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dimanche 21 juin 2026

Est-ce moi?

 

"Pendant qu'ils mangeaient, il dit: Je vous le dis en vérité, l'un de vous me livrera. Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire: Est-ce moi, Seigneur?" (Matthieu 26:21-22).

"L'un de vous me livrera". Les disciples se regardent, attristés par la condition de leur propre cœur, et un après l'autre, posent la question à Jésus: "Est-ce moi"? Il semble que tous se sentirent visé par cette affirmation de Jésus. Tous sauf un: Judas, celui qui allait réellement le trahir. Matthieu 26:25 nous dit que, après eux tous, Judas prit la parole et dit: "Est-ce moi, Rabbi"?

Cela ne ressemble-t-il pas à nos services, où certains chrétiens sont plus occupés à se demander si le pasteur parle d'un tel péché à cause d'un frère ou d'une sœur de l'église, plutôt que de regarder leur propre cœur? Pourquoi ne prendrions-nous pas exemple sur les disciples, qui, tout attachés qu'ils étaient à Jésus, savaient qu'il avaient cette méchanceté attachée au fond de leur cœur qui pouvait les livrer à toutes sortes de mal?

Prenons garde à cet orgueil, cette enflure de l'âme qui ronge et qui détruit de l'intérieur! Il rend la personne incapable de se voir telle qu'elle est; loin de reconnaître ses propres vices, comme Judas, elle ne cherche même pas à examiner sa propre conduite pour savoir si son cœur est en règle avec Dieu. Il a vu ce que nous croyons être les onze autres disciples être soudains remplis d'inquiétude, se sachants capables d'accomplir une chose aussi abominable, mais ne voulant pas le faire. Dans son propre cœur? Rien de tel. Il s'était habitué à ses vices et il les aimait. Les intentions étaient là, mais il n'en éprouvait aucun chagrin. 

Quel triste condition que celle du chrétien qui a apprivoisé ses péchés et qui n'en éprouve plus aucune honte devant le Seigneur! Comme les onze, Judas avait été avec Jésus, il avait mangé avec Lui, marché avec Lui, il s'était assis à ses pieds pour écouter Ses enseignements, mais nous le voyons ici, sur le point de livrer le Juste, commettant l'acte le plus abominable jamais commit par l'homme, livrant l'homme-Dieu Jésus-Christ, innocent et parfait, au courroux d'hommes méchants et sans scrupules, et pourtant, l'Écriture nous montre qu'il n'en éprouve aucun chagrin.

"Judas, qui le livrait, prit la parole et dit: Est-ce moi, Rabbi? Jésus lui répondit: Tu l'as dit" (Matthieu 26:25). Le cœur froid, dur comme le roc. Il sait que c'est lui, et pendant que tous les autres disciples se morfondent, lui se tait. Il n'est plus capable de voir le bien et le mal; le péché et la sainteté. Il ne pense qu'à ce qui peut lui rapporter quelque chose. Tant que Jésus attirait les foules, il aimait bien être en Sa présence. Il l'a vu prouver à maintes reprises qu'Il était Fils de Dieu, mais cela ne l'intéressait pas. "Que peut me rapporter le fait de me tenir avec Jésus?" Et, quand Jésus a commencé à parler de Sa mort, il a encore pensé: "Qu'est-ce que sa mort pourrait me rapporter?"

Nous voyons cette même attitude aujourd'hui, alors que plusieurs faux pasteurs ne sont pas là pour prêcher l'Évangile, mais pour tirer un gain personnel de la parole de Dieu. Ils entraînent à leur suite beaucoup de pauvres gens qui suivent aussi le Christ pour recevoir quelque chose en retour. Glorifier Dieu? Dans la soumission à Sa sainte volonté? Quel concept désuet et arriéré! Le dieu de ce siècle en est un au service de l'homme, et non l'inverse!

Que peuvent faire de telles personnes? Comment revenir à Dieu avant qu'il ne soit trop tard?

L'exemple des disciples et de Judas dans ce passage nous montre quelques clés. 

Premièrement, nous avons l'exemple à ne pas suivre: celui de Judas. Il n'étudie pas son cœur, il ne le soumet pas à Dieu. Il ne demande rien au Christ, sauf quand, peut-être, la Bible ne nous le dit pas, mais c'est probable, le regard des onze se tourne vers lui, qui n'a toujours pas dit un mot. Ils le regardent, non pas pour le juger, mais parce qu'il est le seul à n'avoir encore rien dit. Alors il dit, plus pour l'approbation des hommes que pour être rassuré par le Christ: "Est-ce moi, Rabbi?"

Jésus n'est pas son Seigneur, il n'est qu'un maître. Un bon maître, certes, mais pas le Seigneur de sa vie. Nous voyons, par la formulation même de sa question, la distance dans son cœur entre lui et le Christ, contrairement aux autres disciples. "Est-ce moi, Rabbi?" "Dis, ta mort me rapportera bien quelque chose, n'est-ce pas, Rabbi?" Froid comme la mort. Aucune humilité. Aucun désir de plaire à Dieu. Aucune tristesse de déplaire à Dieu. Il ne pensait qu'à lui. Il avait oublié que c'est la piété qui est un gain, et non pas ce que peut lui rapporter une fausse piété. Ne faisons pas cette erreur, au risque de le regretter amèrement.       

Car nous avons aussi l'exemple des vrais disciples, qui, malgré leurs défauts, étaient prêts à se reconnaître tel que le Seigneur les voyait. Non seulement ils n'ont pas été de ceux qui étaient prêts à se réjouir de la faute d'un frère pour pouvoir le répéter à plus de gens possible, mais ils aimaient sincèrement le Christ, et ne voulaient pas le décevoir. Il faut de l'humilité pour être prêt à se voir tel que nous sommes, sans chercher à couvrir la réalité de notre petitesse, d'où leur question au Seigneur, presque un cri du cœur : "Est-ce moi, Seigneur?" "Je sais que je suis faible, je sais que je suis pécheur, et je ne voudrais pas faire une telle chose, mais qui sait? Toi, tu sais tout, Seigneur, s'il te plaît, ne me dit pas que c'est moi?" 

Nous ne savons pas où l'ennemi peut nous tenter, c'est pourquoi, ne marchons pas avec présomption! Demeurons petits à nos propres yeux, examinons notre conduite à la lumière de la parole de Dieu. C'est ce que nous dit Paul en 2 Corinthiens 13:5 : "Examinez-vous vous mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes." Dieu, parla bouche de Ses prophètes, l'a souvent répété. Par Jérémie : "Recherchons nos voies et sondons"; par Aggée : "Ainsi parle maintenant l'Eternel des armées: considérez attentivement vos voies!" 

Ainsi, nous voyons le Christ placer Ses disciples dans une situation où ils ont à sonder leur cœur, comme le dit les Écritures, et ils y voient la corruption, le manque de foi, etc, et cela les effraie.

Quelle attitude exemplaire les disciples ont eu ici! C'est là la marque du vrai chrétien, celui qui marche avec humilité, ne voulant être un objet de chute pour personne, et encore moins faire du tord au beau nom de Jésus-Christ! Il est toujours prêt et disposé à étudier son propre cœur, à savoir s'il ne tolère pas quelque chose dans sa vie qui ne glorifierait pas Dieu et qui attristerait le Saint-Esprit. "Est-ce moi"? demande-t-il dans ses prières. "Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur! Éprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l'éternité! (Psaume 139:23-24).

Dieu voit chacun de nos cœurs, Il sait si nous sommes prêts à reconnaître un péché s'Il nous le montre, ou si, comme Judas, nous sommes de ceux qui demeurons indifférents à Son appel d'examiner notre conduite, à savoir si nous sommes réellement sur la voie du salut. Qui sait, peut-être est-ce, come Judas, un appel de la dernière chance? Cela ne suffit pas de prétendre connaître le Christ, encore faut-il réellement marcher avec Lui de manière à honorer Son nom!

Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen.

dimanche 7 juin 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 52e partie

 

Instructions pour établir le jugement selon la vérité.

Mais quel conseil pouvez-vous me donner pour affermir mon jugement dans la vérité du Christ ?

Premier conseil : Que ton but soit sincère dans la recherche des vérités. Un cœur pervers et un jugement erroné, comme la glace et l’eau, s’alimentent mutuellement. La versatilité du jugement de certains hommes provient de la ruse de leur cœur. Un esprit stable et un cœur double se rencontrent rarement. Ce passage illustre parfaitement ce point : 1 Timothée 1:5 : "Le but de ce commandement, c’est l’amour qui vient d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère." Remarquez maintenant ce qui suit, au verset 6 : "dont certains se sont détournés", ou, comme dans le texte original, "sans viser", "s’étant détournés vers de vaines discussions". Ils n’ont jamais recherché la puissance de la sainteté dans l’accueil de la vérité, afin de progresser par elle dans leur amour, leur foi et leurs autres grâces.

Et, en poursuivant de mauvaises fins et de mauvais objectifs, il n'est pas étonnant qu'ils s'égarent. Un cœur pervers peut aisément corrompre le jugement pour qu'il penche en sa faveur. Ceci sera la vérité aujourd'hui, et plus rien dans un mois si cela lui plaît. Pour beaucoup, la vérité n'est autre que celle qui sert leurs intérêts. Ils lient leurs jugements à leurs finances, à leurs promotions, etc., et ces hommes sont prêts, comme la girouette du temps de la reine Mary, à chanter une nouvelle chanson au moindre changement dans leurs préoccupations charnelles.

Quand l'amour reçoit une vérité, on s'y accroche, mais si la convoitise, pour quelque intérêt terrestre que ce soit, en est la cause, alors elle peut être reléguée aux oubliettes une fois le tour passé. Amnon en eut bientôt autant marre de Tamar qu'il avait jamais eu envie d'elle. Et n'avons-nous pas vu, de nos jours, des vérités et des ordonnances rejetées avec autant de mépris et de dédain qu'il l'a fait pour elle, et ce par ceux qui les avaient tant appréciées quelques années auparavant, mais qui, il faut le craindre, ne les avaient jamais vraiment aimées ?

