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dimanche 13 septembre 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 61e partie

 

Quatre caractéristiques de la sincérité du cœur.

Troisièmement. Je vais exposer des preuves manifestes de la sincérité, telles qu'aucun hypocrite n'a jamais pu ni ne pourra jamais en atteindre. Après avoir brisé ces miroirs flatteurs dans lesquels les hypocrites aiment à se contempler, jusqu'à s'éprendre de leur propre visage fardé et à s'imaginer sincères, ainsi que ceux qui déforment le doux visage et la beauté naturelle de l'âme sincère au point de faire douter de la grâce divine qui rayonne sur elle, je vais maintenant en esquisser les traits et en établir les marques indubitables : cette vérité du cœur et cette sincérité pieuse, grâce auxquelles nous serons mieux à même de définir la situation spirituelle de chacun.

1. Un cœur sincère est un cœur nouveau. L'hypocrisie est appelée "le vieux levain" ; "Purgeons donc le vieux levain, afin que nous soyons une pâte nouvelle" (1 Corinthiens 5:7). Une pâte une fois aigrie par le levain n'en perdra jamais le goût.

La nature corrompue ne cessera pas d'être hypocrite tant qu'elle ne cessera pas d'être une nature corrompue. Il faut que le cœur soit renouvelé, sinon il conservera sa nature ancienne. On peut user d'artifice pour le dissimuler et en masquer la fétidité aux yeux d'autrui, pour un temps, tout comme des fleurs et des parfums répandus sur une charogne peuvent en masquer l'odeur ; pourtant, la charogne comme le cœur corrompu demeurent ce qu'ils sont.

On dit du paon que, même après avoir été rôti, sa chair redevient crue une fois refroidie. Il en va de même pour le cœur charnel : qu’il agisse à sa guise et s’impose une apparence de piété exaltée, au point de sembler brûlant de zèle, il suffit d’attendre un peu pour le voir reprendre sa nature première et se révéler tel qu’il était : vain et trompeur. Un "cœur unique" et un "cœur nouveau" sont tous deux des grâces de l’Alliance ; le "nouveau" est d’ailleurs promis précisément pour rendre le cœur "unique" : "Je leur donnerai un cœur unique, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre(...)" (Ézéchiel 11:19). 

Dieu promet de leur donner un seul esprit, c'est-à-dire un esprit sincère envers Dieu et envers les hommes, à l'opposé d'un cœur partagé (un cœur double), marque de l'hypocrisie. Mais comment le donnera-t-il ? Il leur dit : "Je vous donnerai un esprit nouveau" ; et comment s'y prendra-t-il ? "J'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair." À ce sujet, un commentateur explique fort bien les choses ainsi : "Je vous donnerai un cœur unique ; et pour ce faire, je le refondrai ; pour y parvenir, je le ferai fondre et je l'assouplirai, à l'instar de celui qui, possédant divers morceaux de vieil argent ou d'argenterie qu'il destine à la fabrication d'une coupe unique, décide d'abord de les refondre ; il les jette alors au feu pour les liquéfier, afin de les réunir finalement en une seule pièce."

En effet, par nature, le cœur de l'homme est une chose profondément divisée et brisée, éparpillée et morcelée : un morceau pour telle créature, un autre pour tel désir. Tantôt, cette vanité le met à son service, tout comme Léa le fit pour Jacob au sujet de Rachel ; puis, après avoir accompli quelque besogne servile pour elle, il se loue à une autre. Ainsi sont partagés l'homme et ses affections.

Or, les élus (que Dieu a destinés à être des vases d'honneur, consacrés à son saint usage et à son service), Il les jette dans le feu de sa Parole afin que, ramollis et fondus en ce lieu, ils soient refaçonnés par son Esprit transformateur en une sainte unité ; de sorte que celui qui, auparavant, était séparé de Dieu et perdu parmi les créatures et les convoitises qui se le disputaient, voit désormais son cœur rassemblé, loin de toutes ces choses, pour être tout entier à Dieu. Ce cœur contemple Dieu d'un regard unique et agit pour Lui en tout ce qu'il entreprend. Si donc tu veux savoir si ton cœur est sincère, cherche à savoir s'il a été ainsi renouvelé.

Dieu t'a-t-il jeté dans sa fournaise ? Sa parole s'est-elle jamais emparée de toi comme un feu, pour amollir ton cœur endurci et faire fondre l'impureté de ton esprit, de sorte que tu discernes désormais cette hypocrisie désespérée, cet orgueil, cette incrédulité et autres vices qui, auparavant, demeuraient cachés comme des scories dans le métal avant que le feu ne les révèle ? Et non seulement tu les vois, mais tu les vois se détacher et se séparer de ton âme, si bien que toi qui te félicitais jadis de ton bon état, tu déplores maintenant ta folie, confessant de tout cœur quelle créature répugnante tu étais aux yeux de Dieu dans tout ce que tu faisais. 

Ces choses qui paraissaient si fastueuses et belles à tes yeux (ton apparence de justice, ta fréquentation de l'église, l'accomplissement superficiel de quelques devoirs familiaux) et pour lesquelles tu croyais que le ciel t'était, pour ainsi dire, acquis ; déplores-tu maintenant d'avoir bravé Dieu par ces simulacres hypocrites, alors que tes convoitises étaient choyées au plus profond de ton être, suçant le sang vital de tes affections les plus chères ? 

En un mot, peux-tu affirmer non seulement que tu te fonds en tristesse à cause de ces choses, mais aussi que ton cœur, autrefois si partagé et distrait entre les convoitises et les créatures, est désormais uni dans la crainte du nom de Dieu ? N'as-tu qu'un seul dessein; celui que tu poursuis par-dessus tout, à savoir plaire à Dieu, dusses-tu déplaire à tous les autres ? Un seul amour : aimer le Christ et être aimé de lui ? Si les courants de tes affections sont ainsi rassemblés, par la puissance souveraine de Dieu qui te renouvelle en ce canal unique, et s'écoulent dans cette direction avec une douce violence, alors tu es béni du Seigneur. 

À Ses yeux, tu es une âme sincère, bien qu'il subsiste en toi une corruption qui trouble le cours de ta vie et tente d'entraver le libre élan de ton âme vers Dieu. Cela peut te causer quelques tourments. Tout comme les montagnes et les rochers gênent le fleuve qui court vers la mer, le forçant à serpenter alors qu'il suivrait autrement le chemin le plus court (une ligne droite) vers son but, de même les restes de corruption en toi peuvent parfois t'écarter de la voie de l'obéissance.

Mais la sincérité, telle l'eau, poursuivra son cours malgré tout cela et ne te quittera point avant de t'avoir conduit (fût-ce par un chemin détourné) jusqu'à ton Dieu, que tu as si profondément gravé dans ton cœur qu'il ne saurait jamais en être effacé. En revanche, si l'hypocrisie de ton cœur ne t'a jamais été révélée au point de t'inspirer de l'horreur, et si aucun principe nouveau n'a été déposé en ton sein pour infléchir le cours de ton âme à l'opposé de l'inclination naturelle de tes affections, alors que, fort de la bonne opinion que tu as de toi-même (en raison de quelques apparences de piété que tu affiches, tu te crois sincère et ton cœur intègre, alors j'ose affirmer que tu es un hypocrite impur.

Le monde pourra peut-être te tenir pour un saint, mais tel que tu es, tu ne le seras jamais aux yeux de Dieu. Même si tu t'es paré et apprêté avec le plus grand soin pour adopter l'apparence d'un chrétien, tu n'auras jamais que le visage d'un saint et le cœur d'un hypocrite. Peu importe l'enseigne qui pend à l'extérieur, (fût-elle celle d'un ange), si le diable et le péché habitent au-dedans!

Ajouter de nouvelles garnitures à un vieux vêtement ne le rend pas neuf ; cela lui donne simplement une allure nouvelle. Il n'est guère sage de dépenser beaucoup pour embellir un vieux costume voué à tomber bientôt en lambeaux, alors qu'une somme à peine supérieure permettrait d'en acquérir un neuf et durable. Ne vaut-il pas mieux s'efforcer d'obtenir un cœur nouveau, afin que toutes tes œuvres soient agréées et que tu sois sauvé, plutôt que de perdre, faute de cela, tout le fruit de tes efforts religieux ainsi que ton âme elle-même ? 

2. Un cœur sincère est un cœur franc, un cœur simple, "sine plicis"; un cœur sans replis. L'hypocrite est de la race du serpent. Il peut, tel le serpent, se rétracter ou se déployer selon son intérêt, peu désireux de se laisser percer à jour par autrui. Et il a ses raisons pour cela, car il sait qu'il a le plus de crédit là où il est le moins connu.

L'hypocrite est celui qui "cherche à cacher profondément ses desseins" (Ésaïe 29:15) ; "leur cœur est un abîme" (Psaume 64:6) ; leurs intentions profondes sont infiniment éloignées de leurs paroles. Un cœur sincère est comme l'eau limpide d'un ruisseau : on peut voir jusqu'au fond de ses pensées à travers ses paroles et juger de son cœur par sa langue. On dit que les maladies du cœur se manifestent par des taches sur la langue, mais l'hypocrite peut avoir la langue nette tout en gardant un cœur corrompu. L'auteur du proverbe "loquere ut te videam" (parle pour que je te voie) ne pensait pas à l'hypocrite, qui parle précisément pour ne pas se laisser voir!

Les nuages ​​les plus épais dont il se sert pour dissimuler sa fourberie sont son langage religieux et sa profession de foi superficielle. Veux-tu savoir si tu portes un cœur sincère en ta poitrine ? Examine si tu possèdes un cœur empreint de droiture. Vois comment ces deux choses sont associées dans la seconde épître aux Corinthiens (1:12) : Paul et les autres fidèles messagers du Christ vivaient parmi les Corinthiens "dans la simplicité et la sincérité qui viennent de Dieu". Ils ne gardaient aucun compartiment secret dans le sanctuaire de leur cœur pour y dissimuler habilement leurs intentions à l'égard de ces derniers, comme le faisaient les faux apôtres.

