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dimanche 30 août 2026

Dieu confond les sages

 

"Joseph vit avec déplaisir que son père posait sa main droite sur la tête d'Ephraïm; il saisit la main de son père, pour la détourner de dessus la tête d'Ephraïm, et la diriger sur celle de Manassé" (Genèse 48:17).

"Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes" (1 Corinthiens 1:27).

À l'époque, la coutume était de bénir le premier-né. C'est pourquoi Joseph dira au verset 18: "Pas ainsi, mon père, car celui-ci est le premier-né; pose ta main droite sur sa tête". Mais cet exemple nous montre une fois de plus que Dieu ne pense pas comme nous. Souvenons-nous lorsque le prophète Samuel eut à oindre un nouveau roi pour remplacer Saül. L'épisode en est presque comique, lorsqu'Isaï fit passer ses sept fils devant Samuel, mais aucun n'était le choix de Dieu. 

Mais Dieu dit une chose intéressante au verset 16 de 1 Samuel: "Lorsqu'ils entrèrent, il se dit, en voyant Eliab: Certainement, l'oint de l'Éternel est ici devant lui. Et l'Éternel dit à Samuel: Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l'ai rejeté. L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au coeur".

La grâce de Dieu est source de salut pour tous (Tite 2:11), mais malheureusement, ce ne sont pas tous qui l'acceptent. Et lorsque nous marchons à Sa suite, notre Seigneur ne nous accorde pas tous les mêmes dons et les mêmes grâces. Nous n'avons à jalouser qui que ce soit pour leurs grâces, Dieu ne se trompe pas lorsqu'Il accorde à l'un et à l'autre, selon Son bon vouloir. C'est pourquoi Israël répondit à Joseph, au verset 19: "Je le sais, mon fils, je le sais; lui aussi deviendra un peuple, lui aussi sera grand; mais son frère cadet sera plus grand que lui, et sa postérité deviendra une multitude de nations".

C'est une image de notre deuxième verset d'introduction; Dieu choisi souvent les choses qui semblent folles aux yeux des sages de ce monde afin de les confondre. Plus nous semblons faibles et fous, plus la grâce et la gloire de Dieu peut rayonner en nous et à travers nous. Lorsque nous sommes suffisants et fiers, lorsque le nom le plus grand dans notre vie est celui que nous portons, lorsque le nom que nous défendons le plus est le nôtre plutôt que celui de Jésus-Christ, alors nous sommes dans le pétrin spirituellement, et il est peu probable que nous soyons utilisés par Dieu pour quoi que ce soit, hormis que, pour d'autres, nous servions un jour d'exemple de tout ce qu'il ne faut pas faire.

Bien sûr, Dieu utilise les hommes de toutes le classes de la société, riches ou pauvres, éduqués ou illettrés, mais le plus souvent, nous l'avons vu dans l'Histoire, ce sont de simples hommes qu'Il a utiliser pour porter l'Évangile au pus grand nombre, comme les disciples, comme Pierre, qui ne savait même pas écrire (1 Pierre 5:12), mais, poursuit-il, "je vous atteste que la grâce de Dieu à laquelle vous êtes attachés est la véritable". 

Est-ce surprenant qu'il en soit ainsi? Qu'est-il dit de Jésus en Esaïe 53? Les hommes ne l'ont point connu, ni reçu, parce que le Seigneur s'est élevé "comme une faible plante, sans beauté, ni éclat", n'ayant rien dans son aspect pour nous plaire. Et il est dit de Lui au verset 3: "Méprisé et abandonné des hommes", et pourtant, au verset 4, "ce sont nos souffrances qu'il a portées, c'est de nos douleurs qu'il s'est chargé". 

Dieu a utilisé le Christ pour nous sauver, Lui qui n'avait rien pour attirer les acclamations d'un monde déchu, mais qui avait grandement, et qui a toujours grandement besoin d'un Sauveur. Il n'est donc pas surprenant qu'Il utilise encore de nos jours ceux qui, selon les "experts" de ce monde, manquent "d'estime de soi". Il est vrai que cela ne nous est d'aucune utilité de nous déprécier sans raison, mais comprenons que notre vraie valeur nous est donnée par le Christ en nous; le reste est appelé à disparaître, car, nous sommes poussière, et nous retournerons à la poussière (Genèse 3:19). 

Au temps de Jésus, il a plu à Dieu d'utiliser ceux qui n'avaient aucune raison de se glorifier eux-mêmes, et il en est de même aujourd'hui. C'est ainsi qu'Il humilie les "grands" de ce monde, ceux qui ne considèrent pas les voies de Dieu comme étant dignes d'être suivies. 

Trop souvent, les chrétiens marchent selon les apparences, ils se contentent d'un voile religieux pour couvrir leur manque de piété, et quand quelqu'un marchant véritablement avec le Seigneur remarque leur hypocrisie, plutôt que de se repentir et de changer de voie, ils ajoutent un voile, disant: "Seul Dieu me juge". Et ils ont raison, ils se placent sous Son jugement, mais il ne sera pas celui espéré. Dieu n'a rien à faire de l'image que nous tentons de projeter aux autres. Attention donc de ne pas prétendre seulement marcher avec Christ, tout en ne considérant pas attentivement Ses voies. Dieu ne regarde pas aux apparences, mais Il regarde le coeur de chacun. Nous ferions bien de ne pas l'oublier.

Après avoir vu les sept fils d'Isaï, et ayant su que l'Éternel ne choisit aucun d'eux, Samuel demanda: "Sont-ce là tous tes fils?" Et Isaï répondit: "Il reste encore le plus jeune, mais il fait paître les brebis" (1 Samuel 16:11). Les bergers étaient mal vus, ils étaient considérés comme des moins que rien, et on le voit clairement dans cette famille, où le père, jusqu'à ce que Samuel lui pose la question, ne daigna même pas parler de David. Pourtant, c'est lui que Dieu avait choisit. 

Cette idée que les bergers étaient de mauvaises personnes persista même jusqu'au temps de Jésus. Et n'est-il pas intéressant que le Christ, le "fils de David", se soit Lui-même désigné comme étant le "Bon Berger" (Jean 10:14)? Trop souvent, en lisant ce passage, nous mettons l'accent que sur les brebis, c'est à dire, sur nous. "Oh, comme c'est bon de savoir que le Bon Berger veille sur moi". C'est vrai, c'est bien, c'est encourageant, mais nous manquons une partie du message si nous nous arrêtons là.

Car, en y réfléchissant, n'est-il pas intéressant de constater que le Christ se soit appelé Lui-même du nom de ceux qui étaient parmi les plus rejetés des hommes de son époque? Quelle audace avons-nous alors, lorsque nous défendons avec hargne notre propre nom plutôt que le Sien, sachant que Lui, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, s'est appelé lui-même du nom de ceux qui était parmi les plus moqués et les plus rejetés de Son époque!

Cela devrait nous amener à réfléchir sur notre marche chrétienne. Quelles sont nos priorités? Qui est à la première place dans notre vie? Dans notre attitude, dans nos propos, quel nom élevons-nous, le nôtre ou celui de notre Seigneur et Maître? Suis-je parmi les choses folles du monde, ou suis-je constamment en train d'essayer de me hisser parmi celles qui sont considérées comme sages par ce monde? Attention qu'il ne soit pas dit de nous : "Ne prends point garde à son apparence, car je l'ai rejeté". Encore une fois, c'est très important, Dieu n'a rien à faire de l'apparence de notre piété, Il voit notre cœur, rien ne Lui est caché. 

Qu'il soit dit de nous que, lorsque nous nous battons pour quelque chose, nous le faisons sur nos genoux, courbés dans la poussière du sol, et non pas avec la tête haute comme si nous étions un souverain défendant sa propre bannière. Les temps sont courts, plus que jamais, il faut marcher dans l'humilité, car Dieu résiste aux orgueilleux, mais Il fait grâce aux humbles (Jacques 4:6).

"Les corps des animaux, dont le sang est porté dans le sanctuaire par le souverain sacrificateur pour le péché, sont brûlés hors du camp. C'est pour cela que Jésus aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre. Car nous n'avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir" (Hébreux 13:11-14).

"Cherchez l'Eternel, vous tous, humbles du pays, qui pratiquez ses ordonnances ! Recherchez la justice, recherchez l'humilité! Peut-être serez-vous épargnés au jour de la colère de l'Eternel" (Sophonie 2:3). Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen.



dimanche 9 août 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 59e partie

 

Second argument ou application.

Exhortation à tous de veiller, qu'ils soient sincères ou non.

Utilisation seconde. La sincérité couvre-t-elle toutes les faiblesses d'un saint ? Cela montre combien il convient à chacun d'examiner sa conduite et de sonder son cœur, qu'il soit sincère ou hypocrite.

Premier argument. Il te faut sonder ton cœur, car tout en dépend; même ta valeur dans l’autre monde. C’est ce qui te fera réussir ou échouer à jamais : "Fais du bien, ô Éternel… à ceux qui sont droits de cœur ; quant à ceux qui se détournent vers les voies tortueuses, l’Éternel les conduira avec les artisans d’iniquité" (Psaume 125, 4-5).

Telle est la fin certaine de l’hypocrite. Il voudrait alors se faire passer pour un saint et se mêler aux justes, mais Dieu "les conduira avec les artisans d’iniquité", une compagnie qui lui sied mieux. C’est la sincérité qui triomphera en ce jour-là. "Je viendrai bientôt vers vous", dit Paul, "et je reconnaîtrai non pas les paroles de ceux qui sont orgueilleux, mais la puissance ; car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance. Que voulez-vous ? Que je vienne à vous avec une verge ou avec amour ?" (1 Corinthiens 4:19).

Ô mes amis ! Ce n'est pas Paul, mais le Christ qui viendra bientôt à nous. Il ne reconnaîtra pas les paroles et les flatteries de ceux qui se vantent d'une vaine profession de foi, mais il connaîtra la force, il sondera le cœur et verra ce qu'il contient. Maintenant, souhaitez-vous qu'il vienne avec une verge, ou avec amour; pour vous juger comme des hypocrites, ou pour vous accorder la faveur d'un serviteur fidèle ? Ne perd-il pas son temps, celui qui se donne tant de mal à son commerce et qui investit tout son capital dans une marchandise qui, lorsqu'il ouvrira son étal, sera saisie pour contrefaçon, et qu'il sera arrêté pour avoir exploité le pays ?