Deuxième conseil : Consacrez-vous au ministère de la Parole. L'un des principaux objectifs de ce ministère est de nous affermir dans la vérité : "Il a donné des pasteurs et des docteurs pour le perfectionnement des saints" (Éphésiens 4.11-12) ; et notez : "afin que nous ne soyons plus des enfants ballottés" (verset 14). Celui qui fuit son guide s'égarera bientôt.

Le témoignage que Dieu a donné à ses fidèles ministres en ce temps-ci est remarquable : rares sont ceux qui les quittent sans que le fléau de l'erreur ne se manifeste bientôt sur leur front. Dans ton ministère de la Parole, veille à porter une attention particulière à la doctrine du sermon, autant qu'à son application. La première est nécessaire pour faire de toi un chrétien solide, la seconde pour faire de toi un chrétien fervent. En effet, des passions ardentes sans une connaissance solide sont comme du feu dans une poêle sans étincelles. Les Lévites, nous le lisons, "donnèrent au peuple le sens de la loi et en firent comprendre la lecture" (Néhémie 8:7-8). Semer précède arroser, de même il faut enseigner avant d'exhorter. Et c'est par la même méthode que le peuple doit apprendre que nous devons prêcher.

Troisième conseil : Ne soumets ton jugement à personne ni à aucun parti. Il existe une forme de cautionnement spirituel qui a perdu bien des personnes dans leurs jugements et leurs principes. Ne sois lié à aucun jugement de personne. Pèse la vérité et, comme ton père, discerne l'or ; mais vis selon ta propre foi, et non celle d'autrui. Efforce-toi de voir la vérité de tes propres yeux. Un édifice qui repose sur un rivage ou sur la maison d'un voisin plutôt que sur ses propres fondations est fragile. Si ces fondations s'effondrent, l'édifice s'écroulera également. Que ton jugement ne soit pas fondé sur une autorité humaine, mais sur la Parole ; l'autorité humaine n'est qu'un rivage, celle de la Parole est un fondement.

Cite les Écritures plutôt que les hommes pour juger. Non pas : "Ainsi parle un savant", mais : "Ainsi parle les Saintes Écritures." Cependant, prenons garde de tomber dans l'excès inverse, ce qui arrive lorsqu'on méprise le jugement de ceux dont la piété et le savoir devraient inspirer le respect. Il existe assurément un juste milieu entre se méfier des hommes et les glorifier. C'est l'admiration excessive des personnes qui fait du traître à la vérité et qui pousse nombre d'entre elles à crier "Hosanna" à l'erreur et "Crucifie" à la vérité.

Eusèbe, citant Josèphe, nous raconte comment Hérode (celui-là même dont il est question dans les Actes 12:23, rongé par les vers) entra au théâtre somptueusement vêtu et, tandis qu'il prononçait un discours éloquent devant le peuple, sa robe d'argent, qu'il portait alors, scintillait tellement sous les rayons du soleil qu'elle éblouissait les spectateurs. Et ceci, dit-il, incita certains flatteurs à s'écrier : "C'est la voix de Dieu, et non celle de l'homme !" 

Et en vérité, le vernis brillant que certains hommes donnent à leurs discours et à leur rhétorique aveugle si souvent le jugement de leurs admirateurs qu'ils sont trop enclins à croire que tout ce qu'ils disent est divin, surtout s'il s'agit de ceux que Dieu a jadis utilisés comme instruments pour le bien de leurs âmes. Oh ! il est difficile alors, comme il le disait, d'aimer et d'estimer l'homme comme un homme, de le révérer au point de ne pas risquer d'aimer aussi ses erreurs. Augustin avait été un moyen de convertir Alypius d'une erreur, et il confesse que c'est une des raisons pour lesquelles il s'est si facilement laissé entraîner par lui dans une autre erreur, rien de moins que le manichéisme. Alypius pensait qu'il ne pouvait pas pervertir celui qui l'avait converti. N'appelez donc personne père sur terre ; ne méprisez personne, n'adorez personne.

Quatrième conseil : Méfiez-vous de la curiosité. Celui qui convoite vainement les nouveautés et écoute toutes les opinions à la mode est déjà à moitié égaré. On parle "d’oreilles qui démangent" (2 Timothée 4:3). Cette démangeaison finit souvent par se transformer en erreur. Tamar a perdu sa chasteté en s’adonnant à la débauche. La chasteté de l’esprit est sa fermeté dans la foi. Et c’est ce que risquent de perdre ceux qui fréquentent tous les milieux et prêtent l’oreille à toutes les doctrines prêchées.

Soyez d’abord auditeur, puis disciple. Nombreux sont ceux qui s’adonnent si loin à cette curiosité de converser avec toutes les sectes et toutes les opinions qu’ils finissent par devenir sceptiques et ne plus rien considérer comme la vérité. Augustin confesse lui-même avoir été touché par tant d’erreurs et d’illusions chez les manichéens qu’il finit par craindre la vérité elle-même, celle qu’Ambroise prêchait. "Celui qui a eu affaire à un médecin incompétent finit par craindre de se confier à un médecin compétent", dit-il. Ô, prenez garde, vous qui refusez d'écouter, de ne pas finir par ne plus croire à rien!

Cinquième conseil :  Implorez humblement le jugement de Dieu et soumettez-le. Nul voyageur ne s'égare plus vite que celui qui croit si bien connaître le chemin qu'il n'a plus besoin de le demander. Et nul ne risque autant de s'éloigner de la vérité que celui qui s'appuie sur sa propre compréhension et ne reconnaît pas Dieu dans ses voies, en le consultant quotidiennement.

Observez l'orgueil (quelle que soit la hauteur qu'il puisse paraître dans la profession de foi actuelle) et vous le trouverez finalement jeté dans le fossé de l'erreur ou du profanation. C'est le lit que Dieu lui a préparé, et il doit y demeurer. Il est essentiel que de tels hommes soient laissés dans la perplexité et la honte, afin que, lorsque la raison leur reviendra, si Dieu leur réserve une telle miséricorde, ils puissent, avec Nabuchodonosor, "bénir le Très-Haut" et Le reconnaître, à leur retour, Lui qu'ils ont si indignement négligé à leur départ.

Prends donc garde à l'orgueil, qui te rendra bientôt étranger au trône de la grâce. L'orgueil prend peu plaisir à mendier. Il transforme l'humble prière pour la vérité en une querelle active et ambitieuse (l'honneur étant en jeu) : et ainsi, nombreux sont ceux qui, pour remporter la victoire, ont perdu la vérité dans le feu de l'action. Grave profondément ceci dans ton cœur : Dieu, qui donne des yeux pour voir la vérité, doit aussi donner une main pour la retenir fermement quand nous la possédons.

Ce que nous avons reçu de Dieu, nous ne pouvons le garder sans Dieu. Garde donc ta relation avec Dieu, sinon la vérité ne restera pas longtemps auprès de toi. Dieu est lumière ; tu t'enfonces dans les ténèbres dès que tu lui tournes le dos. Nous avons plus de chances de trouver la vérité, et de la garder, en priant avec dévotion pour elle qu'en nous querellant et en nous disputant âprement à son sujet.

Les disputes agitent l'âme et attisent les passions. La prière apaise l'esprit et calme les passions que les disputes suscitent. Et je suis certain qu'on voit plus loin par temps clair et calme que par temps venteux et nuageux. Quand quelqu'un parle beaucoup et se repose peu, il y a de fortes raisons de craindre que son esprit ne tienne pas longtemps ; et en vérité, si quelqu'un parle et discute beaucoup de la vérité sans un esprit humble pour la conduire dans la prière, Dieu peut justement punir son orgueil par une frénésie spirituelle, afin qu'il ne puisse plus distinguer l'erreur de la vérité.

Sixième conseil : Ne t'offense pas des divergences de jugements et d'opinions qui existent parmi les croyants. C'est une pierre que les papistes jettent à nos pieds, surtout en ces temps de division. Comment pouvez-vous discerner la vérité, disent-ils, quand il y a tant de jugements et de voies parmi vous ? Certains ont tellement trébuché sur ce point qu'ils ont renié la vérité qu'ils professaient jadis et, sous l'effet des tempêtes de dissensions religieuses, ont été, sinon précipités dans l'athéisme, du moins ballottés par l'incertitude, refusant de se fixer sur une opinion avant que la tempête ne soit passée.

Quant à ceux qui sont dispersés par la diversité des jugements, ils se sont réunis dans une unité et un consensus sur les convictions religieuses; une résolution, comme on le dit très justement, aussi insensée et pernicieuse pour l'âme, sinon plus, que ne le serait pour le corps le vœu de ne pas manger tant que toutes les horloges de la ville n'auraient pas sonné minuit simultanément. On pourrait d'ailleurs s'attendre plus facilement à cette dernière situation qu'à la première.

Septième conseil : Ne te repose pas tant que tu n'as pas ressenti l'efficacité de chaque vérité que tu portes en ton cœur, dans ton jugement. Une faculté en aide une autre. Plus la vérité est claire dans l'entendement, plus elle demeure dans la mémoire. Et plus la vérité agit sur la volonté, plus elle s'ancre dans le jugement. Aussi excellente soit une chose, si un homme ne peut en faire que peu ou pas usage, elle lui est de peu de valeur et on peut facilement la lui prendre. Ainsi, de précieuses bibliothèques ont pu être cédées par de rudes soldats qui les avaient entre leurs mains, pour à peine plus que la valeur de leurs couvertures, lesquelles auraient été conservées comme le plus précieux trésor par d'autres qui auraient su les mettre en valeur.