Or, cette droiture du cœur sincère se manifeste sous trois aspects; un cœur sincère agit avec franchise envers lui-même, et ce, principalement sur deux points.

A) Ce droiture du cœur s'examine et se scrute elle-même ; elle le fait avec toute l'habileté et la vigueur dont elle est capable. Elle ne se laisse pas écarter par des faux-semblants ou par une excuse polie, telle celle que Rachel donna à Laban alors qu'elle couvait ses idoles. Non, elle exige de l'âme un compte rendu, et ce, de telle sorte qu'elle puisse elle-même rendre un compte fidèle à Dieu, par l'autorité de qui elle exerce son ministère.

Quelle crainte manifeste-t-elle de voir quelque convoitise échapper à son regard et rester cachée, comme Saül parmi les bagages ; ou de voir la moindre grâce de Dieu foulée aux pieds par indifférence, en la niant ou en la démentant ! Lorsque David vit ses pensées sur Dieu (qui jadis le réconfortaient et lui tenaient la plus agréable compagnie) susciter un trouble en son esprit ("Je me souviens de Dieu, et je gémis", Psaume 77:3), voyez quel examen minutieux cet homme saint entreprit pour en découvrir la cause!

Il scrute le passé et le présent pour comprendre comment Dieu a agi autrefois ; il "s'entretient avec son cœur et fait des recherches approfondies" (verset 6), sans jamais abandonner avant d'avoir tiré l'affaire au clair. Découvrant que le trouble qui perturbe sa paix vient de lui-même, il ne cherche pas à ménager sa réputation en étouffant l'affaire ou en cherchant des faux-fuyants ; au contraire, il s'attaque au voleur, dénonce son péché et confesse les faits, justifiant ainsi Dieu, à l'égard de qui il avait nourri de mauvaises pensées.

"Et je dis : C’est là ma faiblesse" (verset 10) ; comme s’il avait dit : "Seigneur, je vois maintenant le Jonas qui a provoqué la tempête dans mon cœur et m’a rendu si malheureux dans mon affliction tout ce temps ; c’est cette incrédulité qui m’a courbé, m’amenant à me focaliser tellement sur la douleur et le sentiment de mon épreuve actuelle que je ne pouvais plus songer aux expériences passées ; et ainsi, en les oubliant, j’ai eu de Toi une pensée indigne." Quelle âme sincère et franche que la sienne !

En quoi ressembles-tu, ô homme, au saint David ? Est-ce ainsi que tu sondes ton âme ? Le fais-tu avec sérieux, comme si tu traquais un meurtrier caché chez toi ; avec autant d'ardeur à débusquer ton péché qu'en mettaient les papistes, sous le règne de la reine Marie, à dénicher les protestants, allant jusqu'à transpercer de leurs épées et de leurs fourches les lits et les meules de foin pour s'assurer qu'ils ne s'y trouvaient pas ? Ou bien, lorsque tu entreprends cette tâche, répugnes-tu à pousser trop loin tes investigations, de peur d'apercevoir ce que tu préférerais ignorer ? Crains-tu de t'y attarder, de peur que ta conscience ne te livre un rapport qui te déplaise ? Tertullien disait des persécuteurs païens : "Ils refusaient d'entendre les chrétiens, car, une fois ceux-ci écoutés, ils n'auraient plus eu l'audace de les condamner, tant leur cause eût paru juste". Ici, c'est l'inverse qui est vrai.

L'hypocrite n'ose pas soumettre son état à un examen rigoureux, car il ne pourrait alors éviter de se condamner lui-même. Mais l'âme sincère est si désireuse de connaître son véritable état que, même après avoir fait tout son possible pour le découvrir et avoir été acquittée par sa conscience lors de cet examen intime, elle ne s'en contente pas ; craignant que l'amour-propre ne l'aveugle et n'incite sa conscience à rendre un verdict trop favorable, elle sollicite l'aide du ciel et s'en remet au jugement de Dieu. "Éternel, n'aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s'élèvent contre toi?" (Psaume 139:21). 

Sa propre conscience en témoigne : "Je les hais d'une haine parfaite ; je les tiens pour mes ennemis" (verset 22). Pourtant, David, ne se contentant pas de son seul témoignage, en appelle à Dieu : "Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur... vois si je suis sur une mauvaise voie" (versets 23-24). De même, les médecins avisés ne se fient pas à leur jugement concernant leur propre santé, pas plus que les chrétiens sincères ne s'en remettent à eux-mêmes pour juger de l'état de leur âme. C'est vers Dieu qu'ils se tournent ; son jugement seul fait autorité et détermine leur conviction.

Une fois qu'ils ont prié et exposé leur situation devant lui, ils attendent, à l'instar de David, d'entendre ce qu'il a à dire. On les verra donc se soumettre à un ministère qui sonde les cœurs ; ils ne sortent jamais plus satisfaits que lorsque leur conscience est mise à nu et leur cœur mis en pleine lumière, à l'image de la Samaritaine qui, vantant le sermon et le Christ qui l'avait prononcé auprès de ses voisins, soulignait qu'il lui avait révélé tout ce qu'elle avait fait (Jean 4:29). 

En revanche, un cœur corrompu répugne à entendre pareils propos. Il estime que le prédicateur commet une intrusion lorsqu'il pénètre sur son terrain pour interpeller directement sa conscience ; s'il le pouvait, il engagerait des poursuites à son encontre pour cela. Hérode supportait mal que Jean mît le doigt sur son péché. Bien qu'il le craignît (sa conscience le travaillant), il ne l'aima jamais ; c'est pourquoi il se laissa aisément convaincre de faire trancher la tête de cet homme dont la langue, d'une telle audace, avait osé blâmer sa conduite incestueuse. 


B) Le cœur sincère fait preuve d'une honnêteté absolue envers lui-même, tant dans l'examen que dans le jugement qu'il porte sur sa propre personne, dès lors qu'un témoignage clair s'élève contre lui et que la conscience lui dit : "Âme, dans ce devoir, tu as laissé libre cours à l'orgueil ; dans cette affection, à l'obstination et à l'impatience." Une telle âme ne tarde pas à prononcer le jugement, et elle le fait avec tant de véhémence et de sévérité qu'il est manifeste que le zèle pour Dieu (qu'elle a déshonoré) lui fait oublier toute pitié pour elle-même. Elle s'acharne à s'humilier et à s'abaisser, à l'instar des fils de Lévi exécutant la justice sur leurs frères, ne connaissant alors "ni frère ni sœur" dans l'accomplissement de cet acte.

C'est véritablement un acte héroïque que celui de l'âme sincère qui se juge elle-même. Elle est si transportée et revêtue d'une sainte fureur contre son péché qu'elle reste sourde aux appels de la chair et du sang, lesquels l'inciteraient à envisager une sentence plus clémente. "J'ai péché", dit David, "contre l'Éternel" (2 Samuel 12:13) ; ailleurs : "J'ai commis un grand péché et agi avec une grande folie" (2 Samuel 24) ; et dans un troisième passage, se jugeant indigne du nom d'homme, il s'assimile à la bête : "J'étais stupide et sans intelligence, j'étais comme une bête devant toi" (Psaume 73:22).

Mais pour ce qui est du cœur faux (si la conscience lui fait des reproches sur tel ou tel point, et qu'il devine, grâce à ce murmure intérieur, quel sera l'issue du procès s'il va jusqu'au bout de la procédure), le tribunal est aussitôt dissous et l'affaire renvoyée à une audience ultérieure, qui risque fort de ne jamais avoir lieu. De même que les témoins, lassés par les retards et les remises incessantes, finissent par se décourager et préfèrent rester chez eux plutôt que de comparaître pour rien, la conscience cesse de témoigner lorsqu'elle ne peut être entendue et qu'aucun jugement ne peut être prononcé contre le coupable.

Un point particulier: un cœur sincère est aussi transparent envers Dieu qu'envers lui-même. Cela peut se manifester de plusieurs manières. Prenons-en une pour servir d'exemple : celle des supplications et des requêtes adressées au trône de la grâce. Dans la prière, l'hypocrite joue un double jeu ; il demande ce qu'il ne remercierait pas Dieu de lui accorder. Il y a un mystère d'iniquité dans sa façon de prier contre l'iniquité. Or, c'est sur deux points précis que se révélera la sincérité (ou non) de notre cœur. 

Observe si ton esprit est profondément accablé lorsque ta requête reste sans réponse, ou si, au contraire, tu te soucies peu de son issue. Qu’il s’agisse d’un péché que tu cherches à combattre ou d’une grâce que tu sollicites, quel est ton état d’esprit pendant que ton messager se fait attendre, surtout si ce délai se prolonge ? Tu pries, mais la corruption ne diminue pas et la grâce ne croît pas. C’est alors que se révèlent ton hypocrisie ou ta sincérité. Si tu es sincère, chaque instant te semblera une heure, chaque heure une journée, et chaque journée une année, jusqu’à ce que tu reçoives des nouvelles du ciel. "L’espérance différée rend le cœur malade."

Le malade qui fait appeler le médecin n’attend-il pas avec impatience sa venue ? Il craint que son messager ne le manque, qu’il ne veuille pas venir, ou qu’il ne meure avant que le remède n’arrive. Mille craintes le tourmentent et lui font désirer ardemment la présence du médecin. C’est ainsi que l’âme sincère passe, le cœur triste, les heures qui s’écoulent sans réponse à sa requête. "Je suis une femme à l’esprit accablé de chagrin", disait Anne à Élie (1 Samuel 1:15). Et pourquoi cela ? Hélas, elle avait prié Dieu année après année, sans qu’aucune réponse ne lui parvienne.  

