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dimanche 13 septembre 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 61e partie

 

Quatre caractéristiques de la sincérité du cœur.

Troisièmement. Je vais exposer des preuves manifestes de la sincérité, telles qu'aucun hypocrite n'a jamais pu ni ne pourra jamais en atteindre. Après avoir brisé ces miroirs flatteurs dans lesquels les hypocrites aiment à se contempler, jusqu'à s'éprendre de leur propre visage fardé et à s'imaginer sincères, ainsi que ceux qui déforment le doux visage et la beauté naturelle de l'âme sincère au point de faire douter de la grâce divine qui rayonne sur elle, je vais maintenant en esquisser les traits et en établir les marques indubitables : cette vérité du cœur et cette sincérité pieuse, grâce auxquelles nous serons mieux à même de définir la situation spirituelle de chacun.

1. Un cœur sincère est un cœur nouveau. L'hypocrisie est appelée "le vieux levain" ; "Purgeons donc le vieux levain, afin que nous soyons une pâte nouvelle" (1 Corinthiens 5:7). Une pâte une fois aigrie par le levain n'en perdra jamais le goût.

La nature corrompue ne cessera pas d'être hypocrite tant qu'elle ne cessera pas d'être une nature corrompue. Il faut que le cœur soit renouvelé, sinon il conservera sa nature ancienne. On peut user d'artifice pour le dissimuler et en masquer la fétidité aux yeux d'autrui, pour un temps, tout comme des fleurs et des parfums répandus sur une charogne peuvent en masquer l'odeur ; pourtant, la charogne comme le cœur corrompu demeurent ce qu'ils sont.

On dit du paon que, même après avoir été rôti, sa chair redevient crue une fois refroidie. Il en va de même pour le cœur charnel : qu’il agisse à sa guise et s’impose une apparence de piété exaltée, au point de sembler brûlant de zèle, il suffit d’attendre un peu pour le voir reprendre sa nature première et se révéler tel qu’il était : vain et trompeur. Un "cœur unique" et un "cœur nouveau" sont tous deux des grâces de l’Alliance ; le "nouveau" est d’ailleurs promis précisément pour rendre le cœur "unique" : "Je leur donnerai un cœur unique, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre(...)" (Ézéchiel 11:19). 

Dieu promet de leur donner un seul esprit, c'est-à-dire un esprit sincère envers Dieu et envers les hommes, à l'opposé d'un cœur partagé (un cœur double), marque de l'hypocrisie. Mais comment le donnera-t-il ? Il leur dit : "Je vous donnerai un esprit nouveau" ; et comment s'y prendra-t-il ? "J'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair." À ce sujet, un commentateur explique fort bien les choses ainsi : "Je vous donnerai un cœur unique ; et pour ce faire, je le refondrai ; pour y parvenir, je le ferai fondre et je l'assouplirai, à l'instar de celui qui, possédant divers morceaux de vieil argent ou d'argenterie qu'il destine à la fabrication d'une coupe unique, décide d'abord de les refondre ; il les jette alors au feu pour les liquéfier, afin de les réunir finalement en une seule pièce."

En effet, par nature, le cœur de l'homme est une chose profondément divisée et brisée, éparpillée et morcelée : un morceau pour telle créature, un autre pour tel désir. Tantôt, cette vanité le met à son service, tout comme Léa le fit pour Jacob au sujet de Rachel ; puis, après avoir accompli quelque besogne servile pour elle, il se loue à une autre. Ainsi sont partagés l'homme et ses affections.

Or, les élus (que Dieu a destinés à être des vases d'honneur, consacrés à son saint usage et à son service), Il les jette dans le feu de sa Parole afin que, ramollis et fondus en ce lieu, ils soient refaçonnés par son Esprit transformateur en une sainte unité ; de sorte que celui qui, auparavant, était séparé de Dieu et perdu parmi les créatures et les convoitises qui se le disputaient, voit désormais son cœur rassemblé, loin de toutes ces choses, pour être tout entier à Dieu. Ce cœur contemple Dieu d'un regard unique et agit pour Lui en tout ce qu'il entreprend. Si donc tu veux savoir si ton cœur est sincère, cherche à savoir s'il a été ainsi renouvelé.

Dieu t'a-t-il jeté dans sa fournaise ? Sa parole s'est-elle jamais emparée de toi comme un feu, pour amollir ton cœur endurci et faire fondre l'impureté de ton esprit, de sorte que tu discernes désormais cette hypocrisie désespérée, cet orgueil, cette incrédulité et autres vices qui, auparavant, demeuraient cachés comme des scories dans le métal avant que le feu ne les révèle ? Et non seulement tu les vois, mais tu les vois se détacher et se séparer de ton âme, si bien que toi qui te félicitais jadis de ton bon état, tu déplores maintenant ta folie, confessant de tout cœur quelle créature répugnante tu étais aux yeux de Dieu dans tout ce que tu faisais. 

Ces choses qui paraissaient si fastueuses et belles à tes yeux (ton apparence de justice, ta fréquentation de l'église, l'accomplissement superficiel de quelques devoirs familiaux) et pour lesquelles tu croyais que le ciel t'était, pour ainsi dire, acquis ; déplores-tu maintenant d'avoir bravé Dieu par ces simulacres hypocrites, alors que tes convoitises étaient choyées au plus profond de ton être, suçant le sang vital de tes affections les plus chères ? 

En un mot, peux-tu affirmer non seulement que tu te fonds en tristesse à cause de ces choses, mais aussi que ton cœur, autrefois si partagé et distrait entre les convoitises et les créatures, est désormais uni dans la crainte du nom de Dieu ? N'as-tu qu'un seul dessein; celui que tu poursuis par-dessus tout, à savoir plaire à Dieu, dusses-tu déplaire à tous les autres ? Un seul amour : aimer le Christ et être aimé de lui ? Si les courants de tes affections sont ainsi rassemblés, par la puissance souveraine de Dieu qui te renouvelle en ce canal unique, et s'écoulent dans cette direction avec une douce violence, alors tu es béni du Seigneur. 

À Ses yeux, tu es une âme sincère, bien qu'il subsiste en toi une corruption qui trouble le cours de ta vie et tente d'entraver le libre élan de ton âme vers Dieu. Cela peut te causer quelques tourments. Tout comme les montagnes et les rochers gênent le fleuve qui court vers la mer, le forçant à serpenter alors qu'il suivrait autrement le chemin le plus court (une ligne droite) vers son but, de même les restes de corruption en toi peuvent parfois t'écarter de la voie de l'obéissance.

Mais la sincérité, telle l'eau, poursuivra son cours malgré tout cela et ne te quittera point avant de t'avoir conduit (fût-ce par un chemin détourné) jusqu'à ton Dieu, que tu as si profondément gravé dans ton cœur qu'il ne saurait jamais en être effacé. En revanche, si l'hypocrisie de ton cœur ne t'a jamais été révélée au point de t'inspirer de l'horreur, et si aucun principe nouveau n'a été déposé en ton sein pour infléchir le cours de ton âme à l'opposé de l'inclination naturelle de tes affections, alors que, fort de la bonne opinion que tu as de toi-même (en raison de quelques apparences de piété que tu affiches, tu te crois sincère et ton cœur intègre, alors j'ose affirmer que tu es un hypocrite impur.

Le monde pourra peut-être te tenir pour un saint, mais tel que tu es, tu ne le seras jamais aux yeux de Dieu. Même si tu t'es paré et apprêté avec le plus grand soin pour adopter l'apparence d'un chrétien, tu n'auras jamais que le visage d'un saint et le cœur d'un hypocrite. Peu importe l'enseigne qui pend à l'extérieur, (fût-elle celle d'un ange), si le diable et le péché habitent au-dedans!

Ajouter de nouvelles garnitures à un vieux vêtement ne le rend pas neuf ; cela lui donne simplement une allure nouvelle. Il n'est guère sage de dépenser beaucoup pour embellir un vieux costume voué à tomber bientôt en lambeaux, alors qu'une somme à peine supérieure permettrait d'en acquérir un neuf et durable. Ne vaut-il pas mieux s'efforcer d'obtenir un cœur nouveau, afin que toutes tes œuvres soient agréées et que tu sois sauvé, plutôt que de perdre, faute de cela, tout le fruit de tes efforts religieux ainsi que ton âme elle-même ? 

2. Un cœur sincère est un cœur franc, un cœur simple, "sine plicis"; un cœur sans replis. L'hypocrite est de la race du serpent. Il peut, tel le serpent, se rétracter ou se déployer selon son intérêt, peu désireux de se laisser percer à jour par autrui. Et il a ses raisons pour cela, car il sait qu'il a le plus de crédit là où il est le moins connu.

L'hypocrite est celui qui "cherche à cacher profondément ses desseins" (Ésaïe 29:15) ; "leur cœur est un abîme" (Psaume 64:6) ; leurs intentions profondes sont infiniment éloignées de leurs paroles. Un cœur sincère est comme l'eau limpide d'un ruisseau : on peut voir jusqu'au fond de ses pensées à travers ses paroles et juger de son cœur par sa langue. On dit que les maladies du cœur se manifestent par des taches sur la langue, mais l'hypocrite peut avoir la langue nette tout en gardant un cœur corrompu. L'auteur du proverbe "loquere ut te videam" (parle pour que je te voie) ne pensait pas à l'hypocrite, qui parle précisément pour ne pas se laisser voir!

Les nuages ​​les plus épais dont il se sert pour dissimuler sa fourberie sont son langage religieux et sa profession de foi superficielle. Veux-tu savoir si tu portes un cœur sincère en ta poitrine ? Examine si tu possèdes un cœur empreint de droiture. Vois comment ces deux choses sont associées dans la seconde épître aux Corinthiens (1:12) : Paul et les autres fidèles messagers du Christ vivaient parmi les Corinthiens "dans la simplicité et la sincérité qui viennent de Dieu". Ils ne gardaient aucun compartiment secret dans le sanctuaire de leur cœur pour y dissimuler habilement leurs intentions à l'égard de ces derniers, comme le faisaient les faux apôtres.

Or, cette droiture du cœur sincère se manifeste sous trois aspects; un cœur sincère agit avec franchise envers lui-même, et ce, principalement sur deux points.

A) Ce droiture du cœur s'examine et se scrute elle-même ; elle le fait avec toute l'habileté et la vigueur dont elle est capable. Elle ne se laisse pas écarter par des faux-semblants ou par une excuse polie, telle celle que Rachel donna à Laban alors qu'elle couvait ses idoles. Non, elle exige de l'âme un compte rendu, et ce, de telle sorte qu'elle puisse elle-même rendre un compte fidèle à Dieu, par l'autorité de qui elle exerce son ministère.

