qu'une pour l'ignorant, et l'erreur n'a que le nom de vérité.

Léa et Rachel étaient toutes deux semblables aux yeux de Jacob dans l'obscurité. En effet, il est dit : "Au matin, voici, c'était Léa" (Genèse 29:25). Ainsi, au matin, lorsque le jour se lève pour l'entendement, l'homme trompé verra qu'il a porté une fausse épouse dans son sein ; il s'écriera : "Voici, c'était une erreur que je prenais pour la vérité !"

Vous avez peut-être entendu parler de l'avare qui se serrait contre les nombreux sacs d'or qu'il possédait, sans jamais les ouvrir ni s'en servir. Lorsque le voleur lui prit son or et lui laissa ses sacs remplis de cailloux dans la pièce, il fut aussi heureux que lorsqu'il avait son or, car il ne regarda ni l'un ni l'autre. Et en vérité, l'ignorant n'est pas mieux loti avec la vérité qu'avec l'erreur. Pour lui, l'une et l'autre sont identiques, elle sont comme le jour et la nuit pour un aveugle.

Mais poursuivons et donnons quelques détails supplémentaires.

Pourquoi le chrétien devrait œuvrer pour un jugement établi dans la vérité.

Je me contenterai de trois raisons. La première tient à la nature pernicieuse des fausses doctrines ; la seconde à la subtilité des séducteurs qui cherchent à entraîner les gens dans de fausses doctrines ; et la troisième à l’influence universelle qu’un jugement établi exerce sur l’homme tout entier et sur la vie entière du chrétien.

Première raison: De par la nature pernicieuse des fausses doctrines, elles s'attaquent à la précieuse vie des âmes, ainsi que tout autre péché. Un mensonge dans la tête est souvent aussi mortel qu'un mensonge dans l'estomac. Un jugement corrompu sur les vérités fondamentales tue aussi sûrement qu'un cœur pourri. En effet, le récit se poursuit ainsi.

Les enfants de Jézabel sont menacés d'être "tués de mort" (Apocalypse 2:23). Et qui sont ces enfants, sinon ses disciples, qui boivent à la coupe de sa fornication et embrassent ses doctrines corrompues ? Mais certains n'y croient pas, eux qui, bien que très stricts dans leur vie et paraissant aussi tendres en matière de morale que Lot l'était avec ses hôtes, sont pourtant très laxistes dans leurs principes et leurs jugements, s'exposant, comme lui ses filles, à être souillés par toute doctrine corrompue qui se présente à leur porte.

Ils voudraient nous faire croire qu'ici, les hommes ne jouaient qu'à des broutilles et que leurs âmes n'étaient pas en jeu, comme pour d'autres péchés. Comme s'il n'y avait pas une telle question à se poser au grand jour : quelles opinions professons-nous ? Et si notre foi était saine ? En un mot, comme si les fausses doctrines n'étaient qu'une chose innocente, non pas comme la courge sauvage qui apporta la mort dans le chaudron des prophètes (2 Rois 4:39-40), transformant les aliments sains auxquels elle était mêlée en un poison mortel, mais plutôt comme l'herbe de John dans le chaudron, qui ne fait ni bien ni mal.

Certains affirment qu'un homme peut être sauvé dans n'importe quelle religion, pourvu qu'il suive sa lumière. Et ces hommes ne sont-ils pas charitables ? Parce qu'ils veulent limiter au maximum le nombre de damnés, ils créent autant de chemins vers le ciel que l'Écriture nous en indique de chemins vers l'enfer. Mais ceci est contraire à l'enseignement du Christ, qui ne nous parle d'aucun autre chemin vers la vie que par lui. "Je suis le chemin, la vérité et la vie" (Jean 14, 6). Ce qu'ils disent est en contradiction flagrante avec saint Jean, qui ne nous parle que d'une seule doctrine, celle du Christ, et que celui qui ne la suit pas est voué à la perdition. "Quiconque s'égare et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n'a pas Dieu" (2 Jean 9, 10).