Tout ce que l'hypocrite a fait sera, au grand jour du Christ, trouvé contrefait, et il sera certainement jeté en enfer pour avoir cherché à tromper Dieu et les hommes. Les œuvres de chacun seront alors manifestées, ce jour-là le révélera. Même le chrétien sincère qui a flirté avec l'hypocrisie perdra le fruit de son œuvre, mais l'hypocrite, avec son œuvre, perdra aussi son âme. 

Deuxième argument. Il te convient donc d'examiner attentivement ta conduite, car l'hypocrisie se cache souvent au fond du cœur. Si tu n'y prends garde, tu risques facilement de porter un jugement erroné sur toi-même. Ceux qui furent envoyés fouiller la cave du Parlement ne trouvèrent d'abord que du charbon et des provisions pour l'hiver ; mais, après vérification, lorsqu'ils voulurent jeter ces provisions, ils découvrirent qu'il ne s'agissait que de nourriture pour le diable ; alors le mystère de l'iniquité fut dévoilé et les barils de poudre apparurent.

Ceux qui furent envoyés fouiller la cave du Parlement ne trouvèrent d'abord que du charbon et des provisions pour l'hiver ; mais, après examen, lorsqu'ils sont venus jeter ces choses, ils ont constaté que tout cela n'était que de la nourriture pour la cuisine du diable ; alors le mystère de l'iniquité fut dévoilé, et les barils de poudre apparurent. 

Combien sont ceux qui, après avoir accompli certains devoirs de piété, affiché un zèle apparent, s'écrient aussitôt "tout va bien" et se croient si bienveillants envers eux-mêmes qu'ils se déclarent bons chrétiens, alors que s'ils prenaient la peine de rejeter cette croyance, ils découvriraient un vil hypocrite au fond de tout cela ? L'hypocrisie s'installe souvent juste à côté de la sincérité, et passe ainsi inaperçue; l'âme ne soupçonnant pas que l'enfer puisse être si proche du ciel. Et comme l'hypocrisie, la sincérité est difficile à déceler. Cette grâce se niche souvent au fond du cœur, cachée par des faiblesses, telle la violette odorante dans une vallée, ou près d'un ruisseau, dissimulée par les épines et les orties. Il faut donc à la fois soin et sagesse pour ne pas laisser prospérer l'hypocrisie ni pour arracher l'herbe de la grâce à sa place.

Troisième argument. Il te convient de sonder ainsi ton cœur, car cet exercice est possible. Je ne te confie pas une tâche impossible. Le cœur de l'homme, je l'avoue, est comme un écheveau de soie emmêlé, difficile à démêler ; pourtant, en utilisant fidèlement les moyens mis à disposition, on peut démêler le problème et le résoudre au fond du problème, entre sincérité et hypocrisie. Job, lorsque Satan et ses cruels alliés s'efforçaient de le briser et d'obscurcir le cours de sa vie, en y jetant leurs objections comme autant de pierres, pouvait pourtant distinguer ce joyau précieux qui scintillait au fond. De même, Ézéchias, au bord même de la tombe, retrouve la force de son esprit grâce à lui. 

En vérité, mes amis, voici un encouragement pour l'âme : elle ne manquera pas de l'aide de Dieu dans cette recherche, si elle l'entreprend avec des désirs sincères. Un juge ne se contentera pas de donner un mandat pour perquisitionner une maison suspecte, mais, si nécessaire, il ordonnera à d'autres de l'assister dans cette tâche. Or, mes ministres, que l'Esprit vous accompagne dans cette œuvre ; prenez seulement garde de ne pas vous moquer de Dieu. 

Cette âme mérite d'être damnée à ce péché, elle qui, dans sa quête d'hypocrisie, joue l'hypocrite, tel un agent de police malhonnête et malhonnête qui, volontairement, ignore celui qu'il recherche, puis prétend ne pas le trouver. Pour une compréhension plus complète de ce point, et pour vous aider dans cette épreuve, voici ce sur quoi se trompent aussi bien les bons que les méchants : le misérable charnel se flattant d'avoir un cœur bon et honnête ; l'âme sincère, maintenue dans la crainte d'être considérée comme hypocrite ; et Satan abusant de l'un comme de l'autre.

Je vais donc, premièrement, exposer les fondements sur lesquels l'hypocrite consolide sa maison pourrie, et j'en démontrerai la fausseté. Deuxièmement, j'exposerai les fondements de la crainte du chrétien faible d'être considéré comme hypocrite, et j'en démontrerai la faiblesse. Troisièmement, je présenterai des preuves tangibles de sincérité qu'aucun hypocrite n'a jamais atteintes ni ne pourra jamais atteindre.

Les fondements de la profession d'hypocrite et leurs mensonges.

Premièrement. Je vais exposer les fondements sur lesquels un hypocrite consolide sa maison pourrie et j'en démontrerai la fausseté. L'hypocrite se défendra en affirmant que son cœur est sincère. Mais comment le prouvera-t-il ? 

Première fausse justification. L'hypocrite dira : "Certainement, je ne suis pas hypocrite, car je ne pourrais pas le supporter chez autrui." 

Réponse. Cela ne suffit pas à te disculper de toute hypocrisie, à moins que tu ne puisses prouver que tu agis ainsi en toute sainteté. Jéhu, qui interrogea Jonadab sur la droiture de son cœur, nourrissait lui-même un cœur faux. Il est fréquent qu'un homme dénonce chez autrui ce qu'il possède pourtant en lui-même, et s'y oppose avec véhémence. Quelle sévérité chez Juda envers Tamar ! Il ordonne, dans la hâte, de la brûler (Genèse 38:24).

Qui n'aurait pas cru cet homme chaste ? Et pourtant, c'était lui même qui l'avait souillée. Il peut se trouver une grande tromperie dans ce "zèle". Parfois, le lieu même où se trouve un homme peut l'entraîner (comme la cause première du mouvement entraîne les astres) dans un mouvement auquel son intelligence et ses désirs ne l'auraient jamais conduit. Ainsi, nombre de magistrats appliquent la loi aux ivrognes et aux jurons, simplement pour maintenir l'ordre et éviter le tumulte que susciterait leur négligence, alors qu'ils peuvent très bien eux-mêmes faire les deux, lorsqu'ils trouvent un lieu et une compagnie convenables.

Certains, face au péché d'autrui, enflamment leur "zèle" face à la honte que cela leur attire aux yeux du monde, mais celui-ci s'éteint lorsque le péché est public et que la personne qui l'a commis est impliquée. Tel est le cas de Juda, qui souhaitait que sa belle-fille soit éliminée afin que la tache qu'elle avait jetée sur sa famille disparaisse avec elle.

D'autres encore y voient un moyen de subsistance et profitent de l'invective contre les fautes d'autrui pour mieux dissimuler les leurs et poursuivre leurs propres desseins sans éveiller les soupçons. Absalom critique le gouvernement de son père, comme un étrier pour s'aider à monter en selle. Jéhu aimait la couronne plus qu'il ne haïssait les débauches de Jézabel, malgré ses protestations véhémentes.

En un mot, car il est impossible de tout englober, la vengeance peut y jouer un rôle important, et c'est la personne qui est visée plus que son péché. On a observé cela du zèle d'Antoine contre Auguste; on disait "qu'il haïssait le tyran, mais aimait suffisamment la tyrannie". 

Deuxième fausse justification. Il dit: "Je suis hardi et intrépide face au danger ; assurément, je ne suis pas hypocrite." Mais c’est le juste qui est hardi comme un lion.

Réponse. Il est préférable, assurément, de mettre ta hardiesse à l’épreuve par ta sincérité, plutôt que de conclure à ta sincérité par ta hardiesse. 

La véritable confiance et un esprit inébranlable face à la mort et au danger sont des choses glorieuses, lorsque l'Esprit et la Parole du Christ sont là pour les garantir que la créature peut rendre compte de l'espérance qui est en elle, comme Paul, qui montre comment il l'a acquise. C'est cela le courage chrétien, non le courage romain (Romains 5:1-4). On traverse bien des pièces avant d'arriver à celle-ci, qui nous conduit directement au ciel. La foi est la clé qui ouvre tout.

Tout d'abord, elle ouvre la porte de la justification et nous fait entrer dans un état de paix et de réconciliation avec Dieu par Jésus-Christ : "Étant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ" (Romains 5.1). Par là, nous passons à une autre pièce; le parvis de la faveur divine, et sommes admis près de Lui, comme un traître pardonné : "par qui nous avons aussi accès à cette grâce dans laquelle nous demeurons" (verset 2).

Autrement dit, non seulement nos péchés sont pardonnés et nous sommes réconciliés avec Dieu par la foi en Christ, mais, sous son aile, nous sommes pour ainsi dire conduits à sa cour et nous nous tenons, dans sa grâce, comme des élus devant leur prince. 

Cette pièce s'ouvre sur une troisième, et "réjouissez-vous dans l'espérance de la gloire". Non seulement nous jouissons ici-bas de la grâce et de la faveur de Dieu et de la communion avec Lui, mais nous avons aussi, de là, une espérance fermement enracinée dans nos cœurs pour la gloire céleste à venir. Il est maintenant conduit dans la pièce la plus intérieure de toutes, à laquelle nul ne peut accéder sans avoir traversé toutes les précédentes (verset 3) : "Et non seulement cela, mais nous nous glorifions aussi dans nos tribulations."

Si tu n'es pas entré par ces portes, tu es un voleur et un brigand ; tu acquiers ta confiance trop vite pour que Dieu te la donne. Si Dieu te veut du bien pour l'éternité, il te punira pour ton audace, comme il le fit pour Jacob qui avait volé la bénédiction de son père. Ne te contente donc pas d'une audace et d'une confiance aveugles face aux dangers, mais demande-toi si elles reposent sur un fondement biblique, ou si elles ne sont pas soutenues par l'ignorance et la stupidité. Si tel est le cas, ton sort est bien triste. 

Ton audace ne durera pas plus longtemps que tu ne la vois chez l'ivrogne ; celui qui, sous l'effet du vin, se croit, dit-on, capable de sauter par-dessus la lune, et s'aventure sans crainte sur les précipices et les pièges, mais, une fois sobre, tremble à la vue de ce qu'il a fait dans son accès d'ivresse. Nabal, qui ne craignait rien lorsqu'il était ivre, vit son cœur mourir en lui et devenir de pierre, au récit qu'Abigaïl lui fit au matin, une fois le vin passé (1 Samuel 25:37). 