Quelle crainte manifeste-t-elle de voir quelque convoitise échapper à son regard et rester cachée, comme Saül parmi les bagages ; ou de voir la moindre grâce de Dieu foulée aux pieds par indifférence, en la niant ou en la démentant ! Lorsque David vit ses pensées sur Dieu (qui jadis le réconfortaient et lui tenaient la plus agréable compagnie) susciter un trouble en son esprit ("Je me souviens de Dieu, et je gémis", Psaume 77:3), voyez quel examen minutieux cet homme saint entreprit pour en découvrir la cause!

Il scrute le passé et le présent pour comprendre comment Dieu a agi autrefois ; il "s'entretient avec son cœur et fait des recherches approfondies" (verset 6), sans jamais abandonner avant d'avoir tiré l'affaire au clair. Découvrant que le trouble qui perturbe sa paix vient de lui-même, il ne cherche pas à ménager sa réputation en étouffant l'affaire ou en cherchant des faux-fuyants ; au contraire, il s'attaque au voleur, dénonce son péché et confesse les faits, justifiant ainsi Dieu, à l'égard de qui il avait nourri de mauvaises pensées.

"Et je dis : C’est là ma faiblesse" (verset 10) ; comme s’il avait dit : "Seigneur, je vois maintenant le Jonas qui a provoqué la tempête dans mon cœur et m’a rendu si malheureux dans mon affliction tout ce temps ; c’est cette incrédulité qui m’a courbé, m’amenant à me focaliser tellement sur la douleur et le sentiment de mon épreuve actuelle que je ne pouvais plus songer aux expériences passées ; et ainsi, en les oubliant, j’ai eu de Toi une pensée indigne." Quelle âme sincère et franche que la sienne !

En quoi ressembles-tu, ô homme, au saint David ? Est-ce ainsi que tu sondes ton âme ? Le fais-tu avec sérieux, comme si tu traquais un meurtrier caché chez toi ; avec autant d'ardeur à débusquer ton péché qu'en mettaient les papistes, sous le règne de la reine Marie, à dénicher les protestants, allant jusqu'à transpercer de leurs épées et de leurs fourches les lits et les meules de foin pour s'assurer qu'ils ne s'y trouvaient pas ? Ou bien, lorsque tu entreprends cette tâche, répugnes-tu à pousser trop loin tes investigations, de peur d'apercevoir ce que tu préférerais ignorer ? Crains-tu de t'y attarder, de peur que ta conscience ne te livre un rapport qui te déplaise ? Tertullien disait des persécuteurs païens : "Ils refusaient d'entendre les chrétiens, car, une fois ceux-ci écoutés, ils n'auraient plus eu l'audace de les condamner, tant leur cause eût paru juste". Ici, c'est l'inverse qui est vrai.

L'hypocrite n'ose pas soumettre son état à un examen rigoureux, car il ne pourrait alors éviter de se condamner lui-même. Mais l'âme sincère est si désireuse de connaître son véritable état que, même après avoir fait tout son possible pour le découvrir et avoir été acquittée par sa conscience lors de cet examen intime, elle ne s'en contente pas ; craignant que l'amour-propre ne l'aveugle et n'incite sa conscience à rendre un verdict trop favorable, elle sollicite l'aide du ciel et s'en remet au jugement de Dieu. "Éternel, n'aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s'élèvent contre toi?" (Psaume 139:21). 

Sa propre conscience en témoigne : "Je les hais d'une haine parfaite ; je les tiens pour mes ennemis" (verset 22). Pourtant, David, ne se contentant pas de son seul témoignage, en appelle à Dieu : "Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur... vois si je suis sur une mauvaise voie" (versets 23-24). De même, les médecins avisés ne se fient pas à leur jugement concernant leur propre santé, pas plus que les chrétiens sincères ne s'en remettent à eux-mêmes pour juger de l'état de leur âme. C'est vers Dieu qu'ils se tournent ; son jugement seul fait autorité et détermine leur conviction.

Une fois qu'ils ont prié et exposé leur situation devant lui, ils attendent, à l'instar de David, d'entendre ce qu'il a à dire. On les verra donc se soumettre à un ministère qui sonde les cœurs ; ils ne sortent jamais plus satisfaits que lorsque leur conscience est mise à nu et leur cœur mis en pleine lumière, à l'image de la Samaritaine qui, vantant le sermon et le Christ qui l'avait prononcé auprès de ses voisins, soulignait qu'il lui avait révélé tout ce qu'elle avait fait (Jean 4:29). 

En revanche, un cœur corrompu répugne à entendre pareils propos. Il estime que le prédicateur commet une intrusion lorsqu'il pénètre sur son terrain pour interpeller directement sa conscience ; s'il le pouvait, il engagerait des poursuites à son encontre pour cela. Hérode supportait mal que Jean mît le doigt sur son péché. Bien qu'il le craignît (sa conscience le travaillant), il ne l'aima jamais ; c'est pourquoi il se laissa aisément convaincre de faire trancher la tête de cet homme dont la langue, d'une telle audace, avait osé blâmer sa conduite incestueuse. 


B) Le cœur sincère fait preuve d'une honnêteté absolue envers lui-même, tant dans l'examen que dans le jugement qu'il porte sur sa propre personne, dès lors qu'un témoignage clair s'élève contre lui et que la conscience lui dit : "Âme, dans ce devoir, tu as laissé libre cours à l'orgueil ; dans cette affection, à l'obstination et à l'impatience." Une telle âme ne tarde pas à prononcer le jugement, et elle le fait avec tant de véhémence et de sévérité qu'il est manifeste que le zèle pour Dieu (qu'elle a déshonoré) lui fait oublier toute pitié pour elle-même. Elle s'acharne à s'humilier et à s'abaisser, à l'instar des fils de Lévi exécutant la justice sur leurs frères, ne connaissant alors "ni frère ni sœur" dans l'accomplissement de cet acte.

C'est véritablement un acte héroïque que celui de l'âme sincère qui se juge elle-même. Elle est si transportée et revêtue d'une sainte fureur contre son péché qu'elle reste sourde aux appels de la chair et du sang, lesquels l'inciteraient à envisager une sentence plus clémente. "J'ai péché", dit David, "contre l'Éternel" (2 Samuel 12:13) ; ailleurs : "J'ai commis un grand péché et agi avec une grande folie" (2 Samuel 24) ; et dans un troisième passage, se jugeant indigne du nom d'homme, il s'assimile à la bête : "J'étais stupide et sans intelligence, j'étais comme une bête devant toi" (Psaume 73:22).

Mais pour ce qui est du cœur faux (si la conscience lui fait des reproches sur tel ou tel point, et qu'il devine, grâce à ce murmure intérieur, quel sera l'issue du procès s'il va jusqu'au bout de la procédure), le tribunal est aussitôt dissous et l'affaire renvoyée à une audience ultérieure, qui risque fort de ne jamais avoir lieu. De même que les témoins, lassés par les retards et les remises incessantes, finissent par se décourager et préfèrent rester chez eux plutôt que de comparaître pour rien, la conscience cesse de témoigner lorsqu'elle ne peut être entendue et qu'aucun jugement ne peut être prononcé contre le coupable.

Un point particulier: un cœur sincère est aussi transparent envers Dieu qu'envers lui-même. Cela peut se manifester de plusieurs manières. Prenons-en une pour servir d'exemple : celle des supplications et des requêtes adressées au trône de la grâce. Dans la prière, l'hypocrite joue un double jeu ; il demande ce qu'il ne remercierait pas Dieu de lui accorder. Il y a un mystère d'iniquité dans sa façon de prier contre l'iniquité. Or, c'est sur deux points précis que se révélera la sincérité (ou non) de notre cœur. 

Observe si ton esprit est profondément accablé lorsque ta requête reste sans réponse, ou si, au contraire, tu te soucies peu de son issue. Qu’il s’agisse d’un péché que tu cherches à combattre ou d’une grâce que tu sollicites, quel est ton état d’esprit pendant que ton messager se fait attendre, surtout si ce délai se prolonge ? Tu pries, mais la corruption ne diminue pas et la grâce ne croît pas. C’est alors que se révèlent ton hypocrisie ou ta sincérité. Si tu es sincère, chaque instant te semblera une heure, chaque heure une journée, et chaque journée une année, jusqu’à ce que tu reçoives des nouvelles du ciel. "L’espérance différée rend le cœur malade."

Le malade qui fait appeler le médecin n’attend-il pas avec impatience sa venue ? Il craint que son messager ne le manque, qu’il ne veuille pas venir, ou qu’il ne meure avant que le remède n’arrive. Mille craintes le tourmentent et lui font désirer ardemment la présence du médecin. C’est ainsi que l’âme sincère passe, le cœur triste, les heures qui s’écoulent sans réponse à sa requête. "Je suis une femme à l’esprit accablé de chagrin", disait Anne à Élie (1 Samuel 1:15). Et pourquoi cela ? Hélas, elle avait prié Dieu année après année, sans qu’aucune réponse ne lui parvienne.  

Ainsi parle l'âme : "J'ai l'esprit amer ; voilà bien des jours et des mois que je prie pour obtenir un cœur tendre, un cœur croyant, mais rien ne vient. Je crains de n'avoir pas été sincère dans cette démarche. Sinon, ma requête serait-elle restée si longtemps en suspens ?" Une telle âme est en proie à la crainte et au tourment, pareille au marchand dont le riche navire est en mer et qui, resté à terre, ne trouve le sommeil tant qu'il ne l'a pas vu ou n'en a pas reçu de nouvelles. Mais si, après avoir élevé ta prière, tu parviens à te décharger du souci et des pensées qui s'y rattachent, comme si prier revenait simplement pour un enfant à griffonner sur une feuille de papier qu'il délaisse aussitôt sans plus y songer ; si tu peux accepter les refus de Dieu à ce sujet sans plus d'émoi qu'un soupirant indifférent n'en ressent à ne pas avoir de nouvelles de celle qu'il n'a jamais vraiment aimée, sans que ton repos en soit troublé ni ta joie altérée, alors c'est un cœur trompeur qui t'a poussé à agir. Et prends garde : il se pourrait qu'au lieu d'exaucer ta prière, Dieu réponde au désir secret de ton cœur ; or, s'il venait à le faire, tu serais perdu à jamais.

Examine si tu mets en œuvre les moyens d'obtenir ce que tu demandes à Dieu de t'accorder. Un cœur faux reste inactif tout en attendant que Dieu agisse ; il ressemble à cet homme dont la charrette s'était enlisée dans la boue et qui criait : "Jupiter, aide-moi !" sans pour autant mettre l'épaule à la roue. Si ses penchants corrompus pouvaient être mortifiés et anéantis pour lui (tout comme Goliath le fut pour les Israélites, qui regardaient la scène sans porter le moindre coup), il s'en satisferait ; mais quant à les affronter ou à se donner la peine d'employer les moyens nécessaires pour remporter la victoire, il est si rongé par la paresse et la lâcheté qu'il juge cet effort aussi pénible que de rester assis dans l'esclavage et la servitude qu'ils lui imposent.