Et en vérité, le sort de la vérité dépend de ceux entre qui elle tombe. Si elle se pose sur celui qui s'attache à la cultiver et en retire la force et la douceur, cet homme la retient d'autant plus fermement dans son jugement qu'elle agit plus profondément sur son cœur. Mais si elle rencontre celui qui ne perçoit en elle aucune efficacité divine pour l'humilier, le réconforter ou le sanctifier, elle risque d'être rapidement rejetée et de devoir chercher un nouvel hôte. De tels hommes peuvent, un temps, danser autour de cette lumière qui, peu après, s'éteindra d'elle-même.

Quand j'entends parler d'un homme qui, jadis, tenait pour vérité le péché originel et la souillure universelle de la nature humaine, mais qui les renie aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de craindre qu'il ne les ait jamais portées si profondément en lui qu'il s'en soit abaissé avec bienveillance, ou qu'il se soit lassé de cette tâche et que, par paresse et négligence, il ait perdu l'efficacité de cette vérité dans son cœur avant même de perdre la vérité elle-même dans son jugement. Je pourrais citer bien d'autres exemples où des croyants, en ces temps troublés, se sont éloignés de leurs anciens principes.

Le chant des psaumes était un devoir reconnu et appliqué par beaucoup, qui l'ont désormais abandonné. Il serait pertinent de leur demander s'ils n'ont jamais éprouvé, autrefois, une douce communion avec Dieu dans ce devoir, comme dans d'autres. Leurs cœurs ne s'élevaient-ils jamais vers Dieu avec des sentiments célestes, tandis qu'ils chantaient ? Il me semblerait étrange qu'une personne pieuse le nie. Eh bien, si jamais, chrétien, tu as rencontré Dieu à cette porte du tabernacle (car je ne peux imaginer le contraire), permets-moi de te demander à nouveau : ton cœur ne s'est-il pas endurci, refroidi et formalisé dans ce devoir avant que tu n'oses l'abandonner ? Et si tel est le cas (ce que je suis prêt à croire), je souhaite à ceux qui, dans la crainte de Dieu, méditent sur ces quatre questions (1 Jean 2:23-24).

Ne craignent-ils pas de se tromper et que cette obscurité n'affecte leurs jugements en guise de châtiment pour leur négligence et leur légèreté d'esprit dans l'accomplissement de leur devoir, lorsqu'ils n'ont pas remis en question sa légitimité ?

Ne vaudrait-il pas mieux qu'ils s'efforcent de retrouver la ferveur originelle de leurs affections pour ce devoir, ce qui leur ferait bientôt redécouvrir la douceur et la joie qu'ils y trouvaient autrefois, plutôt que de le rejeter sur la base de preuves si fragiles que ceux qui prétendent le mieux le contester peuvent avancer ?

Ceux qui négligent un devoir sont-ils susceptibles de s'épanouir dans l'accomplissement d'un autre et d'en conserver le souvenir vivace ? 

Si Dieu permettait qu'ils se détournent d'une autre ordonnance, qu'il pourrait interdire, s'il le voulait, ne serait-il pas tout aussi facile pour Satan de rassembler suffisamment d'arguments pour les faire hésiter et, avec le temps, les amener à rejeter aussi bien celle-ci que celle-là ? Et que cette question se pose, les temps actuels nous le prouvent : chaque ordonnance a été tour à tour remise en question, voire reniée, par les uns, par les autres (...).

Ainsi, lorsque les ordonnances et les vérités deviennent mortes à nos yeux à cause de nos erreurs, nous pouvons être prêts, si belles qu'elles aient pu être à nos yeux, à les enterrer définitivement. Ces choses, profondément ressenties, vous donneront raison de penser que, même si ce point de vue est placé en dernier dans mon discours, il ne doit pas pour autant occuper la dernière ni la moindre place parmi tous les autres points mentionnés, dans votre pratique et votre soin chrétiens.

dimanche 17 mai 2026

J'ai péché, mais...

 

Alors Saül dit à Samuel: J'ai péché, car j'ai transgressé l'ordre de l'Eternel, et je n'ai pas obéi à tes paroles; je craignais le peuple, et j'ai écouté sa voix (1 Samuel 15:24).

J'ai péché; j'ai transgressé; je n'ai pas obéi, mais... 

C'est aussi un problème dans l'église moderne. Comme Saül, lorsque nous osons, du bout des lèvres, avouer que nous avons péché, nous nous trouvons immédiatement une excuse: "Ce que j'ai fait n'était pas bien, mais c'est à cause de ma femme"; ou, "c'est mon caractère qui est ressorti", ou, "ce sont mes enfants qui me mettent les nerfs à vif". Les excuses ne manquent jamais lorsqu'on refuse de s'humilier devant Dieu. Nous n'avons pas horreur du péché; nous voulons simplement en éviter les conséquences!     

Pourtant, Jean est clair dans son épitre, alors qu'il dit: "Si quelqu'un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste" (1 Jean 2:1). Il ne dit pas que, si nous avons péché, nous devons immédiatement trouver une excuse pour pardonner nous-mêmes notre péché. Comment Dieu peut-Il pardonner quelqu'un avec une telle attitude? Est-ce l'attitude que nous attendons de nos enfants lorsqu'ils désobéissent ou agissent mal? Nous empressons-nous de les pardonner s'ils sont insolents et refusent de reconnaître qu'ils ont mal agi?

Certainement pas! Bien sûr, nous sommes patients, car nous savons que Dieu l'est aussi envers nous. Il ne s'empresse pas de nous punir, sans quoi nous serions déjà morts et en enfer! Mais nous expliquons à nos enfants l'importance de reconnaître honnêtement leurs actions, sans se trouver d'excuses pour les couvrirs. Jésus a dit: "Que votre parole soit oui, oui, non, non; ce qu'on y ajoute vient du malin" (Matthieu 5:37); il ne faut rien ajouter à la vérité.

Et si nous couvrons nous-mêmes notre péché, nous nous contentons de bien peu; Jésus n'est-il pas venu à la croix verser son sang afin de nous purifier ? Éphésiens 1:7 nous dit en effet que nous avons, par le sang de Christ, la rédemption et la rémission de nos péchés. Alors, que peuvent espérer ceux qui couvrent eux-mêmes leurs péchés de milles excuses? Sont-ils pardonnés? Reçoivent-ils la rémission de leurs péchés? Non, ils ressemblent en tous points à Saül, qui était trop orgueilleux pour admettre simplement son péché. Il sentait le besoin de trouver des raisons et des excuses plutôt que de s'humilier devant Dieu afin d'être pardonné.

C'est pourquoi on le voit dire: "Je n'ai pas obéi... mais je craignais le peuple". C'est comme s'il avait dit: "Comprends-moi bien, Samuel, je sais que c'est mal, mais je ne suis pas seul responsable. En fait, je n'ai presque rien à me reprocher; c'est à cause du peuple si j'ai désobéi". Cela ne nous rappelle-t-il pas en Eden? "Hey Adam, qu'as-tu fait"? "Ce n'est pas vraiment moi, c'est la faute de la femme". "Eve, qu'as-tu fait"? "Ce n'est pas vraiment ma faute, c'est le serpent".

Et Dieu, dans Sa grande bonté, à dès lors prévu un plan pour couvrir les pécheurs en leur faisant des habits de peau, eux qui, déjà, avaient essayé de couvrir leur faute en cousant des feuilles de figuier. Déjà ici, Dieu montrait à l'homme qu'il voulait pourvoir pour le pardon de ses péchés. Il lui fait un habit probablement tiré d'un animal mort; c'était les prémices du sacrifice d'animaux que Dieu allait demander plus tard. Dieu ayant pourvu Lui-même, car rien ne nous dit dans le texte qu'il s'agissait d'un animal offert en sacrifice, Dieu démontrait ainsi qu'Il serait, par Sa miséricorde, Celui qui pourvoirait au rachat des péchés de l'humanité à travers Jésus-Christ. 

À l'inverse de Saül, nous avons l'exemple du roi David. Alors qu'il venait de commettre l'adultère avec Bath-Schéba, qu'il mit enceinte, et pour camoufler ce péché, il fit périr Urie, son mari, Dieu envoi le prophète Nathan, qui lui dit: "Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux? Tu as frappé de l'épée Urie, le Héthien; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon" (2 Samuel 12:9). 

David répondit: "J'ai péché contre l'Éternel" (v.13). David n'avais pas simplement peur des conséquences du péché; il reconnut l'horreur de son péché. Nous le savons parce qu'il n'y a pas eu de "mais" dans sa confession; il dit simplement: "j'ai péché". Pas d'excuses, pas d'échapatoire, pas d'orgueil; simplement la vérité brute : "Que votre oui soit oui, et si c'est non, que ce soit non, le reste vient du malin".

Et que répond Nathan à la confession de David, dans le même verset? "L'Éternel pardonne ton péché, tu ne mourras point". Il est possible qu'il ne parlait pas seulement ici de la mort du corps, mais bien plus encore de sa mort spirituelle. Car Dieu ne dédaigne pas le coeur repentant, brisé, lorsqu'il reconnaît la gravité de son péché.   

C'est d'ailleurs ce que dira David au Psaume 51, qu'il écrivit "lorsque Nathan, le prophète, vint à lui, après que David fut allé vers Bath-Schéba" (verset 1). Au verset 17, il dit: "Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c'est un esprit brisé: O Dieu! tu ne dédaignes pas un coeur brisé et contrit". Dieu voit le coeur de chacun de nous, et Il sait si nous sommes en train d'essayer de nous justifier nous-mêmes ou si nous comptons sur Lui seulement. Au verset 10, David disait: "O Dieu! crée en moi un coeur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé. Ne me rejette pas loin de ta face, ne me retire pas ton esprit saint. Rends-moi la joie de ton salut, et qu'un esprit de bonne volonté me soutienne!"