Ainsi parle l'âme : "J'ai l'esprit amer ; voilà bien des jours et des mois que je prie pour obtenir un cœur tendre, un cœur croyant, mais rien ne vient. Je crains de n'avoir pas été sincère dans cette démarche. Sinon, ma requête serait-elle restée si longtemps en suspens ?" Une telle âme est en proie à la crainte et au tourment, pareille au marchand dont le riche navire est en mer et qui, resté à terre, ne trouve le sommeil tant qu'il ne l'a pas vu ou n'en a pas reçu de nouvelles. Mais si, après avoir élevé ta prière, tu parviens à te décharger du souci et des pensées qui s'y rattachent, comme si prier revenait simplement pour un enfant à griffonner sur une feuille de papier qu'il délaisse aussitôt sans plus y songer ; si tu peux accepter les refus de Dieu à ce sujet sans plus d'émoi qu'un soupirant indifférent n'en ressent à ne pas avoir de nouvelles de celle qu'il n'a jamais vraiment aimée, sans que ton repos en soit troublé ni ta joie altérée, alors c'est un cœur trompeur qui t'a poussé à agir. Et prends garde : il se pourrait qu'au lieu d'exaucer ta prière, Dieu réponde au désir secret de ton cœur ; or, s'il venait à le faire, tu serais perdu à jamais.

Examine si tu mets en œuvre les moyens d'obtenir ce que tu demandes à Dieu de t'accorder. Un cœur faux reste inactif tout en attendant que Dieu agisse ; il ressemble à cet homme dont la charrette s'était enlisée dans la boue et qui criait : "Jupiter, aide-moi !" sans pour autant mettre l'épaule à la roue. Si ses penchants corrompus pouvaient être mortifiés et anéantis pour lui (tout comme Goliath le fut pour les Israélites, qui regardaient la scène sans porter le moindre coup), il s'en satisferait ; mais quant à les affronter ou à se donner la peine d'employer les moyens nécessaires pour remporter la victoire, il est si rongé par la paresse et la lâcheté qu'il juge cet effort aussi pénible que de rester assis dans l'esclavage et la servitude qu'ils lui imposent.

L'âme sincère, en revanche, fait preuve d'une diligence consciencieuse. "Élevons nos cœurs et nos mains vers Dieu qui est dans les cieux" (Lamentations 3:41). C'est-à-dire, comme le dit Bernard : "prions et agissons". La langue de l'hypocrite s'agite, mais les pieds de l'âme sincère marchent et ses mains travaillent. 

Autre point: L'âme sincère révèle aux hommes sa simplicité et sa droiture. "Nous nous sommes conduits parmi vous", dit Paul aux Corinthiens, "avec simplicité et sincérité devant Dieu, non avec une sagesse charnelle." Le chrétien est celui qui ne peut soumettre son cœur à son intelligence, ni sa conscience à ses propres calculs. Il s'en remet à Dieu en pratiquant le bien et ne craint pas autrui, tant que sa conscience ne lui reproche rien ; aussi n'ose-t-il pas entamer sa conscience pour sauver sa peau, mais il confesse Dieu librement et ouvertement, sans dissimuler sa foi ; tandis que l'hypocrite change de cap et arbore les couleurs que lui dictent ses calculs et ses intérêts mondains.

Si la voie est libre et qu'aucun danger ne menace, il affichera autant de piété que quiconque ; mais dès qu'il perçoit le moindre risque pour lui-même, il vire de bord et change de cap, ne se faisant aucun scrupule de jouer double jeu avec Dieu et les hommes. Il considère comme la bonne voie celle qui assure sa sécurité temporelle. L'homme intègre, en revanche, suit une tout autre direction : "La voie royale des hommes droits consiste à s'éloigner du mal" (Proverbes 16:17). C'est le chemin que parcourt ce véritable voyageur ; et si jamais on le voit s'en écarter, ce n'est que par mégarde, comme celui qui s'est égaré bien malgré lui, et il ne trouve de repos qu'une fois revenu sur la bonne route. 

3. Le chrétien sincère et au cœur droit fait preuve de constance. Tout comme la vérité doctrinale se distingue de son opposé par son unité, tandis que l'erreur est multiple et dépourvue de l'harmonie propre aux vérités, de même la vérité du cœur, ou sincérité, se reconnaît à ce même trait distinctif par rapport à l'hypocrisie. En effet, la vérité dans le cœur n'est que la copie et la reproduction fidèle de l'autre. Elles s'accordent comme le visage reflété dans un miroir s'accorde avec celui de la personne qui s'y regarde, ou comme l'empreinte dans la cire correspond à la gravure du sceau dont elle provient. Par conséquent, si la vérité dans la parole est constante et harmonieuse, la vérité dans le cœur (qui n'est que l'empreinte de cette dernière) doit l'être tout autant.

Dans le cours de sa vie, le chrétien sincère demeure fidèle à lui-même ; il est "un homme d'une seule couleur", et non comme ces étoffes changeantes dont la teinture révèle des nuances variées selon la manière dont on les agite. L'obéissance du chrétien sincère présente une triple uniformité : elle est constante quant à l'objet, au sujet et aux diverses circonstances qui l'accompagnent.

Le chrétien sincère est constant, quant à l'objet de son obéissance. L'hypocrite, lui, s'attache à un devoir tout en négligeant un autre. Tel un corps sphérique, il ne touche la loi de Dieu qu'en un seul point, manifestant du zèle pour un commandement particulier, mais il ne s'y conforme pas dans le reste ; tandis que le cœur sincère adhère à la loi de Dieu tout entière, tant par son désir que par ses efforts. On dit du pied de l'homme droit qu'il "se tient sur un terrain plat" (Psaume 26:12) ; il ne marche pas en boitant ni de manière disgracieuse, comme ceux qui empruntent des chemins inégaux, cahoteux et accidentés, ou comme ceux dont les pieds et les jambes "ne sont pas égaux", car, comme le dit Salomon, "les jambes des boiteux sont inégales" et ne peuvent donc se tenir "sur un terrain plat", l'une étant longue et l'autre courte.

Les pieds de l'homme sincère sont d'aplomb et ses jambes d'égale longueur, pour ainsi dire ; il veille avec une égale conscience à accomplir toute la volonté de Dieu. L'hypocrite, tel le blaireau, a une patte plus courte que l'autre ; ou, comme un cheval fourbu, il ne se tient pas droit sur ses quatre membres : on remarque qu'il ménage au moins un pied, répugnant à le poser au sol. Les pharisiens affichaient un grand zèle pour la première table de la Loi. Ils priaient et jeûnaient de manière extraordinaire, mais ils priaient pour leur proie ; et, après avoir jeûné toute la journée, ils soupaient aux frais d'une pauvre veuve dont ils avaient l'intention de "dévorer" la maison. 

Un jeûne lamentable, qui s'achève dans l'oppression et ne sert qu'à leur donner un appétit vorace pour engloutir les biens d'autrui sous un masque de piété ! L'homme moral se montre très scrupuleux dans ses rapports avec ses semblables, mais se conduit en véritable voleur envers Dieu. Bien qu'il ne lèse pas son prochain d'un sou, il ne craint pas de dépouiller Dieu de biens bien plus précieux. L'amour, la crainte et la foi sont des dettes qu'il doit à Dieu, et pourtant il ne se fait aucun scrupule de ne pas les rembourser. Il est courant, dans les Écritures, de décrire un saint, une personne pieuse, par un devoir particulier ou une grâce unique. Tantôt son caractère est défini comme celui "qui craint le serment" (Ecclésiaste 9:2), tantôt comme celui "qui aime ses frères" (1 Jean 3:14), et ainsi de suite. 

Et pourquoi ? Parce que, là où un devoir est accompli avec conscience, le cœur se tient prêt pour tout autre. De même que Dieu a édicté tous ses commandements avec la même autorité (c'est pourquoi il est dit en Exode 20:1 : "Dieu prononça toutes ces paroles", les unes tout autant que les autres), ainsi Dieu infuse toute grâce simultanément ; il n'inscrit pas une loi particulière dans le cœur de ses enfants, mais la Loi tout entière, laquelle constitue un principe universel inclinant l'âme impartialement vers tous les préceptes ; de sorte que, si tu n'en aimes pas la totalité, ta sincérité est nulle en chacun d'eux. 

Le chrétien sincère est uniforme quant au sujet lui-même. L'homme tout entier, pour autant qu'il est renouvelé, marche dans une seule direction. Toutes les puissances et facultés de l'âme unissent leurs forces et s'accordent harmonieusement. Lorsque l'intelligence découvre une vérité, la conscience exerce alors toute son autorité sur la volonté, lui commandant, au nom de Dieu dont elle est la mandataire, de l'accueillir ; la volonté, dès que la conscience frappe, s'ouvre et la laisse entrer ; les affections, telles des servantes dévouées, voyant en elle une invitée bienvenue pour la volonté, manifestent leur empressement à la servir, comme il sied à leur rang.

Il en va tout autrement chez l'hypocrite. En lui, une faculté lutte contre une autre ; jamais on ne les voit s'unir et s'accorder dans un vote bienveillant. Lorsque l'entendement est éclairé, l'homme connaît telle vérité ou tel devoir ; pourtant, bien souvent, la conscience est corrompue dans l'exercice de sa charge et ne va même pas jusqu'à lui reprocher sa négligence. La vérité se tient, pour ainsi dire, devant l'âme, mais la conscience refuse de se faire son alliée au point de frapper à la porte et d'éveiller l'âme pour l'y laisser entrer.

Si la conscience se laisse persuader de plaider sa cause et manifeste quelque zèle pour en obtenir l'accueil, elle ne récolte à coup sûr qu'un refus brutal et un regard courroucé, pour s'être tant empressée d'introduire une invitée aussi importune, à l'instar d'une épouse acariâtre envers son mari lorsqu'il ramène chez lui quelqu'un qu'elle n'apprécie pas, ou bien elle ne rencontre qu'un accueil feint, destiné à dissimuler plus subtilement l'hostilité secrète qu'on lui voue. 