L'âme sincère, en revanche, fait preuve d'une diligence consciencieuse. "Élevons nos cœurs et nos mains vers Dieu qui est dans les cieux" (Lamentations 3:41). C'est-à-dire, comme le dit Bernard : "prions et agissons". La langue de l'hypocrite s'agite, mais les pieds de l'âme sincère marchent et ses mains travaillent. 

Autre point: L'âme sincère révèle aux hommes sa simplicité et sa droiture. "Nous nous sommes conduits parmi vous", dit Paul aux Corinthiens, "avec simplicité et sincérité devant Dieu, non avec une sagesse charnelle." Le chrétien est celui qui ne peut soumettre son cœur à son intelligence, ni sa conscience à ses propres calculs. Il s'en remet à Dieu en pratiquant le bien et ne craint pas autrui, tant que sa conscience ne lui reproche rien ; aussi n'ose-t-il pas entamer sa conscience pour sauver sa peau, mais il confesse Dieu librement et ouvertement, sans dissimuler sa foi ; tandis que l'hypocrite change de cap et arbore les couleurs que lui dictent ses calculs et ses intérêts mondains.

Si la voie est libre et qu'aucun danger ne menace, il affichera autant de piété que quiconque ; mais dès qu'il perçoit le moindre risque pour lui-même, il vire de bord et change de cap, ne se faisant aucun scrupule de jouer double jeu avec Dieu et les hommes. Il considère comme la bonne voie celle qui assure sa sécurité temporelle. L'homme intègre, en revanche, suit une tout autre direction : "La voie royale des hommes droits consiste à s'éloigner du mal" (Proverbes 16:17). C'est le chemin que parcourt ce véritable voyageur ; et si jamais on le voit s'en écarter, ce n'est que par mégarde, comme celui qui s'est égaré bien malgré lui, et il ne trouve de repos qu'une fois revenu sur la bonne route. 

3. Le chrétien sincère et au cœur droit fait preuve de constance. Tout comme la vérité doctrinale se distingue de son opposé par son unité, tandis que l'erreur est multiple et dépourvue de l'harmonie propre aux vérités, de même la vérité du cœur, ou sincérité, se reconnaît à ce même trait distinctif par rapport à l'hypocrisie. En effet, la vérité dans le cœur n'est que la copie et la reproduction fidèle de l'autre. Elles s'accordent comme le visage reflété dans un miroir s'accorde avec celui de la personne qui s'y regarde, ou comme l'empreinte dans la cire correspond à la gravure du sceau dont elle provient. Par conséquent, si la vérité dans la parole est constante et harmonieuse, la vérité dans le cœur (qui n'est que l'empreinte de cette dernière) doit l'être tout autant.

Dans le cours de sa vie, le chrétien sincère demeure fidèle à lui-même ; il est "un homme d'une seule couleur", et non comme ces étoffes changeantes dont la teinture révèle des nuances variées selon la manière dont on les agite. L'obéissance du chrétien sincère présente une triple uniformité : elle est constante quant à l'objet, au sujet et aux diverses circonstances qui l'accompagnent.

Le chrétien sincère est constant, quant à l'objet de son obéissance. L'hypocrite, lui, s'attache à un devoir tout en négligeant un autre. Tel un corps sphérique, il ne touche la loi de Dieu qu'en un seul point, manifestant du zèle pour un commandement particulier, mais il ne s'y conforme pas dans le reste ; tandis que le cœur sincère adhère à la loi de Dieu tout entière, tant par son désir que par ses efforts. On dit du pied de l'homme droit qu'il "se tient sur un terrain plat" (Psaume 26:12) ; il ne marche pas en boitant ni de manière disgracieuse, comme ceux qui empruntent des chemins inégaux, cahoteux et accidentés, ou comme ceux dont les pieds et les jambes "ne sont pas égaux", car, comme le dit Salomon, "les jambes des boiteux sont inégales" et ne peuvent donc se tenir "sur un terrain plat", l'une étant longue et l'autre courte.

Les pieds de l'homme sincère sont d'aplomb et ses jambes d'égale longueur, pour ainsi dire ; il veille avec une égale conscience à accomplir toute la volonté de Dieu. L'hypocrite, tel le blaireau, a une patte plus courte que l'autre ; ou, comme un cheval fourbu, il ne se tient pas droit sur ses quatre membres : on remarque qu'il ménage au moins un pied, répugnant à le poser au sol. Les pharisiens affichaient un grand zèle pour la première table de la Loi. Ils priaient et jeûnaient de manière extraordinaire, mais ils priaient pour leur proie ; et, après avoir jeûné toute la journée, ils soupaient aux frais d'une pauvre veuve dont ils avaient l'intention de "dévorer" la maison. 

Un jeûne lamentable, qui s'achève dans l'oppression et ne sert qu'à leur donner un appétit vorace pour engloutir les biens d'autrui sous un masque de piété ! L'homme moral se montre très scrupuleux dans ses rapports avec ses semblables, mais se conduit en véritable voleur envers Dieu. Bien qu'il ne lèse pas son prochain d'un sou, il ne craint pas de dépouiller Dieu de biens bien plus précieux. L'amour, la crainte et la foi sont des dettes qu'il doit à Dieu, et pourtant il ne se fait aucun scrupule de ne pas les rembourser. Il est courant, dans les Écritures, de décrire un saint, une personne pieuse, par un devoir particulier ou une grâce unique. Tantôt son caractère est défini comme celui "qui craint le serment" (Ecclésiaste 9:2), tantôt comme celui "qui aime ses frères" (1 Jean 3:14), et ainsi de suite. 

Et pourquoi ? Parce que, là où un devoir est accompli avec conscience, le cœur se tient prêt pour tout autre. De même que Dieu a édicté tous ses commandements avec la même autorité (c'est pourquoi il est dit en Exode 20:1 : "Dieu prononça toutes ces paroles", les unes tout autant que les autres), ainsi Dieu infuse toute grâce simultanément ; il n'inscrit pas une loi particulière dans le cœur de ses enfants, mais la Loi tout entière, laquelle constitue un principe universel inclinant l'âme impartialement vers tous les préceptes ; de sorte que, si tu n'en aimes pas la totalité, ta sincérité est nulle en chacun d'eux. 

Le chrétien sincère est uniforme quant au sujet lui-même. L'homme tout entier, pour autant qu'il est renouvelé, marche dans une seule direction. Toutes les puissances et facultés de l'âme unissent leurs forces et s'accordent harmonieusement. Lorsque l'intelligence découvre une vérité, la conscience exerce alors toute son autorité sur la volonté, lui commandant, au nom de Dieu dont elle est la mandataire, de l'accueillir ; la volonté, dès que la conscience frappe, s'ouvre et la laisse entrer ; les affections, telles des servantes dévouées, voyant en elle une invitée bienvenue pour la volonté, manifestent leur empressement à la servir, comme il sied à leur rang.

Il en va tout autrement chez l'hypocrite. En lui, une faculté lutte contre une autre ; jamais on ne les voit s'unir et s'accorder dans un vote bienveillant. Lorsque l'entendement est éclairé, l'homme connaît telle vérité ou tel devoir ; pourtant, bien souvent, la conscience est corrompue dans l'exercice de sa charge et ne va même pas jusqu'à lui reprocher sa négligence. La vérité se tient, pour ainsi dire, devant l'âme, mais la conscience refuse de se faire son alliée au point de frapper à la porte et d'éveiller l'âme pour l'y laisser entrer.

Si la conscience se laisse persuader de plaider sa cause et manifeste quelque zèle pour en obtenir l'accueil, elle ne récolte à coup sûr qu'un refus brutal et un regard courroucé, pour s'être tant empressée d'introduire une invitée aussi importune, à l'instar d'une épouse acariâtre envers son mari lorsqu'il ramène chez lui quelqu'un qu'elle n'apprécie pas, ou bien elle ne rencontre qu'un accueil feint, destiné à dissimuler plus subtilement l'hostilité secrète qu'on lui voue. 

L'âme sincère fait preuve de constance, c'est-à-dire dans les circonstances de son obéissance et de sa marche sainte : le moment, le lieu, la compagnie et la manière d'agir. Elle est constante quant au temps. Sa religion ne ressemble pas à un habit de fête que l'on ne revêt qu'à des moments précis ; quel que soit le moment où vous l'abordez, vous la trouverez toujours vêtue de la même manière : sainte le jour du Seigneur, et sainte tout autant les autres jours de la semaine. "Heureux ceux qui observent la justice, qui pratiquent la droiture en tout temps" (Psaume 106:3). La couleur qu'un homme affiche sur son visage lorsqu'il est assis près du feu ne reflète pas sa véritable complexion si elle s'efface aussitôt après.

Il en est certains dont, pour percevoir la bonté et connaître la piété, il faut saisir le moment opportun, faute de quoi l'on n'y trouvera rien. Ils ressemblent à ces fleurs qui ne sont visibles que quelques mois par an, ou à ces médecins que l'on appelait autrefois "hommes de la matinée" : quiconque voulait leur parler devait se présenter le matin, car, l'après-midi, ils étaient généralement ivres. Ainsi, il se peut que vous surpreniez l'hypocrite à genoux le matin, dans l'attitude d'un saint ; mais, une fois cet élan retombé, vous ne verrez guère Dieu dans sa conduite jusqu'à ce que la nuit le ramène, par habitude, à un exercice semblable. Une montre qui ne marche qu'au moment où on la remonte pour s'arrêter ensuite toute la journée ne vaut rien ; il en va de même, assurément, pour le cœur qui ne désire pas demeurer constamment en mouvement spirituel. 

J'admets qu'il peut y avoir une grande différence entre deux montres. Pour l'une, le défaut peut provenir de la montre elle-même, parce qu'elle n'est pas bien conçue, et il en sera toujours ainsi tant que son mécanisme ne sera pas modifié ; une autre, en revanche, est peut-être un mécanisme bien fait, mais de la poussière en entrave les rouages ​​ou une chute l'a quelque peu endommagée ; une fois ces obstacles levés, elle fonctionnera de nouveau parfaitement.

Il en va de même pour la différence entre l'âme sincère et l'hypocrite. L'âme sincère peut voir son mouvement spirituel et sa marche chrétienne interrompus, mais cela est dû à une tentation qui, pour l'heure, l'entrave. Toutefois, elle possède une nature nouvelle qui l'incline à une progression constante dans la sainteté et qui, l'obstacle actuel écarté, reprend son exercice naturel de piété. L'hypocrite, en revanche, fait défaut dans la constitution et la disposition même de son esprit ; il ne possède pas en lui ce principe de grâce capable de soutenir son mouvement.

