dimanche 22 février 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 43e partie

 

1. Cela reproche à ceux qui sont si loin de se préparer au mauvais jour qu'ils ne tolèrent aucune pensée de ce jour. Ils sont aussi réticents à aborder ce sujet qu'un enfant qu'on emmène dans l'obscurité et qu'on y abandonne. Penser à la mort, ou à ce qui y conduit, est pour eux une mort. De même que certains croient naïvement qu'ils doivent mourir immédiatement après avoir rédigé leur testament, ceux-ci pensent hâter ce jour funeste en y pensant. La méditation de ce sujet ne leur est pas plus agréable que la compagnie de Moïse ne l'était pour Pharaon. Aussi lui disent-ils, comme lui à Moïse : "Éloigne-toi de moi, et que je ne voie plus jamais ton visage !" La crainte qu'il inspire les pousse à refouler et à étouffer toutes les pensées que leur conscience éveille en lui.

Et finalement, ils acquièrent une telle maîtrise de leur conscience qu'ils en arrivent à une sorte d'athéisme. Il est aussi rare de les voir penser ou parler de telles choses que de voir une mouche s'affairer en hiver. Désormais, ils ne s'intéressent qu'à ce qui est gai et joyeux. Si de telles pensées leur viennent à l'esprit, comme des prophéties de gaieté et de plaisir charnel, celles-ci, jugées conformes à leurs convictions, sont emmenées dans le char pour s'asseoir avec eux, mais tous les autres reçoivent l'ordre de rester à l'arrière.

Hélas, misérables âmes ! On pourrait dire quelque chose pour vous, si ce jour funeste de mort et de jugement n'était qu'une pure fiction de l'imagination, sans fondement ni existence autre que ce que nos fantaisies leur confèrent. Il existe dans le monde de tels troubles, dont tout le mal provient de nos pensées. Lorsque nous sommes troublés par les mépris et les reproches des hommes, si seulement nous n'y pensions pas, ils ne seraient rien. Mais chasser de votre esprit les pensées de ce jour funeste ne sera qu'un maigre et bref soulagement.

Tu ne peux ni retarder sa venue, ni atténuer son dard lorsqu'il surviendra, en le méprisant. Tu es comme un passager sur un navire : endormi ou éveillé, tu poursuis ton voyage. Tu n'es que comme cet oiseau naïf qui, la tête dans un roseau, se croit à l'abri du chasseur, puisqu'il ne le voit pas. Tu es une proie facile pour la vengeance divine ; Dieu te voit et te vise, même si tu ne le vois pas. Oui, en ne pensant pas à ce jour, tu te condamnes toi-même à une mort inévitable. Le premier pas vers notre salut est la prise de conscience du danger.

2. Cela reproche à ceux qui, s'ils pensent au jour du malheur, le considèrent comme si lointain que cela leur est vain. Ils prendront soin de le placer à une telle distance d'eux que leur méditation en perdra toute force, afin qu'il ne les frappe pas dans leur conscience et dans la crainte qu'il suscite. C'est comme un canon qui, si nous nous tenions à sa gueule, nous réduirait en miettes, n'effraierait même pas ceux qui se tiennent hors de sa portée. Plus on repousse la pensée de l'échéance du mauvais jour, moins il nous impressionne. C'est vrai, disent les pécheurs, on n'y peut rien. Nous avons une dette envers la nature ; il faut la payer.

La maladie viendra, la mort suivra, et le jugement viendra après. Mais hélas ! Ils ne recherchent pas encore ces invités, ils prophétisent ces choses pour un avenir lointain. Ils espèrent que de beaux jours viendront s'y ajouter. Ainsi, les hommes sont bien indulgents envers eux-mêmes. D'abord, ils souhaitent que cela tarde à venir, puis, parce qu'ils le désirent, ils s'arrogent le droit de se le promettre ; et une fois cette promesse faite, il n'est pas étonnant qu'ils vivent au rythme de leurs vains espoirs, repoussant le moment de rendre des comptes jusqu'au crépuscule de la vieillesse, lorsqu'ils n'auront plus de telles tentations pour s'éloigner des plaisirs de cette vie.

Alors ils feront de grandes choses pour se préparer au jour du malheur. Quelle audace ! Qui t'a permis de couper de si grandes lanières de ce temps qui n'est pas tien, mais celui de Dieu ? Qui fait le bail, le locataire ou le propriétaire ? Ou oublies-tu que tu gères ta vie et que tu n'en es pas propriétaire ? Voilà la ruse de Satan : vous faire tergiverser. Or, l'attente présente du jour funeste vous empêcherait de rester inactifs et sans préparation. Ô pourquoi laissez-vous vos âmes se détourner de leur travail, les rendre oisives et les soulager de leurs fardeaux, en leur parlant d'une longue vie, alors que la mort vous frappe sans prévenir ? 

Quelle honte pour vos cœurs débauchés, vous qui dites : "Ton mari est parti au loin, tu peux assouvir tes désirs". Et s’il revenait plus tôt que prévu et vous trouvait en proie à la convoitise ? Sachez-le, une destruction soudaine menace, surtout ceux qui se croient à l’abri. Lisez ce passage des Écritures qui dénonce ces pécheurs qui se complaisent dans le retardement du retour de leur Seigneur, déclarant que "le maître de ce serviteur viendra un jour où il ne s’y attend pas, à une heure qu’il ignore" (Matthieu 24:48, 50, 51).

Il est vrai que Dieu doit sortir de sa façon habituelle de traiter les pécheurs si certains échappent à une ruine soudaine. On oserait défier quiconque de trouver dans l'Écriture un précédent de ceux qui, pourtant protégés, n'auraient pas été surpris par un jugement aussi remarquable que soudain. Quant aux habitants de Sodome, combien de temps après un matin ensoleillé les cieux s'assombrissent-ils et les ensevelissent-ils en quelques heures, sous une tempête de feu, sous leurs propres cendres ?

Laïsh, insouciants, est retranché avant même qu'ils n'y pensent. Agag, lorsqu'il voit les nuages ​​de ses craintes se dissiper et que le beau temps illumine son visage, ils se retournent aussitôt contre lui et l'enferment dans la mort ; il est aussitôt mis en pièces. Amalek est massacré par David avant même que le triomphe de leur récente victoire ne soit refroidi. Nabuchodonosor se pavane dans son palais, la langue bien pendue : "N’est-ce pas là Babylone la grande que j’ai bâtie ?" (Daniel 4:30). Avant même qu’il ait pu finir sa phrase, une autre voix descend du ciel : "Ô roi Nabuchodonosor, il t’est annoncé que le royaume t’est retiré." Et "à cette même heure, la chose s’accomplit" (versets 32-33), et il est envoyé paître avec les bêtes.