Il est très possible qu'il se soit souvenu du roi Saül. En effet, après sa non repentance en 1 Samuel 15, il est dit au chapitre 16 verset 14 que "l'Esprit de l'Éternel se retira de Saül". Au chapitre 18 verset 12, il est encore répété la même chose, et David fût témoin de ces choses. Et au chapitre 28, nous trouvons Saül consultant une nécromancienne, lui qui, des année auparavant, avait retranché du pays ceux qui pratiquaient ces abominations (1 Samuel 28:9). Non satisfait de ce péché, il jure à la nécromancienne (v.10), sur le nom du Dieu vivant, qu'il ne lui sera fait aucun mal !

Nous n'avons rien à gagner à essayer de couvrir nos propres péchés en nous cherchant toutes sortes d'excuses. Ne soyons pas des Saül; si nous avons péché, soyons humbles comme David l'a été, reconnaissons-le devant Dieu afin d'en recevoir le pardon. Bien sûr, David a vécu avec les conséquences de ses péchés le reste de ses jours, mais il n'en est toutefois pas mort spirituellement; nous le retrouverons là-haut dans la gloire, glorifiant avec tous les saints le beau nom de notre Dieu éternel.      

Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen.

dimanche 3 mai 2026

Repartir à zéro

 

Nous qui croyons en celui qui a ressuscité des morts Jésus notre Seigneur, lequel a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification (Romains 4:24-25).

Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ (Romains 5:1).

L'homme a reçu de son Créateur une intelligence qui lui permet de réaliser des merveilles qui suscitent notre admiration. Mais il ne peut réparer la toile d'araignée détruite par son balai, ni rendre au papillon l'aile délicate froissée dans ses doigts.

Ce qui est autrement important, c'est qu'il ne lui est pas possible non plus d'effacer les blessures que sa dureté et son manque de charité ont pu causer à son entourage, ni de revivre une journée qui s'est mal déroulée pour la passer autrement. Plus solennel encore, il lui est impossible d'effacer un seul de ses péchés ou de sauver son âme de la perdition éternelle (Psaume 49:7-9).

Ce que jamais personne n'a réussi à faire, et qui pourtant est essentiel pour chacun, Dieu le réalise pour celui qui reçoit sa Parole avec un cœur repentant et humilié. Il efface ses fautes: "C'est moi, c'et moi qui efface tes transgressions à cause de moi-même; et je ne me souviendrai pas de tes péchés (Esaïe 43:25).

Il lui accorde de commencer une vie nouvelle, il ne lui tient pas rigueur de ses péchés, il les oublie, et il lui fait souvent la grâce d'en effacer certaines conséquences.

"Si quelqu'un est en Christ, c'est une nouvelle création, les vieilles choses sont passées, voici, toutes choses sont faites nouvelles" (2 Corinthiens 5:17).

Les bonnes intentions ne suffisent pas pour prendre un nouveau départ. Jésus a dit: "Ne t'étonne pas de ce que je t'ai dit; Il faut que vous naissiez de nouveau" (Jean 3:7). 

Auteur inconnu

dimanche 5 octobre 2025

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 31e partie

 

Deuxième sorte de péchés spirituels, ainsi appelés d'après l'objet dont ils sont familiers.

Les péchés peuvent être qualifiés de spirituels, d'après l'objet auquel ils se livrent ; lorsque celui-ci est spirituel et non charnel, comme l'idolâtrie, l'erreur, l'orgueil spirituel, l'incrédulité, etc., que Paul appelle souillure de l'esprit et distingue de la souillure de la chair (2 Corinthiens 7:1).

Ce sont ceux qui agissent non seulement dans l'esprit, mais ils sont familiers avec les objets spirituels propres à la nature de l'âme, qui est esprit, et non exposés aux passions charnelles des convoitises charnelles, où l'âme agit comme un simple accompagnateur du corps et ne partage ses délices que par sympathie. Car, de même que l'âme ne ressent les souffrances du corps que par sympathie, elle ne partage pas les plaisirs de la chair par un goût particulier, mais seulement, par sa proximité avec le corps, elle sympathise avec sa joie. Mais dans les méchancetés spirituelles qui corrompent l'esprit, l'âme se meut dans sa propre sphère, avec un plaisir qui lui est propre, et il n'y en a pas moins que les autres. 

Il n'y a guère de désir charnel qui ne soit associé à un péché spirituel analogue, comme on dit qu'il n'existe aucune espèce de créature terrestre qui ne puisse être modelée dans la mer. Ainsi, le cœur de l'homme peut engendrer des péchés spirituels répondant à des désirs charnels. À la prostitution et à l'impureté de la chair correspond l'idolâtrie, appelée dans les Écritures adultère spirituel, d'où le nom de Sodome spirituelle qui désigne le siège de l'Antéchrist ; à l'ivresse sensuelle correspond l'ivresse de l'esprit, enivrant le jugement par l'erreur, l'ivresse du cœur par les soucis et les craintes ; à l'orgueil charnel pour la beauté, les richesses, les honneurs correspond l'orgueil spirituel pour les dons, les grâces, et ainsi de suite.

Satan attaque particulièrement le chrétien avec de telles attaques, mais il faudrait un discours plus long que je ne peux me le permettre pour en passer en revue les différentes sortes. Parmi les nombreuses attaques, j'en choisirai deux ou trois. 

Première méchanceté spirituelle; Erreur de principe

Premièrement. Satan s'efforce de corrompre l'esprit par des principes erronés. Il était à l'œuvre dès la première plantation de l'Évangile, semant son ivraie presque aussi tôt que le Christ son blé. Cela a donné lieu à des erreurs pernicieuses, même au temps des apôtres, qui les ont poussés à prendre le sarclage en main et, dans toutes leurs épîtres, à s'efforcer de contrecarrer les desseins de Satan. Or, dans son effort pour corrompre l'esprit des hommes, en particulier des chrétiens professant, par l'erreur, Satan poursuit un triple objectif :

Premier objectif. Il agit ainsi en dépit de Dieu, contre qui il ne peut exercer sa malice autrement qu'en corrompant sa vérité, que Dieu a si hautement honorée : "Car tu as magnifié ta parole au-dessus de tout ton nom". Psaume 138:2. Chaque créature porte le nom de Dieu, mais dans sa parole et la vérité qu'elle contient, c'est écrit en détail. C'est pourquoi il est plus exigeant envers cela qu'envers toutes ses autres œuvres ; il ne se soucie pas beaucoup de ce qui advient du monde et de tout ce qu'il contient, alors il tient parole et préserve sa vérité. 

Bientôt, nous verrons le monde flamboyer ; « Les cieux et la terre passeront, mais la parole du Seigneur subsiste à jamais. » Quand Dieu le voudra, il pourra créer d'autres mondes semblables à celui-ci, mais il ne peut créer une autre vérité et, par conséquent, il ne s'en perdra pas un iota. Sachant cela, Satan met tout en œuvre pour défigurer cette vérité et la défigurer par une doctrine erronée. La Parole est le miroir dans lequel nous voyons Dieu et, en le voyant, nous sommes transformés à son image par son Esprit. Si ce miroir est brisé, nos conceptions de Dieu nous le présenteront sous un faux jour, alors que la Parole, dans sa clarté originelle, le présente à nos yeux dans toute sa gloire.

Deuxième objectif. Il s'efforce d'attirer les hommes vers ce péché spirituel d'erreur, comme moyen le plus subtil et le plus efficace d'affaiblir, voire de détruire, la puissance de la piété en eux. L'apôtre associe l'esprit de puissance et la sagesse (2 Timothée 1:7). En effet, la puissance de la sainteté, en pratique, dépend beaucoup de la justesse du jugement. La piété est fille de la vérité, et si nous voulons qu'elle prospère, elle doit être nourrie d'aucun autre lait que celui de sa propre mère. C'est pourquoi nous sommes exhortés à « désirer le lait pur de la parole, afin que vous croissiez » (1 Pierre 2:2) ; si ce lait est un tant soit peu souillé par l'erreur, il n'est pas aussi nourrissant. 

Toute erreur, aussi innocente soit-elle en apparence, comme le lierre, éloigne de la sainteté la force de l'amour de l'âme. Osée nous dit que la prostitution et le vin souillent le cœur; or l'erreur est un adultère spirituel. Paul parle de son union avec Christ. Lorsqu'une personne est victime d'une erreur, elle prend un étranger dans le lit du Christ, et il est dans la nature de l'amour adultère de détourner le cœur de la femme de son véritable mari, de sorte qu'elle se réjouit moins de sa compagnie que de celle de son amant adultère. 

Et ne le voyons-nous pas s'accomplir aujourd'hui ? Nombreux sont ceux qui ne manifestent pas plus de zèle à défendre une seule erreur qu'à défendre plusieurs vérités ? Combien étrangement, le cœur de beaucoup se détourne des voies de Dieu, leur amour pour les ordonnances et les messagers du Christ refroidi ! Tout cela est dû à un principe corrompu qui s'est infiltré en eux et qui modifie le Christ et sa vérité (en eux), comme Agar et son fils le firent pour Sarah et son enfant. 

En effet, le Christ ne jouira jamais du véritable amour conjugal de l'âme tant que, comme Abraham, il ne les aura pas chassés. L'erreur n'est pas aussi innocente que beaucoup le pensent ; c'est comme une nourriture malsaine pour le corps, qui empoisonne l'esprit et le surcharge, et qui disparaît rarement sans provoquer des plaies. De même que la connaissance du Christ élève l'âme au-dessus des souillures du monde, l'erreur l'enchaîne et la livre aux convoitises auxquelles elle avait échappé.