Et à quelle distance de l'enfer, je vous prie, se trouve l'homme qui n'a pas Dieu ? Celui qui n'a pas Dieu avant de mourir, le diable l'aura après sa mort. Eh bien, messieurs, le temps approche, oui, il se hâte, quelles que soient les faveurs et la bonté que les doctrines corrompues trouvent ici-bas de la part de l'homme, où l'hérétique obstiné recevra la même loi des mains du Christ que l'ivrogne impénitent. Vous les verrez tous deux sous la même condamnation, attachés ensemble pour l'enfer, Galates 5:20, 21 : "Je vous le dis maintenant", dit l'apôtre, "comme je vous l'ai déjà dit, ceux qui font de telles choses n'hériteront pas du royaume de Dieu."

Et voyez, je vous en prie, si vous ne trouvez pas le nom de l'hérétique parmi eux ? L'ignorance des principes fondamentaux est accablante, et l'erreur sur ces mêmes principes l'est encore davantage. Si une livre fait pencher la balance, il ne fait aucun doute qu'une pierre le fera aussi. Si le moindre péché précipite en enfer, comment pouvons-nous raisonnablement penser que le plus grave y échappera ? L'erreur est plus éloignée de la vérité, et même plus diamétralement opposée à elle, que l'ignorance. L'erreur est une ignorance fatale. Celui qui mange peu ou rien est voué à mourir, à plus forte raison celui qui ingère un poison!

L’apôtre ne se contente pas de nous parler de "voies pernicieuses" et "d’hérésies damnées", mais il nous dit qu’elles "entraînent une destruction rapide" pour ceux qui les suivent (2 Pierre 2:1-2). Remarquez l’importance qu’il accorde à la destruction causée par ces doctrines corrompues ; il la qualifie de "destruction rapide". Tous les fleuves finissent par se jeter dans la mer d’où ils prennent leur source, mais certains y retournent plus vite que d’autres. Si quelqu’un veut raccourcir son voyage vers l’enfer, qu’il se jette dans ce courant de doctrine corrompue, et il ne tardera pas à y passer.

Deuxième raison. Puisque les imposteurs sont si subtils, il incombe donc au chrétien d'établir et de fortifier son jugement dans les vérités du Christ. Ils forment une génération d'hommes habiles à détruire la foi d'autrui. Il existe dans le monde une forme de perversité savante, comme on l'appelle, une sorte de malice savante, dont certains ont besoin pour corrompre l'esprit des hommes. L'Esprit de Dieu les met en lumière, les comparant parfois à des marchands qui peuvent embellir leur marchandise contrefaite par de belles paroles ; on dit d'eux, dans 2 Pierre 2:3, qu'ils "font commerce d'âmes avec des paroles trompeuses" (2 Corinthiens 2:17), parfois, ils sont comparés à des colporteurs qui coupent leur vin avec de l'eau; parfois à des tricheurs qui ont l'habileté de truquer les dés (Éphésiens 4:14). D'autre fois, à des sorcières elles-mêmes : "Qui vous a ensorcelés ?" demande l'apôtre en Galates 3:1. Des choses étranges se sont produites de nos jours sur ceux que Dieu a permis qu'on leur jette des sorts ; et quel meilleur contre-sort qu'un jugement établi ?

Il est à noter qu'en 2 Timothée 3:8, l'apôtre compare les séducteurs de son époque aux magiciens Jannès et Jambrès qui s'opposèrent à Moïse, et montre quel genre de personnes étaient celles qui tombèrent dans leur piège; des personnes "toujours en train d'apprendre", mais qui ne parvinrent jamais "à la connaissance de la vérité" (verset 7); il s'adresse ensuite à Timothée en disant : "Mais toi, tu as pleinement connu ma doctrine" (verset 10). Comme s'il avait dit : "Je n'ai aucune crainte pour toi ; tu es bien ancré dans la doctrine de l'Évangile, tu n'en sera pas facilement dupé".

En effet, ceux que les séducteurs guettent sont surtout des personnes faibles et instables ; car, comme le dit Salomon : "C’est en vain que l’on tend le filet sous les yeux de l’oiseau" (Proverbes 1:17). Le diable a préféré s’en prendre à Ève plutôt qu’à Adam, car il la considérait comme la plus vulnérable ; et depuis lors, il agit de la même manière. Il s’efforce de se glisser là où la protection est la plus faible et la résistance la plus fragile.