Il se bénit pendant des années, puis, en quelques heures, on lui retire l'oreiller de la tête et on n'entend plus parler de lui jusqu'à ce qu'il rugisse du fond de l'enfer. Oui, un monde entier, à quelques exceptions près, est englouti, et ils "ne s'en aperçurent point jusqu'au jour où le déluge vint et les emporta tous" (Matthieu 24:39). Et toi, qui es-tu, ô homme, toi qui t'arroges l'impunité, quand des rois, des villes, un monde entier, ont été ruinés de cette façon ?

3. Cela réprimande ceux qui, bien malgré eux, et à cause d'une conscience éveillée qui les tourmente sans cesse et leur prêche les paroles de Paul devant Félix et ne les fasse trembler comme lui; ils pensent souvent à ce mauvais jour ; pourtant, la convoitise est si puissante dans leur cœur qu'elle les pousse à persévérer, malgré tous les reproches de leur conscience et les pensées effroyables qu'ils ont de ce jour funeste, et ils continuent désespérément à pécher. 

Ces malheureux sont l'objet de notre plus profonde pitié. Le pécheur endurci, qui a brisé la prison de sa conscience, est comme un ivrogne à l'esprit vif : il avale son péché comme l'autre boit, avec plaisir, sans être le moins du monde ébranlé. Mais voici un homme qui a le cœur lourd, et, pour ainsi dire, sa conscience vomit souvent ses douces gorgées, et pourtant il péchera, malgré la douleur et l'angoisse. 

Ô pauvres malheureux, réfléchissez à ce que vous faites ! Au lieu de vous armer contre le mauvais jour, vous armez le mauvais jour contre vous-mêmes ; vous piquez votre lit d'épingles et d'aiguilles, sur lequel vous serez bientôt couchés ; vous jetez des bûches dans cette fournaise ardente où vous finirez par être engloutis ; et tout cela malgré votre conscience, que Dieu, dans sa miséricorde, place sur votre chemin, afin que ses piqûres soient une haie d'épines, vous préservant de la poursuite de vos convoitises! Sachez donc, si vous persistez, que de même que votre conscience vous prive du plaisir de votre péché aujourd'hui, elle ajoutera à l'horreur de votre tourment futur.

4. Cela réprimande ceux qui, bien que moins violents et outranciers dans le péché au point de se faire plus infamants que les autres, demeurent sans défense. Ils ne se réfugient pas auprès du Christ pour trouver protection et abri contre la tempête et l'orage, car ils tiennent le mensonge dans leur main droite, ils se nourrissent de cendres et leur cœur trompé les éloigne de la recherche du Christ. 

Il serait effrayant de voir la confiance que beaucoup placent dans leurs faux espoirs et leur suffisance. Osant s'avancer (comme Koré avec son encensoir, avec la même intrépidité que s'il était Moïse lui-même) jusqu'au seuil de la mort, pour être soudainement engloutis par la destruction et envoyés en enfer, condamnés à la désillusion, eux qui refusent d'être chassés de leurs refuges de mensonges. Qui que tu sois, ô homme, et quoi que tu aies à te glorifier, même la conduite la plus sainte qui ait jamais existé sur terre, si tel est ton seul refuge contre le jour du malheur, tu périras.

Il n'y a de salut, lors du déluge, que par le Christ ; et même, être en Christ, se tenir à l'extérieur de l'arche par une profession de foi illusoire, ne sauvera pas. Il me semble voir comment les habitants de l'ancien monde ont couru pour sauver leur vie, les uns vers telle colline, les autres vers tel arbre élevé, et comment les vagues les ont poursuivis, jusqu'à ce qu'ils soient finalement emportés par le déluge dévastateur. 

Telle sera votre fin, vous qui cherchez du secours ailleurs qu'au Christ ; pourtant, l'arche vous attend, oui, elle s'approche de votre porte pour vous accueillir. Noé n'a pas tendu la main plus volontiers pour recueillir la colombe que le Christ n'accueille ceux qui se réfugient en lui. Ô, ne rejetez pas votre propre miséricorde pour une vaine gloire!

5. Que cela t'amène, qui que tu sois, à te demander si tu es prêt à affronter ce mauvais jour. Interroge ton âme avec gravité et solennité : "Es-tu préparé pour ce jour, ce jour funeste ?" Comment pourrais-tu te séparer de ce qu'il t'enlèvera et accueillir ce qu'il apportera assurément ? La mort vient avec un emporte-pièce pour emporter tous tes plaisirs charnels et t'en faire payer les conséquences. Peux-tu dire adieu à l'un et accueillir l'autre avec paix et confiance ? Ne sera-t-il pas terrifiant de voir ta santé et ta force se muer en faiblesse et en fragilité, tes douces nuits de repos en yeux éveillés et en insomnies, ta voix, qui a si souvent chanté au son du violon, ne connaître plus que des soupirs et des gémissements ? 

Comment peux-tu contempler tes proches en songeant à les quitter ? Oui, voici l'instrument, pour ainsi dire, qui aiguisera le coup fatal qui séparera l'âme et le corps ? Imagine-toi à demi mort dans tes membres les plus éloignés de la source de vie, la mort n'ayant plus que quelques instants à parcourir avant d'atteindre ton cœur et de rendre ton dernier souffle. 

Peut-être l'inévitabilité de ces choses te pousse-t-elle à t'endurcir contre elles. Cela pourrait en effet, chez quelque païen qui n'a pas encore tranché la question de l'existence d'un autre monde, contribuer à atténuer quelque peu la violence de cette terreur qui, autrement, transpercerait plus profondément son cœur stupéfait ; mais si tu crois en un autre monde, et en ce jugement qui se tient derrière la mort, prêt à te réserver ton état immuable de béatitude ou de misère, tu ne peux assurément apaiser ta conscience éveillée par un si maigre réconfort. 

Réfléchis donc à la réponse que tu entends donner au grand Dieu lorsque tu te présenteras devant lui, lorsqu'il te demandera : "Que peux-tu dire pour expliquer pourquoi la sentence de damnation éternelle ne devrait pas être prononcée contre toi ?" En vérité, nous sommes infidèles à nos propres âmes si nous ne réfléchissons pas à cette question. Si tu te demandes maintenant comment te préparer au jour du malheur, afin de pouvoir te tenir devant ce tribunal redoutable, et vivre d'ici là de manière à ne pas être asservi par la crainte de ce jour, considère-le sous plusieurs angles.

A) Si jamais tu désires avoir une descendance bénie en ce jour mauvais, afin de te tenir debout devant le grand Dieu, ne trouve pas le repos tant que tu n'as pas conclu d'alliance avec le Christ. Le réconfort de David mourant provenait de l'alliance que Dieu avait faite avec lui ; c'était là son seul désir et son seul salut. Comment peux-tu aborder l'autre monde sans effroi, si tu n'as pas la certitude que le Christ te reconnaîtra comme sien ? 