C’est pourquoi, comme celui qui, lorsque sa cause a échoué à cause de la somnolence du juge siégeant, "a fait appel du juge endormi au juge éveillé", je fais de même ici avec vous, car malgré la stupidité actuelle de votre conscience, vous êtes hardis et sans crainte de la mort, et c’est de là que vous plaidez votre droiture. Je m'adresse à votre conscience endormie, à la sentence qu'elle prononcera lorsqu'elle sera éveillée ; je souhaite que ce soit en ce monde, afin que vous puissiez reconnaître votre erreur et la corriger.

3. Troisième fausse justification. "Certainement, dit un autre, je ne suis pas hypocrite, car j'accomplis mes devoirs religieux en secret. L'hypocrite n'est personne, sauf sur scène. C'est là le signe distinctif de l'hypocrite : il recherche les applaudissements du monde et, par conséquent, agit toujours en public."

Réponse. Bien que la négligence totale des devoirs religieux secrets soit un signe d'hypocrisie, l'accomplissement de ces devoirs en secret ne prouve pas la sincérité. L'hypocrisie est en cela comparable aux grenouilles qui envahissaient l'Égypte. Nul n'en était exempt, pas même les chambres à coucher. Elles s'étaient infiltrées jusque dans les recoins les plus intimes. Il en va de même de l'hypocrisie dans les devoirs accomplis en secret, comme dans les devoirs publics. Certes, même si le lieu où ces devoirs sont accomplis est secret, certains hypocrites s'y prennent de telle sorte qu'ils ne restent pas discrets dans leur secret ; à l'image de la poule qui se retire dans un endroit secret pour pondre son œuf, mais dont le caquètement révèle à toute la maison sa présence et ses activités. 

Mais là où ce n'est pas le cas, ce n'est pas suffisant ; car il ne faut pas croire que certains hypocrites ne parviennent pas à tisser des mensonges plus subtils que d'autres. Dans tous les arts, certains surpassent d'autres, et il en va de même dans cet art de l'hypocrisie. Le grossier hypocrite dont le but est de tromper autrui, sa religion est généralement sans fondement ; mais il existe un hypocrite qui s'efforce de se ménager une juste place et qui désire ardemment se présenter comme étant juste.

Pour ce faire, il ira jusqu'au bout de sa chaîne et fera tout ce qui ne pourra le séparer de ses désirs les plus chers. Or, la prière secrète et les autres devoirs peuvent être accomplis de telle sorte qu'ils ne nuisent pas davantage aux désirs d'un homme que n'importe quel autre. 

Ce n'est pas l'épée, aussi tranchante soit-elle, qui tue, mais la force avec laquelle elle est portée. Certes, il existe des devoirs secrets, comme l'examen de notre cœur, la mise à l'épreuve de notre conduite et la méditation sérieuse des menaces de la Parole contre les péchés que nous trouvons en nous, qui, appliqués scrupuleusement à nous-mêmes, rendraient le péché difficile à accepter. Mais l'hypocrite peut si facilement et si favorablement brandir cette épée que ses convoitises ne s'en offusquent pas ; il faut donc encore un examen approfondi, une recherche plus poussée, avant de pouvoir s'en défaire. 

4. Quatrième fausse justification. "Je ne suis pas hypocrite, car non seulement je prie, et cela en secret contre mes péchés, mais je les combats aussi, et ce, avec succès, car je peux vous montrer les fruits de mes victoires, car j'en ai vaincu certains. Il fut un temps où je ne pouvais m'approcher de la taverne sans que ma luxure ne m'y oblige et m'y attire ; mais maintenant, grâce à Dieu, je maîtrise si bien mes désirs alcooliques que je peux passer devant sans même regarder".

Réponse. Tout cela est bien, et je souhaiterais que tous les ivrognes puissent en dire autant, que, si le magistrat ne veut pas, ou ne peut pas, mettre fin à ce commerce d'ivrognes, ceux qui tiennent ces boutiques pour le diable devraient même fermer leurs portes faute de clients ; mais n'est-ce pas dommage que ce qui est bien soit gâché dans sa réalisation ? C'est pourtant trop courant, et c'est peut-être ton cas. 

Permettez-moi de vous demander, depuis combien de temps cela dure-t-il pour vous ? Les désirs, quant à leurs actes, sont comme la fièvre : la crise n'est pas permanente, et pourtant l'homme n'en est pas guéri. Et les désirs de certains hommes, comme certaines fièvres, ne reviennent pas aussi vite que ceux d'autres. Le fleuve ne coule pas toujours dans le même sens. Tantôt il monte, tantôt il descend ; et, bien qu'il ne monte pas lorsqu'il descend, il n'en perd pas pour autant son autre mouvement. 

La vague de la luxure monte, puis descend aussitôt, et l'homme recule et semble s'enfuir ; mais elle revient sur lui. Qui l'aurait cru en revoyant Pharaon dans sa folie, lui qui était de bonne humeur lorsqu'il ordonna à Moïse et au peuple de partir ? Hélas ! l'homme ne changea pas. Ainsi, peut-être que, lorsqu'une occasion importante se présentera, telle une brise d'est soufflant sur certains de nos ports, elle amènera la vague de ta convoitise avec une telle force que ton âme, qui semblait aussi pure de ta convoitise que le sable nu est d'eau, sera en quelques instants submergée et aussi profondément engloutie sous ses flots qu'auparavant. Mais plus longtemps les berges auront résisté, mieux ce sera ; cependant, si tu ne t'enivrais plus jamais de la satisfaction extérieure de la convoitise, cela ne suffirait-il pas à te disculper de toute hypocrisie ? 

Alors, permettez-moi de vous demander quel était le motif principal de vous éloigner de la taverne ? Ce qui vous en éloigne maintenant est peut-être aussi mauvais, d'une certaine manière, que ce qui vous y attirait auparavant. Il est courant qu'un désir ne fasse que nuire à autrui. Celui qui devrait économiser son argent pour s'offrir de plus beaux vêtements, que fait-il sinon voler un désir pour le sacrifier à un autre ? Est-ce Dieu ou un homme, Dieu ou votre bourse, Dieu ou votre orgueil, Dieu ou votre réputation, qui vous en a chassé ? Si quelqu'un d'autre que Dieu a prévalu en vous, le nom d'hypocrite vous sied mieux maintenant que lorsque vous étiez à la taverne!

Encore une fois, si c'est de Dieu, quelle conception de Dieu avaient ceux qui ont fait cela ? Certains, la colère divine pour un péché particulier les a tellement ébranlés que, comme celui qui, effrayé par une apparition, ne supporte plus d'y rester, ils n'osent plus, du moins pour longtemps, se prêter à cette pratique. Et si l'un n'a d'aversion que la pièce et l'apparition, l'autre ne fuit pas le péché, mais la colère divine qui le hante. En un mot, tu as peut-être abandonné cette pratique pécheresse, mais l'as-tu haïe et aimé Dieu, au point de la laisser de côté ? Tu es devenu étranger à l'un ; n'as-tu pas, pour l'autre, appris à connaître la pièce où elle se trouvait ? 

Tu as abandonné la commission du mal, mais as-tu assumé ton devoir ? C'est un mauvais laboureur qui laboure sa terre et n'y sème ni ne la plante. C'est comme si elle avait été sous l'eau, épuisée et non cultivée. Et si tu cessais de faire le mal, si cela était possible, et que tu apprenais à ne plus te contenter de faire le bien ? Ce ne sont pas tes champs, exempts de mauvaises herbes et fertiles en blé, qui te permettent de payer ton loyer et d'engranger tes profits ; ni le fait de ne pas être ivre, impur ou coupable d'aucun autre péché, mais ta sainteté, ta grâce, ta foi sincère, ton amour pur et toutes les autres grâces qui te prouveront ton intégrité et témoigneront de ta place en Christ, et par lui, dans les cieux. 

dimanche 26 avril 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 49e partie

 Le chrétien doit tenir ferme et veiller.


Troisièmement. Tenir ferme s'oppose ici au sommeil et à la paresse. Tenir ferme est une posture d'éveil et de vigilance. Lorsque le capitaine voit ses soldats endormis, étendus en toute sécurité sur le sol, il leur ordonne : "Au garde-à-vous !", c'est-à-dire : "Tenez ferme et veillez !" Dans certains cas, être trouvé endormi est passible de la mort, notamment lorsqu'un soldat est désigné pour monter la garde.

Or, dormir mérite la mort ; car il faut veiller pour que toute l'armée puisse dormir, et son sommeil peut leur coûter la vie. C'est pourquoi un grand capitaine pensa avoir rendu justice à ce soldat qu'il transperça de son épée, car il l'avait trouvé endormi alors qu'il aurait dû monter la garde. Il justifia sa sévérité en disant qu'il le laissa tel qu'il l'avait trouvé : "Je l'ai trouvé mort dans son sommeil, et je l'ai laissé endormi dans la mort".

La vigilance est plus nécessaire au soldat chrétien qu'à tout autre, car les autres soldats combattent des hommes qui ont autant besoin de sommeil qu'eux-mêmes ; mais le grand ennemi du chrétien, Satan, est toujours éveillé et rôde, cherchant qui surprendre. Et si Satan est toujours éveillé, il est dangereux pour le chrétien d'être spirituellement endormi, c'est-à-dire en sécurité et insouciant. Le chrétien est rarement vaincu par cet ennemi, mais il y a toujours trahison ou négligence dans cette affaire. Soit la part non régénérée le trahit, soit la grâce n'est pas assez vigilante pour le découvrir à temps, afin de se préparer à l'affrontement.

L'ennemi est déjà sur lui avant même qu'il ne soit pleinement éveillé pour dégainer son épée. Le sommeil du saint est le temps de la tentation pour Satan. Une mouche ose ramper sur un lion endormi. Aucune tentation n'est si faible qu'elle ne soit assez forte pour déjouer un chrétien qui dort et se pense en toute sécurité. Samson dort, et Dalila lui coupe les cheveux. Saül dort, et sa lance lui est arrachée, sans qu'il s'en aperçoive. Noé dort, et son fils impie a l'occasion de découvrir la nudité de son père. Eutychus dort, s'assoupit et tombe du troisième étage ; on le croit mort.

Ainsi, le chrétien endormi dans sa "sécurité" peut bientôt être surpris, au point de perdre une grande partie de sa force spirituelle; la joie du Seigneur, qui est sa force même. Dépouillé de sa lance, de son armure (de ses grâces, je veux dire) du moins dans leur usage actuel, et sa nudité découverte par des hommes sans grâce, à la honte de sa profession de foi. De même, lorsque le sanguinaire Joab put remarquer la vaine gloire de David lors du recensement du peuple, la grâce de David n’était-elle pas endormie ? Oui, le chrétien peut chuter d’une haute profession de foi, s’abaisser à des pratiques si scandaleuses que d’autres peuvent se demander s’il y a réellement en lui une vie de grâce.