On peut observer trois types de personnes parmi celles qui se laissent le plus souvent séduire. 1. On les appelle les "simples", eux qui sont séduits "par des paroles flatteuses et de beaux discours" Romains 16:18. Ils sont bien intentionnés, mais ils manquent de sagesse pour discerner ceux qui ont de mauvaises intentions. 2. On les appelle "enfants". "Ne soyez plus des enfants, ballottés à tout vent de doctrine", Éphésiens 4:14. 

Les enfants sont très crédules, enclins à croire quiconque leur adresse de belles paroles. Ils pensent que tout est bon, pourvu que ce soit agréable. Il n'est pas difficile de leur faire passer du poison pour du sucre. Ils ne sont pas guidés par leurs propres principes, mais par ceux des autres. L'enfant lit, interprète et analyse sa leçon au fur et à mesure que son maître le lui dicte, et la considère donc comme juste. Ainsi, pauvres créatures qui connaissent peu la parole elles-mêmes, elles se laissent facilement persuader d'une manière ou d'une autre, simplement parce que ceux qu'elles apprécient veulent bien les guider. Que la doctrine soit douce, elle passe sans effort.

Comme Isaac, ils bénissent leurs opinions par le sentiment, non par la vue. C’est pourquoi tant de pauvres créatures s’attribuent tant la joie qu’elles ont trouvée depuis qu’elles suivent tel ou tel jugement. Incapables d’éprouver le réconfort et la douceur que leur procure la vérité de leur voie selon la Parole, elles se contentent d’y croire par leur propre ressenti, et ainsi, pauvres créatures, elles bénissent l’erreur pour la vérité.

3. Ce sont des personnes "instables", "séduisant les âmes mal affermies" (instables), 2 Pierre 2:14, qui manquent de fondement et de principes. La vérité qu’elles professent n’a pas d’ancrage dans leur entendement, et elles sont ainsi à la merci du vent, bientôt à la dérive et emportées par le courant des opinions en vogue à l’époque et tant vantées, telles des poissons morts au gré des marées.

Troisième raison. Nous devons rechercher un jugement établi sur la vérité, en raison de son influence universelle sur l'être humain tout entier.

1. Sur la mémoire, grandement aidée par l'entendement. Plus on appuie sur le sceau, plus l'empreinte est profonde sur la cire. La mémoire est cette faculté qui porte les images des choses. Elle retient ce que nous recevons et constitue le trésor où nous accumulons ce que nous désirons utiliser et avec quoi nous voulons converser plus tard. Or, plus notre connaissance d'une chose est claire et certaine, plus elle s'enracine profondément et plus elle est solidement ancrée dans la mémoire.

2. Sur les affections. La vérité est comme la lumière : plus le miroir de l'entendement est stable et fixe, à travers lequel ses rayons se projettent sur les affections, plus vite celles-ci s'embrasent. "Nos cœurs ne brûlaient-ils pas au-dedans de nous", dirent les disciples, "tandis qu'il nous expliquait les Écritures ?" (Luc 24, 32). Ils avaient sans doute entendu le Christ prêcher une grande partie de ce qu'il disait alors, avant sa passion ; mais jamais ils n'avaient été aussi convaincus et affermis qu'à ce moment-là, lorsque les Écritures et l'entendement furent révélés ensemble, et que cela fit "brûler" leurs cœurs.

Le soleil, dans le firmament, étend son influence là où il ne répand pas ses rayons, c'est-à-dire dans les entrailles de la terre, mais le Soleil de justice n'exerce son influence que là où sa lumière pénètre. Il répand les rayons de la vérité dans l'entendement, pour l'éclairer ; et tandis que la créature repose sous ses ailes, une douce chaleur vivifiante naît en son sein. Ainsi, nous constatons que même lorsque l'Esprit est promis comme consolateur, il vient convaincre (Jean 16:13); il console par l'enseignement. Et assurément, si tant d'âmes tremblantes et démunies ressentent si peu la chaleur de la joie céleste dans leur cœur, c'est parce qu'elles manquent de lumière pour comprendre la nature et la durée de l'alliance de l'Évangile. Plus une âme est éloignée de la lumière de la vérité, plus elle est nécessairement éloignée de la chaleur du réconfort.