Le ciel a ses héritiers, et l'enfer aussi. Les héritiers du ciel sont ceux qui ont fait alliance avec Dieu. Ses fondements ont été posés par une alliance, et toutes les demeures y sont préparées pour un peuple qui a fait alliance avec lui : "Rassemblez mes saints qui ont fait alliance avec moi." Mais comment entrer dans cette relation d'alliance ? Romps d'abord ton alliance avec le péché. 

Tu es par nature un serviteur du péché et de Satan. Peut-être n'as-tu pas scellé cette alliance expressément, par des mots et formellement, comme les sorcières, mais virtuellement, en accomplissant l'œuvre de Satan et en te soumettant à tes convoitises, en acceptant la récompense de l'iniquité; le plaisir et les avantages charnels qu'elles t'ont offerts, tu t'es ainsi révélé. Maintenant, si jamais tu veux faire alliance avec Dieu, romps celle-ci. Une alliance avec l'enfer et le ciel ne peut subsister.

B) Engage-toi envers le Christ. L’alliance de grâce est le lien que Dieu établit uniquement avec l’époux du Christ. Rebecca ne possédait ni bijoux ni vêtements précieux avant qu’on lui promette de devenir l’épouse d’Isaac (Genèse 24:53). "Toutes les promesses de Dieu sont oui et amen en Christ". Si tu reçois le Christ, tu les reçois avec lui. Celui qui possède l’arbre a droit à tous ses fruits. Or, afin que tu ne dissimules pas un mariage entre le Christ et toi, au point d’être renié par lui et qu’il devienne finalement nul, il te convient de veiller à ce que ce mariage soit trouvé en toi, comme le Christ l’attend de chaque âme qu’il épouse.

Avant tout, réfléchis donc à savoir si tu peux aimer de tout cœur la personne du Christ. Contemple-le avec désir, encore et encore, tel qu'il est présenté dans toutes ses excellences spirituelles. Sont-elles telles que ton cœur puisse s'y attacher ? Sa sainteté et toutes les grâces célestes dont il est orné le rendent-elles désirable à tes yeux ? Ou pourrais-tu mieux l'apprécier s'il n'était pas si parfait et si saint ? Oui, ton cœur est-il si ardent de le désirer que tu puisses l'aimer d'un amour conjugal ? 

Une femme peut aimer un homme comme un ami, sans pour autant l'aimer au point d'en faire son époux. Un amour amical peut coexister avec un amour d'une intensité égale, voire supérieure, pour un autre, mais l'amour conjugal est de ceux qui ne peuvent supporter ni l'un ni l'autre. Peux-tu trouver en ton cœur la force de renoncer à tout le reste et de t'attacher au Christ ? Ton cœur te dit-il prêt et disposé à suivre ton doux Jésus, même s'il t'arrache à ton père et à la maison de ton père ? As-tu une telle confiance en son pouvoir de te protéger de tous tes ennemis (le péché, la colère et l'enfer) que tu puisses résolument remettre la vie de ton âme entre ses mains, pour être sauvé par la seule vertu de son sang et par la force de son bras tout-puissant ; et en sa sollicitude pour subvenir à tes besoins dans cette vie et dans l'autre, que tu puisses acquiescer à ce qu'il promet de faire pour toi ?

En un mot, si tu as le Christ, tu dois non seulement l'aimer, mais aussi, pour lui, aimer tous tes nouveaux frères et sœurs, auxquels tu seras unis par ton mariage avec lui. Comment peux-tu feindre d'appeler les saints tes frères et sœurs ? Peux-tu les aimer de tout ton cœur et oublier toutes les vieilles rancunes que tu as pu nourrir à leur égard ? Certains d'entre eux seront pauvres et persécutés, pourtant le Christ n'a pas honte de les appeler frères et sœurs, et toi non plus. Si ton cœur est disposé à répondre à ces questions, je n'ose que déclarer le Christ et toi mari et femme. Va, pauvre âme (si je puis qualifier de pauvre une si glorieuse épouse), va te consoler dans l'attente du retour de ton Époux.

Et lorsque le jour funeste approche et que la mort elle-même se rapproche, ne le regarde pas avec terreur, mais ravive plutôt, avec le vieux Jacob, la vue du char qui te transportera dans les bras de ton Époux, dont tu entends dire qu'il est si honoré et majestueux au ciel, que cela te rassure de savoir qu'il t'accueillera à ton arrivée. Parmi toutes les choses qui nous appartiennent par le fait d’être à Christ, l’apôtre n'oublie pas de mentionner celle-ci : "La mort nous appartient." Et il a bien fait, car sinon nous ne l’aurions jamais considérée comme un don, mais plutôt comme un jugement.

Maintenant, mon âme, tu es hors de danger, à l'abri de tout mal que le jour du malheur pourrait te faire. Pourtant, il te reste encore quelque chose à faire pour vivre dans la sérénité de cette attente. Nous voyons que des personnes vertueuses peuvent, par manque de sainte sollicitude, sombrer dans des troubles qui ravivent leurs pensées du jour du malheur. David, qui autrefois ne craignait pas de "marcher dans la vallée de l'ombre de la mort", est si effrayé à un autre moment, lorsqu'il y est conduit, qu'il s'écrie : "Épargne-moi, Seigneur, afin que je retrouve mes force avant de partir d'ici" (Psaume 39, 13).

L'enfant, bien qu'il aime son père, peut faire quelque chose qui lui fera peur de rentrer chez lui. Or, chrétien, si tu veux vivre dans une attente sereine du mauvais jour, tu devras:

1) T'efforcer de mourir chaque jour un peu plus à cette vie et à ses plaisirs. La mort n'est pas aussi dure pour celui dont les forces naturelles ont été épuisées par une longue maladie dévorante, que pour celui qui ne gît que quelques jours et qui a la force naturelle d'opposer une grande résistance. Il en est vraiment ainsi ici-bas. Le chrétien dont l'amour pour cette vie et son contenu s'est consumé et éteint depuis de nombreuses années s'en séparera plus facilement que celui dont l'amour pour ces choses est plus fort.

Tous les chrétiens ne sont pas mortifiés au même degré face au monde. Paul nous dit qu'il mourait chaque jour. Il se détachait toujours plus du monde, si bien qu'au moment de sa mort, tous ses attachements étaient partis, ce qui le préparait d'autant plus à dire : "Je suis prêt à être offert en sacrifice" (2 Timothée 4:6). S'il s'agit simplement d'arracher une dent, plus elle résiste, plus l'extraction est douloureuse. Déracinez vos attachements du monde, et l'arbre tombera plus facilement.