Il incombe donc au chrétien de rester vigilant. Le sommeil s'insinue aussi insidieusement dans l'âme que dans le corps. Les vierges sages s'endormirent comme les folles, quoique moins profondément. Prends garde de ne pas te complaire dans ta paresse, mais réveille-toi, comme on dit à celui qui est somnolent de se lever ou de marcher. Cède à la paresse et à l'oisiveté, et elle te gagnera. Efforce-toi d'accomplir tel ou tel devoir, et l'oisiveté disparaîtra.

David éveille d'abord sa langue pour chanter, sa main pour jouer de la harpe, puis son cœur s'éveille aussi (Psaume 62:8). Le lion, dit-on, lorsqu'il s'éveille, se fouette de la queue pour se donner du courage, puis il part à la poursuite de sa proie. Nous avons suffisamment de raisons de nous inciter à faire preuve de toute la prudence et de toute la diligence possibles.

Pourquoi le chrétien doit-il tenir ferme et veiller?

Premièrement, l’œuvre du chrétien est trop délicate pour être bien accomplie entre veille et sommeil, et trop importante pour être bâclée ou négligée, quelle que soit la manière. Il est nécessaire d’être vigilant pour marcher au bord d’un fleuve profond ou au sommet d’une colline escarpée. Le chemin du chrétien est si étroit et le danger si grand qu’il exige un œil alerte pour discerner et un regard assuré pour guider ; or, un œil endormi ne peut ni l’un ni l’autre.

Considérez n'importe quel devoir ou grâce, et vous constaterez qu'il se situe entre Sylla et Carybde (deux monstres marins de la mythologie grecque situés aux deux extrêmes d'un détroit). La foi, la grande œuvre de Dieu, se fraye un chemin entre la montagne de la présomption et le gouffre du désespoir. La patience est une grâce si nécessaire que nous ne pouvons nous en passer un seul jour, sous peine de perdre la raison.

Cela nous préserve de sombrer dans la torpeur apathique d'une stupidité crasse, qui prive la créature de ses sens ; ni dans une crise de mécontentement furieuse, qui, bien que suffisamment lucide, voire excessive, pour ressentir la main de Dieu, prive l'homme de sa raison, au point qu'il se retourne contre Dieu et, dans la fureur de son esprit rebelle, lui renvoie ses flèches en plein visage. On pourrait dire la même chose du reste. Toute vérité est indissociable de l'erreur. Nul devoir ne peut être accompli sans s'approcher dangereusement du territoire de l'ennemi, qui, alerté, ne tarde pas à sortir pour s'opposer au chrétien. Ce dernier ne doit-il donc pas veiller constamment sur lui ?

Il n'y a pas de vérité sans qu'une erreur ne s'y mêle. On ne peut accomplir son devoir sans s'approcher dangereusement du territoire ennemi, qui, alerté, sort aussitôt pour affronter le chrétien. Dès lors, ne doit-il pas veiller constamment sur lui ? 

Deuxièmement, les inconvénients liés au fait de veiller ne sont pas comparables aux avantages que cela procure. Ainsi, tu déjoues les desseins que Satan a ourdis contre toi. Il est bon de veiller pour empêcher le pillage de la maison, et à plus forte raison pour préserver son cœur des convoitises du diable. "Prenez garde de ne pas entrer en tentation" (Matthieu 26:41).

Celui qui sombre dans le sommeil le fait au prix de sa propre souffrance ; quoique si la blessure n'est pas si profonde, elle peut finir par guérir. Ne pas veiller une nuit peut te tenir éveillé bien des nuits lors d'occasions plus pénibles. Ne vaudrait-il pas mieux veiller avec prudence, pour te préserver d'un méfait, plutôt que de garder ensuite les yeux ouverts, que tu le veuilles ou non, sous le poids de la douleur et de l'angoisse de la blessure reçue pendant ton sommeil ?

Tu sais combien David fut meurtri par une chute survenue dans son sommeil spirituel ; car que faisait-il d'autre lorsqu'au crépuscule, il se leva de son lit et marcha sur le toit de sa maison, tel un somnambule ? (2 Samuel 11:2-6). Et combien de nuits d'insomnie cela causa-t-il à ce saint homme, comme en témoignent ses propres lamentations sur ce péché, qui est le sujet et le fardeau douloureux de plusieurs psaumes mélancoliques?

2. C’est par ta vigilance que tu apprendras le mieux les méfaits de la somnolence. Celui qui dort ne se rend pas compte de ses propres ronflements, combien ils sont disgracieux et gênants pour autrui, mais celui qui est éveillé en est conscient. L'homme endormi ne se rend pas compte qu'on le met à nu, sous le regard indiscret de ceux qui abusent de lui ; mais celui qui est éveillé observe, en a honte et se couvre.

Ainsi, tant que tu es spirituellement éveillé, tu ne peux manquer d'observer de nombreux passages déplaisants dans la vie de ces croyants qui ne veillent pas sur leur cœur, ce qui te remplira de pitié pour eux. Tu verras comment ils sont abusés par Satan et leurs propres passions qui, tels de grossiers serviteurs, prennent tout leur temps pour jouer leurs mauvais tours, une fois qu'ils se sont assurés que leur maîtresse (je parle de la grâce, qui est maintenant endormie) celle qui devrait les tenir en meilleure posture.

Oui, la honte te montera au visage en voyant comment, par leur nudité (spirituelle), leur profession même de foi est bafouée par ceux qui passent, en voyant leur sort. Eh bien, ce que tu rougis de voir et que tu plains de trouver chez autrui, prends garde que cela ne t'arrive à toi-même. Si tu laisses la torpeur spirituelle s'installer en toi, tu seras toi-même celui sur qui tout cela s'abattra ; et quoi d'autre encore ?

Le sommeil égalise tout ; le sage n'est alors pas plus avisé qu'un fou pour se mettre à l'abri ; ni le fort plus apte que le faible à se défendre. Si le sommeil s'empare une seule fois de ton œil, c'est la nuit pour toi, et tu es, même le plus saint des saints, comme les autres hommes, tant que ce sommeil te gagne.

3. Par ta vigilance, tu attireras à toi une compagnie qui rendra le temps bref et doux : ton cher Sauveur, dont la douce conversation et les discours sur les choses du royaume de ton Père te feront oublier le repos des chrétiens endormis et la perte d’une telle joie céleste dont tu jouis. Qui, qui aime son âme plus que son corps, ne préférerait pas les chants de David au sommeil de David lui-même ?

Qui ne préférerait pas la présence réconfortante du Christ auprès d'une âme éveillée, plutôt que son absence auprès d'une âme endormie et paresseuse ? C'est à l'âme vigilante que le Christ se plaît à être et à laquelle il ouvre son cœur. Nous ne choisissons pas ce moment pour rendre visite à nos amis, lorsqu'ils dorment profondément. 

Bien au contraire, si nous sommes auprès d'eux et que nous les voyons somnoler, nous jugeons qu'il est temps de les laisser à leur sommeil ; et le Christ fait de même. Il se retire de son épouse jusqu'à ce qu'elle soit mieux éveillée, plus apte à recevoir son amour. Donnez le vin le plus doux à un homme endormi, et vous risquez de le voir se renverser ; donnez-lui une bourse d'or, et il aura bien du mal, au matin, à se souvenir de ce que vous lui avez offert pendant la nuit. Ainsi, dans l'état de somnolence de l'âme, le chrétien perd le bénéfice de sa miséricorde, et le Christ la louange qui lui est due ; c'est pourquoi le Christ attend que l'âme soit plus éveillée pour lui prodiguer ses grâces les plus précieuses, afin qu'il puisse lui faire du bien et que celle-ci puisse le louer.

Comment le chrétien doit tenir ferme et veiller.

Question : Mais comment le chrétien doit-il veiller ?

Réponse : Tout d'abord, veillez sans cesse. La lampe de Dieu dans le tabernacle devait brûler continuellement (Exode 27:20 ; 30:8), c'est-à-dire toute la nuit, sens confirmé par plusieurs autres passages. Et je vous le demande, qu'est-ce que notre vie en ce monde sinon une nuit obscure de tentation ? Prenez garde, chrétien, que votre veille ne s'éteigne jamais en ces temps sombres, de peur que votre ennemi ne vous surprenne à cette heure. Il peut vous trouver, mais vous ne pouvez lui résister dans l'obscurité.

Si jamais ton œil se ferme dans un sommeil spirituel, tu deviens une proie facile pour sa colère ; et sache que tu ne peux guère te permettre de ne pas veiller sans que le diable ne le remarque. Le diable connaissait les heures de sommeil des apôtres, et alors il désirait la permission de les "vanner" (Luc 22). Il vit qu'ils étaient dans un certain désordre, que le regard de leur âme commençait à s'alourdir. Le voleur se lève quand les honnêtes gens se couchent. Le diable, j'en suis sûr, commence à tenter quand les saints cessent de veiller. Quand le bâton est jeté, alors le loup apparaît. Quand l'âme repousse la pensée du danger et se sent le plus en sécurité, alors il est le plus proche. Efforce-toi donc d'être constant dans ta sainte vigilance ; le manque de cela gâche tout.

Certains, après une grave chute dans un péché qui les a profondément meurtris, paraîtront très prudents pendant un temps, quant à leurs déplacements, leur démarche et leurs fréquentations. Mais dès que la douleur de leur conscience s'estompe, leur vigilance retombe et ils redeviennent aussi insouciants qu'auparavant, tels celui qui prend soin de bien fermer sa boutique à clé et qui, même après un cambriolage, veille tard pour la surveiller, avant de ne plus s'en soucier.

D'autres, dans l'affliction ou tout juste sortis de l'épreuve, oh ! comme ils sont attentifs et scrupuleux tant que l'odeur du feu les enveloppe et que le souvenir de leur détresse est encore vif ! Ils sont aussi prompts à pécher que celui qui sort d'une pièce chaude et confinée l'est à respirer l'air frais. Ils reculent à la moindre tentation. Mais hélas ! comme ils s'endurcissent vite au point de commettre sans remords ces péchés dont la simple pensée, un peu auparavant, les troublait et les affligeait tant !