En outre, le chrétien sincère demeure constant, quels que soient le lieu ou la compagnie. Où qu'il aille, il emporte avec lui la règle qui guide sa conduite. Chez lui, au milieu de ses proches, il fait sienne la résolution de David : "Je marcherai dans l'intégrité de mon cœur au milieu de ma maison" (Psaume 101:2). Suivez-le au-dehors : il emporte sa conscience avec lui et ne lui ordonne pas, comme Abraham le fit pour ses serviteurs en montant à la montagne, de rester en arrière jusqu'à son retour.

Les Romains avaient une loi exigeant que chacun, où qu'il aille, porte sur son chapeau ou son vêtement extérieur un signe distinctif de son métier, afin d'être reconnu. Le chrétien sincère ne se défait jamais volontairement de l'emblème de sa sainte profession. Ni le lieu ni la compagnie ne le détournent de la voie qualifiée de sainte, car sa conscience ne le pousse pas à négliser la prudence. Il sait faire la distinction entre les lieux et les compagnies ; aussi, lorsqu'il se trouve au milieu de pécheurs impétueux et moqueurs, ne livre-t-il pas la religion au mépris en jetant ses perles devant ceux qui les piétineraient et le déchireraient.

Toutefois, il veille avec grand soin à ce que sa prudence ne compromette en rien sa droiture. "Je me conduirai avec sagesse", dit David (Psaume 101:2), "dans une voie intègre" ; c'est-à-dire : je ferai preuve de toute la sagesse possible, afin de demeurer également intègre. En vérité, de tels lieux et de telles compagnies sont pareils à la zone torride, inhabitables pour l'âme pieuse : l'impiété y est si ardente que la sincérité ne peut s'y manifester sans mettre en péril le saint. Dès lors, ceux qui n'ont ni assez de zèle pour s'élever contre les péchés de tels individus, ni assez de souci d'eux-mêmes pour se retirer de ces lieux où ils ne peuvent que recevoir le mal sans faire aucun bien, ont tout lieu de remettre en question leur propre sincérité.

4. Le chrétien sincère progresse sans cesse ; il n’atteint le terme de son voyage qu’une fois parvenu au Ciel. Cela le maintient en mouvement, le poussant à aller de l’avant dans ses désirs et ses efforts ; il est reconnaissant pour une petite mesure de grâce, mais ne se contente pas de grandes mesures de celle-ci. "À mon réveil", dit David, "je me rassasierai de ton image" (Psaume 17:15). Il goûtait de douces joies dans la maison de Dieu, au sein de ses ordonnances. L’Esprit de Dieu était le messager qui lui apportait, depuis la table divine, des mets exquis, des consolations intérieures inconnues du monde. 

Pourtant, cela ne suffit pas à David. Seul le ciel peut lui offrir la pleine mesure de ce breuvage. On raconte que les Gaulois, lorsqu'ils goûtèrent pour la première fois aux vins d'Italie, furent si séduits par leur onctuosité et leur douceur qu'ils ne se contentèrent pas d'en faire le commerce ; ils résolurent de conquérir la terre même où ils étaient produits. De même, l'âme sincère ne se satisfait pas de recevoir, çà et là, un peu de grâce et de réconfort venus du ciel, qui serait le fruit d'un commerce entretenu à distance avec Dieu par le biais des ordonnances divines ici-bas ; elle aspire plutôt à conquérir cette terre sainte, ce lieu béni, afin de boire le vin du Royaume au sein même du Royaume. Cette aspiration élève l'âme vers de nobles et grandes entreprises : comment atteindre des degrés de grâce toujours plus élevés, jour après jour, et s'élever ainsi toujours plus près du ciel. 

Celui qui vise le ciel tire plus haut que celui qui ne cherche qu'à atteindre un arbre. "Je cours", dit Paul, "vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ" (Philippiens 3:14). D'autres admiraient les accomplissements de Paul (ah ! s'ils avaient la grâce de Paul, ils seraient heureux !) mais lui-même s'estimerait fort malheureux s'il ne devait rien obtenir de plus. Il déclare qu'il n'a pas encore saisi ce pour quoi il court. Le prix ne se trouve pas à mi-chemin, mais au terme de la course ; c'est pourquoi il s'élance à toute vitesse, faisant même de cet effort la preuve de la droiture de chacun. "Nous tous donc qui sommes parfaits" (c'est-à-dire sincères) "ayons ces mêmes sentiments" (verset 15). C'est l'hypocrite seulement qui se limite dans les choses de Dieu.

Il possède quelques rudiments de savoir qui lui permettent de discourir de religion avec les croyants ; pour le reste, il s'en remet à d'autres, jugeant cela plus approprié au prédicateur qu'à lui-même. Il apprécie certaines formes extérieures, telle l'observance des rites publics, et s'y conforme pour afficher sa piété ; il s'abstient des péchés qui le rendraient odieux à son voisinage ; mais aspirer à une communion plus intime et plus profonde avec Dieu à travers ces rites, s'efforcer de rendre son cœur plus spirituel et de mortifier toujours davantage la chair et le péché qui l'habitent, voilà qui n'a jamais fait partie de ses desseins : il ressemble à ce piètre commerçant qui n'ose jamais viser la richesse, mais s'estime heureux de pouvoir simplement maintenir sa boutique ouverte et échapper à la prison, quitte à recourir à mille ruses et expédients. 

Après avoir exposé les caractéristiques d'un cœur sincère, il convient d'en tirer quelques enseignements à la lumière du verdict que votre conscience rendra au fond de vous-mêmes, lorsque vous soumettrez votre état spirituel à l'épreuve de ces critères. Or, le constat que la conscience établira, une fois que vous vous serez examinés à l'aune de ces principes, aboutira nécessairement à l'une de ces trois conclusions : soit, premièrement, elle vous condamnera comme hypocrites ; soit, deuxièmement, au terme d'un examen approfondi, elle rendra un témoignage favorable à votre sincérité ; soit, troisièmement, elle vous désignera comme ignorants et vous laissera dans le doute, des âmes qui sont certes sincères, mais qui n'osent pas se considérer comme telles. Afin de pouvoir t'atteindre, lecteur, par une voie si je ne t'atteins pas par une autre, je m'adresserai (prochainement) successivement à ces trois catégories de personnes. 

dimanche 30 août 2026

Dieu confond les sages

 

"Joseph vit avec déplaisir que son père posait sa main droite sur la tête d'Ephraïm; il saisit la main de son père, pour la détourner de dessus la tête d'Ephraïm, et la diriger sur celle de Manassé" (Genèse 48:17).

"Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes" (1 Corinthiens 1:27).

À l'époque, la coutume était de bénir le premier-né. C'est pourquoi Joseph dira au verset 18: "Pas ainsi, mon père, car celui-ci est le premier-né; pose ta main droite sur sa tête". Mais cet exemple nous montre une fois de plus que Dieu ne pense pas comme nous. Souvenons-nous lorsque le prophète Samuel eut à oindre un nouveau roi pour remplacer Saül. L'épisode en est presque comique, lorsqu'Isaï fit passer ses sept fils devant Samuel, mais aucun n'était le choix de Dieu. 

Mais Dieu dit une chose intéressante au verset 16 de 1 Samuel: "Lorsqu'ils entrèrent, il se dit, en voyant Eliab: Certainement, l'oint de l'Éternel est ici devant lui. Et l'Éternel dit à Samuel: Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l'ai rejeté. L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au coeur".

La grâce de Dieu est source de salut pour tous (Tite 2:11), mais malheureusement, ce ne sont pas tous qui l'acceptent. Et lorsque nous marchons à Sa suite, notre Seigneur ne nous accorde pas tous les mêmes dons et les mêmes grâces. Nous n'avons à jalouser qui que ce soit pour leurs grâces, Dieu ne se trompe pas lorsqu'Il accorde à l'un et à l'autre, selon Son bon vouloir. C'est pourquoi Israël répondit à Joseph, au verset 19: "Je le sais, mon fils, je le sais; lui aussi deviendra un peuple, lui aussi sera grand; mais son frère cadet sera plus grand que lui, et sa postérité deviendra une multitude de nations".

C'est une image de notre deuxième verset d'introduction; Dieu choisi souvent les choses qui semblent folles aux yeux des sages de ce monde afin de les confondre. Plus nous semblons faibles et fous, plus la grâce et la gloire de Dieu peut rayonner en nous et à travers nous. Lorsque nous sommes suffisants et fiers, lorsque le nom le plus grand dans notre vie est celui que nous portons, lorsque le nom que nous défendons le plus est le nôtre plutôt que celui de Jésus-Christ, alors nous sommes dans le pétrin spirituellement, et il est peu probable que nous soyons utilisés par Dieu pour quoi que ce soit, hormis que, pour d'autres, nous servions un jour d'exemple de tout ce qu'il ne faut pas faire.

Bien sûr, Dieu utilise les hommes de toutes le classes de la société, riches ou pauvres, éduqués ou illettrés, mais le plus souvent, nous l'avons vu dans l'Histoire, ce sont de simples hommes qu'Il a utiliser pour porter l'Évangile au pus grand nombre, comme les disciples, comme Pierre, qui ne savait même pas écrire (1 Pierre 5:12), mais, poursuit-il, "je vous atteste que la grâce de Dieu à laquelle vous êtes attachés est la véritable". 

Est-ce surprenant qu'il en soit ainsi? Qu'est-il dit de Jésus en Esaïe 53? Les hommes ne l'ont point connu, ni reçu, parce que le Seigneur s'est élevé "comme une faible plante, sans beauté, ni éclat", n'ayant rien dans son aspect pour nous plaire. Et il est dit de Lui au verset 3: "Méprisé et abandonné des hommes", et pourtant, au verset 4, "ce sont nos souffrances qu'il a portées, c'est de nos douleurs qu'il s'est chargé". 

Dieu a utilisé le Christ pour nous sauver, Lui qui n'avait rien pour attirer les acclamations d'un monde déchu, mais qui avait grandement, et qui a toujours grandement besoin d'un Sauveur. Il n'est donc pas surprenant qu'Il utilise encore de nos jours ceux qui, selon les "experts" de ce monde, manquent "d'estime de soi". Il est vrai que cela ne nous est d'aucune utilité de nous déprécier sans raison, mais comprenons que notre vraie valeur nous est donnée par le Christ en nous; le reste est appelé à disparaître, car, nous sommes poussière, et nous retournerons à la poussière (Genèse 3:19). 

Au temps de Jésus, il a plu à Dieu d'utiliser ceux qui n'avaient aucune raison de se glorifier eux-mêmes, et il en est de même aujourd'hui. C'est ainsi qu'Il humilie les "grands" de ce monde, ceux qui ne considèrent pas les voies de Dieu comme étant dignes d'être suivies. 