Troisième dessein. En entraînant une âme dans ce péché spirituel, Satan a pour but de troubler la paix de l'Église, qui est déchirée et brisée lorsque ce brûlot s'abat sur elle. "J'entends", dit Paul, "qu'il y a des divisions parmi vous, et je le crois en partie, car il faut aussi des hérésies" (1 Corinthiens 11:18-19), ce qui implique que les divisions sont la conséquence naturelle de l'hérésie. L'erreur ne peut s'accorder avec l'erreur, sauf si elle est contraire à la vérité ; alors, en effet, comme Pilate et Hérode, on se lie facilement d'amitié avec elles ; mais lorsque la vérité semble vaincue et que la bataille est terminée, elles se disputent entre elles, et il n'est donc pas étonnant qu'elle soit un voisin si gênant pour la vérité. 

Ô messieurs, quel doux silence et quelle paix régnaient parmi les chrétiens il y a une douzaine d'années ! Il me semble que le souvenir de ces jours bénis (bien qu'ils aient connu d'autres difficultés, mais moins pénibles, car cette tempête a uni et dispersé les esprits des saints) est joyeux, car il nous rappelle l'unité et l'amour dans lesquels marchaient les chrétiens. Les persécuteurs de l'époque avaient pu dire, comme leurs prédécesseurs l'avaient fait des saints des temps primitifs : "Voyez comme ils s'aiment", mais aujourd'hui, hélas, ils peuvent railler et dire : "Voyez comme ceux qui s'aimaient tant sont prêts à s'égorger les uns les autres."

Un mot d'exhortation à tous. L'application de ceci se fera uniquement par un mot d'exhortation à tous, en particulier à vous qui portez le nom du Christ par une profession plus éminente de sa part. Prenez garde à cette infection de l'âme, à cette lèpre de la tête. J’espère que vous ne pensez pas que cela est inutile, car c’est la maladie de notre époque. Ce fléau a commencé, et même se propage rapidement. Il n'y a pas un troupeau, ni même une assemblée, qui ne soit atteint de cette gale. Paul était le meilleur prédicateur que nous puissions tous suivre, et il insiste auprès des saints sur ce point ; et, dans le cours constant de sa prédication, cela a même constitué un élément de son sermon. 

Il nous confie également cette tâche de prédicateur : "Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau ; car je sais qu’après mon départ viendront des loups cruels ; et du milieu de vous-mêmes s’élèveront des hommes qui enseigneront des choses perverses" (Actes 20:28-30). Veillez donc. Et puis il donne son propre exemple : il n'a pratiquement pas prononcé de sermon pendant plusieurs années, mais cela en faisait partie, pour avertir chacun jour et nuit avec larmes. Inutile de prédire quels imposteurs pourraient surgir sur scène après notre départ. Il y en a trop actuellement parmi cette bande de personnes qui entraînent des disciples avec eux. 

Et s'il est de notre devoir de vous en avertir, il vous appartient certainement de veiller, de peur que l'un d'eux ne vous induise en tentation en cette heure où Satan est lâché avec tant d'acharnement pour tromper la nation. Ne vous laissez-vous pas aigrir par ce levain aussi facilement que les disciples que le Christ exhorte à surveiller ? Êtes-vous privilégié par rapport à ces célèbres églises de Galatie et de Corinthe, dont beaucoup furent ensorcelées par de faux docteurs et, d'une certaine manière, converties à un autre évangile ? Satan est-il devenu orthodoxe, ou ses instruments, qui traquent les âmes, ont-ils perdu leur ruse ? En un mot, n'y a-t-il pas une sympathie entre ton cœur corrompu et l'erreur ? N'as-tu pas une disposition qui, comme les mauvaises herbes de la terre, rend naturel à ces mauvaises herbes de pousser dans ton sol ? 

Ne vois-tu pas tant de personnes prosternées devant cet ennemi, assises sur la montagne de leur foi, pensant qu'elle ne serait jamais abolie ? Elles auraient sûrement mal pris qu'on leur dise : "Vous êtes des hommes et des femmes qui décrierez les sabbats, que vous tenez maintenant pour sacrés ; vous deviendrez des Pélagiens, qui maintenant défiez ce nom ; vous mépriserez la prophétie elle-même, vous qui semblez maintenant honorer les prophètes ; vous rejetterez les devoirs familiaux, vous qui n'osez plus sortir avant d'y avoir prié." Pourtant, ces choses, et bien plus encore, sont arrivées ; et ne te dois-tu pas, chrétien, de prendre garde de ne pas tomber toi aussi ? 

Exhortation

1. Fais de ton souci principal un profond changement de cœur. Si la racine du problème est en toi et que tu es fondé sur une foi vivante en Christ, tu es alors en sécurité, je ne dis pas totalement exempt de toute erreur ; mais j'en suis sûr, libre de plonger ton âme dans une erreur condamnable. Ils sont sortis du milieu de nous », dit saint Jean, "mais ils n'étaient pas des nôtres ; car s'ils avaient été des nôtres, ils seraient sans doute restés avec nous" (1 Jean 2:19). Comme s'il disait : "Ils avaient une profession extérieure et une œuvre commune de l'Esprit avec nous, qu'ils ont perdues ou transférées au diable, mais ils n'ont jamais eu l'onction de l'Esprit sanctifiant." Par là, au verset 20, il les distingue et réconforte les sincères, qui pourraient craindre leur propre chute en s'éloignant : "Mais vous, vous avez reçu l'onction du Saint, et vous connaissez toutes choses." 

C'est une chose de connaître une vérité, c'est autre chose de la connaître par l'onction. Un hypocrite peut faire la première chose, le saint seulement la seconde. C'est cette onction qui donne à l'âme la saveur de la connaissance du Christ ; ceux-là sont la proie idéale des imposteurs, qui sont éclairés, mais non animés. Oh, qu'il est bon d'avoir le cœur affermi par la grâce ! Cela, comme une ancre, nous empêchera d'être entraînés à la dérive et emportés par des doctrines diverses et étranges, comme l'apôtre nous l'enseigne, Hébreux 10. 13:9.

2. Exercez l'œuvre de mortification. Crucifiez la chair quotidiennement. L'hérésie, bien que péché spirituel, est pourtant comptée par l'apôtre parmi les œuvres de la chair (Galates 5:20), car elle est provoquée par des motivations charnelles et nourrie par la nourriture et le combustible charnels. Jamais personne ne devint hérétique sans que la chair n'en soit la base ; soit ils servaient leur ventre, soit l'orgueil; c'était le moyen de séduire, ou de sécuriser leurs biens et de sauver leur vie, comme parfois la récompense de la vérité est le feu et le fagot de bois. Quelque chose se cache dans la paille et on la voit moins ; il n’est donc pas étonnant que les hérésies finissent dans la chair, qui en est en quelque sorte issue. 

Les affections charnelles envoient d'abord leurs vapeurs à l'entendement, l'obscurcissant, voire le corrompant pour qu'il prenne tels ou tels principes pour des vérités ; ces principes, une fois adoptés, retombent dans la vie, la corrompant par l'ulcère de la profanité. Ainsi, chrétien, si tu peux un jour te libérer de tes engagements charnels et devenir un homme libre, afin de ne pas donner ton vote pour satisfaire tes craintes ou tes espoirs charnels, tu seras alors un ami sûr de la vérité. 

3. Attends consciencieusement le ministère de la Parole. Satan a coutume de fermer l'oreille à la saine doctrine avant de l'ouvrir à la corruption. Voici la méthode des âmes qui apostasient la vérité : "Ils détourneront l'oreille de la vérité et se tourneront vers les fables", 2 Timothée 4:3-4. Satan, tel un voleur rusé, entraîne l'âme hors de la route, dans un chemin ou un coin, et la dérobe ainsi à la vérité. En rejetant une ordonnance, nous nous privons de la bénédiction de toutes les autres. Ne dis pas que tu pries pour être conduit à la vérité ; Dieu n'entendra pas ta prière si tu détournes l'oreille de la loi. Celui qui aime son enfant, lorsqu'il le voit faire l'école buissonnière, le fouettera pour l'envoyer à l'école. Si Dieu aime une âme, il la ramènera à la Parole avec honte et tristesse. 

4. Quand tu entends une doctrine inhabituelle, même si elle te plaît, ne te précipite pas pour la comprendre. Reçois-en un meilleur témoignage avant d'y ouvrir ton cœur. L'apôtre nous invite certes à accueillir des étrangers, car certains ont accueilli des anges à leur insu (Hébreux 13:2) ; mais il ne veut pas que nous soyons entraînés par des doctrines étrangères (v. 9), bien que, par là, je suis sûr, certains aient accueilli des démons. Je l'avoue, il ne suffit pas de rejeter une doctrine, parce qu'elle nous est étrangère, mais nous avons le droit d'attendre et de nous interroger. Paul s'étonnait que les Galates se soient si vite éloignés de lui, qui les avait appelés à la grâce du Christ, pour passer à un autre Évangile. Ils auraient certainement pu rester jusqu'à ce qu'ils en aient informé Paul et lui aient demandé son avis.

À peine un imposteur arrive-t-il dans le pays et ouvre-t-il son sac, qu'il achète tout son matériel au premier coup d'œil ! Ô amis, ne serait-il pas plus sage de prier sans cesse sur ces nouvelles idées, de sonder la Parole et nos cœurs par elle, et même de ne pas nous fier à notre propre cœur, mais de demander conseil aux autres ? Si votre pasteur n'a pas une telle réputation auprès de vous, choisissez les chrétiens les plus saints, les plus humbles et les plus établis que vous puissiez trouver. L'erreur est comme le poisson qu'il faut manger frais, sinon il pue. Lorsque ces erreurs dangereuses ont surgi en Nouvelle-Angleterre, ô combien les églises étaient perturbées ! Quel tollé, comme si une mine d'or avait été découverte ! Mais peu après, lorsque ces erreurs ont atteint leur conscience et qu'on a compris leur but : détruire les églises, les ordonnances et la puissance de la piété, alors ceux qui craignaient Dieu, qui s'étaient écartés (de la vérité), sont revenus avec honte et tristesse.

Deuxième méchanceté spirituelle : l'orgueil spirituel.