3. Un jugement établi exerce une puissante influence sur la vie et les paroles. L'œil guide le pied. Celui qui ne voit pas son chemin marche très mal, et celui qui n'est pas certain d'avoir raison ou tort est mal à l'aise. Ce qui se meut doit reposer sur quelque chose d'immobile. Un homme ne pourrait marcher si la terre se dérobait sous ses pieds. Or, les principes que nous avons à l'esprit sont, pour ainsi dire, le fondement sur lequel reposent toutes nos actions ; s'ils vacillent et chancellent, notre vie et nos pratiques le seront bien plus.

Il est aussi impossible à une main tremblante d'écrire droit qu'à un jugement incertain de tenir une conversation équilibrée. L'apôtre associe la fermeté et l'inébranlabilité à l'abondance dans l'œuvre du Seigneur (1 Corinthiens 15:58). Et si je ne m'abuse, il entend principalement, en ce lieu, la fermeté du jugement dans la vérité de la résurrection, fermeté que certains avaient mise à l'épreuve. Ce ne sont pas les nombreuses idées que nous possédons, mais notre affermissement dans la vérité qui font de nous de forts chrétiens, à l'image d'un homme fort dont les articulations sont solides et bien jointes, et non d'un homme étiré à l'excès mais insuffisamment robuste pour sa taille.

Comme le dit si bien quelqu'un : "Les hommes sont ce qu'ils voient et jugent ; certains n'atteignent pas leur plein potentiel, mais nul ne le dépasse." Une vérité contestée dans l'entendement reste, pour ainsi dire, bloquée dans la tête ; elle ne peut ni naître dans le cœur, ni se mettre en pratique dans la vie. Mais lorsqu'elle y est clairement perçue, et que, après avoir été approuvée, elle est accueillie dans la volonté et les affections, alors elle s'y ancre fermement et exerce une influence puissante sur la vie. L'Évangile, dit-on, est parvenu aux Thessaloniciens "avec une pleine assurance", c'est-à-dire avec la preuve de sa vérité (1 Thessaloniciens 1:5).

Et vous voyez combien cela était répandu et efficace : "Vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, ayant reçu la parole au milieu de beaucoup de souffrances, avec la joie du Saint-Esprit" (verset 6). Ils étaient assurés que la doctrine venait de Dieu, et cela les a soutenus avec joie à travers les plus grandes épreuves qui l’accompagnaient.

dimanche 11 janvier 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 40e partie

 

Instructions pour le rétablissement de la grâce déclinante.

Nous venons maintenant donner quelques conseils au chrétien, pour lui montrer que, lorsqu'il se trouve dans une période de déclin, il peut se relever. Scrute fidèlement la cause de ton déclin. L'armure du chrétien s'use de deux manières : soit par une violente épreuve, lorsqu'il succombe aux tentations du péché, soit par négligence, en l'imprégnant de ce qui est comme l'huile pour la garder propre et brillante. Demande-toi donc laquelle de ces causes a été celle de ton déclin. Il semble que les deux soient en jeu.

Première directive : Si ta grâce est affaiblie par un coup porté par un péché que tu as commis, il t’incombe alors d’un triple devoir pour la recouvrer.

1. Tu dois renouveler ta repentance. C'est le conseil du Christ à Éphèse, dans Apocalypse 2:5 : "Repentez-vous et reprenez vos premières œuvres", où ce n'est pas seulement un commandement, mais aussi un moyen de se racheter ; comme s'il avait dit : "Repentez-vous, afin de pouvoir reprendre vos premières œuvres." Ainsi, dans Osée 14:2, le Seigneur exhorte Israël, qui s'est éloigné de lui, à cette même œuvre, lui disant : "Prends des paroles et reviens au Seigneur." Au verset 4, il lui dit ensuite qu'il les prendra en main pour les ramener de leurs péchés : "Je guérirai leurs infidélités." 