Trop souvent, les chrétiens marchent selon les apparences, ils se contentent d'un voile religieux pour couvrir leur manque de piété, et quand quelqu'un marchant véritablement avec le Seigneur remarque leur hypocrisie, plutôt que de se repentir et de changer de voie, ils ajoutent un voile, disant: "Seul Dieu me juge". Et ils ont raison, ils se placent sous Son jugement, mais il ne sera pas celui espéré. Dieu n'a rien à faire de l'image que nous tentons de projeter aux autres. Attention donc de ne pas prétendre seulement marcher avec Christ, tout en ne considérant pas attentivement Ses voies. Dieu ne regarde pas aux apparences, mais Il regarde le coeur de chacun. Nous ferions bien de ne pas l'oublier.

Après avoir vu les sept fils d'Isaï, et ayant su que l'Éternel ne choisit aucun d'eux, Samuel demanda: "Sont-ce là tous tes fils?" Et Isaï répondit: "Il reste encore le plus jeune, mais il fait paître les brebis" (1 Samuel 16:11). Les bergers étaient mal vus, ils étaient considérés comme des moins que rien, et on le voit clairement dans cette famille, où le père, jusqu'à ce que Samuel lui pose la question, ne daigna même pas parler de David. Pourtant, c'est lui que Dieu avait choisit. 

Cette idée que les bergers étaient de mauvaises personnes persista même jusqu'au temps de Jésus. Et n'est-il pas intéressant que le Christ, le "fils de David", se soit Lui-même désigné comme étant le "Bon Berger" (Jean 10:14)? Trop souvent, en lisant ce passage, nous mettons l'accent que sur les brebis, c'est à dire, sur nous. "Oh, comme c'est bon de savoir que le Bon Berger veille sur moi". C'est vrai, c'est bien, c'est encourageant, mais nous manquons une partie du message si nous nous arrêtons là.

Car, en y réfléchissant, n'est-il pas intéressant de constater que le Christ se soit appelé Lui-même du nom de ceux qui étaient parmi les plus rejetés des hommes de son époque? Quelle audace avons-nous alors, lorsque nous défendons avec hargne notre propre nom plutôt que le Sien, sachant que Lui, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, s'est appelé lui-même du nom de ceux qui était parmi les plus moqués et les plus rejetés de Son époque!

Cela devrait nous amener à réfléchir sur notre marche chrétienne. Quelles sont nos priorités? Qui est à la première place dans notre vie? Dans notre attitude, dans nos propos, quel nom élevons-nous, le nôtre ou celui de notre Seigneur et Maître? Suis-je parmi les choses folles du monde, ou suis-je constamment en train d'essayer de me hisser parmi celles qui sont considérées comme sages par ce monde? Attention qu'il ne soit pas dit de nous : "Ne prends point garde à son apparence, car je l'ai rejeté". Encore une fois, c'est très important, Dieu n'a rien à faire de l'apparence de notre piété, Il voit notre cœur, rien ne Lui est caché. 

Qu'il soit dit de nous que, lorsque nous nous battons pour quelque chose, nous le faisons sur nos genoux, courbés dans la poussière du sol, et non pas avec la tête haute comme si nous étions un souverain défendant sa propre bannière. Les temps sont courts, plus que jamais, il faut marcher dans l'humilité, car Dieu résiste aux orgueilleux, mais Il fait grâce aux humbles (Jacques 4:6).

"Les corps des animaux, dont le sang est porté dans le sanctuaire par le souverain sacrificateur pour le péché, sont brûlés hors du camp. C'est pour cela que Jésus aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre. Car nous n'avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir" (Hébreux 13:11-14).

"Cherchez l'Eternel, vous tous, humbles du pays, qui pratiquez ses ordonnances ! Recherchez la justice, recherchez l'humilité! Peut-être serez-vous épargnés au jour de la colère de l'Eternel" (Sophonie 2:3). Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen.



dimanche 28 juin 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 54e partie

 

Instructions pour cerner la vérité qui nous entoure.

Mais comment une âme peut-elle être ainsi ceinte de vérité dans sa profession de foi ? Je réponds : Premièrement, efforcez-vous d'enflammer votre cœur d'un amour sincère pour la vérité. Deuxièmement, à cet amour ardent, efforcez-vous d'y ajouter la crainte de la colère que Dieu réserve à tous ceux qui apostasient.

Premier conseil. S'efforcer d'enflammer son cœur d'un amour sincère pour la vérité. Seul cet amour peut rivaliser avec les ennemis de la vérité. Le pire qu'ils puissent faire, ce sont les chaînes ou la mort ; or, "l'amour est plus fort que la mort". Il anéantit la mort elle-même. Il rend tout facile. Les commandements ne sont pas pénibles pour l'amour, et il ne se plaint pas des souffrances. 

Avec quel courage Jacob, par amour pour Rachel, endurait la chaleur du jour et le froid de la nuit ! Quel acte d'audace ! Jonathan abandonna un royaume et affronta la colère d'un père furieux pour David. L'amour ne se considère jamais vaincu tant qu'il garde l'être aimé ; bien au contraire, il aspire à toute entreprise périlleuse, quitte à se sacrifier à son service, comme le voit David, qui mit sa vie en jeu pour Michal. 

À plus forte raison lorsque notre amour se porte sur un quelqu'un d'aussi transcendant que le Christ et sa vérité ! Hélas, ce ne sont que de faibles esprits insufflés par une créature ! De ténus rayons jaillissant de si tristes beautés ! Si ces êtres soumettent leurs amours à une loi à laquelle ils ne peuvent qu'obéir, même au péril de leur vie, quelle contrainte doit subir une âme ravie par l'amour du Christ ! C'est ce qui a poussé les saints à quitter leurs biens, leurs proches, et même leurs corps avec joie, ne considérant pas comme une perte de s'en séparer, mais de les conserver au moindre préjugé envers la vérité (Apocalypse 12:11).

Il est dit ici : "Ils n’ont pas aimé leur vie jusqu’à la mort." Remarquez, non pas jusqu’à perdre certains conforts de leur existence, mais "jusqu’à la mort". Ils considéraient la vie elle-même comme une ennemie, car elle menaçait de les séparer de la vérité. De même qu’un homme n’aime pas son bras ou sa jambe lorsqu’ils mettent le reste de son corps en péril, mais qu’il souhaite les couper, "ne pouvons-nous vivre", disent ces âmes nobles, "qu’en voyant la vérité obscurcie et notre amour pour elle et pour le Christ remis en question ? Accueillons donc la pire des morts." C’est ce qui soutint le courage de David lorsque sa vie fut en danger : "Les méchants m’attendent pour me perdre ; mais je considérerai tes témoignages" (Psaume 119:95).

Un cœur charnel aurait considéré ses biens, sa femme et ses enfants, ou du moins sa vie, désormais en danger. Mais le cœur de David était tourné vers un sujet plus noble ; il méditait sur les témoignages de Dieu, et une telle douceur emplissait son âme tandis qu’il les méditait, qu’il ne pouvait la contenir. "Oh ! combien j’aime ta loi !" (verset 97). Cela éclaira toutes les épreuves qu’il rencontra pour son attachement à la vérité. C’est un grand mystère pour le monde que des hommes puissent courir un tel péril pour une opinion, comme on l’appelle. C’est pourquoi Paul fut considéré par son juge comme ayant perdu la raison. Et cette question que Pilate posa au Christ semble avoir été posée avec légèreté plutôt qu’avec sérieux (Jean 18). Notre Sauveur lui avait dit (verset 37) que le but de sa naissance et de sa venue au monde était de "rendre témoignage à la vérité".

Alors Pilate, au verset 38, demande au Christ : "Qu'est-ce que la vérité ?", comme s'il avait dit : "Est-ce maintenant le moment de penser à la vérité, alors que ta vie est en danger ? Qu'est-ce que la vérité, pour que tu prennes tant de risques pour elle ?" Mais un homme magnanime pourrait mieux demander, avec un saint mépris : "Que sont les richesses et les honneurs, que sont les plaisirs éphémères de ce monde trompeur, et même la vie elle-même, pour que tout cela soit opposé à la vérité ?" Messieurs, voyez ce qui captive votre amour au point de vous faire accaparer bourse, crédit, vie et tout le reste.

"Amor meus pondus meum" ; chacun va là où son amour le porte. Si le monde a votre amour, vous y consacrerez votre vie ; si la vérité a conquis vos cœur, vous encaisserez les coups qui lui sont portés plutôt que de les laisser s'abbatre sur elle. Veillez seulement à ce que votre amour pour la vérité soit sincère, sinon il vous abandonnera aux portes de la prison et vous fera vous séparer de la vérité au moment où vous devriez le plus la défendre. Il existe trois sortes de faux croyants, dont l’amour ne résistera pas à l’épreuve du feu.

Première catégorie. Ceux qui embrassent la vérité par intérêt charnel. Parfois, la vérité paie bien son séjour avec l'argent du monde, et tant qu'elle y est invitée, chacun l'accueille chez soi. Ceux-là n'aiment pas la vérité, mais le bijou à son oreille.

On observe, sous le règne d'Henri VIII, que beaucoup étaient très zélés contre les abbayes, car ils aimaient leurs terres plus qu'ils ne haïssaient leur idolâtrie. La vérité trouve peu de personnes qui l'aiment gratuitement. Et seuls ces quelques-uns souffriront avec et pour la vérité ; quant aux autres, une fois dépensés les biens matériels que la vérité leur a apportés, vous constaterez qu'ils sont las de leur combat.

Ce feu de cuisine ne brûle pas plus longtemps que le combustible grossier que sont le profit, le crédit et autres ne l'alimente. Si vous ne pouvez aimer la vérité nue, vous ne supporterez pas d'être déshonoré pour elle ; et le sort que subit la vérité, ses disciples doivent s'y attendre.

Deuxième catégorie. Ceux qui vantent la vérité et la proclament haut et fort, mais qui, si vous les observez, ne font que la complimenter. Ils se tiennent à distance et ne laissent pas la vérité entrer en eux, pour qu'elle leur serve de loi ; comme celle qui reçoit un prétendant, parle bien de lui, converse avec lui, mais refuse de l'épouser. C'est une chose d'aimer véritablement, c'en est une autre de simplement embrasser ou caresser.

Bucholcerus disait souvent : "Beaucoup embrassent le Christ, mais peu l'aiment vraiment". Le véritable amour pour le Christ est conjugal. Lorsqu'une âme s'abandonne, par une attirance intérieure qu'elle éprouve pour le Christ comme pour son époux, à être gouvernée par son Esprit et ordonnée par sa parole de vérité, voilà une âme qui aime le Christ et sa vérité. Mais là où la vérité n'a ni commandement ni règle, l'amour de la vérité ne demeure pas dans ce cœur. Celle qui n'obéit pas ne peut être une épouse aimante, car l'amour l'y contraindrait ; et de même, l'amour dans l'âme imposerait l'obéissance à la vérité qu'il aime. Bien plus, celui qui n'obéit pas à la vérité est si loin de l'aimer qu'il la craint ; il sera plus enclin à la persécuter qu'à souffrir pour elle.