La deuxième perversité spirituelle que Satan provoque, surtout chez le saint, est l'orgueil spirituel. Ce péché a fait de lui, d'un ange béni, un diable maudit ; et comme c'était son péché personnel, il s'efforce principalement de le transmettre aux fils de l'homme. Il a tellement prévalu sur nos premiers parents que depuis lors, ce péché a exercé et continue de revendiquer une sorte de régence dans le cœur, utilisant le bien comme le mal pour tirer son char. 

Premièrement. Il se sert du mal. L'orgueil s'immisce dans les œuvres des autres péchés ; ils ne font que l'enhardir, comme des sujets pour soutenir la position et la grandeur de leur prince. Ainsi, vous verrez certains trimer et baver, tricher, duper, opprimer ; et que veulent-ils faire ? Oh, c'est acquérir une fortune pour entretenir l'orgueil. D'autres flattent, mentent, dissimulent ; et pour quoi ? Pour aider leur orgueil à s'élever en honneur. 

Deuxièmement. Il utilise le bien. Il peut œuvrer avec les instruments de Dieu, ses ordonnances, par lesquelles le Saint-Esprit fait progresser son royaume de grâce dans le cœur de ses saints. Ceux-ci sont souvent prostitués à l'orgueil. Un homme peut être très zélé dans la prière et douloureux dans la prédication, et pourtant l'orgueil est le maître qu'il sert, même sous la livrée de Dieu. Il peut se réfugier dans les actions les plus saintes et se cacher sous le voile de la vertu elle-même. Ainsi, lorsqu'un homme exerce sa charité, l'orgueil peut être l'idole secrète pour laquelle il dépense si généreusement son or. Il est difficile de s'affranchir de ce péché, car il n'y a presque rien qui ne lui permette de vivre; rien de si vil qui ne puisse égayer un cœur orgueilleux, et rien de si sacré qu'il ne puisse profaner ; il osera même boire dans les coupes du sanctuaire ; plutôt que de mourir de faim, il se nourrira des restes d'autres péchés.

"Ce péché qui naît de la victoire de nos vices est très difficile à éviter." Cet orgueil infâme incitera l'âme à résister, voire à tuer, certains péchés, afin de pouvoir en dévoiler fièrement la cause et de se vanter d'être supérieur aux autres. Tel le pharisien qui, par orgueil, se vantait de ne pas être comme le publicain, cet orgueil, s'il n'est pas pris en compte, sera partout et exercera une vaste influence. En effet, sans l'aide divine, la créature ne fera rien qui ne devienne bientôt la proie de ce dévoreur. Mais je ne dois pas m'en occuper sous cette latitude.

L'orgueil est soit lié aux objets charnels, comme la beauté, la force, la richesse, etc., soit à l'orgueil spirituel. Nous aborderons brièvement ce dernier. J'avoue que pour le premier, un saint peut être pris en flagrant délit (aucun péché n'est à négliger) mais moins fréquemment, car l'orgueil ordinaire porte sur les perfections qui conviennent, ou qui sont propres à notre état et à notre vocation. Ainsi, le musicien est fier de son talent, qui le place au-dessus de ses pairs. L'érudit, bien qu'il sache peut-être jouer aussi bien, n'en est pas fier, mais le considère comme indigne de lui. Non, il est fier de son savoir et de ses choix, et il en va de même pour les autres. 

Or, la vie d'un chrétien, en tant que chrétien, est supérieure à celle d'un homme en tant qu'homme ; c'est pourquoi il ne se valorise pas en fonction de ce qui lui est inférieur, mais en fonction de perfections plus élevées et plus nobles, qui conviennent à sa vocation. De même qu'un homme naturel est fier des perfections qui conviennent à son état naturel, comme l'honneur et la beauté, de même le chrétien est principalement enclin à s'enorgueillir des perfections qui conviennent à sa vie. J'en citerai trois : premièrement, l'orgueil des dons ; deuxièmement, l'orgueil de la grâce ; troisièmement, l'orgueil des privilèges. Ce sont les choses dans lesquelles Satan s'efforce principalement de l'enliser. 

Premier type d’orgueil spirituel : l’orgueil des dons.

Premièrement. Par dons, j'entends ces capacités surnaturelles dont l'Esprit de Dieu enrichit et dote l'esprit des hommes pour l'édification du corps du Christ. L'Apôtre nous dit qu'il existe une grande diversité de dons, tous issus du même Esprit (1 Corinthiens 12:4). Il n'existe pas de plus grande variété de couleurs et de qualités de plantes et de fleurs, dont la terre, tel un tapis de broderies, est bigarrée pour le plaisir et le service de l'homme, que de dons, naturels et spirituels, présents dans l'esprit des hommes, pour les rendre utiles les uns aux autres, tant dans la société civile que dans la communion chrétienne. 

Le chrétien, comme l'homme, est destiné à être une créature sociable. Pour une meilleure gestion de cette communauté spirituelle entre chrétiens, Dieu, avec sagesse et grâce, pourvoit et distribue des dons adaptés à la place de chacun par rapport à ses frères, selon la taille des vases dans le corps naturel, selon la place qu'ils occupent. Or, Satan s'efforce de corrompre ces dons et de les empoisonner par l'orgueil du chrétien, afin de gâcher son commerce, entretenu par les dons et les grâces des uns et des autres. L'orgueil des dons entrave le commerce du chrétien, ou du moins son épanouissement par leur commerce, et ce, de deux manières. Premièrement, l'orgueil des dons est la raison pour laquelle nous en faisons si peu de bien aux autres. Deuxièmement, l'orgueil des dons est la raison pour laquelle nous recevons si peu de bien des dons des autres.

L'orgueil des dons est la raison pour laquelle nous en faisons si peu pour les autres, et cela pour trois raisons. L'orgueil détourne l'homme de la fin. Tant que l'orgueil prévaut, l'homme prie, prêche, et ainsi de suite, plutôt pour être bien vu des autres que pour leur faire du bien ; pour s'introniser lui-même plutôt que le Christ dans l'opinion et le cœur de ses auditeurs. L'orgueil porte l'homme vers l'excellence, admiré pour la hauteur de ses qualités et de ses idées, et ne lui permet pas de s'abaisser au point de parler de vérités évidentes, ou s'il le fait, pas ouvertement ; il lui faut de la dentelle fine, même si elle est sur un tissu simple. Une telle personne peut chatouiller l'oreille, mais il est peu probable qu'elle fasse un réel bien à l'âme. Hélas ! il n'y prête pas attention.

Si l'on aperçoit cette Jézabel de l'orgueil regarder par la fenêtre lors d'un exercice, qu'il s'agisse d'une prédication, d'une prière ou d'une conférence, cela suscite le dédain chez ceux qui l'écoutent, bons comme mauvais. C'est un péché très odieux pour un cœur bienveillant, et il pousse souvent l'estomac à rejeter la nourriture, pourtant bonne, par horreur de l'orgueil qu'ils voient dans l'instrument. C'est, en effet, leur faiblesse, mais malheur à ceux qui, par leur orgueil, les induisent en tentation ! Bien plus, ceux qui sont mauvais, et qui peuvent être de la même espèce, ne ressemblent pas à ce qu'ils apprécient chez autrui, et ainsi, prévenus, ils retournent aussi mauvais qu'ils étaient partis.

L'orgueil des dons nous prive de la bénédiction divine dans leur utilisation. L'homme humble peut avoir Satan à sa droite pour s'opposer à lui ; mais soyez sûr que l'orgueilleux trouvera Dieu lui-même là pour lui résister, chaque fois qu'il s'acquittera de ses devoirs. Dieu proclame tant de choses, et il veut que l'orgueilleux sache, où qu'il le reconnaisse, qu'il s'opposera à lui. Il "résiste aux orgueilleux". Les grands dons sont aussi beaux que Rachel, mais l'orgueil les rend aussi stériles qu'elle. Soit nous devons renoncer à nous-mêmes, soit Dieu nous mettra de côté. 

Deuxièmement. L'orgueil des dons est la raison pour laquelle nous recevons si peu de bien des dons des autres. L'orgueil emplit l'âme ; et une âme comblée n'acceptera rien de Dieu, et encore moins des hommes, pour son bien. Un tel homme est très délicat ; ce ne sont pas tous les sermons, même s'ils sont une nourriture saine, ni toutes les prières, même savoureuses, qui lui plairont. Il lui faut un plat de choix. Il pense avoir mieux que cela chez lui. Et un tel homme est-il susceptible de devenir bon ? 

Nous pouvons vraiment constater que, de même que le simple laboureur, qui peut manger n'importe quelle nourriture simple et saine, jouit d'une meilleure santé et est capable d'accomplir plus de travail en une journée que beaucoup d'autres, qui sont respectables et délicats dans leur alimentation ne peuvent en accomplir dans toute leur vie. de même, l'humble chrétien, qui peut se nourrir de vérités simples et d'ordonnances qui ne sont pas autant influencées par l'art humain, jouit davantage de Dieu et peut faire plus pour Lui que les professant plus raffinés, qui doivent tous être servis dans un mets majestueux de dons rares.

L'Église de Corinthe était réputée pour ses dons supérieurs à ceux des autres églises (1 Corinthiens 1), mais pas en grâce ; aucune ne fut accusée de faiblesse à ce titre (1 Corinthiens 3:2). Paul les appelle des enfants charnels en Christ, si faibles qu'ils sont incapables de digérer la nourriture spirituelle. "Je vous ai nourris", dit Paul, "de lait, et non de viande ; car jusqu'ici vous ne pouviez pas le supporter, et maintenant vous ne le pouvez pas non plus." Pourquoi ? Quel est le problème ? La raison en est : "Vous êtes encore charnels ; il y a parmi vous de l'envie et des querelles" ; v. 3 : "L'un dit : Je suis de Paul ; et l'autre : Je suis d'Apollos",  v. 4. 