L'âme repentante a la promesse de la guérison. Aussi, chrétien, sonde ton cœur comme tu sonderais ta maison, comme si un voleur ou un meurtrier s'y cachait pour te trahir la nuit. Lorsque tu auras découvert le péché qui t'a causé du tort, efforce-toi d'en être rempli de honte et d'indignation, et laisse libre cours à ton chagrin. Confesse-le au Seigneur dans une confession déchirante. Mieux vaut agir ainsi que laisser Satan accomplir cette mission (en t'accusant) auprès de Dieu à ta place.

2. Lorsque tu auras renouvelé ta repentance, n'oublie pas, ne tarde pas, à renouveler ta foi en la promesse du pardon. La repentance est comme un remède purificateur qui évacue l'humeur pécheresse, mais si la foi ne vient pas aussitôt avec son pouvoir régénérateur, la pauvre créature ne retrouvera jamais courage ni force. Une âme peut mourir d'un flot de chagrin autant que du péché. La foi a une vertu incarnée, comme on le dit d'un aliment fortifiant ; elle se nourrit de la promesse, et celle-ci "est parfaite, restaurant l'âme" (Psaume 19:7). 

Même si tu n'étais plus que peau et os, toutes tes forces épuisées, la foi ne tarderait pas à te rattraper et permettrait à chaque grâce d'accomplir son œuvre avec joie. De la paix découle la joie : "Justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu" (Romains 5.1) ; et : "Nous nous réjouissons dans l’espérance de la gloire" (verset 2) ; et la joie donne la force : "La joie du Seigneur est notre force."

Appuie ces deux choses par un effort quotidien pour mortifier les désirs qui l'emportent le plus sur ta grâce. Les mauvaises herbes ne doivent pas prospérer avec les fleurs. Lorsque la grâce n'agit pas avec vigueur et liberté, concluez qu'elle est opprimée par quelque convoitise contraire, qui alourdit son esprit et le rend lourd, tout comme les humeurs superflues alourdissent l'esprit naturel de notre corps, de sorte que nous avons peu de joie à agir ou à vaquer à nos occupations jusqu'à ce qu'elles soient évacuées. 

C'est pourquoi, consacrez-vous à cette tâche avec assiduité ; ce n'est pas un travail d'un jour ou deux par an, comme la médecine au printemps et à l'automne ; rien n'est plus vain que de s'agiter, comme le font les catholiques pendant le Carême, ou comme certains croyants imprudents parmi nous, qui semblent s'agiter avant un sacrement ou un jour de jeûne avec un grand zèle, pour ensuite laisser ces mêmes désirs vivre paisiblement en eux toute l'année. 

Non, c'est un jeu d'enfant que de faire et de défaire ; tu dois mortifier quotidiennement tes convoitises par l'Esprit (Romains 8:13). Poursuis cette œuvre avec conscience, dans ta vie chrétienne, en t'y efforçant aussi constamment que le travailleur se rend chaque jour à son champ, afin de veiller sur ton cœur et d'utiliser tous les moyens pour y découvrir le péché, et dès qu'il se manifeste, de t'en humilier et de l'extirper à la racine avec cette hache de mortification et tu verras, par la bénédiction de Dieu, le changement positif qui s'opérera dans la constitution de ta grâce.

Toi qui es si pauvre, si pâle, que tu crains de contempler longtemps ton propre visage dans le miroir de ta conscience, tu pourras alors méditer avec joie sur ta conscience et oser te parler à toi-même sans ces effrois et ces craintes qui t'épouvantaient auparavant. Ta grâce, même si elle ne sera pas ta joie, sera ton témoignage pour le Christ, en qui elle réside, et te conduira avec hardiesse à te réclamer de lui ; tandis que le chrétien dépravé, dont la grâce est envahie par les convoitises, faute de son serpe, restera tremblant à la porte, se demandant si sa grâce est véritable et, de ce fait, doutant de son accueil.

Deuxième conseil. Si, après examen, tu constates que ton armure se détériore davantage par manque d'entretien que par un péché commis avec présomption, comme c'est le cas le plus fréquent et le plus courant, car la rouille ronge rapidement la meilleure armure, et la négligence, tout comme les péchés graves, anéantit la grâce, alors applique-toi à utiliser les moyens que Dieu a institués pour fortifier la grâce. Si le feu s'éteint lorsqu'on enlève le bois, comment le raviver sinon en le remettant ?