2) S'efforce de se rendre digne de confiance à Dieu, avec diligence et fidélité, dans la place et la vocation qui lui sont assignées. Plus tes pensées seront claires quant à la droiture de ton cœur tout au long de ta vie chrétienne, plus tu auras de sérénité lorsque le jour du malheur viendra. "Je t'en supplie, ô Éternel", dit le bon Ézéchias, à l'article de la mort, "souviens-toi maintenant comment j'ai marché devant toi avec vérité et un cœur intègre, et comment j'ai fait ce qui est bien à tes yeux" (2 Rois 20:3). Cela ne saurait constituer notre seule assurance, mais ce sera un meilleur compagnon qu'une conscience tourmentée. Si le sang est souillé, l'esprit le sera aussi.

Plus notre vie est corrompue par l'hypocrisie et l'infidélité, plus notre foi s'affaiblira à l'heure de notre mort. Il y a une grande différence entre deux enfants qui rentrent le soir, l'un des champs, où il a travaillé avec diligence et fidélité pour son père, et l'autre qui a fait l'école buissonnière une grande partie de la journée ; le premier entre avec assurance et se présente devant son père, le second se glisse dans son lit, craignant que son père ne le voie ou ne lui demande où il était.

Messieurs, soyez attentifs à votre conduite. L'Angleterre a traversé des temps parmi les plus éprouvants. Il a fallu plus de prudence et de courage qu'auparavant pour rester sincère. C'est pourquoi il est si rare de trouver des chrétiens  (surtout ceux dont la place et la vocation ont été davantage exposées à la tentation) quittant la scène avec la satisfaction d'avoir retrouvé la paix intérieure.

3) Familiarise ton âme avec les pensées du jour mauvais. Apprivoise souvent ce serpent. Médite-le chaque jour profondément. Ne les fuis pas parce qu'elles déplaisent à la chair ; ce serait accroître ta terreur. Agis avec ton âme, lorsque tu es effrayé et tremblant à la pensée de l'affliction ou de la mort, comme tu le ferais avec ta bête, celle qui a tendance à s'enfuir et à s'étourdir en la chevauchant. Lorsqu'elle recule et s'étourdit, ne cède pas à sa peur et ne recule pas, car cela ne ferait qu'empirer les choses. Mais approche-la au plus près de ce qui l'effraie, et avec le temps, tu la libéreras de cette tendance.

Le jour mauvais n'est pas une chose si effrayante pour toi, chrétien, que tu doives le redouter. Approche ton cœur de Lui. Montre à ton âme ce que le Christ a fait pour en atténuer la violence, quelles sont les douces promesses faites à dessein pour vaincre la peur, et quelles sont les espérances que tu peux en retirer. Ces choses apaiseront et calmeront ton esprit ; tandis que fuir ces pensées ne fera qu'accroître ta peur et t'asservir davantage.

dimanche 15 février 2026

Le chemin tracé par Dieu

 

"Jésus lui dit: Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi" (Jean 14:6).

Toutes les religions du monde prétendent tracer un chemin vers leur dieu, ou vers Dieu. Toutes dépendent des œuvres des hommes; selon leurs actions, le nombre de prières qu'ils font par jour, et plus ils seront assidus à accomplir diverses tâches, plus ils s'approcheront (supposément) de cette divinité qui se laisse si difficilement atteindre.

Il n'en est pas ainsi avec le seul vrai Dieu. Par Jésus-Christ, Il va droit au but. Il dit : "Je suis le chemin, la vérité et la vie". Il est le seul chemin, qui a été tracé par Dieu dès la création du monde. Ce n'est pas l'homme qui trace son chemin vers Dieu, mais Dieu qui s'est approché de lui par Jésus-Christ. De plus, Il se fait connaître par Sa création (Romains 1:20), qui rend témoignage de Sa grandeur et de Sa puissance. 

Ainsi, que pourrait faire un homme pour l'atteindre? Pour s'attirer Sa miséricorde? Dieu a placé en l'homme la pensée de l'éternité (Ecclésiaste 3:11). L'homme sait naturellement qu'il existe un Dieu plus grand que lui-même; c'est, pourrions-nous dire, le souffle de Dieu en nous qui en est la cause. Il nous a créé pour que nous le cherchions. C'est la raison pour laquelle beaucoup de religions ou de systèmes de croyances anciens ont conservé l'idée qu'i existe une entité divine, mais ils ont corrompu et perdu le chemin. Certains en sont venus à commettre des atrocités dans le but d'attirer l'attention ou d'obtenir les faveurs de ce dieu si distant.   

Aujourd'hui, beaucoup de cultures pensent avoir "évoluées" en ayant rejeté les commandements de Dieu. Cela a créé des sociétés où les hommes sont livrés à eux-mêmes, croyant que le bien et le mal n'existent pas, ou que, du moins, chacun est libre de sa propre interprétation de ce qu'ils représentent. Le résultat est un désordre sans nom; un fouillis indescriptible de confusion et d'anarchie qui ne cesse de décourager les honnêtes gens qui ne demandent qu'à vivre et laisser vivre. Mais même dans le cœur des moins endurcis, il y a cette quête qui dure et qui perdure; rien ne peut combler ce vide à l'intérieur.

Récemment, l'homme le plus riche du monde a dit: "Celui qui a dit que l'argent ne pouvait pas acheter le bonheur savait de quoi il parlait". La richesse, la poursuite du bonheur à tout prix, la volonté de voir ses désirs être comblés, le sentiment de culpabilité; tant de choses distraient l'homme de tourner ses regards vers Dieu et de trouver ainsi le seul chemin de la paix. Même les gens les plus religieux, souvenons-nous de Saul de Tarse, ont prouvé que, malgré toute leur intelligence et tous leurs efforts, il est impossible à l'homme de se rapprocher lui-même de Dieu.

Il lui faut une aide extérieure à ses capacités personnelles. C'est la raison pour laquelle Jésus est apparu à Saul sur le chemin de Damas (Actes 9), et il dira des années plus tard: "Ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ" (Philippiens 3:7). Que considérait-il comme des gains? Tous les efforts qu'il faisait personnellement pour plaire à Dieu. Et quand Christ s'est fait connaître à Lui, Paul a tout rejeté ces choses en les considérant comme de la boue.       

Auparavant, Il s'est fait connaître à Son peuple de différentes manières, notamment par la bouche de Ses prophètes (Hébreux 1:1); à plusieurs reprises, Il leur a fait savoir qu'Il n'y avait pas d'autres dieux, et que le peuple ne devait pas faire comme les peuples qui les entouraient, à savoir adorer ces faux dieux faits de mains d'hommes. Malheureusement, ils ont fait la sourde oreille, ils sont allés vers ces faux dieux pour les adorer, et Il a prouvé Sa parole en ce qu'ils ont été punis et chassés en grande partie de la Terre Promise (Jérémie 25:6-11). 

Plus tard, Jésus est venu physiquement parmi la création, pointant à Son peuple le chemin du Père qui s'était fait connaître par les prophètes; Lui-même. Son témoignage a atteint son point culminant lorsqu'Il est ressuscité des morts; il n'y avait plus de doute à avoir. Mais encore; qu'ont-ils fait? Ils ont conspiré pour prétendre que la résurrection n'avait pas eu lieu (Matthieu 28:11-15). 

Et cela perdure jusqu'à aujourd'hui. Pourtant, le Chemin est là, mais Jésus l'a comparé à une porte étroite; à un chemin resserré (Matthieu 7:14), et Il ajoute: "Il y en a peu qui les trouvent". Et il est du devoir de tous ceux qui marchent avec Lui de pointer aux perdus le Chemin de la vie. Les disciples prièrent: "Seigneur, vois leurs menaces, et donne à tes serviteurs d'annoncer ta parole avec une pleine assurance" (Actes 4:29), et c'est cette même attitude que nous devrions avoir aujourd'hui; être prêts, comme le dit Pierre, "à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous" (1 Pierre 3:15), savoir Christ. Et notre témoignage devrait être supporté par une vie, par une marche de tous les jours qui est en concordance avec la vie de Christ en nous (1 Jean 2:6).

Dieu s'est fait connaître à nous; en Jésus-Christ, nous n'avons plus à essayer de Lui plaire ou de le satisfaire de quelque manière que ce soit. Tout ce dont nous avons besoin se trouve en Jésus seul. Lorsque le Père voit le Fils en nous, Il est plus que satisfait, gloire à Dieu! Le chemin est tout tracé; marchons-y, et que chacune de nos vie soit comme un petit doigt qui pointe vers Jésus pour tous ceux qui cherchent, ou qui demandent la raison de l'espérance qui est en nous.

Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen. 

dimanche 8 février 2026

La hanche de Jacob

 

"Voyant qu'il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l'emboîture de la hanche; et l'emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui" (Genèse 32:25).

Quelqu'un a demandé: "Que vient faire la hanche de Jacob en toute cette affaire?"  

Une partie de sa vie, Jacob s'est battu par ses propres forces. Déjà, à la naissance d'Esaü, il est dit que "sa main tenait le talon d'Esaü" (Genèse 25:26); ensuite, avec ruse, il lui ravit son droit d'ainesse, ainsi que la bénédiction liée à ce droit d'ainesse (Genèse 27: 18-29). Plus tard, il usa de nouveau de ruse envers son beau-père, Laban (Genèse 30:32-43) et il s'enrichi considérablement à ses dépends. 

Jacob était jusque là le type même de celui qui croit en Dieu, mais qui n'a pas encore fait mourir sa chair. Tant qu'elle n'a pas été crucifiée avec Christ à la croix, nous verrons ce type d'actions dans la vie du croyant. Nous pourrions dire que c'est une confiance en soi qui est un peu trop développée, et elle nuit à la confiance que nous sommes sensés placer en Dieu. En effet, lorsque, en nous nous appuyant sur nos propres forces, sur nos propres idées, sans en référer à Dieu, et que tout semble aller à merveille, il n'est nul besoin d'avoir une grande foi! 

Lorsque les épreuves et les vents contraires de la vie nous accablent, c'est là que, peu à peu, nous apprenons à délaisser le surplus de confiance que nous avons en nous-mêmes et que nous commençons à nous en remettre à Dieu. 

C'est un peu ce que nous voyons ici avec Jacob. Alors qu'il revient dans son pays, il sait qu'il devra affronter son frère Esaü, et il a peur. Il ne sait pas si Esaü veut encore le faire mourir. Il dit à Dieu : "Délivre-moi, je te prie, de la main de mon frère, de la main d'Esaü ! Car je crains qu'il ne vienne, et qu'il ne me frappe, avec la mère et les enfants" (Genèse 32:11). Encore une fois, Dieu, dans Son grand amour, place Jacob dans une situation où il doit apprendre à se dépouiller de lui-même afin de Lui laisser plus de place dans sa vie. 

Nous vivons dans une génération où nous n'acceptons plus le moindre contre-temps. La moindre contradiction dans nos vie est vue comme une plaie envoyée par l'enfer, alors que, bien souvent, Dieu les utilisent pour nous transformer, pour nous épurer, pour nous apprendre à nous dépouiller de nous-mêmes. Ce n'est pas que Dieu soit l'auteur du mal, mais Il tourne le mal en bien; ce que l'ennemi aurait voulu pour notre destruction, Dieu l'utilise pour nous reconstruire afin que nous devenions peu à peu comme Il le souhaite. 

À ce moment de sa vie, Jacob se retrouve devant un problème qu'il a lui-même créé dans le passé, à cause de sa ruse envers son frère. Après avoir prié Dieu de le délivrer de la main de son frère, il ajoute, au verset 12 : "Et toi, tu as dit: Je te ferai du bien, et je rendrai ta postérité comme le sable de la mer, si abondant qu'on ne saurait le compter."

Il fait bien. Il se rappelle les promesses de Dieu, et c'est une bonne manière de prier. C'est comme s'il disait: "Dieu, Tu as promis que ma postérité soit innombrable, et pourtant, voit où j'en suis; peut-être mon frère va t'il exterminer tous ceux qui sont avec moi. Souviens-Toi de Tes promesses, ô Dieu, et délivre-moi".

Au verset 14, il commence à se dépouiller. Des animaux en grand nombres ; il les envoie vers Esaü par ses serviteurs, il fait passer femmes et enfants devant lui, et lui-même passe la nuit à cet endroit. Seul. Comme s'il était paralysé par la peur; mais ce qui semble une faiblesse va devenir sa force.

Il est dit au verset 24 qu'alors, "un homme lutta avec lui jusqu'au lever de l'aurore". Même si, au cours de cette nuit, il s'était déjà beaucoup dépouillé de bien matériels, Jacob était encore à ce moment-là "au sommet de sa force". Nous l'apprenons par Osée 12:3, où il est dit que, "dans sa vigueur, il lutta avec Dieu". Mais il comprenait tout de même que la bataille contre son passé ne pouvait être gagnée par ses propres forces. Il devait prier. Il lutta, c'est à dire qu'il pria avec ardeur "jusqu'au lever de l'aurore". Genèse 32:24 dit qu'il lutta avec un homme, tandis que Osée 12:4 dit qu'il lutta avec un ange. Les deux concordent. Il lutta littéralement en prière avec Jésus-Christ, qui allait être, dans la suite des temps, à la fois corps et Esprit. 

Les anges qui vinrent à Sodome avaient une apparence humaine; Abraham nourrit aussi les anges de l'Éternel en Genèse 18. Il n'y a donc rien d'étonnant à cette "vision" de Jacob lors de sa prière suppliante à Dieu. En effet, Osée 12:4 dit encore "qu'il pleura et lui adressa des supplications". Il est dit au verset 25 que, "voyant qu'il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l'emboîture de la hanche; et l'emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu'il luttait avec lui".

Il frappa Jacob dans sa vigueur, dans la force qu'il croyait avoir. Un homme ne peut pas marcher efficacement avec la hanche déboîtée; il doit prendre appui sur quelqu'un ou quelque chose. Et ici, Jacob (après s'être dépouillé de ses biens matériels en les envoyant vers son frère) apprend à se dépouiller de la confiance qu'il pouvait avoir en lui-même pour la placer en Dieu seul. Nous l'avons vu, Osée dit "qu'il pleura et supplia" l'homme avec qui il luttait. Jacob était engagé dans une bataille spirituelle, et il persévéra dans la prière jusqu'à recevoir une réponse à ses supplications. 

Il ne s'accroche plus à lui même ou à des ruses. Il voit maintenant où cela l'a conduit. Au verset 26, l'homme (ou l'ange) lui dit: "Laisse-moi aller, car l'aurore se lève. Et Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni". Maintenant, celui qu'il "combattait" est son soutien. Osée dit qu'il fût vainqueur, et il le fût en ce qu'il s'est finalement rendu à Dieu, reconnaissant qu'il ne pouvait rien sans Lui. 

Comme Jacob, nous devons reconnaître, lorsque nous nous approchons de Dieu, qu'Il détient tout pouvoir et qu'Il fera selon Sa volonté. Il a un plan, et il est souvent au-delà de notre compréhension. Nous devons apprendre malgré nos doutes et nos questionnements qu'à la fin, "tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu" (Romains 8:28). Cela ne signifie évidemment pas de ne plus prier, soit disant parce que, "de toute manière, Dieu va faire ce qu'Il veut".

Ce n'est pas ce que Jacob nous montre au verset 26. "Jacob répondit: Je ne te laisserai point aller, que tu ne m'aies béni". Il persévère encore plus, car il croit maintenant qu'il n'a aucune puissance en lui-même. Il doit donc regarder à plus grand que lui pour obtenir le secours dont il a besoin. Et le verset 29 dit "qu'il le bénit là". Mais Osée 12:4 nous dit bien que Jacob pria "avec des larmes et des supplications". Lorsque nous pensons à ce type de supplication, nous ne pouvons faire autrement que de penser à Jésus, qui, "ayant présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé à cause de sa piété " (Hébreux 5:7). 

C'est incroyable! Est-ce que le Christ, au moment de cette supplication, était faible? Non! Si cela avait été possible, Il n'aurait jamais été aussi fort! Il priait avec insistance, et en cela, il accomplissait Son propre enseignement, lorsqu'Il dit en Matthieu 11:12 : "Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s'en emparent."

Jacob a forcé en quelque sorte la main de Dieu, avec sa prière et sa supplication fervente, et il a été béni. Ainsi, Jésus, avant le Calvaire, dans Ses cris et Ses larmes, reçu l'exaucement de Sa prière. Non, Il n'a pas été épargné de la croix, et de la même manière, nous ne serons pas toujours épargnés par les épreuves et les tribulations, mais Il a été soutenu et fortifié malgré Son épreuve, Il est ressuscité, Il a été exalté et Il a été réuni avec le Père après avoir accompli Sa volonté. Il a obtenu la victoire sur la mort, non seulement pour Lui-même, mais pour nous qui croyons en Lui.   

La hanche de Jacob qui se démit, c'est l'homme qui perd tout appui qu'il pensait avoir en lui-même ou en ce monde, et qu'il ne lui reste plus que le Seigneur comme véritable appui. Quelqu'un a déjà dit : "La chrétienté, c'est une béquille pour les faibles". La réponse est: "Bien sûr, et Dieu est la meilleure des béquilles pour tous ceux qui savent qu'ils sont perdus et qu'ils ont besoin d'un Sauveur".

Jacob se voyait perdu, corporellement et matériellement, avec tous ceux qu'il aimait; nous nous reconnaissons perdus, non seulement dans les choses de ce monde, mais aussi spirituellement, et nous avons besoin d'un Sauveur, et Il est là, prêt à recevoir tous ceux qui, comme Jacob, cessent de lutter avec leurs propres armes et qui prennent appui sur Lui pour obtenir sagesse et secours en toutes circonstances. 

Éternel, mon rocher, ma forteresse, mon libérateur! Mon Dieu, mon rocher, où je trouve un abri! Mon bouclier, la force qui me sauve, ma haute retraite! Je m'écrie: Loué soit l'Éternel! Et je suis délivré de mes ennemis. Les liens de la mort m'avaient environné, et les torrents de la destruction m'avaient épouvanté; les liens du sépulcre m'avaient entouré, les filets de la mort m'avaient surpris. Dans ma détresse, j'ai invoqué l'Éternel, J'ai crié à mon Dieu; de son palais, il a entendu ma voix, et mon cri est parvenu devant lui à ses oreilles (Psaume 18:2-6).

Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen.

dimanche 1 février 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 42e partie

 

Deuxième branche. Ce jour funeste est inévitable. Autant arrêter le char du soleil, à l'approche de la nuit, et chasser les ombres du crépuscule, que d'échapper à cette heure de ténèbres qui s'abat sur nous tous. " L'homme n'est pas maître de son souffle pour pouvoir le retenir, et il n'a aucune puissance sur le jour de la mort, il n'y a point de délivrance dans ce combat" (Ecclésiaste 8:8). Parmi les hommes, il est possible d’échapper à la guerre en invoquant l’âge, la richesse, la faiblesse physique, la protection du prince, etc. ; et si tout cela échoue, envoyer un remplaçant ou donner un pot-de-vin peut suffire. Mais dans ce combat, la pression est si forte qu’il n’y a pas d’exemption.

David aurait volontiers voulu aller chercher son fils; on l’entend crier : "Si seulement j’avais pu mourir pour toi, Absalom, mon fils, mon fils !" Mais cela n'était pas possible, ce jeune vaillant devait y aller lui-même. Nous devons, en personne, aller au combat et regarder la mort en face. Certains, en effet, s'imaginent être à l'abri dès aujourd'hui, comme s'ils portaient une assurance en eux. Ils prétendent avoir fait alliance avec la mort et conclu un pacte avec l'enfer, et quand le fléau dévastateur s'abattra sur eux, il ne les atteindra pas.