Josèphe, dans ses Antiquités, nous dit que les fils de Noé, pendant quelques années après le Déluge, habitèrent au sommet des hautes montagnes, n'osant s'installer dans les plaines de peur d'être engloutis par un autre déluge ; mais avec le temps, voyant qu'aucun déluge ne survenait, ils s'aventurèrent dans la plaine de Shinéar, où leur crainte passée, nous le voyons, aboutit à l'une des tentatives les plus audacieuses et les plus orgueilleuses contre Dieu dont le soleil ait jamais été témoin : la construction d'une tour dont le sommet devait atteindre le ciel (Genèse 11:2-4).

Ceux qui, au début, étaient si pudiques et craintifs qu'ils n'osaient pas descendre de leurs collines par peur de se noyer, cherchent maintenant à se prémunir contre toute tentative future du Dieu du ciel lui-même. Ainsi, nous voyons souvent les jugements de Dieu marquer les esprits au point que, pendant un temps, ils se tiennent à l'écart de leurs péchés (comme ceux-ci sur leurs collines) craignant d'y revenir ; mais lorsqu'ils voient le beau temps se maintenir et qu'aucun nuage ne s'amoncelle annonçant une nouvelle tempête, alors ils peuvent retomber dans leurs vieilles pratiques perverses et devenir plus audacieux et téméraires que jamais.

Mais si tu veux être véritablement chrétien, continue de veiller, ne relâche pas ta vigilance. Tu as bien cheminé jusqu'ici. Ne t'allonge pas, comme un voyageur paresseux, au bord du chemin pour dormir, mais réserve ton repos jusqu'à ce que tu sois rentré chez toi, hors de danger. Ton Dieu ne s’est pas reposé jusqu’à ce que l’œuvre du dernier jour dans la création fût achevée, et toi non plus, tu ne dois pas cesser de veiller et d’œuvrer jusqu’à ce que tu puisses dire que ton œuvre de salut est achevée.

Deuxième réponse; veiller complètement.

1. Veille sur toi-même tout entier. Le gardien honnête fait sa ronde et scrute toute la ville. Il ne limite pas sa surveillance à telle ou telle maison. Ainsi, veille sur toi-même tout entier. Un pore du corps est une porte assez grande pour laisser entrer une maladie si Dieu le veut, et une seule faculté de ton âme, ou un seul membre de ton corps, peut laisser entrer un ennemi qui pourrait mettre en péril ton bien-être spirituel. Hélas, combien peu veillent sur eux-mêmes ! Une faculté n’est pas gardée, un membre du corps n’est pas pris en compte. Celui qui est scrupuleux en un point, tu le trouveras en sécurité en un autre. 

Tu veilles peut-être sur tes paroles, afin qu'aucune conversation impure ne choque les oreilles des hommes ; mais comment le Seigneur veille-t-il sur le temple de ton cœur ? (2 Chroniques 23:6). N'est-ce pas là une souillure de convoitise ? Tu te gardes peut-être de toucher à la bourse de ton prochain, et de faire un vol chez lui ; mais ton cœur envieux ne lui en veut-il pas ce que Dieu lui accorde ? Quand tu pries, tu prends grand soin d'afficher une attitude respectueuse ; mais quel regard portes-tu sur ton âme pour qu'elle accomplisse son devoir ?

2. Soyez vigilants en toutes choses. Si l'apôtre nous exhorte à "rendre grâces en toutes choses", il nous incombe de veiller en toutes choses, afin que Dieu ne perde pas la louange qui Lui est dûe, ce qui arrive souvent par manque de vigilance. Presque aucune action, même insignifiante, ne puisse rendre service à Dieu ou au diable ; aucune n'est donc trop petite pour mériter notre attention.

C'était un homme saint, en vérité, dont il était dit qu'il "mangeait et buvait la vie éternelle". Cela signifie qu'il veillait si scrupuleusement sur lui-même en ces choses qu'il était comme au ciel lorsqu'il les accomplissait. Il n'est pas une créature si petite parmi toutes les œuvres de Dieu que sa providence ne la protège, jusqu'au moineau et au cheveu. Qu'il n'y ait aucune parole ni aucune action de toi sur laquelle tu ne sois pas vigilant. Tu seras jugé pour tes paroles et tes pensées vaines, et ne veux-tu pas y prêter attention ?

Troisième réponse; veille avec sagesse. Tu agiras ainsi si tu sais où tu dois redoubler de vigilance, et cela doit être en premier lieu concernant le devoir le plus important du commandement. La dîme du cumin et de l'anis ne doit pas être négligée ; mais prends garde de ne pas négliger les points les plus importants de la loi, le jugement, la miséricorde et la fidélité, car ta rigueur dans les moindres aspects pourrait masquer ton horrible iniquité dans les plus grands (Matthieu 23:23).

1. Chrétien, commence par le bon côté de ton travail, en accordant ton attention principale sur les desseins maléfiques de l'ennemi envers Dieu et envers les hommes, à sa loi et à son Évangile, à son culte et à ta vie quotidienne ; et une fois cela fait, ne néglige pas les détails. Si un maître, avant de partir, ordonne à son serviteur de veiller sur son enfant et de ranger sa maison avant son retour, le remerciera-t-il, à son retour, d'avoir balayé et rangé sa maison s'il trouve son enfant, par sa négligence, tombé dans le feu et y a trouvé la mort ou des blessures ? Certainement pas.

Il a laissé son enfant à sa charge principale, et l'autre responsabilité aurait dû lui céder la place si les deux étaient impossibles à assumer (en même temps). Ces derniers temps, nous avons observé parmi nous un grand zèle concernant certains aspects du culte ; mais qui se soucie du petit enfant; je veux parler ici des devoirs essentiels du christianisme ? Y a-t-il jamais eu moins d'amour, de charité, d'abnégation, de spiritualité, ou de force sainte dans aucune de ses manifestations, qu'en cette triste époque que nous traversons ? Hélas, ces qualités, comme l'enfant, risquent fort de périr dans le feu de la discorde et de la division qu'un zèle perverti pour des choses futiles a allumé parmi nous.

2. Veille sur toi-même avec une vigilance accrue, surtout dans les domaines où tu te sens le plus faible et où tu as le plus souvent essuyé des échecs. La partie la plus vulnérable de la cité a besoin d'une protection maximale, et dans notre corps, la partie la plus délicate est la plus observée et la plus choyée. Il serait étrange, si ta grâce est si forte et si harmonieuse, que tu ne perçoives pas rapidement quelle facette a le plus besoin du rivage, par une inclinaison plus marquée d'un côté que de l'autre. Ton corps n'est pas si robuste, mais tu constates que telle humeur est en excès, et telle autre partie s'égare plus vite qu'une autre ; il en va peut-être de même pour ton âme.

Réfléchis-y attentivement, et surveille avec plus de soin ce qui te semble le plus faible. Est-ce ta tête qui est faible; ton jugement, je veux dire ? Prends garde à toi-même, et ne fréquente pas ceux qui ne boivent que le vin que tes faiblesses ne peuvent supporter  (des opinions pompeuses) et ne t'offusque pas qu'on te refuse leur coupe.

Un vin aussi fort est plus enivrant que nourrissant, et ceux qui en consomment le plus ne sont pas réputés pour leur âme saine, pas plus que ceux qui ne boivent que de l'eau forte ne le sont pour leur corps. Ton impuissance réside-t-elle dans tes passions ? En vérité, nous sommes faibles, car ces passions sont fortes et violentes. Prends-en garde comme celui qui habite une chaumière prendrait garde à chaque étincelle qui s'échappe de sa cheminée, de peur qu'elle ne s'y enflamme et n'y mette le feu.

Oh ! fais attention aux paroles qui sortent de ta bouche, ou de celles de tes interlocuteurs. C'est le petit instrument qui embrase le cours de la nature. Quand la maison de notre voisin brûle, nous arrosons notre toit, ou le recouvrons d'un drap humide. Quand la colère jaillit de la bouche d'autrui, prends garde à toi, et apaise ton propre esprit ardent. Aie toujours sur toi des versets et des arguments apaisants, capables de calmer ta colère. Et fais de même pour toute autre faiblesse que tu constates.

dimanche 1 février 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 42e partie

 

Deuxième branche. Ce jour funeste est inévitable. Autant arrêter le char du soleil, à l'approche de la nuit, et chasser les ombres du crépuscule, que d'échapper à cette heure de ténèbres qui s'abat sur nous tous. " L'homme n'est pas maître de son souffle pour pouvoir le retenir, et il n'a aucune puissance sur le jour de la mort, il n'y a point de délivrance dans ce combat" (Ecclésiaste 8:8). Parmi les hommes, il est possible d’échapper à la guerre en invoquant l’âge, la richesse, la faiblesse physique, la protection du prince, etc. ; et si tout cela échoue, envoyer un remplaçant ou donner un pot-de-vin peut suffire. Mais dans ce combat, la pression est si forte qu’il n’y a pas d’exemption.

David aurait volontiers voulu aller chercher son fils; on l’entend crier : "Si seulement j’avais pu mourir pour toi, Absalom, mon fils, mon fils !" Mais cela n'était pas possible, ce jeune vaillant devait y aller lui-même. Nous devons, en personne, aller au combat et regarder la mort en face. Certains, en effet, s'imaginent être à l'abri dès aujourd'hui, comme s'ils portaient une assurance en eux. Ils prétendent avoir fait alliance avec la mort et conclu un pacte avec l'enfer, et quand le fléau dévastateur s'abattra sur eux, il ne les atteindra pas.

Et maintenant, tels des débiteurs ayant soudoyé le sergent, ils errent hardiment, sans craindre l'arrestation. Mais Dieu leur dit qu'il déliera aussi vite qu'ils scellent leur pacte : "Votre alliance avec la mort sera annulée, et votre contrat avec l'enfer ne tiendra pas." Et comment le pourraient-ils, si Dieu ne veut pas y apposer son sceau ? 

Il existe une loi divine pour ce jour funeste, qui s'est imposée dès le premier péché d'Adam, qui a porté le coup fatal à l'humanité, et qui, depuis lors, laisse couler son sang. Dieu, pour empêcher toute échappatoire, a semé les germes de la mort dans notre constitution et notre nature mêmes, de sorte que nous pouvons aussi bien fuir nous-mêmes que fuir la mort. Nous n'avons besoin d'aucun bourreau pour nous abattre. Il y a dans l'arbre un ver qui se développe de sa propre substance et qui le détruira ; de même, il y a en nous ces faiblesses naturelles qui nous réduiront à la poussière.