1. Je t'enverrai vers la Parole de Dieu ; familiarise-toi plus souvent avec elle. David nous dit où il renouvelait sa vie spirituelle et où son âme s'imprégnait d'une ferveur céleste, quand la grâce en lui commençait à s'estomper. La Parole, nous dit-il, l'a vivifié. C'était la rive ensoleillée sous laquelle il était assis. La Parole suscite la grâce du chrétien en présentant à chacun un objet propice à l'action. Cela a un grand pouvoir de les réveiller ; de même que l'arrivée d'un ami nous fait chasser toute torpeur pour profiter de sa compagnie, même si nous étions somnolents auparavant.

Les affections s'éveillent lorsque leur objet est devant elles. Si nous aimons quelqu'un, l'amour s'éveille à sa vue, ou à tout ce qui nous la rappelle ; si nous haïssons quelqu'un, notre colère s'intensifie d'autant plus lorsqu'il est devant nous. Or, la Parole unit les grâces chrétiennes et leur objet. Ici, l'amour peut se réjouir de la contemplation du Christ, qui est envoyé vivre là dans toute sa splendeur et son amour. Ici, le chrétien peut voir ses péchés dans un miroir impitoyable ; et peut-il y avoir au fond du cœur une juste tristesse, une haine du péché, sans qu'ils ne se manifestent, tandis que l'homme lit le prix que le Christ leur a coûté ? 

2. Passe de la parole à la méditation. C'est comme un soufflet qui attise le feu. Cette grâce, jadis étouffée et consumée par le manque d'exercice, sera ainsi libérée et jaillira. Pendant que tu médites, ce feu brûlera et ton cœur s'embrasera, selon la nature du sujet sur lequel tes pensées s'attardent. Prends donc la résolution, chrétien, de soustraire du temps à toute convoitise terrestre, afin de pouvoir chaque jour, si possible, contempler les événements les plus remarquables qui se sont produits entre Dieu et toi. 

Interroge ton âme : quels bienfaits lui a été accordé ce jour-là, quelles grâces le ciel t'a prodiguées ? Et, après avoir posé la question, ne sors pas comme Pilate, mais reste jusqu'à ce que ton âme ait rendu compte des actes de grâce de Dieu envers toi. Et, si tu es sage d'observer et fidèle de les relater, ta conscience te dira que la miséricorde n'a jamais cessé de se manifester de toute la journée. Oui, tandis que tu contemples ces grâces nouvelles, que tu racontes ces bienfaits tout frais, tout chauds sortis de l'atelier de la générosité divine, les grâces anciennes afflueront vers toi, réclamant une place dans tes pensées, et te rappelant ce que Dieu a fait pour toi des mois et des années auparavant. 

Et en effet, il ne faut pas remettre à plus tard le paiement des vieilles dettes ; chrétien, garde-les toutes, tôt ou tard, et tu verras comment elles affecteront ton esprit naïf. Il en est du chrétien, en ce cas, comme du serviteur d'un marchand qui garde l'argent de son maître : il lui dit qu'il détient une grosse somme et souhaite qu'il la lui rende pour vérifier ses comptes, mais il ne le trouve jamais à son aise. 

Il y a toujours un immense trésor de miséricorde entre les mains du chrétien, et sa conscience l'appelle souvent à faire son bilan et à voir ce que Dieu a fait pour lui ; mais il trouve rarement le temps de rendre grâce. Faut-il s'étonner que ceux qui ne prêtent plus attention aux grâces que Dieu leur témoigne dépérissent spirituellement ? Comment peut-on être reconnaissant quand on ne pense que rarement à ce qu'on a déjà reçu ? Ou patient lorsque Dieu nous afflige, qui recherche l'un des arguments les plus puissants pour apaiser un esprit rebelle en difficulté, et qui est tiré de l'abondant bien que nous recevons des mains du Seigneur, ainsi que d'un peu de mal ? Comment l'amour d'une telle âme pour Dieu peut-il s'enflammer, si elle est tenue à distance de la miséricorde divine qui l'alimente ?