L'âme sincère fait preuve de constance, c'est-à-dire dans les circonstances de son obéissance et de sa marche sainte : le moment, le lieu, la compagnie et la manière d'agir. Elle est constante quant au temps. Sa religion ne ressemble pas à un habit de fête que l'on ne revêt qu'à des moments précis ; quel que soit le moment où vous l'abordez, vous la trouverez toujours vêtue de la même manière : sainte le jour du Seigneur, et sainte tout autant les autres jours de la semaine. "Heureux ceux qui observent la justice, qui pratiquent la droiture en tout temps" (Psaume 106:3). La couleur qu'un homme affiche sur son visage lorsqu'il est assis près du feu ne reflète pas sa véritable complexion si elle s'efface aussitôt après.

Il en est certains dont, pour percevoir la bonté et connaître la piété, il faut saisir le moment opportun, faute de quoi l'on n'y trouvera rien. Ils ressemblent à ces fleurs qui ne sont visibles que quelques mois par an, ou à ces médecins que l'on appelait autrefois "hommes de la matinée" : quiconque voulait leur parler devait se présenter le matin, car, l'après-midi, ils étaient généralement ivres. Ainsi, il se peut que vous surpreniez l'hypocrite à genoux le matin, dans l'attitude d'un saint ; mais, une fois cet élan retombé, vous ne verrez guère Dieu dans sa conduite jusqu'à ce que la nuit le ramène, par habitude, à un exercice semblable. Une montre qui ne marche qu'au moment où on la remonte pour s'arrêter ensuite toute la journée ne vaut rien ; il en va de même, assurément, pour le cœur qui ne désire pas demeurer constamment en mouvement spirituel. 

J'admets qu'il peut y avoir une grande différence entre deux montres. Pour l'une, le défaut peut provenir de la montre elle-même, parce qu'elle n'est pas bien conçue, et il en sera toujours ainsi tant que son mécanisme ne sera pas modifié ; une autre, en revanche, est peut-être un mécanisme bien fait, mais de la poussière en entrave les rouages ​​ou une chute l'a quelque peu endommagée ; une fois ces obstacles levés, elle fonctionnera de nouveau parfaitement.

Il en va de même pour la différence entre l'âme sincère et l'hypocrite. L'âme sincère peut voir son mouvement spirituel et sa marche chrétienne interrompus, mais cela est dû à une tentation qui, pour l'heure, l'entrave. Toutefois, elle possède une nature nouvelle qui l'incline à une progression constante dans la sainteté et qui, l'obstacle actuel écarté, reprend son exercice naturel de piété. L'hypocrite, en revanche, fait défaut dans la constitution et la disposition même de son esprit ; il ne possède pas en lui ce principe de grâce capable de soutenir son mouvement.

En outre, le chrétien sincère demeure constant, quels que soient le lieu ou la compagnie. Où qu'il aille, il emporte avec lui la règle qui guide sa conduite. Chez lui, au milieu de ses proches, il fait sienne la résolution de David : "Je marcherai dans l'intégrité de mon cœur au milieu de ma maison" (Psaume 101:2). Suivez-le au-dehors : il emporte sa conscience avec lui et ne lui ordonne pas, comme Abraham le fit pour ses serviteurs en montant à la montagne, de rester en arrière jusqu'à son retour.

Les Romains avaient une loi exigeant que chacun, où qu'il aille, porte sur son chapeau ou son vêtement extérieur un signe distinctif de son métier, afin d'être reconnu. Le chrétien sincère ne se défait jamais volontairement de l'emblème de sa sainte profession. Ni le lieu ni la compagnie ne le détournent de la voie qualifiée de sainte, car sa conscience ne le pousse pas à négliser la prudence. Il sait faire la distinction entre les lieux et les compagnies ; aussi, lorsqu'il se trouve au milieu de pécheurs impétueux et moqueurs, ne livre-t-il pas la religion au mépris en jetant ses perles devant ceux qui les piétineraient et le déchireraient.

Toutefois, il veille avec grand soin à ce que sa prudence ne compromette en rien sa droiture. "Je me conduirai avec sagesse", dit David (Psaume 101:2), "dans une voie intègre" ; c'est-à-dire : je ferai preuve de toute la sagesse possible, afin de demeurer également intègre. En vérité, de tels lieux et de telles compagnies sont pareils à la zone torride, inhabitables pour l'âme pieuse : l'impiété y est si ardente que la sincérité ne peut s'y manifester sans mettre en péril le saint. Dès lors, ceux qui n'ont ni assez de zèle pour s'élever contre les péchés de tels individus, ni assez de souci d'eux-mêmes pour se retirer de ces lieux où ils ne peuvent que recevoir le mal sans faire aucun bien, ont tout lieu de remettre en question leur propre sincérité.

4. Le chrétien sincère progresse sans cesse ; il n’atteint le terme de son voyage qu’une fois parvenu au Ciel. Cela le maintient en mouvement, le poussant à aller de l’avant dans ses désirs et ses efforts ; il est reconnaissant pour une petite mesure de grâce, mais ne se contente pas de grandes mesures de celle-ci. "À mon réveil", dit David, "je me rassasierai de ton image" (Psaume 17:15). Il goûtait de douces joies dans la maison de Dieu, au sein de ses ordonnances. L’Esprit de Dieu était le messager qui lui apportait, depuis la table divine, des mets exquis, des consolations intérieures inconnues du monde. 

Pourtant, cela ne suffit pas à David. Seul le ciel peut lui offrir la pleine mesure de ce breuvage. On raconte que les Gaulois, lorsqu'ils goûtèrent pour la première fois aux vins d'Italie, furent si séduits par leur onctuosité et leur douceur qu'ils ne se contentèrent pas d'en faire le commerce ; ils résolurent de conquérir la terre même où ils étaient produits. De même, l'âme sincère ne se satisfait pas de recevoir, çà et là, un peu de grâce et de réconfort venus du ciel, qui serait le fruit d'un commerce entretenu à distance avec Dieu par le biais des ordonnances divines ici-bas ; elle aspire plutôt à conquérir cette terre sainte, ce lieu béni, afin de boire le vin du Royaume au sein même du Royaume. Cette aspiration élève l'âme vers de nobles et grandes entreprises : comment atteindre des degrés de grâce toujours plus élevés, jour après jour, et s'élever ainsi toujours plus près du ciel. 

Celui qui vise le ciel tire plus haut que celui qui ne cherche qu'à atteindre un arbre. "Je cours", dit Paul, "vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ" (Philippiens 3:14). D'autres admiraient les accomplissements de Paul (ah ! s'ils avaient la grâce de Paul, ils seraient heureux !) mais lui-même s'estimerait fort malheureux s'il ne devait rien obtenir de plus. Il déclare qu'il n'a pas encore saisi ce pour quoi il court. Le prix ne se trouve pas à mi-chemin, mais au terme de la course ; c'est pourquoi il s'élance à toute vitesse, faisant même de cet effort la preuve de la droiture de chacun. "Nous tous donc qui sommes parfaits" (c'est-à-dire sincères) "ayons ces mêmes sentiments" (verset 15). C'est l'hypocrite seulement qui se limite dans les choses de Dieu.

Il possède quelques rudiments de savoir qui lui permettent de discourir de religion avec les croyants ; pour le reste, il s'en remet à d'autres, jugeant cela plus approprié au prédicateur qu'à lui-même. Il apprécie certaines formes extérieures, telle l'observance des rites publics, et s'y conforme pour afficher sa piété ; il s'abstient des péchés qui le rendraient odieux à son voisinage ; mais aspirer à une communion plus intime et plus profonde avec Dieu à travers ces rites, s'efforcer de rendre son cœur plus spirituel et de mortifier toujours davantage la chair et le péché qui l'habitent, voilà qui n'a jamais fait partie de ses desseins : il ressemble à ce piètre commerçant qui n'ose jamais viser la richesse, mais s'estime heureux de pouvoir simplement maintenir sa boutique ouverte et échapper à la prison, quitte à recourir à mille ruses et expédients. 

Après avoir exposé les caractéristiques d'un cœur sincère, il convient d'en tirer quelques enseignements à la lumière du verdict que votre conscience rendra au fond de vous-mêmes, lorsque vous soumettrez votre état spirituel à l'épreuve de ces critères. Or, le constat que la conscience établira, une fois que vous vous serez examinés à l'aune de ces principes, aboutira nécessairement à l'une de ces trois conclusions : soit, premièrement, elle vous condamnera comme hypocrites ; soit, deuxièmement, au terme d'un examen approfondi, elle rendra un témoignage favorable à votre sincérité ; soit, troisièmement, elle vous désignera comme ignorants et vous laissera dans le doute, des âmes qui sont certes sincères, mais qui n'osent pas se considérer comme telles. Afin de pouvoir t'atteindre, lecteur, par une voie si je ne t'atteins pas par une autre, je m'adresserai (prochainement) successivement à ces trois catégories de personnes. 

dimanche 2 août 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 58e partie

 

L'odieuse nature de l'hypocrisie et son aversion pour Dieu.

La sincérité couvre-t-elle tous les défauts ? L'hypocrisie, au contraire, met l'âme à nu, la dépouillant de toute honte devant Dieu, même lorsqu'elle est parée des plus belles qualités. Cette hypocrisie est telle qu'elle s'incruste dans les plus belles perfections et altère le teint de l'âme ; aux yeux de Dieu, elle est plus néfaste que la lèpre ou la variole pour le plus beau visage du nôtre. On remarque la différence de caractère entre les deux rois de Juda, Asa et Amatsia. Du premier il est dit : "Mais les hauts lieux ne furent pas abolis ; néanmoins, le cœur d'Asa resta intègre envers l'Éternel durant toute sa vie" (1 Rois 15:14). Il est décrit comme un homme gracieux, et ce, sans aucune réserve : "néanmoins, son cœur était intègre".