Ainsi est vrai ce qu'affirme Jérôme : "Celui que nous craignons, nous le haïssons ; celui que nous haïssons, nous souhaitons sa destruction." Saül craignait David, et cela le poussa à redoubler d'efforts pour le perdre. Hérode craignait Jean, et cela lui coûta la vie. La crainte servile pousse le cœur pervers à emprisonner la vérité dans sa conscience, car si celle-ci avait toute sa liberté et son autorité dans l'âme, elle emprisonnerait, voire exécuterait, toute convoitise qui règne en maître ; et celui qui emprisonne la vérité en son sein, il lui est difficile de se retrouver lui-même en prison pour témoigner de la vérité.

Troisième catégorie. Ceux qui ne manifestent aucun zèle contre les ennemis de la vérité. L'amour, lui, s'arme de zèle ; c'est le poignard qu'il brandit contre tous les opposants à la vérité. Celui qui n'est pas zélé n'aime pas. Or, le zèle véritable agit comme un feu qui brûle jusqu'à son paroxysme, tout en restant contenu. S'il demeure confiné au cœur d'un chrétien, et ne peut alors jaillir pour punir les ennemis de la vérité, il brûle d'autant plus intérieurement, emprisonné, et s'attaque, tel un feu dans ses os, à l'esprit du chrétien, le consumant, le dévorant de chagrin à la vue de la vérité foulée aux pieds par l'erreur ou le profanation, sans qu'il puisse la relever. Il n'y a aucune joie pour un amant zélé à survivre à l'être aimé. Il y en a eu qui auraient préféré se jeter dans la tombe de leurs amis et se coucher avec eux dans la poussière, plutôt que de passer ici-bas une vie désenchantée sans eux.

"Allons mourir avec lui", dit Thomas lorsque le Christ leur annonça la mort de Lazare. Et je suis certain que les zélés défenseurs de la vérité trouvent triste de vivre en des temps de perversité, quand celle-ci est bafouée. La nouvelle de la disparition de l'arche terrifia l'âme du bon Élie, et l'on peut penser, par charité, que cela donna naissance au souhait d'Élie, voire à sa prière solennelle pour la mort : "C'en est assez ; maintenant, Seigneur, prends ma vie" (1 Rois 19:4). Le saint homme vit comment les choses se passaient parmi les grands de ce temps pervers.

On courtisait les idolâtres, on provoquait les fidèles serviteurs de Dieu, on les traînait, on les tuait, pour ainsi dire ; et maintenant, ce prophète zélé pense qu'il est temps de quitter ce monde plutôt que de vivre plus longtemps dans le tourment, de voir le nom, la vérité et les serviteurs de Dieu bafoués par ceux qui auraient dû leur témoigner le plus de bienveillance. Mais si le zèle reçoit le pouvoir de défendre la vérité, comme lorsqu'il est élevé au siège du magistrat, alors les ennemis de la vérité sauront et sentiront qu'il ne porte pas l'épée en vain. Le magistrat zélé, comme il a un bras pour secourir et défendre la vérité; l'Israélite a une main pour frapper le blasphème, l'erreur et la profanation (l'Égyptien) lorsque l'un d'eux l'attaque.

Oh ! comme Moïse s'est indigné contre lui, cet homme humble qui demeura muet dans sa propre cause (Nombres 12), lorsque le peuple s'était adonné à l'idolâtrie ! Son cœur était si ardent que, malgré tout l'amour qu'il leur portait, il ne pouvait ni prier Dieu pour eux, ni écouter leurs supplications, avant d'avoir manifesté son zèle par un acte de justice contre les coupables. Or, seuls de tels individus sont susceptibles de souffrir pour la vérité lorsqu'on les y appelle ; ils ne la laisseront pas souffrir s'ils peuvent l'en empêcher.

Quant aux esprits neutres, à l'instar de Gallion, qui voient la vérité et l'erreur s'affronter sans pour autant se démener pour la soutenir (en usant de leur pouvoir et de leur autorité, s'il s'agit d'un magistrat ; en prêchant l'une et en dénigrant l'autre, s'il s'agit d'un pasteur ; et par un témoignage sincère, une prière fervente et une sympathie affectueuse envers la vérité, qu'elle prospère ou non, s'il s'agit d'un simple chrétien) je dis bien, quant à ceux-là, qui, en l'occurrence, se tiennent comme des spectateurs devant deux lutteurs, peu soucieux de savoir qui tombera, on ne peut attendre de ceux-là qu'ils s'exposent à de grandes souffrances pour la vérité.

Celui qui n'a pas le zèle nécessaire pour faire taire les ennemis de la vérité quand il le peut, osera-t-il la proclamer librement face à la mort et au danger ? Ce pasteur qui n'a ni l'amour ni le courage de défendre la vérité en chaire, peut-on imaginer qu'il la défendrait jusqu'au bûcher ? En un mot, ce chrétien dont le cœur n'est pas touché par la vérité au point de la comprendre, s'interposera-t-il entre elle et le coup que lui portent ses persécuteurs sanguinaires, et choisira-t-il de recevoir ce coup, même au prix de sa vie, plutôt que de le voir s'abattre sur la vérité ? Si le feu de l'amour s'éteint en lui, ou s'affaiblit au point de ne plus le plonger dans le chagrin face aux atteintes à la vérité commises par des esprits corrompus, où trouvera-t-il la flamme qui lui permettra de se consumer sous la main des hommes sanguinaires ? Nul ne supportera le feu qui brûle en lui s'il ne prend plus soin d'entretenir cette flamme sacrée dans son âme. S'il ne peut verser de larmes, à plus forte raison saignera-t-il pour la vérité.

Question : Si quelqu'un se demandait comment embraser son cœur de ce feu céleste d'amour pour la vérité, je répondrais:

1. Efforce-toi d'harmoniser ton cœur avec la vérité. La ressemblance est le fondement de l'amour. Un cœur charnel ne peut aimer la vérité, car il ne lui ressemble pas. Un tel homme peut aimer la vérité comme on a aimé Alexandre, le roi, non l'homme qui la personne qui était le roi. La vérité dans son honneur et sa dignité, lorsqu'elle peut lui être préférée, mais non la vérité nue elle-même. Comment est-il possible qu'une âme terrestre aime la vérité céleste ? Un cœur impur, la vérité pure ?

Oh ! comme il est triste de voir comment les préceptes et les principes de l'entendement des hommes s'opposent et se disputent avec les principes de leur cœur et de leurs affections, quand les hommes ont des jugements orthodoxes et des cœurs hétérodoxes ! Il y a forcément peu d'amour pour la vérité, car le jugement et la volonté sont si mal assortis. La vérité dans la conscience réprimande et menace la luxure dans le cœur ! Et celle-ci, à son tour, contrôle la vérité dans la conscience !

Ainsi, tel un couple qui se dispute, ils peuvent un temps cohabiter, mais ne trouvant aucun réconfort l'un chez l'autre. Le misérable se laisse facilement persuader de divorcer de la vérité et de la renvoyer, comme Assuérus le fit avec Vashti, afin d'embrasser d'autres principes, plus en accord avec son cœur corrompu, et de ne pas le contrarier dans sa voie. C'est cela, j'en suis persuadé, qui a séparé tant de personnes de la vérité en ces temps de débauche. Ils ne pouvaient pécher en paix tout en conservant la justesse de leurs jugements. La vérité les réprimandait sans cesse, et c'est pourquoi, pour harmoniser leurs jugements avec leurs cœurs, ils ont adopté des principes conformes à leurs convoitises.

Mais mon âme, si la vérité a eu sur toi un tel pouvoir de te transformer, par le renouvellement de ton esprit, à son image, de sorte que, comme le rejeton transforme le tronc selon sa propre nature, ainsi la vérité t'a assimilée et t'a fait porter des fruits semblables aux siens, alors tu es celle qui ne se séparera jamais de la vérité. Car avant que cela ne soit possible, tu dois renoncer à cette nouvelle nature que l'Esprit de Dieu a engendrée en toi. Il existe désormais une union si profonde entre toi et la vérité, ou plutôt entre toi et le Christ, qu'elle est indissoluble.

Voyez la puissance immense qui accompagne l'institution divine du mariage : deux personnes qui, un mois auparavant peut-être, ne se connaissaient pas, et pourtant, leurs affections désormais unies par l'amour et leurs êtres rendus un par le mariage, peuvent quitter amis et parents pour se réjouir l'un de l'autre. Une puissance immense, et bien plus grande encore, accompagne cette union mystique entre l'âme et le Christ, l'âme et la vérité ; celle-là même qui, avant sa conversion, n'aurait pas risqué de perdre un sou pour le Christ ou sa vérité, et pourtant, désormais unie au Christ et à sa vérité par une œuvre secrète de l'Esprit qui la remodèle à son image, peut dire adieu au monde, à la vie et à tout le reste, pour cela.

Comme ce martyr le raconta à celui qui lui demandait s'il n'aimait pas sa femme et ses enfants, et s'il ne rechignait pas à s'en séparer : "Oui, répondit-il, je les aime tellement que je ne me séparerais d'aucun d'eux pour tout ce que vaut le duc de Brunswick, dont il était le sujet ; mais pour l'amour du Christ et de sa vérité, adieu à eux tous."

2. Efforce-toi d'embraser toujours plus ton cœur de l'amour de Dieu, et cela fera naître en toi un amour profond pour sa vérité. L'amour observe ce qui est précieux et cher à celui qu'on aime, et l'aime à cause de lui. L'amour de David pour Jonathan l'a poussé à se renseigner sur certains de ses semblables, afin de leur témoigner de la bienveillance, à cause de lui. L'amour de Dieu rendra l'âme curieuse de découvrir ce qui Lui est proche et cher, afin qu'en lui témoignant de la bienveillance, elle puisse lui exprimer son amour. Or, après une brève recherche, nous constaterons que le Dieu tout-puissant accorde une valeur inestimable à la vérité. "Car tu as élevé ta parole au-dessus de tout ton nom" (Psaume 138:2). C'est le nom de Dieu, par lequel il est connu. Toute créature porte le nom de Dieu (c'est par la Création que Dieu est connu), même le plus petit brin d'herbe.

Mais à sa parole, et à la vérité qui y est écrite, il a donné la prééminence sur tout ce qui porte son nom. Considérons quelques points qui nous permettront d'entrevoir la grande valeur que Dieu accorde à la vérité.

A). Lorsque Dieu accorde sa parole et sa vérité à un peuple, il lui fait preuve d'une des plus grandes miséricordes qu'il puisse recevoir ou qu'il puisse accorder ; il les appelle les "grandes choses" de sa loi (Osée 8.12). Un peuple qui jouit de sa vérité est, par le jugement même du Christ, "élevé au ciel". Sans cela, tout ce qu'un peuple possède de la main de Dieu ne peut s'y comparer, pas plus que le pain et la bouteille d'Agar (qui constituaient la part d'Ismaël) ne peuvent se comparer à l'héritage d'Isaac.