Notre mort est inscrite dans notre conception même. De même qu'une femme ne peut retarder l'heure de son accouchement, l'homme ne peut non plus entraver la venue de la mort qui marque sa vie. Toutes les douleurs et les souffrances qu'il éprouve ne sont que autant de gémissements d'une nature mourante ; elles lui annoncent sa fin imminente. 

Si tu étais un prince, assis dans toute ta splendeur et ton faste, la mort oserait pénétrer ton palais, franchir tes gardes, pour te délivrer le message fatal que Dieu t'a adressé, et même, elle te transpercerait le cœur de son poignard. Même si tu étais entouré d'un collège de médecins veillant sur ta santé, l'art et la nature te livreraient inévitablement lorsque ce moment viendrait. 

Même lorsque ta force est inébranlable et que tu manges ton pain d'un cœur joyeux, cette même nourriture qui te nourrit te donne aussi un gage de mort, car elle laisse en toi ces résidus qui, en temps voulu, la provoqueront. Oh ! combien ce jour de la mort est inévitable, quand ce bâton même qui nous précipite enfin dans la tombe, sur lequel repose notre vie et par lequel elle nous préserve !

Dieu a une dette envers le premier Adam et envers le second. Au premier, il doit le salaire du péché, au second, la récompense de ses souffrances. Le lieu du paiement intégral de ces dettes est l'autre monde. Ainsi, à moins que la mort ne vienne y conduire l'homme, les impies, descendants du premier Adam, ne recevront pas le paiement intégral de leurs péchés, une dette que le péché leur impose et pour laquelle ils engagent Dieu. De même, les justes, semence du Christ, ne recevront pas la totalité du rachat de son sang, qu'il n'aurait jamais versé sans la promesse de vie éternelle que Dieu lui avait faite pour eux avant la création du monde. C'est pourquoi Dieu a rendu ce jour si certain. En ce jour, il s'acquitte de ces deux obligations.

Troisième branche. Il incombe à chacun de se préparer et de pourvoir efficacement à ce jour funeste qui nous guette inévitablement, et ce pour une double raison : 1. Par devoir. 2. Par sagesse.

1) Par devoir. C’est sur notre allégeance au Dieu tout-puissant que nous nous préparons et nous armons pour ce jour funeste. Imaginons qu’un sujet soit chargé de la garde d’un château de son prince et qu’il apprenne qu’un puissant ennemi s’apprête à l’assiéger. Or, il ne prend aucun soin de se procurer armes et provisions pour sa défense, et le château est perdu. Comment un tel homme pourrait-il être innocenté de trahison ? Ne livre-t-il pas lâchement sa place, et avec elle l'honneur de son prince, entre les mains de l'ennemi ? 

Nos âmes sont ce château que chacun de nous doit garder pour Dieu. Nous savons avec certitude que Satan a des projets pour elles, et que le jour où il entend venir avec toutes ses puissances des ténèbres sera ce jour funeste. Puisque nous devons être fidèles à la confiance qui nous a été accordée, nous sommes obligés de nous défendre et de nous constituer des réserves qui nous permettront d'opposer une résistance vigoureuse.

Nous sommes tenus de nous préparer pour ce jour, en juste retour et en optimisation des opportunités et des moyens que Dieu nous offre à cette fin précise. Nous ne pouvons, sans faire preuve d'une ingratitude honteuse envers Dieu, gaspiller les aides qu'il nous accorde pour cette œuvre essentielle. Nul ne condamnerait celui qui, par bassesse, dépenserait cet argent en divertissements en prison, argent qui lui avait été envoyé pour obtenir sa libération.

N'avons-nous pas honte de gaspiller nos talents pour satisfaire nos convoitises et Satan, que Dieu, dans sa grâce, place en nous pour nous délivrer, ainsi que de la fureur (de l'ennemi) à l'heure de notre mort ? À quoi nous servent les Bibles, les pasteurs et les prédications, si nous ne comptons pas nous en munir pour nous armer contre les épreuves ? En un mot, quel est le dessein de Dieu en prolongeant nos jours et en nous faisant rester quelque temps sur cette terre ? Était-ce pour que nous ayons le temps de nous divertir, ou de nous vautrer dans les plaisirs éphémères de ce monde ? Nous donne-t-il notre précieux temps pour que nous nous employions à attraper des chimères que sont ces honneurs et ces richesses terrestres ? Certainement pas!

Les maîtres sages n'assignent pas à leurs serviteurs des tâches qui ne leur rapportent pas l'énergie qu'ils y consacrent. Et en vérité, rien de moins, que la glorification de Dieu et le salut de nos âmes ne saurait justifier le précieux temps que nous passons ici-bas. Le Dieu tout-puissant poursuit un dessein plus grand que ce que la plupart imaginent en cette ère. Pour juger avec justesse, il nous faut accepter sa propre interprétation de ses actes. L’apôtre Pierre nous exhorte à "reconnaître que la patience de notre Seigneur est un moyen de salut" (2 Pierre 3:15), passage qu’il cite de Paul (Romains 2:4), dont il reprend le sens, bien que formulé différemment : "Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ignorant que la bonté de Dieu te pousse à la repentance ?"

De ces deux sources, nous apprenons la pensée de Dieu et le langage qu'il utilise pour nous, à travers chaque instant de patience et chaque parcelle de temps qui nous est accordée. C'est un temps donné pour le repentir. Dieu voit que, tels que nous sommes, la mort et le jugement ne sauraient nous apporter de bonnes nouvelles. Nous ne devons en aucun cas accueillir le jour du malheur, et c'est pourquoi la miséricorde intercède pour la pauvre créature en son sein, implorant qu'un peu plus de temps lui soit accordé, afin que, par cette indulgence, elle soit incitée à se repentir avant d'être appelée à la justice. Ainsi, chaque jour qui passe s'ajoute sans cesse à notre temps sur terre. Et cela ne nous impose-t-il pas une forte obligation de mettre à profit chaque instant de ce temps, dans le but même pour lequel il est imploré ?

2) Par sagesse. La sagesse d'un homme se manifeste surtout dans deux domaines : A. Ses choix et ses principales préoccupations. B. Le choix opportun de ces choix et de ces principales préoccupations.

A) Un homme sage choisit comme sujet de préoccupation et d'effort principal ce qui revêt pour lui la plus grande importance. Les fous et les enfants ne s'intéressent qu'aux jouets et aux futilités. Ils s'affairent avec autant d'ardeur à bâtir une maison de poussière ou de cartes que Salomon à construire son temple. Ces pauvres bibelots suffisent à leurs vaines préoccupations, tout comme les grandes entreprises conviennent aux sages. Or, l'importance du jour funeste, et surtout de celui de la mort, est telle qu'il révèle la folie ou la sagesse d'un homme selon la manière dont il s'y comporte.

La fin détermine chaque action et la qualifie de bonne ou de mauvaise, de sage ou de folle. Le jour funeste de la mort, comme la fin de nos jours, sera aussi la fin de toutes les actions de notre vie. Notre vie sera à la fin de telle qu'elle a été jusqu'à présent. Si les différents aspects de notre vie; les projets que nous avons poursuivis lorsqu'ils seront abandonnés, nous mèneront à une mort bienheureuse, alors nous paraîtrons vraiment sages ; mais si, malgré tous nos beaux projets et nos stratégies pour d'autres choses, nous sommes démunis pour cette heure, nous devrons nous contenter de mourir fous, et il n'y a pas de fou plus fou qu'un fou mourant.

Le chrétien, aux yeux du monde, passe pour un fou tant qu'il vit, mais lorsque la mort survient, le monde, pourtant supposé être sage, avouera s'être trompé sur ce point
et dira : "Nous, insensés, avons considéré sa vie comme de la folie et sa fin comme déshonorante. Mais comment se fait-il maintenant qu’il soit compté parmi les enfants de Dieu, et que son sort soit parmi les saints ? Par conséquent, nous nous sommes égarés du chemin de la vérité (Sagesse 5: 4-5). Ce passage est apocryphe, mais les pécheurs le considéreront comme canonique!

Il est vrai, en effet, que les saints sont parfois dupés par le monde dans les choses du monde, et cela n'a rien d'étonnant ; cela n'enlève rien à leur sagesse, pas plus qu'il n'enlève à celle d'un érudit d'être surpassé par le cordonnier dans son humble métier. La nature, lorsqu'elle aspire à des excellences supérieures, est plus indifférente aux choses inférieures, comme on le voit chez l'homme qui, conçu pour surpasser les bêtes par son âme rationnelle, est lui-même surpassé par une bête ou une autre dans tous ses sens.

Ainsi, le chrétien peut être surpassé dans les affaires du monde, car il a un but plus noble en tête, ce qui le conduit à s'intéresser aux choses de ce monde avec une sorte de détachement. Il n'y accorde que peu d'importance ; s'il peut mourir dignement et être justifié comme sage au jour de la résurrection, tout lui convient (Jude 15). l estime qu'il est impoli de refuser d'attendre aussi longtemps pour que sa sagesse soit pleinement révélée, car Dieu peut attendre la manifestation de sa propre nature glorieuse, qui ne se révélera dans toute sa splendeur que le jour où il convaincra les impies du bien-fondé de leurs pensées et de leurs paroles obstinées à son sujet. Alors seulement, ils seront convaincus ; d'ici là, ils ne le seront pas.

L'homme sage travaille avec diligence et attention en temps voulu pour atteindre ses objectifs. C'est l'insensé qui arrive après la fermeture des marchés. De même que le jour funeste est source d'une grande préoccupation quant à son déroulement, il est primordial de s'en préoccuper au moment opportun, et certainement avant son arrivée. Il existe plus d'une porte par laquelle le messager porteur de mauvaises nouvelles peut entrer, et nous ignorons laquelle il frappera.

Nous ignorons où tout s'arrêtera; au lit ou à table, chez nous ou aux champs, parmi nos amis qui nous conseilleront et nous réconforteront, ou parmi nos ennemis qui, par leur cruauté, aggraveront notre chagrin. Nous ignorons quand, de jour ou de nuit, et beaucoup d'entre nous ne savent même pas si ce sera le matin, le midi ou le soir. Comme il nous appelle au travail à toute heure du jour, il nous appelle aussi au coucher, peut-être pendant que tu pries ou prêches, et il serait triste de partir en profanant ces prières et le nom de Dieu qui s'y trouve ; peut-être même au moment où tu t'apprêtes à accomplir une tâche plus ardue.

La mort pourrait te faire arracher ta coupe des mains, alors que tu es assis à la taverne avec tes joyeux compagnons, ou te surprendre sur le chemin du retour, et creuser un fossé pour ta tombe, afin que, comme tu as vécu comme une bête, tu meures comme une bête. En un mot, nous ignorons quel mal Dieu utilisera pour nous frapper ; si ce sera une main violente et sanglante, ou une maladie qui nous rongera les entrailles et le corps ; une maladie aiguë ou une affection persistante ; une maladie qui emporte l'homme vivant (je veux dire, qui nous handicape et nous prive de raison) ou non ; des troubles si nauséabonds que nos amis n'oseront plus nous approcher ni même nous regarder ; des afflictions aggravées par les tentations de Satan et les tourments de notre conscience effrayée, ou non.

Qui sait où, quand et comment viendra le jour funeste ? C'est pourquoi Dieu les cache, afin que nous soyons prévoyants. César ne révélait jamais à ses soldats ses intentions de marche, ni la date ni la destination. Les connaître nous aurait tourmentés d'une crainte paralysante, tandis que les ignorer devrait nous inciter à la prévoyance. Il est malvenu de goudronner un navire en pleine mer, ballotté par la tempête ; il aurait fallu s'en occuper à quai. Et, aussi pénible que cela soit, il est malvenu de commencer à préparer son âme pour le ciel lorsqu'on est alité.

Ce qui est fait à la hâte est rarement bien fait. Un homme, tiré de son lit à minuit par un sinistre feu qui brûle sur le toit de sa maison, n'a pas le temps de s'habiller comme à son habitude et descend en courant, un bas à moitié enfilé, peut-être, et l'autre complètement nu. Ces pauvres créatures, je le crains, entrent dans l'autre monde aussi mal vêtues, elles qui commencent à s'habiller seulement lorsque, sur leur lit de mort, leur conscience les réveille en hurlant de terreur. Hélas ! elles doivent partir, bien qu'elles n'aient pas le temps de revêtir leur armure. Et ainsi, en enfer, elles sont libres de se repentir à loisir de leur repentir précipité ici-bas. Nous en viendrons à l'application de ce point.

dimanche 14 décembre 2025

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 38e partie

 

Une seconde exhortation à s'armer, et un argument à l'appui de cette exhortation.

C'est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le mauvais jour, et tenir ferme après avoir tout surmonté (Éphésiens 6:13).

L'apôtre reprend ici son exhortation précédente, mentionnée au verset 11, et la réaffirme avec une force nouvelle, suite à la révélation plus précise qu'il fait de l'ennemi au verset 12. Tel un éclaireur fidèle, il y décrit en détail la grande puissance et la malice de Satan, et dévoile également le dangereux dessein qu'il nourrit à l'encontre des saints : les dépouiller de tout ce qui est céleste. 

Face à cela, il les met une seconde fois en garde et leur ordonne : "Armez-vous ! Armez-vous ! Prenez donc l'armure complète de Dieu !" 

Considérons ces paroles : Premièrement, l'exhortation et son sous-entendu : "Prenez donc l'armure complète de Dieu." Deuxièmement, l'argument qui sous-tend cette exhortation, et qui est double : Premièrement, "Afin que vous puissiez résister au jour du mal." Deuxièmement, "Ayant tout fait, tenir bon". c'est-à-dire, être capables de combattre et de vaincre.

L'exhortation par l'analogie

"C'est pourquoi, prenez toutes les armes de Dieu". Quant à la première exhortation générale, nous n'en tiendrons pas compte sur le fond, car elle est identique à celle du verset 11. Deux points méritent d'être soulignés : d'une part, la répétition de cette même exhortation si rapidement, avec un seul verset intercalé ; d'autre part, le verbe employé par l'apôtre, différent de celui du verset 11, qui lui confère une signification particulière. Au verset 11, il s'agit de "revêtez-vous" ; ici, il s'agit de "prenez".

Première observation.

Pourquoi l'apôtre renouvelle-t-il si tôt la même exhortation ; et quelles vérités les ministres doivent prêcher?

Remarquez ici la répétition de la même exhortation, et ce en si peu de temps. Ce n'est certainement pas par manque de matière, mais plutôt par zèle, qu'il insiste une seconde fois sur le même point. En effet, mieux vaut enfoncer un seul clou à coups répétés que celui qui veut en enfoncer beaucoup mais n'en fixe aucun. De tels prédicateurs, passant d'une vérité à l'autre sans s'attarder sur aucune, ont peu de chances d'atteindre les consciences. Tous les auditeurs ne sont pas aussi prompts que le prédicateur à saisir une idée dès qu'elle est lancée ; de même, rares sont ceux qui retiennent une grande partie d'un sermon décousu, où à peine un point est-il mentionné qu'il est aussitôt écarté, et un autre surgit avant même que le premier n'ait été solidement ancré dans les consciences. C'est bien plus efficace lorsque le discours est homogène et qu'une vérité essentielle est exposée, martelée et martelée avec insistance.

Ainsi, le sujet du discours est cohérent, et la remémoration d'une partie permet de se souvenir de l'autre ; tandis que dans le premier cas, on ne se souvient de l'autre que de façon superficielle. 

De brèves allusions et des conclusions hâtives peuvent plaire à un érudit, mais ne sont pas aussi profitables à d'autres. L'une convient mieux aux écoles, l'autre à la chaire. Si je devais acheter un vêtement dans une boutique, je préférerais celui qui me présente une ou deux belles pièces que je pourrai examiner attentivement, plutôt que celui qui déballe tout son étalage et empile les vêtements les uns sur les autres, simplement pour montrer son stock, jusqu'à ce que, faute de variété, je ne puisse plus en apprécier aucune tant elles sont superposées.

De même, s'il est profitable d'insister ainsi sur les vérités, il n'est pas indigne d'un ministre de prêcher les mêmes vérités encore et encore. Paul répète ici et encore la même exhortation (versets 11 et 13), et ailleurs, il nous dit que cela ne lui est "pas pénible", mais que pour eux, "cela est salutaire" d'entendre les mêmes choses encore et encore (Philippiens 3:1). Il y a trois sortes de vérités qui doivent être souvent prêchées dans notre ministère.

Première catégorie. Les vérités fondamentales, ou, comme nous les appelons, les points de catéchèse, qui contiennent les vérités nécessaires à connaître et à croire. Le poids de tout l'édifice repose sur ces fondements, plus que sur les vérités super structurelles. 

Dans un royaume, il existe des produits et des commerces essentiels, sans lesquels le bien commun ne pourrait subsister, comme la laine, le blé, etc. Il convient de les encourager plus que d'autres qui, bien qu'ornants pour la nation et contribuant à sa richesse, ne sont pas aussi indispensables à sa subsistance. Il en va de même ici. Nos autres activités ministérielles sont excellentes, car elles contribuent à embellir et à enrichir le chrétien par la connaissance des mystères spirituels. Mais ce qui importe avant tout, c'est la présentation fidèle et constante des vérités fondamentales de l'Évangile. Ce sont là nos repères, qui nous indiquent les limites de la vérité.

Et comme c'est souvent le cas dans les villes qui se touchent, si les habitants ne se promènent pas de temps en temps, et ne parcourent pas les limites de leurs terres, pour montrer aux jeunes ce qu'elles sont, lorsque les anciens notables auront disparu, la génération suivante risque de perdre tous ses privilèges à cause de ses voisins envahisseurs, car elle ne saura plus ce qui lui appartient.

Il n'existe pas de vérité fondamentale qui ne soit entravée par quelque voisin malfaisant; l'hérésie, je veux dire. Si l'esprit d'erreur a tant empiété sur la vérité ces dernières années, c'est précisément parce que nous n'avons pas suffisamment accompagné notre peuple dans l'enseignement et l'approfondissement de ces points fondamentaux, avec la fréquence et le soin requis. Le peuple est en grande partie coupable, car il méprise tellement cette œuvre qu'il considère tout sermon portant sur de tels points comme une perte, une simple nourriture pour enfants.

Deuxième catégorie. Il s'agit des vérités qu'il faut souvent prêcher, celles que les ministres constatent être le plus sapées par Satan, ou ses instruments, dans les jugements et la vie de leur peuple. 

Le prédicateur doit lire et étudier son peuple avec autant de diligence que n'importe quel livre de sa bibliothèque, et, selon ce qu'il découvre, leur prodiguer ses conseils comme un fidèle intendant. Paul remarque que les Galates ont été maltraités par de faux apôtres, qui les ont même ensorcelés pour les ramener à la loi sur ce point crucial de la justification, et voyez avec quelle insistance il se concentre sur ce point précis.

Notre peuple se plaint sans cesse que nous réprimandons toujours la même erreur ou le même péché, alors que la faute leur incombe, car ils s'y obstinent. Qui blâmera le chien d'aboyer sans cesse alors que le voleur est dans la cour ? Hélas ! Hélas ! Il ne suffit pas de s'élever une ou deux fois contre le péché. Si le peuple pense que le pasteur fait preuve de paresse parce qu'il prêche toujours les mêmes choses, il fait peut-être plutôt preuve de patience en continuant d'exhorter et de reprendre ceux qui s'opposent, attendant que Dieu leur accorde enfin la repentance et la reconnaissance de la vérité. On nous enjoint d'élever la voix comme une trompette, mais voudriez-vous que nous nous taisions tant que dure le combat, ou que nous battions en retraite alors qu'il s'agit d'un véritable combat ? 

Troisième catégorie. Les vérités d'usage et de pratique quotidiennes. Ce sont comme le pain et le sel ; quoi qu'il y ait d'autre, ils doivent être présents à chaque repas.

Saint Pierre était de cet avis : « Je ne négligerai pas de vous rappeler sans cesse ces choses, bien que vous les connaissiez » (2 Pierre 1, 12). Il parlait, comme vous le voyez, de grâces et de devoirs tels qu’ils ne pouvaient passer un jour sans les pratiquer, et c’est pourquoi il serait toujours leur guide, afin d'éveiller en eux la pureté de leur esprit. Tout ne va pas bien quand un homme se lasse de sa nourriture ordinaire et ne veut rien avaler d'autre que des mets rares. L'estomac est malade quand un homme préfère picorer une salade plutôt que de manger un met consistant ; et combien notre époque délicate est plongée dans cette maladie spirituelle ! Je pense que peu sont parvenus à se comprendre suffisamment pour y réfléchir et le déplorer. 