La sincérité, comme l'or véritable, présente des imperfections. Ses faiblesses ne sont pas mentionnées pour ternir son honneur ni le discréditer aux yeux de quiconque. Mais, à l'instar de la verrue ou du grain de beauté que le peintre curieux fait volontairement ressortir pour mieux faire ressortir la beauté du reste, ses défauts sont consignés pour rehausser sa sincérité ; ce qui, malgré ces péchés, pouvait lui valoir un tel témoignage de la bouche même de Dieu.

Quant à Amatsia, il est dit : "Il fit ce qui était droit aux yeux de l’Éternel, mais son cœur n’était pas parfait" (2 Chroniques 25:2). Le fond de ses actions était bon, mais la portée et l’orientation de son cœur étaient mauvaises, ce qui jette une tache indélébile sur tout et transforme le bien en mal. Son hypocrisie est exprimée ainsi : "Il fit ce qui était droit aux yeux de l’Éternel, mais non comme David son père ; il fit en tout selon Joas son père" (2 Rois 14:3). Il fit un temps comme David quant au fond, mais imita Joas quant à la manière, dont la bonté était destinée à plaire aux hommes plutôt qu’à Dieu, comme le montra la mort de son oncle Jehoïada.

C’est lui qu’Amatsia suivit, et non David dans sa droiture. Ainsi, nous voyons que la droiture d'Asa le loue malgré ses nombreux manquements, tandis que l'hypocrisie condamne Amatsia pour avoir fait ce qui était juste. C'est la sincérité ! Elle est la source de toutes nos grâces et donne vie à tous nos devoirs. De même que la vie embellit et préserve la douceur du corps, la sincérité embellit l'âme et tout ce qu'elle fait.

Une prière sincère, murmurée du fond du cœur, réjouit le ciel. Mais sans sincérité, Dieu dit de la prière comme Abraham à propos de Sara, qu’il aimait tendrement de son vivant : "Enterrez les morts loin de ma vue." Il se voile la face, se bouche les narines, comme devant une charogne venimeuse. "Cessez d'apporter de vaines offrandes: J'ai en horreur l'encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; je ne puis voir le crime s'associer aux solennités" (Ésaïe 1:13-14).

Quelle est donc cette chose abjecte contre laquelle Dieu s'insurge avec tant de véhémence ? Ce n'est rien d'autre que de l'hypocrisie. Assurément, mes amis, cela doit être fort odieux que Dieu parle si grossièrement de ses propres ordonnances, et qu'il les considère comme une simple idole à briser en morceaux ; la foi n'est pas la foi, mais une fantaisie et une illusion ; le repentir non pas le repentir, mais un mensonge éhonté. "Ils revinrent et consultèrent Dieu dès le matin" (Psaume 78:34).

Voyez comment l'Esprit de Dieu commente cela : "Néanmoins, ils le flattaient de leur bouche et lui mentaient de leur langue. Car leur cœur n'était pas droit envers lui" (versets 36-37). Cela a chassé Dieu de sa propre maison et l'a détourné de ce lieu qu'il avait déclaré être son "lieu de repos éternel". Cela a attiré la colère de Dieu sur ce peuple malheureux jusqu'à son paroxysme.

Remarquez comment se déroule la mission que Dieu confia à l'Assyrien, bourreau sanglant de sa colère contre eux. "Assyrien, verge de ma colère, bâton de mon indignation ! Je l'enverrai contre une nation hypocrite, contre le peuple de ma colère je lui donnerai l'ordre de piller, de prendre le butin et de les fouler aux pieds comme la boue des rues" (Ésaïe 10:5-6 ; voir Jérémie 7:10-13).

Il n'est pas nécessaire de faire appel à un coroner, ni de réunir un jury pour connaître la fin tragique de ce peuple misérable : c'était une nation hypocrite. Voilà ce qui les a tués. Dieu préférait voir l'abomination de la désolation semer la désolation dans son temple, plutôt que l'abomination de la dissimulation le narguer ouvertement, tandis qu'ils l'adorent des lèvres et que leurs désirs les asservissent de tout leur cœur.

Des deux, il est plus acceptable aux yeux de Dieu de voir un Belschatsar, qui n'a jamais été reconnu comme son serviteur, s'enivrer et faire la fête de manière profane en l'honneur de ses dieux dans les entrailles du sanctuaire, plutôt qu'un peuple se prétendant serviteur souillant son propre culte par son hypocrisie maudite. Si Dieu est déshonoré, malheur à celui qui le fait sous prétexte de l'honorer.

Dieu désigne l'hypocrite comme le genre de pécheur qu'il jugera personnellement et contre lequel il témoignera, même dans cette vie, d'une manière plus extraordinaire que contre les autres. Le voleur, le meurtrier et les autres pécheurs semblables sont pourvus par Dieu que le magistrat les rencontre et relève de sa compétence ; mais l'hypocrite, qui pèche plus secrètement, est connu de Dieu seul, qui est capable de le démasquer et s'y est engagé : "Car quiconque de la maison d'Israël… se sépare de moi et place des idoles dans son cœur, vient consulter un prophète à mon sujet" (Ézéchiel 14:7). Ceci constitue une excellente description de l'hypocrite : il renie son cœur à Dieu, le réservant à ses idoles, à ses convoitises, et pourtant, il est aussi prompt que n'importe qui à s'enquérir des ordonnances de Dieu.

Il poursuit : "Moi, l’Éternel, je lui répondrai moi-même." Et comment lui répondra-t-il ? "Je me tournerai contre cet homme, je ferai de lui un symbole et un proverbe, et je le retrancherai du milieu de mon peuple ; et vous saurez que je suis l’Éternel", verset 8 ; c’est-à-dire que mes jugements seront si manifestes à son égard qu’il sera un spectacle de ma colère, visible et on en parlera.

Ainsi, Dieu punit souvent l’hypocrite dans cette vie, comme Ananias et Saphira, morts de la main de Dieu avec un mensonge coincé dans la gorge ; et Judas, qui n’a rien acquis par son hypocrisie, si ce n’est un fil pour se pendre. Son hypocrisie envers le Christ l’a conduit à se tirer une balle dans le pied, à devenir son propre bourreau.

Mais si l'hypocrite s'enfuit du monde avant que son voile ne tombe et que la colère de Dieu ne s'abatte sur lui, elle le retrouvera assurément en enfer. Il n'y trouvera guère de réconfort à penser comment il a trompé ses voisins pour y parvenir, eux qui le croyaient si confiant en route pour le ciel. La bonne opinion qu'il a conservée de lui-même auprès de ceux qui sont sur terre ne l'apaisera pas en enfer, où des chambres lui sont réservées, comme à l'hôte principal attendu dans cette cour infernale.

Tous les autres pécheurs ne semblent que de jeunes frères damnés à côté de l'hypocrite, sous l'autorité duquel, en tant que grand héritier, ils reçoivent chacun leur part de colère, léguée par la justice de Dieu. Dans Matthieu 24:51, le mauvais serviteur est menacé par son maître de le "retrancher et de lui assigner sa part avec les hypocrites".

Question. Mais pourquoi Dieu serait-il si en colère contre l'hypocrite ? Il paraît si docile aux yeux des autres pécheurs, qui, tels des bêtes sauvages, hurlent et vocifèrent, n'hésitant pas à ouvrir la bouche comme autant de loups contre le ciel, comme s'ils voulaient arracher Dieu de son trône par leurs blasphèmes et leurs horribles impiétés. L'hypocrite n'ose pas pécher ainsi en plein jour, ni étendre sa tente avec Absalom sur le toit. S'il commet une faute, c'est en secret. Sa pudeur l'empêche de déclarer son péché et d'être vu en compagnie de celui-ci. Bien plus, il se nie de nombreux péchés que d'autres s'autorisent, et accomplit de nombreux devoirs que les esprits athées du monde raillent et méprisent. Pourquoi donc l'hypocrite, qui vit comme un saint aux yeux des autres, lui serait-il plus insupportable ?

Réponse. En effet, l'hypocrite peut, au premier abord, passer pour un saint aux yeux de ceux qui ne voient que son apparence extérieure, lorsqu'il passe en habit de fête, auquel il doit toute sa réputation aux yeux d'autrui. C'est pourquoi on l'appelle à juste titre "le saint des étrangers", mais un véritable démon pour ceux qui le connaissent mieux. Il est comme un infirme rusé, qui recourt à l'art pour dissimuler ses défauts naturels : une perruque pour cacher sa calvitie, un œil artificiel pour masquer sa cécité, et ainsi de suite. On s'efforce de le présenter comme un bel homme aux yeux des autres, mais quel monstre apparaîtrait-il si on l'apercevait par le trou de la serrure, dans sa chambre, où tout cela est mis de côté ?

Tel est véritablement l'hypocrite, et bien plus effrayant encore, lorsqu'il se départit de son costume de saint, qu'il ne revêt que pour jouer ce rôle devant autrui. Il suffirait déjà de nous effrayer de voir l'hypocrite démasqué ; qu'adviendra-t-il donc de lui-même lorsqu'il sera exposé devant les hommes et les anges ! Cette génération est si odieuse à Dieu qu'il est dangereux de s'approcher d'elle. Moïse, qui connaissait Coré, Dathan et Abiram mieux que le peuple, qui, séduit par leur zèle apparent, les suivait en masse, leur ordonne de s'éloigner des tentes de ces hommes pervers, à moins de vouloir périr avec eux. Il s'attendait à ce que la vengeance ne tarde pas à frapper une telle hypocrisie. Mais pour que ce péché paraisse "plus grave que grave", j'en citerai quelques-uns qui aggraveront la situation et expliqueront pourquoi il est si odieux à Dieu.

Quelques aggravations de l'hypocrisie.

Première aggravation. L'hypocrisie est un péché qui s'attaque à la lumière même de la nature. Cette lumière qui nous convainc de l'existence de Dieu nous enseigne qu'il faut le servir, et cela aussi en vérité, sans quoi tout est vain. Le mensonge est un péché qui serait vulgairement proféré par un païen ; l'hypocrisie est le mensonge le plus flagrant, car il est proféré contre Dieu lui-même. C'est pourquoi Pierre dit à ce misérable hypocrite : "Pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur au point de mentir au Saint-Esprit ? Ce n'est pas aux hommes que tu as menti, mais à Dieu" (Actes 5:3-4).

Deuxième aggravation. L'hypocrisie ne saurait être considérée comme un péché unique, au même titre que les autres péchés. Elle figure parmi les péchés, comme la sincérité parmi les grâces. Or, la sincérité n'est pas une grâce parmi d'autres, mais un ornement qui embellit toutes les autres grâces. La valeur de la foi réside dans son authenticité, et celle de l'amour dans sa sincérité. Ainsi, l'odieux des péchés se manifeste lorsqu'ils sont commis avec hypocrisie. David aggrave le péché de ces compagnons moqueurs qui, à table, ne pouvaient apprécier leur joie qu'en la teintant de quelques railleries, en les qualifiant de "moqueurs hypocrites" (Psaume 35, 16).

Ils agissaient sournoisement, dissimulant leurs railleries sous un langage tel que certains, ne les ayant pas bien perçues, pouvaient croire qu'ils l'applaudissaient. Il existe une manière de faire des "éloges" que certains ont appris à employer lorsqu'ils veulent jeter le plus grand mépris sur ceux qu'ils haïssent amèrement ; et ces "moqueurs hypocrites" méritent que la chaise leur soit donnée par tous les autres méprisants.

On considère les fièvres comme malignes selon le degré de putréfaction qu'elles présentent. L'hypocrisie est la putréfaction et la pourriture mêmes du cœur. Plus ce mal est présent dans un péché, plus il est pernicieux. David parle de "l'iniquité de son péché" : "Je t'ai avoué mon péché, je n'ai point caché mon iniquité. J'ai dit : Je confesserai mes transgressions à l'Éternel ; et tu as pardonné l'iniquité de mon péché" (Psaume 32:5). Ce péché semble très probablement être son adultère avec Bethsabée et le meurtre d'Urie, comme en témoignent son long "silence" (verset 3), le pardon qui lui a immédiatement été accordé après sa confession (verset 5), pardon que Nathan lui a transmis, et sa volonté de continuer à le confesser, manifeste dans le psaume 51 empreint de tristesse qui suit son entretien avec Nathan. Or, pour rendre plus éclatante la miséricorde divine, David affirme qu'il n'a pas seulement pardonné son péché, mais aussi l'iniquité de celui-ci.

Et qu'était-ce donc ? Le pire que l'on puisse dire de ce péché complexe, c'est qu'il était empreint d'hypocrisie. Il a lamentablement jonglé entre Dieu et les hommes. C'était là, j'en suis convaincu, "l'iniquité de son péché", et cela le rendait plus grave encore que le sang qu'il a versé. J'insiste d'autant plus sur ce point que Dieu lui-même, lorsqu'il soulignait l'horreur de ce péché, semblait s'appuyer davantage sur l'hypocrisie qu'il recelait que sur le péché lui-même, comme en témoigne ce saint homme : "David fit ce qui était droit aux yeux de l'Éternel, et ne se détourna d'aucun de ses commandements, durant toute sa vie, sauf au sujet d'Urie le Hittite" (1 Rois 15:5).

David n'a-t-il pas commis d'autres erreurs ? L'Esprit de Dieu, en parlant de cette exception, approuve-t-il tout le reste de ses actes ? Certainement pas. L'Esprit de Dieu mentionne d'autres péchés qui ont échappé à cet éminent serviteur du Seigneur ; mais tous sont passés sous silence ici, et celui-ci est présenté comme la seule tache de sa vie. Pourquoi ? Sans doute parce que ce seul péché semblait moins sincère, voire plus hypocrite, que tous les autres réunis. Bien que David se soit trompé sur le fond de ses actions, son cœur était plus droit dans la manière de les commettre.

Mais ici, sa sincérité fut grièvement blessée, sans pour autant anéantir totalement cette habitude, du moins au point de la plonger dans un profond désarroi, l'empêchant de la mettre en pratique. Et véritablement, la blessure fut très profonde lorsque cette grâce, source de toute vie, fut atteinte. Nous voyons donc que Dieu avait raison; bien que sa miséricorde l'y incitât, oui, que son alliance l'y obligeât, de ne pas laisser son enfant mourir de cette blessure, c'est-à-dire de ce péché, que ce soit par manque de repentir ou par manque de miséricorde, de la guérir de telle sorte qu'une cicatrice demeure, une marque sur le péché, afin que d'autres sachent combien l'hypocrisie est odieuse à Dieu.

Troisième aggravation. Les considérations qui pourraient de prime abord sembler atténuer la gravité du péché de l'hypocrite, à savoir qu'il porte des habits religieux, affiche une piété que d'autres n'ont pas et accomplit des devoirs que d'autres négligent, loin de l'alléger, elles l'aggravent encore.

Considérons l'hypocrite sous un double angle, et cela apparaîtra soit dans ce qu'il échange, soit dans ce qu'il revendique ; ces deux aspects sont nobles et sacrés, et un péché commis à leur sujet ne saurait être un péché ordinaire. Ce qu'il échange, ce sont les devoirs du culte divin. Ce qu'il revendique, ce sont la relation avec Dieu, la part du Christ, les consolations du Saint-Esprit, et autres choses semblables. Ce sont des choses de grande valeur, une faute à leur sujet est forcément en accord avec leur importance. Il en va de même pour la laine, le fil et le tissu, grossiers ou fins. Le profane prétend ne pas posséder ces choses. Il ne peut filer un fil si fin, car le travail qu'il accomplit est plus grossier. Toutes ses impiétés, commises par lui-même par ignorance de Dieu et étranger à ses voies, n'entraîneront pas une colère aussi grande que celles de l'hypocrite.

Les choses que l'hypocrite échange et revendique.

Premièrement, l'hypocrite s'approprie les devoirs du culte divin. Judas s'assoit avec les autres apôtres à la Pâque et se fait accepter avec la même assurance que s'il était l'invité de marque, le plus saint de tous. Le pharisien orgueilleux arrive au temple aussi vite que le publicain au cœur brisé. Mais quel usage l'hypocrite fait-il de ces choses qui seraient connues de tous ? Un usage déplorable, Dieu le sait, sinon Dieu ne les abhorrerait pas au point de croire entendre un chien aboyer ou un loup hurler pendant leurs prières.

Nous pensons que David avait un don particulier pour la harpe, capable d'apaiser l'esprit malfaisant et furieux du mélancolique Saül. Mais quel coup dur et malheureux ils portent aux devoirs du culte divin, capables de provoquer la colère du doux Esprit de Dieu, voire de le voir se déchaîner contre eux ? Et cela n'a rien d'étonnant, si l'on considère ces deux points.

1. L'hypocrite ne fait rien de moins que de se moquer de Dieu dans tous ses devoirs. Et de toutes les choses, Dieu peut le moins supporter cela. On ne se moque pas de Dieu. Le Christ prêcha cette doctrine lorsqu'il maudit le figuier qui, par son feuillage vert, se moquait du voyageur, l'incitant à venir chercher des fruits et à repartir honteux et bredouille. S'il avait manqué de feuilles autant que de fruits, il aurait échappé à cette malédiction. Tout mensonge est une moquerie envers celui à qui il est proféré, car celui-ci cherche à le tromper et, ce faisant, le ridiculise. "Pourquoi t'es-tu moquée de moi ?" dit Dalila à Samson, "et m'as-tu menti ?" (Juges 16:10), comme si elle avait dit (comme c'est souvent le cas dans ce genre de situation) "Me prends-tu pour une idiote ?"

Je laisse à l'hypocrite le soin de réfléchir sérieusement à ce qu'il compte faire de Dieu lorsqu'il se livre à ses services hypocrites. Dieu a ordonné que nul ne se présente devant lui les mains vides. C'est ce que fait l'hypocrite ; et par conséquent, il se moque de Dieu. Il vient certes la bouche pleine, mais le cœur vide. Quant au respect d'un devoir, il surpasse souvent le chrétien sincère. 

Celui-là, s'il en est un, peut véritablement être qualifié de "maître de cérémonie", car tout ce qu'il offre à Dieu par devoir se résume à des flatteries et des avances. On peut aisément juger à quel point cela est odieux à Dieu par le dédain qu'un sage lui-même manifesterait face à un tel service. Mieux vaut feindre l'absence de bonté que de feindre de n'en avoir aucune.

C’est le cœur que Dieu regarde dans l’accomplissement du devoir. Si le vin est bon, il peut le boire dans une coupe en bois. Mais que la coupe soit dorée, et sans vin dedans, il considère que l’homme qui voudrait la lui mettre dans la main se moque de lui. C’est le reproche que le Christ a adressé à Sardes : "Je n’ai pas trouvé tes œuvres parfaites devant Dieu" (Apocalypse 3:2). Je ne les ai pas trouvées parfaites "devant Dieu", comme le dit le texte original. La sincérité imprègne notre devoir et toutes nos actions. Et notez cette expression "devant Dieu", qui implique que cette Église conservait une forme extérieure de dévotion suffisante pour préserver sa réputation auprès des hommes. Elle avait une réputation à tenir, mais ses œuvres n’étaient pas parfaites devant Dieu. Il les transperça plus profondément que la sonde humaine ne pouvait le faire, et la jugea d'après ce qu'il trouva en elle.

2. L'hypocrite accomplit les devoirs du culte divin selon un dessein infâme. Cela le rend d'autant plus abominable aux yeux de Dieu, qui dédaigne de voir ses saintes ordonnances prostituées au service de telle convoitise, utilisées comme un simple moyen d'alimenter son moulin et de réaliser ses projets charnels. Lorsqu'Absalom eut ourdi son complot au plus profond de son être, aussi gonflé de sa trahison que le basilic de son œuf empoisonné, il se rendit en toute hâte à Hébron, soi-disant pour s'acquitter d'un vieux vœu qu'il avait fait au Seigneur au temps de son affliction (2 Samuel 15:7-8).

Qui ne croirait pas cet homme devenu honnête lorsqu'il songe à rembourser ses dettes ? Mais le misérable n'avait rien d'autre en tête. Son dessein était de dissimuler sa trahison sous le couvert bienveillant de la religion, afin que la réputation ainsi acquise lui permette de la commettre plus rapidement.

Et je souhaite, comme Absalom mourut sans fils pour perpétuer son nom, qu'aucun n'ait été laissé pour hériter de sa maudite hypocrisie, que le monde ait pu sombrer dans une heureuse ignorance d'un péché si monstrueux. Mais hélas, ce n'est qu'un vœu vain. Ce genre d'hypocrisie vit encore, et ose défier Dieu dans son culte avec autant d'audace qu'auparavant. Nombreux sont ceux qui n'en font pas un meilleur usage que d'autres de leurs berlines, pour se rendre incognito à la jouissance de leurs désirs.

Faut-il s'étonner que Dieu, qui a institué ses ordonnances pour des fins si élevées et si saintes, abhorre l'hypocrite qui les profane ainsi au service du diable ? Si vous invitiez chez vous des convives à un festin somptueux, et qu'au lieu de se nourrir des mets délicats que vous leur avez préparés, ils les jettent tous en pâture à leurs chiens sous la table, comment souhaiteriez-vous être accueillis ? L'hypocrite est celui qui jette aux chiens les choses saintes de Dieu. Dieu nous invite à ses ordonnances, comme à un festin fastueux, où il est prêt à nous recevoir dans une douce communion avec Lui.

Quelle impiété abominable commet l'hypocrite qui, assis à la table de Dieu, ne se sert pas lui-même de ces mets délicats, mais livre tout à ses convoitises (une partie à son orgueil, une autre à sa cupidité) sans autre but en s'y rendant que celui de satisfaire ces désirs. Ils agissent comme Hamor et son fils Sichem, qui, voulant persuader les habitants de leur ville de se soumettre à la circoncision, utilisèrent cet argument comme une grande promesse de richesse. "Si tout homme parmi nous est circoncis, comme ils le sont, leurs troupeaux, leurs biens et toutes leurs bêtes ne seront-ils pas à nous ?" (Genèse 34:22-23).

N'est-ce pas un argument de poids, dans une affaire aussi importante que celle de se soumettre à une ordonnance solennelle ? Ils parlent plutôt comme s'ils se rendaient à un marché aux chevaux ou à une foire aux bestiaux, plutôt que d'accomplir un devoir religieux. Certes, bien que la plupart des hypocrites soient trop subtils pour ainsi exprimer leurs pensées et laisser le monde lire ce qui est écrit dans leur cœur, comme la reine Marie disait de Callis : "Si on la déchirait, on le trouverait dans son cœur", de même certaines viles choses, telles que la vanité, le profit terrestre, etc., se retrouvent gravées dans le cœur de tous les hypocrites, car ce sont précisément ces choses qu'ils recherchent le plus dans les devoirs religieux.

Deuxièmement, considérons l'hypocrite et les privilèges qu'il revendique : sa relation avec Dieu et son intérêt pour le Christ. Qui, plus que l'hypocrite, aspire à paraître saint, à feindre la grâce et le réconfort de l'Esprit ? Nous le voyons chez les pharisiens, dont le but ultime était d'acquérir une certaine renommée, non pas celle que les grands de ce monde acquièrent pour leurs prouesses (la majesté mondaine et autres honneurs), mais pour leur prétendue sainteté. Et ils l'obtinrent, comme si cela pouvait leur être utile. "En vérité, dit le Christ, ils ont reçu leur récompense" (Matthieu 6, 2).

On les prenait pour de grands saints ; et c'est ainsi que la foule les percevait, les applaudissant tant pour leur sainteté apparente qu'un proverbe disait : "Si seulement deux personnes pouvaient être sauvées, l'une des deux serait pharisienne."

On lit le cas de certains qui prétendent connaître Dieu, mais qui, par leurs actes, le renient (Tite 1:16). Ils se vantent hardiment de leur relation avec Dieu et voudraient passer pour ses favoris, bien que leur vie soit à l'opposé du ciel. De même, (Apocalypse 3:9) on rencontre des gens qui se disent juifs, mais ne le sont pas, et mentent. Ils sont assurément de mauvais voisins. Personne ne les défendrait autant, si ce n'est eux-mêmes.

L'hypocrite est si ambitieux de se faire passer pour un saint qu'il critique souvent avec virulence les véritables grâces d'autrui, car elles entravent trop ses propres perspectives ; à l'instar d'Hérode qui, comme l'écrit Eusèbe, troublé par la bassesse de sa propre naissance, brûla les anciennes généalogies des Juifs afin de mieux justifier sa prétendue ascension sociale. Qui, aujourd'hui, peut pleinement souligner ce péché d'hypocrisie et d'ambition démesurée ? 

C'est un péché qui déshonore profondément Dieu que de prétendre à la parenté d'un si vil misérable. Le Christ, certes, n'a pas honte d'appeler "frères" les saints les plus pauvres, mais il dédaigne que son nom soit associé à un hypocrite au cœur pourri, comme les princes dédaignent que leur effigie soit frappée sur des métaux vils.

Quel mépris pour ce faux prince, Perkin Warbeck, qui, après avoir reçu quelques bribes de cour et appris à jouer son rôle, fut présenté au monde comme le fils d'Édouard 4 de cette nation, mais qui, après avoir un temps feint l'état d'un prince, fut arrêté et, avec sa basse et ignoble ascendance inscrite en lettres capitales, épinglée dans son dos, envoyé de lieu en lieu, afin qu'il emporte sa honte partout où il allait, jusqu'à ce qu'enfin il soit envoyé jouer le dernier acte de sa pièce sur l'échafaud.

Mais que représente tout cela pour l'hypocrite ? Lui qui, pour avoir insulté les autres ici-bas avec une apparente sainteté, comme s'il était d'origine céleste (un enfant de Dieu), sera amené au grand jour pour être sifflé et hué par les hommes et les anges, et après avoir été exposé à cette honte publique, jeté au plus profond de l'enfer!

De tous les pécheurs, l'hypocrite est celui qui fait le plus de mal en ce monde, et c'est pourquoi il subira le plus grand tourment dans l'autre. Il existe un double mal qu'aucun autre ne peut commettre avec autant d'avantage que l'hypocrite, grâce à son apparente sainteté. Le premier, il le commet tant que sa réputation est intacte et qu'il passe pour un enfant de Dieu aux yeux de ses voisins ; le second, lorsque sa réputation est ruinée et qu'on découvre ce qu'il est véritablement : un hypocrite.

Le mal qu'il fait lorsqu'il porte son masque est celui d'un trompeur. Machiavel savait ce qu'il faisait en recommandant aux princes une apparence de religion, bien qu'il en ait interdit toute pratique plus poussée. On a constaté que c'était l'appât le plus efficace pour attirer les gens dans leur piège, car ils accourent lorsque la religion est brandie comme un étendard. Ehud n'aurait pu imaginer de clé plus sûre pour ouvrir toutes les portes et obtenir l'admission auprès du roi Églon que de prétendre avoir un message du Seigneur. Cela suscita une telle attente et une telle confiance qu'une place lui fut aménagée. Tous s'en vont et il se retrouve seul avec le roi. Oui, le roi se lèvera pour entendre ce message venu du Seigneur, ce qui lui donnera un avantage certain.

Si certains, de nos jours, avaient prétendu à la sainteté, je ne doute pas qu'on leur aurait fermé la porte, alors qu'aujourd'hui ils sont trop bien accueillis et trouvent facile de faire croire à leurs erreurs. Même les élus courent un certain danger, lorsque celui qu'on appelle un saint est en réalité le messager qui apporte l'erreur en ville, et ce, sous prétexte d'être un message de Dieu. 

J'avoue que l'hypocrite joue si bien son rôle qu'il peut, par inadvertance, faire du bien. Sa profession de foi éclatante, ses discours pieux, ses dons exceptionnels pour la prière ou la prédication peuvent toucher profondément l'âme sincère et lui apporter un réel bienfait. De même que le comédien, même si ses larmes sont feintes, peut, par sa passion apparente, susciter une véritable tristesse chez ses spectateurs, au point de les faire pleurer sincèrement, ainsi l'hypocrite, jouant son rôle avec de faux sentiments, peut être un moyen de faire naître et d'exciter les véritables grâces du chrétien.

Mais alors, un tel chrétien court bien plus grand risque de tomber dans le piège de son erreur, car il ne se méfiera pas facilement de ce qu'il présente, de ceux qu'il a trouvés réellement utiles à sa grâce ou à son réconfort ; et ainsi, le bien que fait l'hypocrite ne fait que le rendre capable, à la fin, de faire le plus grand mal. Sisera aurait mieux fait de se passer du beurre et du lait de Jaël que de s'endormir avec eux avant qu'elle ne vienne avec son pieu ; et il aurait été bien plus heureux pour beaucoup, de nos jours, de ne pas avoir goûté aux dons et aux grâces apparentes de certains que d'avoir été si séduits par ce doux vin, au point de s'enivrer d'une admiration pour leurs personnes, ce qui les a endormis, et a ainsi donné à ceux qu'ils ont tant applaudis l'avantage de leur clouer plus facilement la tête de leurs erreurs, je veux parler ici de leur jugement.