Et l'on pourrait dire la même chose de toutes les autres grâces. Réfléchis sur toi-même et examine sérieusement ta conduite, envers Dieu et envers les hommes, tout au long de la journée. Interroge ton âme, comme Élisée à son serviteur : "D’où viens-tu, mon âme ? Où étais-tu ? Qu’as-tu fait pour Dieu aujourd’hui ? Et comment ?" Et lorsque tu t’y attelleras, veille à ne pas te laisser dérober à une recherche approfondie, comme Jacob le fut par le prétexte fallacieux de Rachel, ni à te cacher, comme Éli et ses fils, lorsque, interrogé, tu te rendras compte que tu tardes à accomplir ton devoir. Prends garde à ce que tu fais, car tu juges pour Dieu, qui subit l'injustice de ton péché et qui, par conséquent, se rendra justice lui-même si tu ne le fais pas.

3. De la méditation naît la prière. En effet, une âme en méditation est en chemin vers la prière ; ce devoir conduit le chrétien à la prière, et la méditation lui apporte le soutien nécessaire. Lorsque le chrétien a fait tout son possible, par la méditation, pour éveiller ses grâces et élever son esprit vers une ferveur divine, il sait que tout cela n'est qu'une préparation. Le feu doit venir d'en haut pour s'allumer, et c'est par la prière qu'il faut l'obtenir. 

On dit que les étoiles exercent leur plus grande influence lorsqu'elles sont en conjonction avec le soleil ; il est donc certain que la grâce d'un saint n'agira jamais avec plus de puissance que dans la prière, car c'est alors qu'il est en communion et en union les plus intimes avec Dieu. Cette ordonnance qui a un tel pouvoir auprès de Dieu exerce nécessairement une influence considérable sur nous-mêmes. Elle ne laisse pas Dieu au repos, mais le pousse à secourir son peuple. Faut-il s'étonner qu'elle soit un moyen d'éveiller et de stimuler la grâce du chrétien ? Combien de fois voyons-nous un nuage sombre planer sur l'esprit de David au début de sa prière ? À ce moment-là, déjà engagé dans son œuvre, il commence à le dissiper, et avant d'avoir terminé, il éclate en de hautes manifestations de foi et en acclamations de louange.

Ici seulement, Chrétien, prends garde aux prières formelles ; elles sont aussi néfastes à la grâce que l’absence de prière. Un pansement, aussi approprié et vertueux soit-il, appliqué à froid, peut faire plus de mal que de bien.

À tous ceux qui ont vécu en communion avec les saints, rejoignez la fraternité et la communion avec ceux qui vous entourent. Il n'est pas étonnant d'apprendre qu'une maison isolée soit cambriolée. Celui qui marche en communion avec les saints voyage en compagnie, il demeure dans une ville où les maisons s'entraident, à laquelle Jérusalem est comparée. On remarque, concernant la maison en ruines où furent enterrés les enfants de Job, qu'un vent venu du désert l'a frappée. Il semble qu'elle était isolée.

Le diable sait ce qu'il fait en entravant cette grande ordonnance de communion des saints : ce faisant, il entrave la progression de la grâce, et même, il fait dépérir ce que possèdent les chrétiens. L'apôtre lie étroitement ces deux devoirs : demeurer fermes "dans notre profession de foi" et "veiller les uns sur les autres pour s'inciter à l'amour et aux bonnes œuvres" (Hébreux 10, 23-24). En vérité, l'apostasie, l'abandon de la communion des saints, est une démarche dangereuse ; c'est pourquoi il est dit de Démas qu'il "nous a quittés par amour pour le monde présent". 

Ô quel mal Satan nous a-t-il fait ces dernières années, et en particulier sur ce point ! Qu’est devenue cette communion des saints ? Où trouver deux ou trois personnes capables de cheminer ensemble ? Ceux qui jadis pouvaient souffrir ensemble ne peuvent plus s’asseoir ensemble à la table de leur Père, ni prier les uns pour les autres. Le souffle d’un chrétien est étranger à celui qui a jadis cheminé avec lui. "Ceci est une lamentation, et cela restera une lamentation."