Dieu, qui sait apprécier et mesurer ses propres dons, dit de sa parole qu'il révèle à Jacob, et des témoignages qu'il donne à Israël, "qu'il n'a agi ainsi envers aucune nation" (Psaume 147.20) ; c'est-à-dire, pas avec autant de richesse et de grâce. 

B). Considérez le soin particulier que Dieu apporte à préserver sa vérité. Quoi qu'il en soit, Dieu se tourne vers sa vérité. Lors des naufrages en mer et des incendies sur terre, quand les hommes ne peuvent sauver que peu de choses, ils choisissent non pas du bois et des objets sans valeur, mais ce qu'ils estiment le plus précieux. Dans toutes les grandes révolutions, les changements et les renversements de royaumes et d'Églises, Dieu a toujours préservé sa vérité. 

Des milliers de vies de saints ont été ôtées, mais ce que le diable déteste plus que tous les saints, oui, ce pour quoi il les déteste seulement, c’est sa vérité. Cela vivra et triomphera de sa malice. Et assurément, si la vérité n'était pas si chère à Dieu, il ne se serait pas donné ce prix pour la préserver par le sang de ses saints ; oui, et plus encore, par le sang de son Fils, dont la mission dans le monde était, par sa vie et sa mort, de "rendre témoignage à la vérité" (Jean 18:37). En un mot, dans ce grand et funeste brasier du ciel et de la terre, lorsque les éléments fondront sous l'effet de la chaleur et que le monde atteindra son terme fatal, alors la vérité ne subira aucune perte, mais "la parole du Seigneur subsiste éternellement" (1 Pierre 1:24).

C). Considérons la sévérité de Dieu envers les ennemis de la vérité. Une terrible malédiction est prononcée contre ceux qui en retranchent ou en ajoutent la moindre parcelle; ceux qui altèrent ou rognent cette pièce céleste (Apocalypse 22:18). 

L'un attire sur lui tous les fléaux décrits dans la parole de vérité ; à l'autre, sa part sera ôtée du livre de vie, de la cité sainte et des biens, c'est-à-dire des biens promis, qui sont écrits dans ce livre. Tout cela témoigne de la haute valeur que Dieu accorde à la vérité ; et cela n'a rien d'étonnant si l'on considère ce qu'est la vérité : cette vérité qui resplendit de la parole écrite. Elle est l'essence même des pensées et des desseins que Dieu a recueillis de toute éternité et qu'il a portés dans son cœur pour les mettre en œuvre. Rien ne se réalise sans l'accomplissement de sa parole.

C'est la représentation la plus complète et la plus parfaite que Dieu lui-même pouvait donner de son être et de sa nature aux fils des hommes, afin que, par elle, nous puissions le connaître et l'aimer. Les grands princes avaient coutume d'envoyer leurs portraits par leurs ambassadeurs à celles qu'ils courtisaient en mariage. Dieu est une perfection si infinie que nulle main ne peut le faire naître à la vie, si ce n'est la sienne, et c'est ce qu'il a fait précisément dans sa parole. C’est de là que tous ses saints sont tombés amoureux de Lui. Celui qui abandonne la vérité de Dieu renie le Dieu de vérité.

Bien que nul ne puisse détrôner Dieu, ils s'en approchent au plus près lorsqu'ils déchaînent leur colère contre la vérité. Ce faisant, ils exécutent en quelque sorte Dieu en effigie. C'est pourquoi nous comprenons si bien pourquoi Dieu chérit tant sa vérité et pourquoi nous qui l'aimons devons nous y attacher.

D). Consacrez-vous à la méditation de l'excellence transcendante de la vérité. "L'œil touche le cœur" ; c'est par cette fenêtre que l'amour entre. Jamais personne n'a eu un regard spirituel pour percevoir la vérité dans sa beauté intrinsèque sans avoir un cœur pour l'aimer. C'est ainsi que le cœur de David fut ravi par l'amour de la parole de vérité : "Combien j'aime ta loi ! Je la médite tout le jour", Psaume 119:97. Tandis que ses pensées s'y consacraient, son amour s'y attachait.

David constata une grande différence entre méditer sur les vérités de la parole de Dieu et s'adonner aux autres vertus que le monde encense tant. Lorsqu'il se tourna vers la contemplation d'une quelconque perfection de la créature, il la trouva futile et aride en comparaison. Il ne tarda pas à parcourir le livre des vertus du monde et n'y trouva aucune notion qui mérite qu'on s'y attarde. "J'ai vu", dit-il, "la fin de toutes les perfections" ; il est déjà au bout du monde et, en quelques pensées, il peut sonder le fond de toute la gloire terrestre. Mais lorsqu'il intègre les vérités de Dieu à sa pensée, il trouve alors matière à s'émerveiller et à méditer : "Ton commandement est infiniment vaste."

Les grands navires ne peuvent naviguer sur des rivières étroites et des eaux peu profondes, pas plus que les esprits véritablement grands, imprégnés de la connaissance de Dieu et du ciel, ne peuvent trouver dans la créature suffisamment d'espace pour se tourner et s'épanouir. Une âme pieuse s'échoue vite sur ces terres plates ; mais qu'elle se lance dans la méditation de Dieu, de sa Parole, des vérités mystérieuses de l'Évangile, et elle trouve un lieu d'eaux profondes, un espace marin assez vaste pour s'y perdre. Je pourrais ici vous montrer l'excellence des vérités divines sous différents angles. Comme à la source même d'où elles jaillissent, le Dieu de vérité ; ou à leur contraire, ce monstre difforme qu'est l'erreur, etc. Mais je ne dirigerai votre méditation que vers quelques propriétés séduisantes que vous trouverez dans ces vérités. Vous en trouverez un grand nombre dans le Psaume 19:7, et ainsi de suite.

La vérité est "pure" ; c’est ce qui a poussé David à l’aimer (Psaume 119:140). Non seulement elle est pure, mais elle purifie et sanctifie l’âme qui l’accueille. "Sanctifie-les par ta vérité : ta parole est la vérité" (Jean 17:17). Elle est l’eau pure avec laquelle Dieu lave les âmes souillées. "Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures… je vous purifierai" (Ézéchiel 36:25). L’eau stagnante et croupie fera au visage ce que l’erreur fait à l’âme.

La vérité est "sûre et inébranlable" (Psaume 19:7). Nous pouvons y déposer tout le poids de notre âme sans qu’elle ne cède. Attachez-vous à la vérité et elle vous restera fidèle. Elle vous accompagnera en prison, en exil, et même, elle se dressera sur elle-même et portera vos fardeaux partout où vous irez accomplir sa mission. "Pas une seule chose", dit Josué, "n’est restée sans effet parmi toutes les bonnes choses que l’Éternel, ton Dieu, a dites à ton sujet ; tout s’est accompli pour toi, et rien n’est resté sans effet" (Josué 23:14).

Tout ce que vous y trouverez, considérez-le comme de l'argent dans votre bourse. "Quatre-vingts ans", dit Polycarpe, "j'ai servi Dieu, et je l'ai trouvé bon maître." Mais ceux qui pensent s'assurer un avenir meilleur en abandonnant la vérité sont assurés d'être déçus. Nombreux sont ceux qui, flattés par de belles promesses, se sont éloignés de la vérité et n'ont pas été mieux servis que Judas par les Juifs après avoir livré son Maître entre leurs mains sanglantes. Prenez garde à cela. Bien que les persécuteurs aiment la trahison, ils haïssent le traître. Souvent, pour manifester leur malice diabolique, ils n'hésitent pas à massacrer cruellement ceux qui, contraints de renier la vérité, se glorifient de leur acte, comme une vengeance parfaite pour détruire l'âme et le corps.

Encore une fois, la vérité est libre et libère l'âme qui s'y attache. "La vérité vous rendra libres", Jean 8:32. Le Christ révèle aux Juifs l'esclavage dans lequel ils étaient, un esclavage dont ce peuple arrogant n'avait jamais rêvé. "Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir ses désirs", verset 44. De tels esclaves sont tous pécheurs. Ils doivent faire ce que le diable veut d'eux et
n'osent pas plus lui déplaire qu'un enfant à son père avec un bâton à la main. Certaines sorcières ont avoué avoir été contraintes d'envoyer leurs démons nuire à autrui pour se soulager ; car tant qu'elles ne les avaient pas envoyés en mission, elles étaient elles-mêmes tourmentées par eux. Et celui qui est en proie à un désir ne trouve guère de repos s'il ne le sert pas constamment et ne subvient pas à ses besoins.

Croyez-vous que le monde puisse connaître un autre esclave comme ce pauvre malheureux ? Eh bien, même si tous les verrous du diable (je veux parler des convoitises) étaient verrouillés sur un seul pécheur, et qu'il était enfermé dans le cachot le plus profond de sa prison, qu'il suffise que ce pauvre esclave commence à connaître la vérité du Christ, qu'il lui ouvre son cœur, et vous entendrez bientôt les fondements de la prison trembler, ses portes s'ouvrir et les chaînes tomber des jambes de la pauvre créature.

La vérité ne peut être enchaînée, ni demeurer dans une âme prisonnière du péché ; aussi, lorsque la vérité et l'âme s'accordent, ou plutôt le Christ et l'âme, réunis par la vérité, alors la pauvre créature peut lever la tête avec joie, car sa rédemption et sa délivrance de cet esclavage spirituel sont proches ; oui, le jour est venu, la clé est déjà dans la serrure pour le libérer. Il est impossible que nous connaissions « la vérité telle qu’elle est en Jésus » et que nous soyons de simples étrangers à la liberté qui l’accompagne, Éphésiens 4:19-21.

En un mot, la vérité triomphe. Elle est grande et finira par l'emporter. C'est le grand dessein de Dieu, et bien que de nombreux complots et stratagèmes se cachent dans le cœur des hommes (révélant leurs intentions), le dessein du Seigneur prévaudra. Leurs espoirs sont vains lorsqu'ils y ont trop longtemps cru. Hélas ! ils manquent de pouvoir pour faire éclore ce que leur malice nourrit. Parfois, je l'avoue, les ennemis de la vérité s'emparent des milices de ce monde, et alors la vérité semble s'effondrer, et ceux qui en témoignent sont même mis à mort ; pourtant, leurs persécuteurs sont incapables de les enterrer vivants (Apocalypse 11:9).