L'autre méfait de l'hypocrite survient lorsqu'il est découvert, car il est un scandale pour les voies de Dieu et pour ses serviteurs. Il est dit de Samson : "Ceux qu'il a tués à sa mort étaient plus nombreux que ceux qu'il a tués de son vivant" (Juges 16:30). En vérité, l'hypocrite nuit davantage lorsqu'il est découvert (ce qui marque la fin de sa profession) que lorsqu'il semblait vivant. 

Le monde pervers, qui cherchait depuis longtemps un bâton pour frapper les saints, en a maintenant un entre les mains, tendu par l'hypocrite. Oh ! comme ils peuvent semer la division sur cette note cruelle et souiller le visage de tous les croyants avec la souillure qu'ils voient sur le manteau du faux frère, comme s'ils pouvaient mesurer la longueur de leurs pieds à l'aune d'un seul hypocrite, d'où vient un langage aussi vil que celui-ci : "Ils sont tous pareils, pas meilleurs que les autres."

En vérité, c'est un raisonnement absurde. C'est comme si l'on prétendait qu'aucune pièce n'était d'argent véritable et courant, simplement parce qu'on trouve parfois un shilling de bronze parmi les autres. Mais ce genre de langage convient au monde impie. Malheur à celui qui, par son hypocrisie, leur fournit ces flèches qu'ils lancent contre les saints ! Mieux vaudrait pour lui être jeté à la mer avec une meule de moulin autour du cou que d'avoir vécu pour donner à l'ennemi une telle occasion de blasphémer!

samedi 1 décembre 2018

Les menteurs/Les armes du chrétien

"Tu fais périr les menteurs" (Psaumes 5:7)
"Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira" (Jean 8:32).

Il y aurait long à dire à ce sujet, car la vérité n'est pas populaire de nos jours, et le plus grand nombre se perd faute de personnes capables de se tenir à la brèche et de la proclamer, coûte que coûte. Nous allons donc effleurer le sujet seulement, priant que, par la grâce de Dieu, nous puissions comprendre l'importance de ne pas tomber sous l'esclavage du mensonge, piège utilisé largement par l'ennemi de nos âmes.

Plusieurs pratiquent le mensonge comme on pratique un sport. Ils mentent en se levant le matin; en prenant leur petit déjeuner; ils mentent sur internet; à leurs proches; aux autorités; à leur travail; et bien sûr, ils mentant à Dieu en prétendant être ce qu'ils ne sont pas. Car il est question ici non pas de païens, Dieu les jugeras, mais de personnes prétendant être chrétiennes, et c'est la gravité de la situation. 

Dans ce monde où les apparences ont priorité, il est de plus en plus courant de préférer l'apparence de la piété à la piété elle-même. En effet, pourquoi s'imposer une discipline spirituelle lorsque faire semblant peut tout aussi bien faire l'affaire? Ces gens se contentent de ne pas voler, de ne pas prendre de drogue, de ne pas fréquenter de prostitué(e)s et d'être scandalisés par certains péchés que peuvent commettre les autres. Et ils font acte de présence dans une église quelconque. Quelle vie spirituelle active! Certains d'entre eux prétendent "prier sans cesse", et ce, disent-ils avec fierté, "à tous les jours", mais vous voyez aisément à leurs œuvres qu'ils mentent, car ils sont remplis d'un fiel amer (Jacques 3:14) et non pas de la joie du Seigneur comme il se devrait. Sans le savoir, ils ont fait de l'injustice leur règle de vie. Tout est centré sur leur "moi"; chacune de leurs décisions concernent l'avancement du royaume de leur "moi". Ils se sont tellement bien mentis à eux-mêmes et ils se croient tellement bons tels qu'ils sont qu'ils en sont venus à penser que Dieu est satisfait d'eux également. Et ils essaient d'imposer cette vision qu'ils ont d'eux-mêmes aux autres. 
Mais essayer de faire comprendre à un menteur qu'il ment est aussi difficile que de faire de l'eau avec du sable du désert. La Bible dit que celui qui prétend appartenir à Dieu mais qui ne garde pas ses commandements, qui ne s'y attache pas, qui n'y marche pas est un menteur. Elle dit aussi que les menteurs, comme les autres pécheurs non-repentis, iront dans l'étang ardent de feu et de soufre, c'est à dire l'enfer (Apocalypse 21:8). Le mensonge n'est donc pas qu'une "petite chose inoffensive" comme certains le pensent. 

Le mensonge est une grande cause de stress dans notre monde moderne. En effet, il est difficile pour l'homme de constamment manipuler la réalité sans en venir à se démasquer lui-même! Des pans entiers de la vie de certaines personnes reposent sur des mensonges méticuleusement choisis afin de manipuler l'entourage et les autorités. Mais un jour ou l'autre, la vérité refait surface, et c'est un événement terrible pour les menteurs que de se voir ainsi dépouillé de la couverture avec laquelle ils voilaient la triste réalité; ils ne sont que des pécheurs non-repentis qui ont besoin de délivrance. 

Ceci est très important: la vérité fait partie des armes du chrétiens (Éphésiens 6:14). Cette vérité signifie littéralement de n'avoir pas de faux-fuyants, d'être sincère dans notre marche avec Dieu. Qu'il n'existe donc pas au milieu de nous d'apparence de la piété. Marchons réellement dans les voies de Dieu, en Jésus-Christ notre Seigneur et Sauveur. 
La vérité est la partie de l'armure qui est nommée en premier par l'apôtre Paul. Pourtant, nous savons que la ceinture se porte normalement en dernier, par-dessus tout le reste de l'armure. Nous verrons plus loin que cela a toute son importance. 
Les hypocrites font abstraction de ce "détail", mais Dieu sonde tous les cœurs et connaît toutes choses. Il sait si la ceinture est fausse. Il sait si elle est faite d'un matériel solide ou d'une vieille étoffe qui se déchirera à la première épreuve ou tentation. Il sait si la personne s'est attachée à la vérité de Jésus ou a des fables. Le véritable chrétien, quant à lui, marche dans la vérité de Dieu. Il ne se ment pas à lui-même ni aux autres, de sorte que la ceinture spirituelle qu'il porte n'est pas une chimère, et lorsque vient le combat, son armure se tient bien en place, comme étant dans un seul morceau, car il ne s'est pas contenté de se draper d'apparence religieuse, mais sa foi repose sur le Roc inébranlable, savoir Christ.

Sans la vérité, tout le reste n'est que superficiel et n'est d'aucune valeur aux yeux de Dieu. Il y a la vérité biblique à laquelle tout chrétien se doit de marcher, mais il y a aussi celle d'un cœur sincère, pur et droit devant Dieu et les hommes. Sans cette vérité, il ne peut pas y avoir la cuirasse de la justice de Christ. Il n'y a qu'un Christ, qu'un enseignement, qu'un seul chemin, et il est de la justice de Dieu de rendre à chacun selon ses œuvres. Nos œuvres ne valent évidemment rien si elles sont faites par la chair et pour la chair. Nous n'avons pas été créés pour nous glorifier nous-mêmes, mais toutes choses doivent servir à glorifier Dieu, par qui nous sommes en Jésus, qui a été fait pour nous sagesse et justice, sanctification et rédemption (1 Corinthiens 1:30). Sans vérité, nous ne pouvons pas posséder non plus les chaussures du zèle pour les choses de Dieu, cela va de soi. Sans la vérité, il est impossible de posséder la cuirasse de la vraie foi, car elle repose en Christ, et Il est le chemin, la vérité, et la vie (Jean 14:6). Il n'y a pas de casque du salut si nous ne croyons pas à la vérité et à ses vertus car, comme l'apôtre Paul nous l'affirme encore, nous sommes sauvés en espérance (Romains 8:24). Or, cette espérance du salut est étroitement liée à la foi que nous avons en Christ. L'une et l'autre dépendent de la vérité des enseignements de notre Sauveur, et nous savons qu'Il dit vrai. Mais ceux qui n'ont pas cru, ou qui ont cru superficiellement à la vérité avant de s'en détourner sont encore dans le mensonge, donc dans les ténèbres. Leur espérance est donc vaine. Ils n'ont alors certainement pas l'épée de l'Esprit, car l'Esprit de Dieu ne s'associe pas avec ceux qui sont encore dans la chair. Il ne le peut pas, parce que les désirs de l'un sont complètement opposés aux désirs de l'autre (Galates 5:17). Ils ne comprennent pas la Parole, ils ne l'appliquent pas dans leur vie, par la grâce de Dieu. Il leur est alors complètement impossible de combattre les attaques de l'ennemi à partir de cette Parole, comme Jésus l'a fait lorsqu'il fût tenté au désert (Matthieu 4:1-11). Ils sont donc libres de toute contraintes liées au fait d'être soumis à Dieu. Libres oui, mais libres d'être trompés par l'ennemi. Libres d'être soumis à une puissance d'égarement qui les entraînent loin de Dieu. 
Ils croient en ce qui les perds, et ils se pensent sauvés. C'est une situation terrible, et il en est question en 2 Thessaloniciens 2: 11-12 : "Aussi Dieu leur envoie une puissance d'égarement, pour qu'ils croient au mensonge, afin que tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l'injustice, soient condamnés". 

Cela n'a rien de surprenant parce que la langue menteuse est en horreur à Dieu (Proverbes 6:17), et il est écrit que la bouche des menteurs sera fermée (Psaumes 63:11). Que celui qui s'est égaré revienne à Jésus et se repente (Éphésiens 4:25), priant avec le psalmiste: Conduis-moi dans Ta vérité, et instruis-moi, car Tu es le Dieu de mon salut, Tu es toujours mon espérance (Psaumes 25:5).

À Dieu seul soit la gloire, Amen.