L'orgueil les pousse à prendre parti, à choisir entre tel prédicateur et tel autre, s'imaginant que l'un surpasse l'autre. Et ce n'est pas ainsi que l'on réussit. L'orgueil détruit l'amour, et l'amour, sans édification, est perdu. Le diable a commis des abus dans l'Église par ce moyen. Zanchy raconte qu'à Genève, un homme, invité à aller écouter Calvin, répondit à son ami : "Si Paul prêchait, je quitterais Paul lui-même pour aller écouter Calvin". Et l'orgueil des dons d'autrui peut-il s'élever jusqu'aux confins du blasphème, que fera alors l'orgueil lorsque ces dons sont les siens ? 

1. À ceux qui ont des dons modestes. Satan incite-t-il ainsi les saints à l'orgueil spirituel des dons ? Voici un mot pour vous, qui avez des dons modestes, mais qui êtes la vérité de la grâce : soyez satisfaits de votre condition. Peut-être, lorsque vous entendez les autres prier avec une telle ampleur, parler avec tant de facilité des vérités divines, vous êtes prêt à vous retirer dans un coin et à vous lamenter en pensant à la faiblesse de votre mémoire, à la lenteur de votre compréhension, à l'étroitesse de votre esprit, à peine capable, même en secret, d'exprimer votre pensée à Dieu dans la prière. Ô toi, tu es prêt à penser que ces hommes et ces femmes sont heureux, et presque à murmurer devant ton état. Eh bien, ne peux-tu pas dire: "Même si je n'ai pas de mots, j'espère avoir la foi. Je ne peux contester la vérité, mais je suis prêt à souffrir pour elle. Je ne me souviens d'aucun sermon, mais je n'entends jamais un mot sans que je haïsse le péché et n'aime le Christ plus que jamais. Seigneur, tu sais que je t'aime".

En vérité, chrétien, tu as la meilleure part ; tu ne te doutes guère de la miséricorde qui peut se cacher même dans la petitesse de tes dons, ni des tentations auxquelles leurs dons les exposent, tentations auxquelles Dieu, autant que je sache, peut, en miséricorde, te les refuser. Le manteau de Joseph le rendait plus beau que ses frères, mais c'est là toute sa peine. Ainsi, les grands dons élèvent un saint aux yeux des hommes, mais ils engendrent bien des tentations que tu ne peux affronter en restant humble. Entre l'envie de leurs frères, la malice de Satan et l'orgueil de leur cœur, j'ose le dire, personne ne trouve plus difficile d'aller au ciel, tant il est difficile de résister aux vagues et aux vents, tandis que tu rampes le long du rivage, sous le vent, vers le ciel. 

Il en est de même pour un grand seigneur de petite fortune : un homme modeste a souvent de l’argent dans sa bourse, alors que le seigneur n’en a pas, et il peut en prêter à son seigneur en cas de besoin. Les grands dons et les grandes responsabilités sont des titres d'honneur parmi les hommes, mais nombreux sont ceux qui peuvent venir puiser la grâce et le réconfort d'un frère peu doué, peut-être même du prédicateur de son voisin pauvre. Ô pauvres chrétiens, ne murmurez pas et n'enviez pas, mais ayez plutôt pitié d'eux et priez pour eux, ils en ont plus besoin que les autres. Ses dons sont à vous, votre grâce est pour vous-même. Vous êtes comme un marchand qui a son agent qui part en mer, mais qui ramène son aventure sans risque. Vous vous joignez à lui dans la prière, vous bénéficiez du soutien de ses dons, mais vous ne subissez pas la tentation de son orgueil.

2. À ceux qui possèdent de grands dons. Satan s'efforce-t-il ainsi d'attirer l'orgueil des dons ? Ceci vous parle, vous à qui Dieu a accordé plus de dons que d'habitude. Prenez garde à l'orgueil, qui est désormais votre piège. Satan est à l'œuvre ; s'il le peut, il retournera votre artillerie contre vous. Votre sécurité réside dans votre humilité ; si ce verrou est brisé, les légions de l'enfer sont sur vous. Souvenez-vous de ceux contre qui vous luttez : les esprits malins ; leur jeu est de vous élever, afin de vous faire tomber plus durement. Maintenant, pour échauffer davantage votre cœur contre cela, j'ajouterai quelques considérations d'humilité sur cet orgueil des dons.

Première considération. Ces dons spirituels ne sont pas les tiens ; et serais-tu fier de la générosité d’autrui ? Dieu n’est-il pas le fondateur, et ne pourrait-il pas bientôt confondre tes dons ? Toi qui es fier de ta gourde, que seras-tu quand elle sera partie ? Alors, tu seras sûrement irritable et en colère, et tu prends vraiment le parti de t’en faire dépouiller. Les dons viennent à d’autres conditions que la grâce. Dieu donne la grâce comme une propriété privée; elle porte la promesse de ce monde et d’un autre ; mais les dons viennent par convenance. Même si un père refuse de rejeter son enfant, il peut néanmoins lui retirer son beau manteau et ses ornements, s’il en est fier.

Deuxième considération. Les dons ne sont pas seulement pour toi. De même que la lumière du soleil est ministérielle; elle ne brille pas pour elle-même, ainsi tous tes dons sont pour les autres, des dons pour l'édification du corps. Supposons qu'un homme vous laisse un coffre rempli d'argent pour le distribuer aux autres, quelle folie y aurait-il à le mettre dans son propre inventaire et à se féliciter d'avoir autant d'argent ? Pauvre âme, tu n'es que l'exécuteur testamentaire de Dieu, et une fois tous les legs payés, il ne te restera plus grand-chose à te vanter.

Troisième considération. Sache, chrétien, que tu seras responsable de ces talents. Or, de quel œil une âme orgueilleuse peut-elle regarder Dieu ? Imagine qu'on laisse un exécuteur testamentaire pour payer des legs, et que celui-ci les paie, non comme des legs d'autrui, mais comme des dons personnels. Le Christ, lors de son ascension, a fait des dons à ses enfants. Tu en as en ta possession. Or, une âme orgueilleuse distribue tout, non comme un héritage du Christ, mais comme sien ; elle s'approprie tout. Oh, comme c'est abominable de s'arroger l'honneur du Christ !

Quatrième considération. Tes dons ne te recommandent pas à Dieu. L'homme peut être séduit par ton expression et tes idées dans la prière ; mais tout cela est réduit à néant lorsque ta prière parvient à Dieu. "Ô femme", dit le Christ, "grande est ta foi !" Non, ne compte pas et ne te glorifie de ton langage. Il serait bon, après nos devoirs, de trier les ingrédients qui les composent : ce que la grâce a apporté, quels dons, et quelle fierté ; et lorsque tout cet hétérogène sera séparé, tu verras dans quelle mesure les actions de la grâce dans nos devoirs seront limitées.

Cinquième considération. Considérez que, tandis que vous vous enorgueillissez de vos dons, vous diminuez et vous flétrissez dans votre grâce. Tels sont les grains qui se transforment en paille, et dont l'épi est généralement léger et maigre. La grâce est trop négligée là où les dons sont trop valorisés ; il nous est commandé de nous revêtir d'humilité. Nos vêtements cachent la honte de notre corps, l'humilité la beauté de l'âme. Et comme un corps fragile ne peut vivre sans vêtements, la grâce non plus ne peut vivre sans ce vêtement d'humilité. Cela tue l'esprit de louange ; quand tu devrais bénir Dieu, tu t'applaudis toi-même. Il détruit l'amour chrétien et transperce notre communion avec les saints au cœur ; un homme orgueilleux n'a pas assez de place pour marcher en compagnie, car il pense que les dons des autres lui font obstacle. L'orgueil trouble tellement le palais qu'il ne peut rien savourer de ce qui est tiré du vase d'autrui.

Sixième considération. C'est le signe avant-coureur d'un grand péché, ou d'une grande affliction. Dieu ne permettra pas qu'une mauvaise herbe telle que l'orgueil pousse dans son jardin sans prendre une mesure quelconque pour l'arracher ; il se peut qu'il te laisse tomber dans un grand péché, qui te ramènera à la maison avec honte. Dieu se sert parfois d'une épine dans la chair pour piquer l'orgueil dans l'esprit ; ou du moins d'une grande affliction dont le but est de "détourner l'orgueil de l'homme", Job 33:17,19. Comme vous le faites avec vos chevaux fougueux, chevauchez-les sur des terres labourées pour les dompter, et vous pourrez ensuite vous asseoir en toute sécurité sur leur dos. 

Si l'honneur de Dieu est menacé par votre orgueil, attendez-vous à une verge, et le malheur touchera probablement ce qui vous sera le plus pénible, ce dont vous êtes fier. Ézéchias se vantait de son trésor. Dieu envoie les Chaldéens le piller. Jonas apprécie son ricin, et il est frappé. Et si votre esprit est enflammé par l'orgueil de vos dons, vous risquez de les voir anéantis, du moins aux yeux de ceux dont les applaudissements ont peut-être été un moyen de déstabiliser votre esprit débordant.

samedi 21 décembre 2024

Suivre le Fils de l'homme

 

"Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids: mais le Fils de l'homme n'a pas un lieu où il puisse reposer sa tête" (Luc 9:58).


Il y a plus de 2000 ans naissait  sur la terre, dans la pauvreté, le Créateur de l'Univers. Celui qui avait tout dans la présence du Père ne possédait absolument rien lorsqu'Il est venu sur la terre qu'Il avait créé. Vulnérable, et pourtant si fort, Il fit trembler Hérode au point que celui-ci fasse assassiner tous les enfants mâles de Bethléhem (Matthieu 2: 3; 16). Le Christ est venu, tel un étranger dans le monde qu'Il a créé. Jean dira de Lui en Jean 1:11 que la lumière, c'est à dire Christ, "est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue." 

Comme nous, Il a été fatigué, Il devait se reposer, mais Il n'avait nulle part où rester. En ce sens, Il était plus pauvre que la plupart des Judéens de Son époque. Matthieu 8:19 nous parle de cette histoire où un scribe s'est approché de Jésus en Lui disant: "Maître, je Te suivrai partout où Tu iras". Et c'est à ce moment, comme en Luc 9:58, que Jésus lui fit remarquer qu'Il ne possédait rien Lui même! Il est bien probable que ce scribe s'attendait à recevoir gloire et fortune s'il suivait Jésus, et la réponse du Seigneur fût sans équivoque; on ne vient pas à Christ pour devenir populaire ou pour être fameux. Ceux qui recherchent ces choses démontrent qu'ils n'ont rien compris aux choses du Royaume de Dieu! 

Grand et puissant, Il s'est fait "Fils d'homme", s'humiliant Lui-même et se rendant obéissant "jusqu'à la mort de la croix" (Philippiens 2:8). Et Paul poursuit au verset suivant en disant: "C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père". 

C'est exactement ce que les mages ont fait lorsqu'ils sont venus à Bethléhem pour l'adorer; fléchir les genoux devant ce grand Roi et Maître (Matthieu 2:11). C'est cette humilité que nous devons avoir pour marcher dans les traces de Christ. Nous devons faire fléchir notre "moi", notre volonté propre et la soumettre à Sa volonté, comme Lui même s'est soumis au Père. Nous ne nous lasserons jamais d'admirer Sa grandeur et Son humilité. Le miracle de Son incarnation nous dépasse, et pourtant, de cela dépendait l'expiation de nos péchés. En effet, s'Il restait Dieu le Fils, ne venant pas ici bas, et sans devenir chair comme nous, comment l'expiation aurait-elle pu se faire? Le sang de l'Agneau parfait devait être versé une fois pour toutes pour la rémission des péchés de tous ceux qui croiraient en Lui. 

Il sauve ceux qui se confient en Lui. Il n'a jamais écrit de livre, et cependant, quelle bibliothèque pourrait contenir tous les livres qu'Il aurait pû écrire? Qui pourrait contenir un tel savoir, une telle connaissance? Et quelqu'un a dit: "Il n'a jamais fondé d'école, mais pourtant, ceux qui ont été à son écoute ne pourraient tenir sur les bancs de toutes les écoles du monde. Jamais Il ne commanda d'armée, et cependant, aucun chef n'a jamais rassemblé autant de volontaires qui aient amené autant de rebelles à déposer les armes".

Toute sa vie, Il n'a fait que le bien, guérissant les malades, redonnant du courage à ceux qui étaient désespérés. Pourtant, les gens supposément "biens" de son époque, les gens religieux le haïssaient et voulaient le faire mourir. Et beaucoup de ceux qui le suivaient, ceux qui l'ont accueilli en héros lors de son arrivée à Jérusalem (Matthieu 21:9-10) se sont tournés contre Lui et criaient avec la multitude.: "Crucifie-le" (Matthieu 27:22). Nous sommes loin ici de la gloire et de la fortune probablement espérée par le scribe en Matthieu 8:19!

Et donc, vers l'âge de trente-trois ans, le Christ, trahi par Judas, est livré aux autorités afin qu'on le cloue sur une croix. Mais en réalité, Il s'est livré Lui-même; "Il a été mis au nombre des malfaiteurs, parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes, et qu'il a intercédé pour les coupables" (Esaïe 53:12). Et Il intercède encore aujourd'hui pour tous ceux qui croient en Lui (Romains 8:34), pour tous ceux qui placent leur confiance en Lui pour être sauvés.

En suivant le Christ, nous n'obtiendrons peut-être pas la gloire et la richesse, mais nous obtiendrons bien plus si nous persévérons en Lui: une demeure là haut dans la gloire, celle-là même qu'Il est allé préparé pour ceux qui Lui appartiennent (Jean 14:3). 

Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen.      

dimanche 24 novembre 2024

Je viens tel que je suis

 

O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur (Luc 18:13).

L'histoire de ce publicain raconté par Jésus peut nous sembler familière parce qu'elle reflète notre propre état pécheur. Les publicains étaient méprisés en Israël parce qu'ils étaient malhonnêtes, ils étaient littéralement des voleurs approuvés par l'empire Romain. Et dans sa parabole, Jésus nous montre deux personnages: un pharisien et un publicain. Le pharisien est debout, espérant être vu de tous le monde, et il se félicite d'être ce qu'il est; il est religieux et il se vante à Dieu de ce qu'il fait et de ce qu'il ne fait pas, il s'autojustifie, il se confie en ses œuvres, et il pense que Dieu est satisfait de lui.

Pendant ce temps, il y a un publicain "qui se tenait à distance", dira Jésus. Il était conscient de son indignité, le Saint-Esprit l'avait convaincu, il se savait pécheur, aussi ne voulait-il pas s'approcher du lieu sacré dans le temple. Jésus dit qu'il n'osait même pas lever les yeux aux ciel, c'est à dire qu'il était honteux, son péché l'avait rattrapé, il était parfaitement conscient de tout le mal qu'il avait fait, aussi, comme tous les hommes se sachant coupables, regardait-il le sol, n'osant croiser le regard de personne. 

Ce publicain savait bien qu'il n'avait rien pour lui. Contrairement au pharisien, il n'était même pas religieux! Il ne pouvait placer sa confiance qu'en l'argent qu'il avait volé à son prochain, et même cela le répugnait. Et Jésus nous dit qu'il est là, se frappant la poitrine en priant. Quelqu'un a dit qu'en faisant cela, "il pointait la source de son péché"; c'est à dire son cœur. Ainsi, il exprimait physiquement son état intérieur; il était chagriné par son péché et il se repentait de tout le mal qu'il avait fait.

Les paroles de sa prière que nous rapporte Jésus nous le prouvent: "O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur". Ce sont les paroles de repentance qui ont été dites par des millions de pécheurs venant, ou revenant à Dieu à travers les siècles. Nous remarquons que cette simple prière ne ressemble en rien à la prière d'autojustification du pharisien. Il se savait pécheur, il se reconnaissait tel qu'il était, et c'est la prière acceptable aux yeux du Père. Les premières paroles du merveilleux cantique de Charlotte Elliott nous reviennent aussitôt à l'esprit : "Tel que je suis, sans rien à moi, sinon ton sang versé pour moi, et ta voix qui m'appelle à toi, Agneau de Dieu, je viens, je viens".

Charlotte Elliott était une pianiste de talent, mais elle se tenait dans des cercles mondains où il n'était jamais fait mention de Dieu. Et puis, la maladie la frappa, et la tint éloignée de son cercle d'ami habituel. Un jour, César Malan, prédicateur, fût invité à une réception chez son père, et Charlotte y joua du piano. Dès qu'il en eut l'occasion, Malan s'approcha de la jeune femme et lui dit: "Je vous félicite pour votre grand talent; mais, êtes-vous en paix avec Dieu?" Insultée et en colère, on raconte qu'elle traita le prédicateur d'insolent. Mais ce soir là, elle se coucha et ne put pas dormir. Les paroles du prédicateur tournaient dans sa tête; elle savait qu'elle n'était pas en paix, et qu'elle avait désespérément besoin d'un Sauveur. Le problème, c'est qu'elle ne savait pas comment faire pour accéder à ce Sauveur!

Elle se mit donc à chercher ce prédicateur "insolent", et quelque jours plus tard elle put le contacter. Elle s'excusa pour son impolitesse, et lui demanda comment faire pour nettoyer sa vie avant de devenir chrétienne. La réponse du prédicateur la marqua à un tel point qu'elle lui inspira le cantique très connu: "Just As I Am", ou, "Tel Que Je Suis" en français. Malan lui avait simplement répondu: "Venez à Jésus-Christ tel que vous êtes".

Il en est de même pour nous aujourd'hui. Si quelqu'un reconnaît qu'il n'est pas en paix avec Dieu, il n'y a pas plusieurs manières de venir à Lui, venons simplement, tel que nous sommes, sans hypocrisie, sans excuses . 

C'est ainsi que je suis, Seigneur, et c'est dans toute ma souillure, dans toute mon indignité que je m'avance devant Toi, à cause de Ton amour qui transcende tout ce que nous pouvons penser et imaginer. Tu veux pardonner les pécheurs repentants, Tu veux transformer la vie de ceux qui s'abandonnent à Toi avec la foi d'un enfant. Je ne sais pas quoi dire, hormis que mon péché me sépare de ma communion avec Toi, et cela me fait mal. Je veux venir, je veux rentrer à la maison! O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur; je viens à Toi, Jésus, tel que je suis, sans rien à moi, sinon Ton sang versé pour moi à la croix du calvaire. Je n'ai rien d'autre pour défendre ma cause que Toi, Jésus, mon Seigneur et mon Dieu. C'est en Toi que je me réfugie aujourd'hui afin de recevoir Ton pardon et le don de la vie éternelle.

Aujourd'hui, j'entend Ta voix qui m'appelle, et je viens à Toi! Je suis faible et vacillant, en proie au doute à chaque instant, lutte au dehors, crainte au dedans, Tu sais tout, Seigneur, je ne Te cache rien, car il est dit dans la Parole que "celui qui cache ses transgressions ne prospère point, mais que celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde". Merci mon Dieu pour Ta bonté, merci pour Ton grand amour et pour Ta miséricorde, merci parce que Tu pardonnes ceux qui s'approchent de Toi dans une sincère repentance; merci parce que je peux être à Toi dès ce jour, et je crois que Tu peux me fortifier et garder mes pieds de trébucher afin que je sois gardé pur par le sang de mon Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. 

Tant que je vivrai, je veux vivre pour Te louer et Te rendre la gloire qui Te revient, ô Dieu, pour Ton plan de salut parfait accompli en Jésus-Christ. Merci, Père éternel, dans le nom puissant de Jésus, Amen.