Messieurs, ne vous lassez pas, comme vous le faites, de même que vous ne vous lassez pas d'écouter ces savoureuses vérités prêchées dont vous avez l'habitude d'entendre parler quotidiennement, car vous les connaissez et les avez souvent entendues. La foi et la repentance seront une bonne doctrine à prêcher et à entendre jusqu'à la fin des temps ; autant se quereller avec Dieu, car il n'a créé qu'un seul ciel et un seul chemin pour y accéder, qu'avec le prédicateur, qui répète sans cesse ces mêmes choses. Si ton cœur était humble et ton palais spirituel, les vérités anciennes te seraient nouvelles à chaque fois que tu les entendrais. Au ciel, les saints puisent tout leur vin de joie, pour ainsi dire, d'un seul trait, et ce pour l'éternité, sans jamais en perdre la saveur.

Dieu est l'unique objet qui remplit leurs âmes et dont elles ne se lassent jamais. Est-ce que quoi que ce soit qui vient de Dieu et de son amour puisse-t-il vous lasser, ici présents? Je n'ai jamais été, jusqu'à présent, le défenseur de celui qui traîne dans la vigne du Seigneur, ni de celui qui, paresseusement, se consacre à l'œuvre de l'Évangile, et qui laisse son talent s'enliser dans l'oisiveté ou l'enfouit sous terre, où, peut-être, il bêche et joue aux mondains toute la semaine, et n'a rien à offrir à son peuple le jour du Seigneur, sinon un ou deux vieux pains moisis, pétris il y a bien longtemps. Ce n'est pas là être un bon intendant.

Voici les vieilles choses, mais où sont les nouvelles qu'il devrait tirer de son trésor ? Si le pasteur ne s'efforce pas d'accroître son patrimoine, il est le pire voleur de la paroisse. Il est abominable qu'un homme chargé d'améliorer le sort des orphelins les laisse mourir ; à plus forte raison pour un pasteur de ne pas faire fructifier ses dons, que je peux appeler le patrimoine de la ville, donné pour le bien des âmes, riches comme pauvres. 

Si ce prédicateur sage, selon Ecclésiaste 12:9, est celui qui "enseigne encore au peuple la connaissance", c’est-à-dire qui s’efforce constamment de les élever dans le savoir, et qui, pour ce faire, "prête une attention particulière, recherche et met en ordre de nombreux proverbes", alors il sera assurément prouvé à la fin qu’il est un prédicateur insensé, celui qui gaspille son temps dans la paresse, ou qui en consacre plus à étudier comment accroître son patrimoine aux dépens de celui de son peuple, qu’à accroître leurs dons et leurs grâces, tandis qu'il s'efforce consciencieusement d'augmenter les siens.  

Les meilleurs des saints sujets au déclin de leurs grâces, et pourquoi nous devons rechercher leur rétablissement

La seconde observation que l'on peut faire dans cette exhortation se tire du verbe employé par l'apôtre qui signifie non seulement prendre, mais aussi reprendre, récupérer ce que nous avons perdu, ou reprendre ce que nous avons temporairement laissé de côté.

L’apôtre, écrivant aux saints d’Éphèse, dont beaucoup n’avaient pas encore revêtu cette armure par la conversion, ni accompli la première œuvre de foi, qui sans doute s’était déjà répandue parmi eux, leur donne, ainsi qu’aux croyants jusqu’à la fin du monde, une autre signification : qu’ils resserrent leur armure là où elle est lâche, et qu’ils se rétablissent là où ils ont négligé un devoir ou décliné dans la grâce.

La note est donc: Doctrine. Que le chrétien doit veiller tout particulièrement à réparer son armure brisée, à recouvrer ses grâces défaillantes. Cette armure peut être abîmée; je pourrais en donner de tristes exemples. La ceinture de vérité et de sincérité de Jacob n'a-t-elle pas été débouclée lorsqu'il a eu recours à cette politique pécheresse pour obtenir la bénédiction ? Il n'était plus l'homme simple, mais le supplantateur ; pourtant, il aurait tout aussi bien pu attendre le moment voulu par Dieu. Il fût puni par les siens. Il trompe son père ; et Laban ne l’a-t-il pas trompé lui aussi, en donnant Léa pour Rachel ?

Que dites-vous de la cuirasse de justice de David dans l'affaire d'Urie ? N'a-t-elle pas été transpercée, et cet homme saint, si terriblement blessé qu'il resta alité près d'un an, d'après ce que nous lisons de lui, avant de reprendre ses esprits et de prendre pleinement conscience de son péché, jusqu'à ce que Nathan, un chirurgien fidèle, soit envoyé pour examiner la plaie et la débarrasser de la chair morte qui la recouvrait ?

Et Jonas, par ailleurs un saint prophète, lorsque Dieu l'envoya en mission à Ninive, il devait "chausser ses sandales", c'est-à-dire la préparation et la disponibilité dont son esprit aurait dû être chaussé, pour répondre au premier appel.

Le bon roi Ézéchias, nous voyons combien son espoir a failli être anéanti. Il nous confie lui-même ses pensées au jour de sa détresse : "Je ne verrai pas le Seigneur sur la terre des vivants", persuadé que Dieu ne le lâcherait jamais, jusqu'à ce que, tel un lion, il se soit brisé les os et ait finalement succombé.

Abraham, célèbre pour sa foi, connut aussi des accès d'incrédulité et de doute, même dans son cœur vaillant. Ainsi, le chrétien doit s'attacher à réparer rapidement son armure. Un casque cabossé est pratiquement inutilisable. La grâce dans la déchéance est comme un homme terrassé par la maladie ; si l’on ne fait rien pour le rétablir, il ne sera d’aucune utilité et l’on n’en retirera que peu de réconfort. C’est pourquoi le Christ donne ce conseil à l’Église d’Éphèse, à qui Paul a écrit cette épître : "Se souvenir d’où elle est tombée, se repentir et revenir à ses premières œuvres." Combien de personnes un chrétien en déclin nuit-il à la fois ?

Premièrement. Il offense Dieu, et ce de façon grave, car il s'attend à recevoir davantage d'honneur par la grâce de ses saints que de tous les autres talents que ses créatures peuvent exercer dans le monde. Il supporte mieux, d'une certaine manière, les péchés manifestes du monde que la dégradation de la grâce de ses saints. Eux, en abusant de leurs talents, ne le dépouillent que de son huile, de son lin et de sa laine ; mais le chrétien, par le reste, le prive de la gloire qui devrait lui être rendue pour sa foi, son zèle, sa patience, son abnégation, sa sincérité et tout le reste. Imaginez qu'un maître confie son argent à un serviteur et son enfant à un autre ; ne serait-il pas plus affligé de voir son enfant bien-aimé blessé, voire presque tué par la négligence du premier, que de voir son argent volé par l'insouciance du second ?

La grâce est la nouvelle créature ; la naissance de l’Esprit, lorsque celle-ci est altérée par la conduite insouciante du chrétien, cela doit nécessairement toucher davantage le cœur de Dieu que le tort qu’il subit du monde, à qui rien de semblable n’est confié.

Deuxièmement. Celui qui décline dans la grâce et ne s'efforce pas de la restaurer fait du tort à ses frères, qui ont part à la grâce les uns aux autres. Il fait du tort à son propre corps tout entier s'il ne cherche pas à guérir une blessure qui affecte l'un de ses membres. Il nous est demandé de "nous aimer les uns les autres" (2 Jean 5) ; mais comment manifester cet amour ? 

Les paroles qui suivent nous éclaireront. "L’amour consiste à marcher selon ses commandements" (verset 6). En effet, nous témoignons peu d’amour envers nos frères en péchant, car nous sommes ainsi certains de les piéger ou de les attrister ; et comment laisser la grâce descendre sans que le péché ne monte, voilà une énigme pour quiconque connaît leur nature.

Troisièmement. Le chrétien se fait du tort à lui-même en ne s'efforçant pas de réparer son armure brisée et de recouvrer sa grâce déclinante. Ce faisant, il perd la preuve de son héritage, ou du moins la trouble au point de ne plus pouvoir la percevoir aussi clairement. Un chrétien en déclin est forcément un chrétien qui doute, car le symptôme commun de l'hypocrite est de s'user et de se consumer, tel un pieu planté en terre qui pourrit, tandis que la vraie grâce, telle un arbre, croît.

N'est-ce pas là le nœud que le diable pose à tant d'âmes infortunées, et qu'il leur faut des années pour dénouer ? Si tu étais chrétien, tu progresserais. Les justes vont de force en force, et toi, tu vas de force en faiblesse. Ils gravissent la colline vers Sion (chaque ordonnance et chaque providence est un pas qui les rapproche du ciel) mais toi, tu descends la colline et tu es plus loin de ton salut qu'au moment où tu as cru pour la première fois, comme tu le pensais. 

Est-il sage, chrétien, de mettre un bâton dans la main du diable, un argument dans sa bouche, pour contester ton salut ? Si vous possédiez un bien par la vie d'un enfant, et qu'à sa mort vous perdiez tout, cet enfant, je vous le garantis, serait bien soigné ; il n'aurait pas mal à la tête sans que vous ne consultiez le médecin. Je vous prie, quelle est la preuve de cet état glorieux que vous espérez ? N'est-ce pas le Christ en vous ? Cette nouvelle créature, que l'on peut à juste titre appeler Christ en raison de sa ressemblance avec lui, n'est-elle pas le jeune héritier de la gloire céleste ? 

Et quand la santé décline, n'est-il pas temps de tout mettre en œuvre pour la rétablir ? Tant que l'on est dans cet état, on ne peut ni vivre ni mourir sereinement. Non seulement vivre ! Un homme atteint de tuberculose trouve peu de joie dans la vie ; il ne trouve ni saveur dans sa nourriture, ni plaisir dans son travail, comme le fait un homme en bonne santé. Oh ! combien douce est la promesse de la foi, lorsqu'elle est active et vigoureuse ! Combien le joug du commandement est facile à porter pour le chrétien, lorsque sa conscience n'est pas tourmentée par la culpabilité, ni sa force affaiblie par la tentation ! 

Mais le chrétien en déclin ne goûte pas à la promesse ; chaque commandement lui est pénible, chaque devoir lui pèse ; il souffre comme un homme dont le pied est déboîté, même si le chemin n’est jamais agréable. Et il est aussi inapte à mourir qu’à vivre. Un tel homme n’apprécie pas plus d’apprendre la nouvelle de sa mort qu’un locataire qui attend son loyer d’apprendre qu’il doit payer le trimestre. C’est pourquoi David implora Dieu de lui accorder un peu de temps : "Ô, accorde-moi un peu de temps, afin que je puisse recouvrer des forces."