Et maintenant, tels des débiteurs ayant soudoyé le sergent, ils errent hardiment, sans craindre l'arrestation. Mais Dieu leur dit qu'il déliera aussi vite qu'ils scellent leur pacte : "Votre alliance avec la mort sera annulée, et votre contrat avec l'enfer ne tiendra pas." Et comment le pourraient-ils, si Dieu ne veut pas y apposer son sceau ? 

Il existe une loi divine pour ce jour funeste, qui s'est imposée dès le premier péché d'Adam, qui a porté le coup fatal à l'humanité, et qui, depuis lors, laisse couler son sang. Dieu, pour empêcher toute échappatoire, a semé les germes de la mort dans notre constitution et notre nature mêmes, de sorte que nous pouvons aussi bien fuir nous-mêmes que fuir la mort. Nous n'avons besoin d'aucun bourreau pour nous abattre. Il y a dans l'arbre un ver qui se développe de sa propre substance et qui le détruira ; de même, il y a en nous ces faiblesses naturelles qui nous réduiront à la poussière.

Notre mort est inscrite dans notre conception même. De même qu'une femme ne peut retarder l'heure de son accouchement, l'homme ne peut non plus entraver la venue de la mort qui marque sa vie. Toutes les douleurs et les souffrances qu'il éprouve ne sont que autant de gémissements d'une nature mourante ; elles lui annoncent sa fin imminente. 

Si tu étais un prince, assis dans toute ta splendeur et ton faste, la mort oserait pénétrer ton palais, franchir tes gardes, pour te délivrer le message fatal que Dieu t'a adressé, et même, elle te transpercerait le cœur de son poignard. Même si tu étais entouré d'un collège de médecins veillant sur ta santé, l'art et la nature te livreraient inévitablement lorsque ce moment viendrait. 

Même lorsque ta force est inébranlable et que tu manges ton pain d'un cœur joyeux, cette même nourriture qui te nourrit te donne aussi un gage de mort, car elle laisse en toi ces résidus qui, en temps voulu, la provoqueront. Oh ! combien ce jour de la mort est inévitable, quand ce bâton même qui nous précipite enfin dans la tombe, sur lequel repose notre vie et par lequel elle nous préserve !

Dieu a une dette envers le premier Adam et envers le second. Au premier, il doit le salaire du péché, au second, la récompense de ses souffrances. Le lieu du paiement intégral de ces dettes est l'autre monde. Ainsi, à moins que la mort ne vienne y conduire l'homme, les impies, descendants du premier Adam, ne recevront pas le paiement intégral de leurs péchés, une dette que le péché leur impose et pour laquelle ils engagent Dieu. De même, les justes, semence du Christ, ne recevront pas la totalité du rachat de son sang, qu'il n'aurait jamais versé sans la promesse de vie éternelle que Dieu lui avait faite pour eux avant la création du monde. C'est pourquoi Dieu a rendu ce jour si certain. En ce jour, il s'acquitte de ces deux obligations.

Troisième branche. Il incombe à chacun de se préparer et de pourvoir efficacement à ce jour funeste qui nous guette inévitablement, et ce pour une double raison : 1. Par devoir. 2. Par sagesse.

1) Par devoir. C’est sur notre allégeance au Dieu tout-puissant que nous nous préparons et nous armons pour ce jour funeste. Imaginons qu’un sujet soit chargé de la garde d’un château de son prince et qu’il apprenne qu’un puissant ennemi s’apprête à l’assiéger. Or, il ne prend aucun soin de se procurer armes et provisions pour sa défense, et le château est perdu. Comment un tel homme pourrait-il être innocenté de trahison ? Ne livre-t-il pas lâchement sa place, et avec elle l'honneur de son prince, entre les mains de l'ennemi ? 

Nos âmes sont ce château que chacun de nous doit garder pour Dieu. Nous savons avec certitude que Satan a des projets pour elles, et que le jour où il entend venir avec toutes ses puissances des ténèbres sera ce jour funeste. Puisque nous devons être fidèles à la confiance qui nous a été accordée, nous sommes obligés de nous défendre et de nous constituer des réserves qui nous permettront d'opposer une résistance vigoureuse.

Nous sommes tenus de nous préparer pour ce jour, en juste retour et en optimisation des opportunités et des moyens que Dieu nous offre à cette fin précise. Nous ne pouvons, sans faire preuve d'une ingratitude honteuse envers Dieu, gaspiller les aides qu'il nous accorde pour cette œuvre essentielle. Nul ne condamnerait celui qui, par bassesse, dépenserait cet argent en divertissements en prison, argent qui lui avait été envoyé pour obtenir sa libération.

N'avons-nous pas honte de gaspiller nos talents pour satisfaire nos convoitises et Satan, que Dieu, dans sa grâce, place en nous pour nous délivrer, ainsi que de la fureur (de l'ennemi) à l'heure de notre mort ? À quoi nous servent les Bibles, les pasteurs et les prédications, si nous ne comptons pas nous en munir pour nous armer contre les épreuves ? En un mot, quel est le dessein de Dieu en prolongeant nos jours et en nous faisant rester quelque temps sur cette terre ? Était-ce pour que nous ayons le temps de nous divertir, ou de nous vautrer dans les plaisirs éphémères de ce monde ? Nous donne-t-il notre précieux temps pour que nous nous employions à attraper des chimères que sont ces honneurs et ces richesses terrestres ? Certainement pas!

Les maîtres sages n'assignent pas à leurs serviteurs des tâches qui ne leur rapportent pas l'énergie qu'ils y consacrent. Et en vérité, rien de moins, que la glorification de Dieu et le salut de nos âmes ne saurait justifier le précieux temps que nous passons ici-bas. Le Dieu tout-puissant poursuit un dessein plus grand que ce que la plupart imaginent en cette ère. Pour juger avec justesse, il nous faut accepter sa propre interprétation de ses actes. L’apôtre Pierre nous exhorte à "reconnaître que la patience de notre Seigneur est un moyen de salut" (2 Pierre 3:15), passage qu’il cite de Paul (Romains 2:4), dont il reprend le sens, bien que formulé différemment : "Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ignorant que la bonté de Dieu te pousse à la repentance ?"

De ces deux sources, nous apprenons la pensée de Dieu et le langage qu'il utilise pour nous, à travers chaque instant de patience et chaque parcelle de temps qui nous est accordée. C'est un temps donné pour le repentir. Dieu voit que, tels que nous sommes, la mort et le jugement ne sauraient nous apporter de bonnes nouvelles. Nous ne devons en aucun cas accueillir le jour du malheur, et c'est pourquoi la miséricorde intercède pour la pauvre créature en son sein, implorant qu'un peu plus de temps lui soit accordé, afin que, par cette indulgence, elle soit incitée à se repentir avant d'être appelée à la justice. Ainsi, chaque jour qui passe s'ajoute sans cesse à notre temps sur terre. Et cela ne nous impose-t-il pas une forte obligation de mettre à profit chaque instant de ce temps, dans le but même pour lequel il est imploré ?

2) Par sagesse. La sagesse d'un homme se manifeste surtout dans deux domaines : A. Ses choix et ses principales préoccupations. B. Le choix opportun de ces choix et de ces principales préoccupations.

A) Un homme sage choisit comme sujet de préoccupation et d'effort principal ce qui revêt pour lui la plus grande importance. Les fous et les enfants ne s'intéressent qu'aux jouets et aux futilités. Ils s'affairent avec autant d'ardeur à bâtir une maison de poussière ou de cartes que Salomon à construire son temple. Ces pauvres bibelots suffisent à leurs vaines préoccupations, tout comme les grandes entreprises conviennent aux sages. Or, l'importance du jour funeste, et surtout de celui de la mort, est telle qu'il révèle la folie ou la sagesse d'un homme selon la manière dont il s'y comporte.

La fin détermine chaque action et la qualifie de bonne ou de mauvaise, de sage ou de folle. Le jour funeste de la mort, comme la fin de nos jours, sera aussi la fin de toutes les actions de notre vie. Notre vie sera à la fin de telle qu'elle a été jusqu'à présent. Si les différents aspects de notre vie; les projets que nous avons poursuivis lorsqu'ils seront abandonnés, nous mèneront à une mort bienheureuse, alors nous paraîtrons vraiment sages ; mais si, malgré tous nos beaux projets et nos stratégies pour d'autres choses, nous sommes démunis pour cette heure, nous devrons nous contenter de mourir fous, et il n'y a pas de fou plus fou qu'un fou mourant.

Le chrétien, aux yeux du monde, passe pour un fou tant qu'il vit, mais lorsque la mort survient, le monde, pourtant supposé être sage, avouera s'être trompé sur ce point
et dira : "Nous, insensés, avons considéré sa vie comme de la folie et sa fin comme déshonorante. Mais comment se fait-il maintenant qu’il soit compté parmi les enfants de Dieu, et que son sort soit parmi les saints ? Par conséquent, nous nous sommes égarés du chemin de la vérité (Sagesse 5: 4-5). Ce passage est apocryphe, mais les pécheurs le considéreront comme canonique!

Il est vrai, en effet, que les saints sont parfois dupés par le monde dans les choses du monde, et cela n'a rien d'étonnant ; cela n'enlève rien à leur sagesse, pas plus qu'il n'enlève à celle d'un érudit d'être surpassé par le cordonnier dans son humble métier. La nature, lorsqu'elle aspire à des excellences supérieures, est plus indifférente aux choses inférieures, comme on le voit chez l'homme qui, conçu pour surpasser les bêtes par son âme rationnelle, est lui-même surpassé par une bête ou une autre dans tous ses sens.

Ainsi, le chrétien peut être surpassé dans les affaires du monde, car il a un but plus noble en tête, ce qui le conduit à s'intéresser aux choses de ce monde avec une sorte de détachement. Il n'y accorde que peu d'importance ; s'il peut mourir dignement et être justifié comme sage au jour de la résurrection, tout lui convient (Jude 15). l estime qu'il est impoli de refuser d'attendre aussi longtemps pour que sa sagesse soit pleinement révélée, car Dieu peut attendre la manifestation de sa propre nature glorieuse, qui ne se révélera dans toute sa splendeur que le jour où il convaincra les impies du bien-fondé de leurs pensées et de leurs paroles obstinées à son sujet. Alors seulement, ils seront convaincus ; d'ici là, ils ne le seront pas.

L'homme sage travaille avec diligence et attention en temps voulu pour atteindre ses objectifs. C'est l'insensé qui arrive après la fermeture des marchés. De même que le jour funeste est source d'une grande préoccupation quant à son déroulement, il est primordial de s'en préoccuper au moment opportun, et certainement avant son arrivée. Il existe plus d'une porte par laquelle le messager porteur de mauvaises nouvelles peut entrer, et nous ignorons laquelle il frappera.

Nous ignorons où tout s'arrêtera; au lit ou à table, chez nous ou aux champs, parmi nos amis qui nous conseilleront et nous réconforteront, ou parmi nos ennemis qui, par leur cruauté, aggraveront notre chagrin. Nous ignorons quand, de jour ou de nuit, et beaucoup d'entre nous ne savent même pas si ce sera le matin, le midi ou le soir. Comme il nous appelle au travail à toute heure du jour, il nous appelle aussi au coucher, peut-être pendant que tu pries ou prêches, et il serait triste de partir en profanant ces prières et le nom de Dieu qui s'y trouve ; peut-être même au moment où tu t'apprêtes à accomplir une tâche plus ardue.

La mort pourrait te faire arracher ta coupe des mains, alors que tu es assis à la taverne avec tes joyeux compagnons, ou te surprendre sur le chemin du retour, et creuser un fossé pour ta tombe, afin que, comme tu as vécu comme une bête, tu meures comme une bête. En un mot, nous ignorons quel mal Dieu utilisera pour nous frapper ; si ce sera une main violente et sanglante, ou une maladie qui nous rongera les entrailles et le corps ; une maladie aiguë ou une affection persistante ; une maladie qui emporte l'homme vivant (je veux dire, qui nous handicape et nous prive de raison) ou non ; des troubles si nauséabonds que nos amis n'oseront plus nous approcher ni même nous regarder ; des afflictions aggravées par les tentations de Satan et les tourments de notre conscience effrayée, ou non.

Qui sait où, quand et comment viendra le jour funeste ? C'est pourquoi Dieu les cache, afin que nous soyons prévoyants. César ne révélait jamais à ses soldats ses intentions de marche, ni la date ni la destination. Les connaître nous aurait tourmentés d'une crainte paralysante, tandis que les ignorer devrait nous inciter à la prévoyance. Il est malvenu de goudronner un navire en pleine mer, ballotté par la tempête ; il aurait fallu s'en occuper à quai. Et, aussi pénible que cela soit, il est malvenu de commencer à préparer son âme pour le ciel lorsqu'on est alité.

Ce qui est fait à la hâte est rarement bien fait. Un homme, tiré de son lit à minuit par un sinistre feu qui brûle sur le toit de sa maison, n'a pas le temps de s'habiller comme à son habitude et descend en courant, un bas à moitié enfilé, peut-être, et l'autre complètement nu. Ces pauvres créatures, je le crains, entrent dans l'autre monde aussi mal vêtues, elles qui commencent à s'habiller seulement lorsque, sur leur lit de mort, leur conscience les réveille en hurlant de terreur. Hélas ! elles doivent partir, bien qu'elles n'aient pas le temps de revêtir leur armure. Et ainsi, en enfer, elles sont libres de se repentir à loisir de leur repentir précipité ici-bas. Nous en viendrons à l'application de ce point.