Certains, auxquels on n'aurait jamais pensé, se lèveront pour défendre la vérité et empêcheront qu'elle ne soit enterrée. Les persécuteurs n'ont pas besoin de dépenser des sommes considérables pour graver le monument de leurs victoires dans le marbre ; la poussière suffira amplement, car leur règne est éphémère. Pendant trois jours et demi, les (deux) témoins, gisant morts dans les rues, et la vérité, inconsolable, demeure près d'eux ; mais bientôt, ils marcheront à nouveau, et la vérité triomphera. Si les persécuteurs pouvaient tuer leurs successeurs, alors leur œuvre pourrait sembler inébranlable, n'ayant plus à craindre qu'un autre ne détruise ce qu'ils ont érigé ; et pourtant, alors leur œuvre serait aussi exposée au ciel, et pourrait être aussi facilement entravée, que la leur à Babel.

Qui n'aime pas être du côté des vainqueurs ? Choisis la vérité, et elle te sera acquise. On peut entendre dire que la vérité est malade, mais jamais qu'elle est morte. Non, l'erreur est éphémère. "Une langue menteuse ne dure qu'un instant", mais la vérité est éternelle, à l'instar de Dieu. Elle vivra jusqu'à voir leurs têtes gisant dans la poussière et marcher sur les tombes de ceux qui s'étaient empressés de lui en construire une. Vis, ai-je dit. Oui, règne en paix avec ceux qui sont désormais prêts à souffrir avec et pour elle.

Et toi, chrétien, ne voudrais-tu pas faire partie de cette noble suite de vainqueurs qui accompagneront le Christ sur son char triomphal jusqu'à la cité céleste, pour y recevoir la couronne et t'asseoir sur ton trône avec ceux qui ont défendu le champ de bataille, lorsque le Christ et sa vérité étaient militants sur terre ? Ainsi, si seulement tu pouvais, par la pensée, essuyer les larmes et le sang qui recouvrent à présent le visage de la vérité souffrante, et te la présenter telle qu'elle apparaîtra dans la gloire, tu ne pourrais que t'y attacher d'un amour "plus fort que la mort".

Deuxième conseil. S’il subsiste encore en toi la moindre crainte, face à la colère de ces hommes sanguinaires qui te menacent pour ta profession de la vérité, alors, à un cœur embrasé par l’amour de la vérité, efforce-toi d’ajouter la crainte de cette colère que Dieu réserve à tous ceux qui apostasient. Quand on se brûle le doigt par hasard, c'est qu'on le tient près du feu, et comme le feu est plus intense, l'autre doigt brûle aussi. Ainsi, lorsque tes pensées sont brûlées et ton cœur embrasé par la colère humaine, confronte-les un instant au feu de l'enfer, que Dieu a préparé pour les lâches (Apocalypse 21:8) et tous ceux qui fuient la vérité (Hébreux 10:39), et tu perdras le sens de l'un par crainte de l'autre. "Pardonne-moi, ô empereur, si je n'obéis pas à ton ordre ; tu menaces la prison, mais Dieu, l'enfer".

On peut observer le cas de David : "Des princes m’ont persécuté sans raison ; mais mon cœur est rempli de crainte à cause de ta parole" (Psaume 119:161). Il n’avait aucune raison de craindre ceux qui n’avaient aucune raison de le persécuter. Une menace fondée sur la parole, qui lui fait prendre conscience de la colère de Dieu, l’effraie davantage que le pire que les plus grands sur terre puissent lui faire. La colère de l’homme, hélas, même lorsqu’elle est la plus intense, n’est qu’un climat tempéré comparé à la colère du Dieu vivant.

Ceux qui ont éprouvé les deux en ont témoigné. La colère de l’homme ne peut empêcher l’amour de Dieu d’atteindre la créature, ce qui a fait chanter les saints dans le feu malgré les dents de leurs ennemis. Mais la créature sous la colère de Dieu est comme enfermée dans un four, aucune fente ne laisse échapper la chaleur, ni aucun rafraîchissement.

dimanche 17 mai 2026

J'ai péché, mais...

 

Alors Saül dit à Samuel: J'ai péché, car j'ai transgressé l'ordre de l'Eternel, et je n'ai pas obéi à tes paroles; je craignais le peuple, et j'ai écouté sa voix (1 Samuel 15:24).

J'ai péché; j'ai transgressé; je n'ai pas obéi, mais... 

C'est aussi un problème dans l'église moderne. Comme Saül, lorsque nous osons, du bout des lèvres, avouer que nous avons péché, nous nous trouvons immédiatement une excuse: "Ce que j'ai fait n'était pas bien, mais c'est à cause de ma femme"; ou, "c'est mon caractère qui est ressorti", ou, "ce sont mes enfants qui me mettent les nerfs à vif". Les excuses ne manquent jamais lorsqu'on refuse de s'humilier devant Dieu. Nous n'avons pas horreur du péché; nous voulons simplement en éviter les conséquences!     

Pourtant, Jean est clair dans son épitre, alors qu'il dit: "Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste" (1 Jean 2:1). Il ne dit pas que, si nous avons péché, nous devons immédiatement trouver une excuse pour pardonner nous-mêmes notre péché. Comment Dieu peut-Il pardonner quelqu'un avec une telle attitude? Est-ce l'attitude que nous attendons de nos enfants lorsqu'ils désobéissent ou agissent mal? Nous empressons-nous de les pardonner s'ils sont insolents et refusent de reconnaître qu'ils ont mal agi?

Certainement pas! Bien sûr, nous sommes patients, car nous savons que Dieu l'est aussi envers nous. Il ne s'empresse pas de nous punir, sans quoi nous serions déjà morts et en enfer! Mais nous expliquons à nos enfants l'importance de reconnaître honnêtement leurs actions, sans se trouver d'excuses pour les couvrirs. Jésus a dit: "Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu'on y ajoute vient du malin" (Matthieu 5:37); il ne faut rien ajouter à la vérité.

Et si nous couvrons nous-mêmes notre péché, nous nous contentons de bien peu; Jésus n'est-il pas venu à la croix verser son sang afin de nous purifier ? Éphésiens 1:7 nous dit en effet que nous avons, par le sang de Christ, la rédemption et la rémission de nos péchés. Alors, que peuvent espérer ceux qui couvrent eux-mêmes leurs péchés de milles excuses? Sont-ils pardonnés? Reçoivent-ils la rémission de leurs péchés? Non, ils ressemblent en tous points à Saül, qui était trop orgueilleux pour admettre simplement son péché. Il sentait le besoin de trouver des raisons et des excuses plutôt que de s'humilier devant Dieu afin d'être pardonné.

C'est pourquoi on le voit dire: "Je n'ai pas obéi... mais je craignais le peuple". C'est comme s'il avait dit: "Comprends-moi bien, Samuel, je sais que c'est mal, mais je ne suis pas seul responsable. En fait, je n'ai presque rien à me reprocher; c'est à cause du peuple si j'ai désobéi". Cela ne nous rappelle-t-il pas en Eden? "Hey Adam, qu'as-tu fait"? "Ce n'est pas vraiment moi, c'est la faute de la femme". "Eve, qu'as-tu fait"? "Ce n'est pas vraiment ma faute, c'est le serpent".

Et Dieu, dans Sa grande bonté, à dès lors prévu un plan pour couvrir les pécheurs en leur faisant des habits de peau, eux qui, déjà, avaient essayé de couvrir leur faute en cousant des feuilles de figuier. Déjà ici, Dieu montrait à l'homme qu'il voulait pourvoir pour le pardon de ses péchés. Il lui fait un habit probablement tiré d'un animal mort; c'était les prémices du sacrifice d'animaux que Dieu allait demander plus tard. Dieu ayant pourvu Lui-même, car rien ne nous dit dans le texte qu'il s'agissait d'un animal offert en sacrifice, Dieu démontrait ainsi qu'Il serait, par Sa miséricorde, Celui qui pourvoirait au rachat des péchés de l'humanité à travers Jésus-Christ. 

À l'inverse de Saül, nous avons l'exemple du roi David. Alors qu'il venait de commettre l'adultère avec Bath-Schéba, qu'il mit enceinte, et pour camoufler ce péché, il fit périr Urie, son mari, Dieu envoi le prophète Nathan, qui lui dit: "Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux? Tu as frappé de l'épée Urie, le Héthien; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon" (2 Samuel 12:9). 

David répondit: "J'ai péché contre l'Éternel" (v.13). David n'avais pas simplement peur des conséquences du péché; il reconnut l'horreur de son péché. Nous le savons parce qu'il n'y a pas eu de "mais" dans sa confession; il dit simplement: "j'ai péché". Pas d'excuses, pas d'échapatoire, pas d'orgueil; simplement la vérité brute : "Que votre oui soit oui, et si c'est non, que ce soit non, le reste vient du malin".

Et que répond Nathan à la confession de David, dans le même verset? "L'Éternel pardonne ton péché, tu ne mourras point". Il est possible qu'il ne parlait pas seulement ici de la mort du corps, mais bien plus encore de sa mort spirituelle. Car Dieu ne dédaigne pas le coeur repentant, brisé, lorsqu'il reconnaît la gravité de son péché.   

C'est d'ailleurs ce que dira David au Psaume 51, qu'il écrivit "lorsque Nathan, le prophète, vint à lui, après que David fut allé vers Bath-Schéba" (verset 1). Au verset 17, il dit: "Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c'est un esprit brisé: O Dieu! tu ne dédaignes pas un coeur brisé et contrit". Dieu voit le coeur de chacun de nous, et Il sait si nous sommes en train d'essayer de nous justifier nous-mêmes ou si nous comptons sur Lui seulement. Au verset 10, David disait: "O Dieu! crée en moi un coeur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé. Ne me rejette pas loin de ta face, ne me retire pas ton esprit saint. Rends-moi la joie de ton salut, et qu'un esprit de bonne volonté me soutienne!"

Il est très possible qu'il se soit souvenu du roi Saül. En effet, après sa non repentance en 1 Samuel 15, il est dit au chapitre 16 verset 14 que "l'Esprit de l'Éternel se retira de Saül". Au chapitre 18 verset 12, il est encore répété la même chose, et David fût témoin de ces choses. Et au chapitre 28, nous trouvons Saül consultant une nécromancienne, lui qui, des année auparavant, avait retranché du pays ceux qui pratiquaient ces abominations (1 Samuel 28:9). Non satisfait de ce péché, il jure à la nécromancienne (v.10), sur le nom du Dieu vivant, qu'il ne lui sera fait aucun mal !

Nous n'avons rien à gagner à essayer de couvrir nos propres péchés en nous cherchant toutes sortes d'excuses. Ne soyons pas des Saül; si nous avons péché, soyons humbles comme David l'a été, reconnaissons-le devant Dieu afin d'en recevoir le pardon. Bien sûr, David a vécu avec les conséquences de ses péchés le reste de ses jours, mais il n'en est toutefois pas mort spirituellement; nous le retrouverons là-haut dans la gloire, glorifiant avec tous les saints le beau nom de notre Dieu éternel.      

Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen.