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dimanche 13 septembre 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 61e partie

 

Quatre caractéristiques de la sincérité du cœur.

Troisièmement. Je vais exposer des preuves manifestes de la sincérité, telles qu'aucun hypocrite n'a jamais pu ni ne pourra jamais en atteindre. Après avoir brisé ces miroirs flatteurs dans lesquels les hypocrites aiment à se contempler, jusqu'à s'éprendre de leur propre visage fardé et à s'imaginer sincères, ainsi que ceux qui déforment le doux visage et la beauté naturelle de l'âme sincère au point de faire douter de la grâce divine qui rayonne sur elle, je vais maintenant en esquisser les traits et en établir les marques indubitables : cette vérité du cœur et cette sincérité pieuse, grâce auxquelles nous serons mieux à même de définir la situation spirituelle de chacun.

1. Un cœur sincère est un cœur nouveau. L'hypocrisie est appelée "le vieux levain" ; "Purgeons donc le vieux levain, afin que nous soyons une pâte nouvelle" (1 Corinthiens 5:7). Une pâte une fois aigrie par le levain n'en perdra jamais le goût.

La nature corrompue ne cessera pas d'être hypocrite tant qu'elle ne cessera pas d'être une nature corrompue. Il faut que le cœur soit renouvelé, sinon il conservera sa nature ancienne. On peut user d'artifice pour le dissimuler et en masquer la fétidité aux yeux d'autrui, pour un temps, tout comme des fleurs et des parfums répandus sur une charogne peuvent en masquer l'odeur ; pourtant, la charogne comme le cœur corrompu demeurent ce qu'ils sont.

On dit du paon que, même après avoir été rôti, sa chair redevient crue une fois refroidie. Il en va de même pour le cœur charnel : qu’il agisse à sa guise et s’impose une apparence de piété exaltée, au point de sembler brûlant de zèle, il suffit d’attendre un peu pour le voir reprendre sa nature première et se révéler tel qu’il était : vain et trompeur. Un "cœur unique" et un "cœur nouveau" sont tous deux des grâces de l’Alliance ; le "nouveau" est d’ailleurs promis précisément pour rendre le cœur "unique" : "Je leur donnerai un cœur unique, et je mettrai en vous un esprit nouveau ; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre(...)" (Ézéchiel 11:19). 

Dieu promet de leur donner un seul esprit, c'est-à-dire un esprit sincère envers Dieu et envers les hommes, à l'opposé d'un cœur partagé (un cœur double), marque de l'hypocrisie. Mais comment le donnera-t-il ? Il leur dit : "Je vous donnerai un esprit nouveau" ; et comment s'y prendra-t-il ? "J'ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair." À ce sujet, un commentateur explique fort bien les choses ainsi : "Je vous donnerai un cœur unique ; et pour ce faire, je le refondrai ; pour y parvenir, je le ferai fondre et je l'assouplirai, à l'instar de celui qui, possédant divers morceaux de vieil argent ou d'argenterie qu'il destine à la fabrication d'une coupe unique, décide d'abord de les refondre ; il les jette alors au feu pour les liquéfier, afin de les réunir finalement en une seule pièce."

En effet, par nature, le cœur de l'homme est une chose profondément divisée et brisée, éparpillée et morcelée : un morceau pour telle créature, un autre pour tel désir. Tantôt, cette vanité le met à son service, tout comme Léa le fit pour Jacob au sujet de Rachel ; puis, après avoir accompli quelque besogne servile pour elle, il se loue à une autre. Ainsi sont partagés l'homme et ses affections.

Or, les élus (que Dieu a destinés à être des vases d'honneur, consacrés à son saint usage et à son service), Il les jette dans le feu de sa Parole afin que, ramollis et fondus en ce lieu, ils soient refaçonnés par son Esprit transformateur en une sainte unité ; de sorte que celui qui, auparavant, était séparé de Dieu et perdu parmi les créatures et les convoitises qui se le disputaient, voit désormais son cœur rassemblé, loin de toutes ces choses, pour être tout entier à Dieu. Ce cœur contemple Dieu d'un regard unique et agit pour Lui en tout ce qu'il entreprend. Si donc tu veux savoir si ton cœur est sincère, cherche à savoir s'il a été ainsi renouvelé.

Dieu t'a-t-il jeté dans sa fournaise ? Sa parole s'est-elle jamais emparée de toi comme un feu, pour amollir ton cœur endurci et faire fondre l'impureté de ton esprit, de sorte que tu discernes désormais cette hypocrisie désespérée, cet orgueil, cette incrédulité et autres vices qui, auparavant, demeuraient cachés comme des scories dans le métal avant que le feu ne les révèle ? Et non seulement tu les vois, mais tu les vois se détacher et se séparer de ton âme, si bien que toi qui te félicitais jadis de ton bon état, tu déplores maintenant ta folie, confessant de tout cœur quelle créature répugnante tu étais aux yeux de Dieu dans tout ce que tu faisais. 

Ces choses qui paraissaient si fastueuses et belles à tes yeux (ton apparence de justice, ta fréquentation de l'église, l'accomplissement superficiel de quelques devoirs familiaux) et pour lesquelles tu croyais que le ciel t'était, pour ainsi dire, acquis ; déplores-tu maintenant d'avoir bravé Dieu par ces simulacres hypocrites, alors que tes convoitises étaient choyées au plus profond de ton être, suçant le sang vital de tes affections les plus chères ? 

En un mot, peux-tu affirmer non seulement que tu te fonds en tristesse à cause de ces choses, mais aussi que ton cœur, autrefois si partagé et distrait entre les convoitises et les créatures, est désormais uni dans la crainte du nom de Dieu ? N'as-tu qu'un seul dessein; celui que tu poursuis par-dessus tout, à savoir plaire à Dieu, dusses-tu déplaire à tous les autres ? Un seul amour : aimer le Christ et être aimé de lui ? Si les courants de tes affections sont ainsi rassemblés, par la puissance souveraine de Dieu qui te renouvelle en ce canal unique, et s'écoulent dans cette direction avec une douce violence, alors tu es béni du Seigneur. 

À Ses yeux, tu es une âme sincère, bien qu'il subsiste en toi une corruption qui trouble le cours de ta vie et tente d'entraver le libre élan de ton âme vers Dieu. Cela peut te causer quelques tourments. Tout comme les montagnes et les rochers gênent le fleuve qui court vers la mer, le forçant à serpenter alors qu'il suivrait autrement le chemin le plus court (une ligne droite) vers son but, de même les restes de corruption en toi peuvent parfois t'écarter de la voie de l'obéissance.

Mais la sincérité, telle l'eau, poursuivra son cours malgré tout cela et ne te quittera point avant de t'avoir conduit (fût-ce par un chemin détourné) jusqu'à ton Dieu, que tu as si profondément gravé dans ton cœur qu'il ne saurait jamais en être effacé. En revanche, si l'hypocrisie de ton cœur ne t'a jamais été révélée au point de t'inspirer de l'horreur, et si aucun principe nouveau n'a été déposé en ton sein pour infléchir le cours de ton âme à l'opposé de l'inclination naturelle de tes affections, alors que, fort de la bonne opinion que tu as de toi-même (en raison de quelques apparences de piété que tu affiches, tu te crois sincère et ton cœur intègre, alors j'ose affirmer que tu es un hypocrite impur.

Le monde pourra peut-être te tenir pour un saint, mais tel que tu es, tu ne le seras jamais aux yeux de Dieu. Même si tu t'es paré et apprêté avec le plus grand soin pour adopter l'apparence d'un chrétien, tu n'auras jamais que le visage d'un saint et le cœur d'un hypocrite. Peu importe l'enseigne qui pend à l'extérieur, (fût-elle celle d'un ange), si le diable et le péché habitent au-dedans!

Ajouter de nouvelles garnitures à un vieux vêtement ne le rend pas neuf ; cela lui donne simplement une allure nouvelle. Il n'est guère sage de dépenser beaucoup pour embellir un vieux costume voué à tomber bientôt en lambeaux, alors qu'une somme à peine supérieure permettrait d'en acquérir un neuf et durable. Ne vaut-il pas mieux s'efforcer d'obtenir un cœur nouveau, afin que toutes tes œuvres soient agréées et que tu sois sauvé, plutôt que de perdre, faute de cela, tout le fruit de tes efforts religieux ainsi que ton âme elle-même ? 

2. Un cœur sincère est un cœur franc, un cœur simple, "sine plicis"; un cœur sans replis. L'hypocrite est de la race du serpent. Il peut, tel le serpent, se rétracter ou se déployer selon son intérêt, peu désireux de se laisser percer à jour par autrui. Et il a ses raisons pour cela, car il sait qu'il a le plus de crédit là où il est le moins connu.

L'hypocrite est celui qui "cherche à cacher profondément ses desseins" (Ésaïe 29:15) ; "leur cœur est un abîme" (Psaume 64:6) ; leurs intentions profondes sont infiniment éloignées de leurs paroles. Un cœur sincère est comme l'eau limpide d'un ruisseau : on peut voir jusqu'au fond de ses pensées à travers ses paroles et juger de son cœur par sa langue. On dit que les maladies du cœur se manifestent par des taches sur la langue, mais l'hypocrite peut avoir la langue nette tout en gardant un cœur corrompu. L'auteur du proverbe "loquere ut te videam" (parle pour que je te voie) ne pensait pas à l'hypocrite, qui parle précisément pour ne pas se laisser voir!

Les nuages ​​les plus épais dont il se sert pour dissimuler sa fourberie sont son langage religieux et sa profession de foi superficielle. Veux-tu savoir si tu portes un cœur sincère en ta poitrine ? Examine si tu possèdes un cœur empreint de droiture. Vois comment ces deux choses sont associées dans la seconde épître aux Corinthiens (1:12) : Paul et les autres fidèles messagers du Christ vivaient parmi les Corinthiens "dans la simplicité et la sincérité qui viennent de Dieu". Ils ne gardaient aucun compartiment secret dans le sanctuaire de leur cœur pour y dissimuler habilement leurs intentions à l'égard de ces derniers, comme le faisaient les faux apôtres.

Or, cette droiture du cœur sincère se manifeste sous trois aspects; un cœur sincère agit avec franchise envers lui-même, et ce, principalement sur deux points.

A) Ce droiture du cœur s'examine et se scrute elle-même ; elle le fait avec toute l'habileté et la vigueur dont elle est capable. Elle ne se laisse pas écarter par des faux-semblants ou par une excuse polie, telle celle que Rachel donna à Laban alors qu'elle couvait ses idoles. Non, elle exige de l'âme un compte rendu, et ce, de telle sorte qu'elle puisse elle-même rendre un compte fidèle à Dieu, par l'autorité de qui elle exerce son ministère.

Quelle crainte manifeste-t-elle de voir quelque convoitise échapper à son regard et rester cachée, comme Saül parmi les bagages ; ou de voir la moindre grâce de Dieu foulée aux pieds par indifférence, en la niant ou en la démentant ! Lorsque David vit ses pensées sur Dieu (qui jadis le réconfortaient et lui tenaient la plus agréable compagnie) susciter un trouble en son esprit ("Je me souviens de Dieu, et je gémis", Psaume 77:3), voyez quel examen minutieux cet homme saint entreprit pour en découvrir la cause!

Il scrute le passé et le présent pour comprendre comment Dieu a agi autrefois ; il "s'entretient avec son cœur et fait des recherches approfondies" (verset 6), sans jamais abandonner avant d'avoir tiré l'affaire au clair. Découvrant que le trouble qui perturbe sa paix vient de lui-même, il ne cherche pas à ménager sa réputation en étouffant l'affaire ou en cherchant des faux-fuyants ; au contraire, il s'attaque au voleur, dénonce son péché et confesse les faits, justifiant ainsi Dieu, à l'égard de qui il avait nourri de mauvaises pensées.

"Et je dis : C’est là ma faiblesse" (verset 10) ; comme s’il avait dit : "Seigneur, je vois maintenant le Jonas qui a provoqué la tempête dans mon cœur et m’a rendu si malheureux dans mon affliction tout ce temps ; c’est cette incrédulité qui m’a courbé, m’amenant à me focaliser tellement sur la douleur et le sentiment de mon épreuve actuelle que je ne pouvais plus songer aux expériences passées ; et ainsi, en les oubliant, j’ai eu de Toi une pensée indigne." Quelle âme sincère et franche que la sienne !

En quoi ressembles-tu, ô homme, au saint David ? Est-ce ainsi que tu sondes ton âme ? Le fais-tu avec sérieux, comme si tu traquais un meurtrier caché chez toi ; avec autant d'ardeur à débusquer ton péché qu'en mettaient les papistes, sous le règne de la reine Marie, à dénicher les protestants, allant jusqu'à transpercer de leurs épées et de leurs fourches les lits et les meules de foin pour s'assurer qu'ils ne s'y trouvaient pas ? Ou bien, lorsque tu entreprends cette tâche, répugnes-tu à pousser trop loin tes investigations, de peur d'apercevoir ce que tu préférerais ignorer ? Crains-tu de t'y attarder, de peur que ta conscience ne te livre un rapport qui te déplaise ? Tertullien disait des persécuteurs païens : "Ils refusaient d'entendre les chrétiens, car, une fois ceux-ci écoutés, ils n'auraient plus eu l'audace de les condamner, tant leur cause eût paru juste". Ici, c'est l'inverse qui est vrai.

L'hypocrite n'ose pas soumettre son état à un examen rigoureux, car il ne pourrait alors éviter de se condamner lui-même. Mais l'âme sincère est si désireuse de connaître son véritable état que, même après avoir fait tout son possible pour le découvrir et avoir été acquittée par sa conscience lors de cet examen intime, elle ne s'en contente pas ; craignant que l'amour-propre ne l'aveugle et n'incite sa conscience à rendre un verdict trop favorable, elle sollicite l'aide du ciel et s'en remet au jugement de Dieu. "Éternel, n'aurais-je pas de la haine pour ceux qui te haïssent, du dégoût pour ceux qui s'élèvent contre toi?" (Psaume 139:21). 

Sa propre conscience en témoigne : "Je les hais d'une haine parfaite ; je les tiens pour mes ennemis" (verset 22). Pourtant, David, ne se contentant pas de son seul témoignage, en appelle à Dieu : "Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur... vois si je suis sur une mauvaise voie" (versets 23-24). De même, les médecins avisés ne se fient pas à leur jugement concernant leur propre santé, pas plus que les chrétiens sincères ne s'en remettent à eux-mêmes pour juger de l'état de leur âme. C'est vers Dieu qu'ils se tournent ; son jugement seul fait autorité et détermine leur conviction.

Une fois qu'ils ont prié et exposé leur situation devant lui, ils attendent, à l'instar de David, d'entendre ce qu'il a à dire. On les verra donc se soumettre à un ministère qui sonde les cœurs ; ils ne sortent jamais plus satisfaits que lorsque leur conscience est mise à nu et leur cœur mis en pleine lumière, à l'image de la Samaritaine qui, vantant le sermon et le Christ qui l'avait prononcé auprès de ses voisins, soulignait qu'il lui avait révélé tout ce qu'elle avait fait (Jean 4:29). 

En revanche, un cœur corrompu répugne à entendre pareils propos. Il estime que le prédicateur commet une intrusion lorsqu'il pénètre sur son terrain pour interpeller directement sa conscience ; s'il le pouvait, il engagerait des poursuites à son encontre pour cela. Hérode supportait mal que Jean mît le doigt sur son péché. Bien qu'il le craignît (sa conscience le travaillant), il ne l'aima jamais ; c'est pourquoi il se laissa aisément convaincre de faire trancher la tête de cet homme dont la langue, d'une telle audace, avait osé blâmer sa conduite incestueuse. 


B) Le cœur sincère fait preuve d'une honnêteté absolue envers lui-même, tant dans l'examen que dans le jugement qu'il porte sur sa propre personne, dès lors qu'un témoignage clair s'élève contre lui et que la conscience lui dit : "Âme, dans ce devoir, tu as laissé libre cours à l'orgueil ; dans cette affection, à l'obstination et à l'impatience." Une telle âme ne tarde pas à prononcer le jugement, et elle le fait avec tant de véhémence et de sévérité qu'il est manifeste que le zèle pour Dieu (qu'elle a déshonoré) lui fait oublier toute pitié pour elle-même. Elle s'acharne à s'humilier et à s'abaisser, à l'instar des fils de Lévi exécutant la justice sur leurs frères, ne connaissant alors "ni frère ni sœur" dans l'accomplissement de cet acte.

C'est véritablement un acte héroïque que celui de l'âme sincère qui se juge elle-même. Elle est si transportée et revêtue d'une sainte fureur contre son péché qu'elle reste sourde aux appels de la chair et du sang, lesquels l'inciteraient à envisager une sentence plus clémente. "J'ai péché", dit David, "contre l'Éternel" (2 Samuel 12:13) ; ailleurs : "J'ai commis un grand péché et agi avec une grande folie" (2 Samuel 24) ; et dans un troisième passage, se jugeant indigne du nom d'homme, il s'assimile à la bête : "J'étais stupide et sans intelligence, j'étais comme une bête devant toi" (Psaume 73:22).

Mais pour ce qui est du cœur faux (si la conscience lui fait des reproches sur tel ou tel point, et qu'il devine, grâce à ce murmure intérieur, quel sera l'issue du procès s'il va jusqu'au bout de la procédure), le tribunal est aussitôt dissous et l'affaire renvoyée à une audience ultérieure, qui risque fort de ne jamais avoir lieu. De même que les témoins, lassés par les retards et les remises incessantes, finissent par se décourager et préfèrent rester chez eux plutôt que de comparaître pour rien, la conscience cesse de témoigner lorsqu'elle ne peut être entendue et qu'aucun jugement ne peut être prononcé contre le coupable.

Un point particulier: un cœur sincère est aussi transparent envers Dieu qu'envers lui-même. Cela peut se manifester de plusieurs manières. Prenons-en une pour servir d'exemple : celle des supplications et des requêtes adressées au trône de la grâce. Dans la prière, l'hypocrite joue un double jeu ; il demande ce qu'il ne remercierait pas Dieu de lui accorder. Il y a un mystère d'iniquité dans sa façon de prier contre l'iniquité. Or, c'est sur deux points précis que se révélera la sincérité (ou non) de notre cœur. 

Observe si ton esprit est profondément accablé lorsque ta requête reste sans réponse, ou si, au contraire, tu te soucies peu de son issue. Qu’il s’agisse d’un péché que tu cherches à combattre ou d’une grâce que tu sollicites, quel est ton état d’esprit pendant que ton messager se fait attendre, surtout si ce délai se prolonge ? Tu pries, mais la corruption ne diminue pas et la grâce ne croît pas. C’est alors que se révèlent ton hypocrisie ou ta sincérité. Si tu es sincère, chaque instant te semblera une heure, chaque heure une journée, et chaque journée une année, jusqu’à ce que tu reçoives des nouvelles du ciel. "L’espérance différée rend le cœur malade."

Le malade qui fait appeler le médecin n’attend-il pas avec impatience sa venue ? Il craint que son messager ne le manque, qu’il ne veuille pas venir, ou qu’il ne meure avant que le remède n’arrive. Mille craintes le tourmentent et lui font désirer ardemment la présence du médecin. C’est ainsi que l’âme sincère passe, le cœur triste, les heures qui s’écoulent sans réponse à sa requête. "Je suis une femme à l’esprit accablé de chagrin", disait Anne à Élie (1 Samuel 1:15). Et pourquoi cela ? Hélas, elle avait prié Dieu année après année, sans qu’aucune réponse ne lui parvienne.  

Ainsi parle l'âme : "J'ai l'esprit amer ; voilà bien des jours et des mois que je prie pour obtenir un cœur tendre, un cœur croyant, mais rien ne vient. Je crains de n'avoir pas été sincère dans cette démarche. Sinon, ma requête serait-elle restée si longtemps en suspens ?" Une telle âme est en proie à la crainte et au tourment, pareille au marchand dont le riche navire est en mer et qui, resté à terre, ne trouve le sommeil tant qu'il ne l'a pas vu ou n'en a pas reçu de nouvelles. Mais si, après avoir élevé ta prière, tu parviens à te décharger du souci et des pensées qui s'y rattachent, comme si prier revenait simplement pour un enfant à griffonner sur une feuille de papier qu'il délaisse aussitôt sans plus y songer ; si tu peux accepter les refus de Dieu à ce sujet sans plus d'émoi qu'un soupirant indifférent n'en ressent à ne pas avoir de nouvelles de celle qu'il n'a jamais vraiment aimée, sans que ton repos en soit troublé ni ta joie altérée, alors c'est un cœur trompeur qui t'a poussé à agir. Et prends garde : il se pourrait qu'au lieu d'exaucer ta prière, Dieu réponde au désir secret de ton cœur ; or, s'il venait à le faire, tu serais perdu à jamais.

Examine si tu mets en œuvre les moyens d'obtenir ce que tu demandes à Dieu de t'accorder. Un cœur faux reste inactif tout en attendant que Dieu agisse ; il ressemble à cet homme dont la charrette s'était enlisée dans la boue et qui criait : "Jupiter, aide-moi !" sans pour autant mettre l'épaule à la roue. Si ses penchants corrompus pouvaient être mortifiés et anéantis pour lui (tout comme Goliath le fut pour les Israélites, qui regardaient la scène sans porter le moindre coup), il s'en satisferait ; mais quant à les affronter ou à se donner la peine d'employer les moyens nécessaires pour remporter la victoire, il est si rongé par la paresse et la lâcheté qu'il juge cet effort aussi pénible que de rester assis dans l'esclavage et la servitude qu'ils lui imposent.

L'âme sincère, en revanche, fait preuve d'une diligence consciencieuse. "Élevons nos cœurs et nos mains vers Dieu qui est dans les cieux" (Lamentations 3:41). C'est-à-dire, comme le dit Bernard : "prions et agissons". La langue de l'hypocrite s'agite, mais les pieds de l'âme sincère marchent et ses mains travaillent. 

Autre point: L'âme sincère révèle aux hommes sa simplicité et sa droiture. "Nous nous sommes conduits parmi vous", dit Paul aux Corinthiens, "avec simplicité et sincérité devant Dieu, non avec une sagesse charnelle." Le chrétien est celui qui ne peut soumettre son cœur à son intelligence, ni sa conscience à ses propres calculs. Il s'en remet à Dieu en pratiquant le bien et ne craint pas autrui, tant que sa conscience ne lui reproche rien ; aussi n'ose-t-il pas entamer sa conscience pour sauver sa peau, mais il confesse Dieu librement et ouvertement, sans dissimuler sa foi ; tandis que l'hypocrite change de cap et arbore les couleurs que lui dictent ses calculs et ses intérêts mondains.

Si la voie est libre et qu'aucun danger ne menace, il affichera autant de piété que quiconque ; mais dès qu'il perçoit le moindre risque pour lui-même, il vire de bord et change de cap, ne se faisant aucun scrupule de jouer double jeu avec Dieu et les hommes. Il considère comme la bonne voie celle qui assure sa sécurité temporelle. L'homme intègre, en revanche, suit une tout autre direction : "La voie royale des hommes droits consiste à s'éloigner du mal" (Proverbes 16:17). C'est le chemin que parcourt ce véritable voyageur ; et si jamais on le voit s'en écarter, ce n'est que par mégarde, comme celui qui s'est égaré bien malgré lui, et il ne trouve de repos qu'une fois revenu sur la bonne route. 

3. Le chrétien sincère et au cœur droit fait preuve de constance. Tout comme la vérité doctrinale se distingue de son opposé par son unité, tandis que l'erreur est multiple et dépourvue de l'harmonie propre aux vérités, de même la vérité du cœur, ou sincérité, se reconnaît à ce même trait distinctif par rapport à l'hypocrisie. En effet, la vérité dans le cœur n'est que la copie et la reproduction fidèle de l'autre. Elles s'accordent comme le visage reflété dans un miroir s'accorde avec celui de la personne qui s'y regarde, ou comme l'empreinte dans la cire correspond à la gravure du sceau dont elle provient. Par conséquent, si la vérité dans la parole est constante et harmonieuse, la vérité dans le cœur (qui n'est que l'empreinte de cette dernière) doit l'être tout autant.

Dans le cours de sa vie, le chrétien sincère demeure fidèle à lui-même ; il est "un homme d'une seule couleur", et non comme ces étoffes changeantes dont la teinture révèle des nuances variées selon la manière dont on les agite. L'obéissance du chrétien sincère présente une triple uniformité : elle est constante quant à l'objet, au sujet et aux diverses circonstances qui l'accompagnent.

Le chrétien sincère est constant, quant à l'objet de son obéissance. L'hypocrite, lui, s'attache à un devoir tout en négligeant un autre. Tel un corps sphérique, il ne touche la loi de Dieu qu'en un seul point, manifestant du zèle pour un commandement particulier, mais il ne s'y conforme pas dans le reste ; tandis que le cœur sincère adhère à la loi de Dieu tout entière, tant par son désir que par ses efforts. On dit du pied de l'homme droit qu'il "se tient sur un terrain plat" (Psaume 26:12) ; il ne marche pas en boitant ni de manière disgracieuse, comme ceux qui empruntent des chemins inégaux, cahoteux et accidentés, ou comme ceux dont les pieds et les jambes "ne sont pas égaux", car, comme le dit Salomon, "les jambes des boiteux sont inégales" et ne peuvent donc se tenir "sur un terrain plat", l'une étant longue et l'autre courte.

Les pieds de l'homme sincère sont d'aplomb et ses jambes d'égale longueur, pour ainsi dire ; il veille avec une égale conscience à accomplir toute la volonté de Dieu. L'hypocrite, tel le blaireau, a une patte plus courte que l'autre ; ou, comme un cheval fourbu, il ne se tient pas droit sur ses quatre membres : on remarque qu'il ménage au moins un pied, répugnant à le poser au sol. Les pharisiens affichaient un grand zèle pour la première table de la Loi. Ils priaient et jeûnaient de manière extraordinaire, mais ils priaient pour leur proie ; et, après avoir jeûné toute la journée, ils soupaient aux frais d'une pauvre veuve dont ils avaient l'intention de "dévorer" la maison. 

Un jeûne lamentable, qui s'achève dans l'oppression et ne sert qu'à leur donner un appétit vorace pour engloutir les biens d'autrui sous un masque de piété ! L'homme moral se montre très scrupuleux dans ses rapports avec ses semblables, mais se conduit en véritable voleur envers Dieu. Bien qu'il ne lèse pas son prochain d'un sou, il ne craint pas de dépouiller Dieu de biens bien plus précieux. L'amour, la crainte et la foi sont des dettes qu'il doit à Dieu, et pourtant il ne se fait aucun scrupule de ne pas les rembourser. Il est courant, dans les Écritures, de décrire un saint, une personne pieuse, par un devoir particulier ou une grâce unique. Tantôt son caractère est défini comme celui "qui craint le serment" (Ecclésiaste 9:2), tantôt comme celui "qui aime ses frères" (1 Jean 3:14), et ainsi de suite. 

Et pourquoi ? Parce que, là où un devoir est accompli avec conscience, le cœur se tient prêt pour tout autre. De même que Dieu a édicté tous ses commandements avec la même autorité (c'est pourquoi il est dit en Exode 20:1 : "Dieu prononça toutes ces paroles", les unes tout autant que les autres), ainsi Dieu infuse toute grâce simultanément ; il n'inscrit pas une loi particulière dans le cœur de ses enfants, mais la Loi tout entière, laquelle constitue un principe universel inclinant l'âme impartialement vers tous les préceptes ; de sorte que, si tu n'en aimes pas la totalité, ta sincérité est nulle en chacun d'eux. 

Le chrétien sincère est uniforme quant au sujet lui-même. L'homme tout entier, pour autant qu'il est renouvelé, marche dans une seule direction. Toutes les puissances et facultés de l'âme unissent leurs forces et s'accordent harmonieusement. Lorsque l'intelligence découvre une vérité, la conscience exerce alors toute son autorité sur la volonté, lui commandant, au nom de Dieu dont elle est la mandataire, de l'accueillir ; la volonté, dès que la conscience frappe, s'ouvre et la laisse entrer ; les affections, telles des servantes dévouées, voyant en elle une invitée bienvenue pour la volonté, manifestent leur empressement à la servir, comme il sied à leur rang.

Il en va tout autrement chez l'hypocrite. En lui, une faculté lutte contre une autre ; jamais on ne les voit s'unir et s'accorder dans un vote bienveillant. Lorsque l'entendement est éclairé, l'homme connaît telle vérité ou tel devoir ; pourtant, bien souvent, la conscience est corrompue dans l'exercice de sa charge et ne va même pas jusqu'à lui reprocher sa négligence. La vérité se tient, pour ainsi dire, devant l'âme, mais la conscience refuse de se faire son alliée au point de frapper à la porte et d'éveiller l'âme pour l'y laisser entrer.

Si la conscience se laisse persuader de plaider sa cause et manifeste quelque zèle pour en obtenir l'accueil, elle ne récolte à coup sûr qu'un refus brutal et un regard courroucé, pour s'être tant empressée d'introduire une invitée aussi importune, à l'instar d'une épouse acariâtre envers son mari lorsqu'il ramène chez lui quelqu'un qu'elle n'apprécie pas, ou bien elle ne rencontre qu'un accueil feint, destiné à dissimuler plus subtilement l'hostilité secrète qu'on lui voue. 

L'âme sincère fait preuve de constance, c'est-à-dire dans les circonstances de son obéissance et de sa marche sainte : le moment, le lieu, la compagnie et la manière d'agir. Elle est constante quant au temps. Sa religion ne ressemble pas à un habit de fête que l'on ne revêt qu'à des moments précis ; quel que soit le moment où vous l'abordez, vous la trouverez toujours vêtue de la même manière : sainte le jour du Seigneur, et sainte tout autant les autres jours de la semaine. "Heureux ceux qui observent la justice, qui pratiquent la droiture en tout temps" (Psaume 106:3). La couleur qu'un homme affiche sur son visage lorsqu'il est assis près du feu ne reflète pas sa véritable complexion si elle s'efface aussitôt après.

Il en est certains dont, pour percevoir la bonté et connaître la piété, il faut saisir le moment opportun, faute de quoi l'on n'y trouvera rien. Ils ressemblent à ces fleurs qui ne sont visibles que quelques mois par an, ou à ces médecins que l'on appelait autrefois "hommes de la matinée" : quiconque voulait leur parler devait se présenter le matin, car, l'après-midi, ils étaient généralement ivres. Ainsi, il se peut que vous surpreniez l'hypocrite à genoux le matin, dans l'attitude d'un saint ; mais, une fois cet élan retombé, vous ne verrez guère Dieu dans sa conduite jusqu'à ce que la nuit le ramène, par habitude, à un exercice semblable. Une montre qui ne marche qu'au moment où on la remonte pour s'arrêter ensuite toute la journée ne vaut rien ; il en va de même, assurément, pour le cœur qui ne désire pas demeurer constamment en mouvement spirituel. 

J'admets qu'il peut y avoir une grande différence entre deux montres. Pour l'une, le défaut peut provenir de la montre elle-même, parce qu'elle n'est pas bien conçue, et il en sera toujours ainsi tant que son mécanisme ne sera pas modifié ; une autre, en revanche, est peut-être un mécanisme bien fait, mais de la poussière en entrave les rouages ​​ou une chute l'a quelque peu endommagée ; une fois ces obstacles levés, elle fonctionnera de nouveau parfaitement.

Il en va de même pour la différence entre l'âme sincère et l'hypocrite. L'âme sincère peut voir son mouvement spirituel et sa marche chrétienne interrompus, mais cela est dû à une tentation qui, pour l'heure, l'entrave. Toutefois, elle possède une nature nouvelle qui l'incline à une progression constante dans la sainteté et qui, l'obstacle actuel écarté, reprend son exercice naturel de piété. L'hypocrite, en revanche, fait défaut dans la constitution et la disposition même de son esprit ; il ne possède pas en lui ce principe de grâce capable de soutenir son mouvement.

En outre, le chrétien sincère demeure constant, quels que soient le lieu ou la compagnie. Où qu'il aille, il emporte avec lui la règle qui guide sa conduite. Chez lui, au milieu de ses proches, il fait sienne la résolution de David : "Je marcherai dans l'intégrité de mon cœur au milieu de ma maison" (Psaume 101:2). Suivez-le au-dehors : il emporte sa conscience avec lui et ne lui ordonne pas, comme Abraham le fit pour ses serviteurs en montant à la montagne, de rester en arrière jusqu'à son retour.

Les Romains avaient une loi exigeant que chacun, où qu'il aille, porte sur son chapeau ou son vêtement extérieur un signe distinctif de son métier, afin d'être reconnu. Le chrétien sincère ne se défait jamais volontairement de l'emblème de sa sainte profession. Ni le lieu ni la compagnie ne le détournent de la voie qualifiée de sainte, car sa conscience ne le pousse pas à négliser la prudence. Il sait faire la distinction entre les lieux et les compagnies ; aussi, lorsqu'il se trouve au milieu de pécheurs impétueux et moqueurs, ne livre-t-il pas la religion au mépris en jetant ses perles devant ceux qui les piétineraient et le déchireraient.

Toutefois, il veille avec grand soin à ce que sa prudence ne compromette en rien sa droiture. "Je me conduirai avec sagesse", dit David (Psaume 101:2), "dans une voie intègre" ; c'est-à-dire : je ferai preuve de toute la sagesse possible, afin de demeurer également intègre. En vérité, de tels lieux et de telles compagnies sont pareils à la zone torride, inhabitables pour l'âme pieuse : l'impiété y est si ardente que la sincérité ne peut s'y manifester sans mettre en péril le saint. Dès lors, ceux qui n'ont ni assez de zèle pour s'élever contre les péchés de tels individus, ni assez de souci d'eux-mêmes pour se retirer de ces lieux où ils ne peuvent que recevoir le mal sans faire aucun bien, ont tout lieu de remettre en question leur propre sincérité.

4. Le chrétien sincère progresse sans cesse ; il n’atteint le terme de son voyage qu’une fois parvenu au Ciel. Cela le maintient en mouvement, le poussant à aller de l’avant dans ses désirs et ses efforts ; il est reconnaissant pour une petite mesure de grâce, mais ne se contente pas de grandes mesures de celle-ci. "À mon réveil", dit David, "je me rassasierai de ton image" (Psaume 17:15). Il goûtait de douces joies dans la maison de Dieu, au sein de ses ordonnances. L’Esprit de Dieu était le messager qui lui apportait, depuis la table divine, des mets exquis, des consolations intérieures inconnues du monde. 

Pourtant, cela ne suffit pas à David. Seul le ciel peut lui offrir la pleine mesure de ce breuvage. On raconte que les Gaulois, lorsqu'ils goûtèrent pour la première fois aux vins d'Italie, furent si séduits par leur onctuosité et leur douceur qu'ils ne se contentèrent pas d'en faire le commerce ; ils résolurent de conquérir la terre même où ils étaient produits. De même, l'âme sincère ne se satisfait pas de recevoir, çà et là, un peu de grâce et de réconfort venus du ciel, qui serait le fruit d'un commerce entretenu à distance avec Dieu par le biais des ordonnances divines ici-bas ; elle aspire plutôt à conquérir cette terre sainte, ce lieu béni, afin de boire le vin du Royaume au sein même du Royaume. Cette aspiration élève l'âme vers de nobles et grandes entreprises : comment atteindre des degrés de grâce toujours plus élevés, jour après jour, et s'élever ainsi toujours plus près du ciel. 

Celui qui vise le ciel tire plus haut que celui qui ne cherche qu'à atteindre un arbre. "Je cours", dit Paul, "vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ" (Philippiens 3:14). D'autres admiraient les accomplissements de Paul (ah ! s'ils avaient la grâce de Paul, ils seraient heureux !) mais lui-même s'estimerait fort malheureux s'il ne devait rien obtenir de plus. Il déclare qu'il n'a pas encore saisi ce pour quoi il court. Le prix ne se trouve pas à mi-chemin, mais au terme de la course ; c'est pourquoi il s'élance à toute vitesse, faisant même de cet effort la preuve de la droiture de chacun. "Nous tous donc qui sommes parfaits" (c'est-à-dire sincères) "ayons ces mêmes sentiments" (verset 15). C'est l'hypocrite seulement qui se limite dans les choses de Dieu.

Il possède quelques rudiments de savoir qui lui permettent de discourir de religion avec les croyants ; pour le reste, il s'en remet à d'autres, jugeant cela plus approprié au prédicateur qu'à lui-même. Il apprécie certaines formes extérieures, telle l'observance des rites publics, et s'y conforme pour afficher sa piété ; il s'abstient des péchés qui le rendraient odieux à son voisinage ; mais aspirer à une communion plus intime et plus profonde avec Dieu à travers ces rites, s'efforcer de rendre son cœur plus spirituel et de mortifier toujours davantage la chair et le péché qui l'habitent, voilà qui n'a jamais fait partie de ses desseins : il ressemble à ce piètre commerçant qui n'ose jamais viser la richesse, mais s'estime heureux de pouvoir simplement maintenir sa boutique ouverte et échapper à la prison, quitte à recourir à mille ruses et expédients. 

Après avoir exposé les caractéristiques d'un cœur sincère, il convient d'en tirer quelques enseignements à la lumière du verdict que votre conscience rendra au fond de vous-mêmes, lorsque vous soumettrez votre état spirituel à l'épreuve de ces critères. Or, le constat que la conscience établira, une fois que vous vous serez examinés à l'aune de ces principes, aboutira nécessairement à l'une de ces trois conclusions : soit, premièrement, elle vous condamnera comme hypocrites ; soit, deuxièmement, au terme d'un examen approfondi, elle rendra un témoignage favorable à votre sincérité ; soit, troisièmement, elle vous désignera comme ignorants et vous laissera dans le doute, des âmes qui sont certes sincères, mais qui n'osent pas se considérer comme telles. Afin de pouvoir t'atteindre, lecteur, par une voie si je ne t'atteins pas par une autre, je m'adresserai (prochainement) successivement à ces trois catégories de personnes. 

dimanche 6 septembre 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 60e partie

 

Les arguments sur lesquels un chrétien faible s'appuie pour contester sa propre droiture, et la fausseté de ces arguments.

Deuxièmement. J’exposerai les fondements de la crainte du chrétien faible d’être hypocrite, et la faiblesse de ces fondements ; autrement dit, les faux prétextes sur lesquels s’appuient souvent des âmes sincères pour se prouver hypocrites, voire pour conclure, un temps, qu’elles le sont.

1. Faux prétexte. "Assurément, je suis un hypocrite", dit la pauvre âme, "sinon je ne serais pas comme je suis. Dieu ne me poursuivrait pas ainsi, coup après coup, et ne permettrait pas à Satan de m’utiliser comme il le fait." C’était le principal argument que les amis de Job utilisaient contre sa sincérité, et parfois Satan parvient si bien à faire en sorte que l’âme sincère le retourne contre elle-même, disant, comme lui : "Si Dieu est avec nous, pourquoi tout cela nous arrive-t-il ?"; si Dieu est en nous par sa grâce, pourquoi semble-t-il contre nous ?

Réponse. Ce feu dans lequel Dieu te jette prouve que tu as des scories. Si, parce que tu es resté longtemps dans la fournaise, tu disais avoir beaucoup de scories, je ne m'y opposerais pas ; mais comment peux-tu déduire "hypocrite" de tes afflictions et de tes troubles ? Je m'en étonne. Les méchants, en effet, se servent souvent de cet argument pour se faire traiter "d'hypocrites", mais le chrétien, à mon avis, ne devrait pas l'utiliser contre lui-même. Bien que les barbares aient immédiatement porté leur jugement à la vue de la vipère sur la main de Paul, le déclarant "meurtrier", Paul n'en fut pas plus affecté.

Chrétien, applique à toi-même, dans l'affliction et la tentation, le même conseil que tu donnes à tes frères dans la même situation, et tu te sortiras de ce piège. Oserais-tu penser que ton prochain est hypocrite simplement parce que Dieu l'a éprouvé ? Non, je te le garantis, tu le plains plutôt et tu l'aides à dissiper les doutes que cette simple raison soulève en lui. Il serait réjouissant de voir avec quelle habileté un chrétien peut apaiser les scrupules d'autrui, puis, confronté à la même situation, en est lui-même accablé!

Celui qui aidait son ami à franchir l'échalier est désormais incapable de le faire lui-même. Dieu a voulu que nous ayons besoin les uns des autres. Celle qui est sage-femme pour autrui ne peut bien exercer ce rôle pour elle-même ; de même, celui qui est chargé d'apporter la paix à l'âme d'autrui ne peut la transmettre à la sienne. C'est clair, chrétien. L'affliction ne saurait prouver que tu es un hypocrite. 

Le cas, je le dis, est clair, mais tes yeux sont rivés sur quelque dessein supplémentaire que Dieu souhaite accomplir par ta souffrance. Peut-être diras-tu que ce n'est pas simplement la souffrance qui te fait penser ainsi de toi-même, mais plutôt que tu souffres depuis si longtemps, et dans les ténèbres en plus, que tu ne perçois plus l'amour de Dieu dans ton âme. Tu ne reçois aucun sourire du doux visage de Dieu pour soulager ta souffrance, et (tu penses que) si tout était juste, et que tu étais un enfant sincère de Dieu, ton Père céleste ne te laisserait pas gémir, sans jamais sembler te regarder pour illuminer ta souffrance de sa douce présence ?

Quant au premier point (la durée de ta souffrance), je ne connais aucune norme que Dieu ait établie pour mesurer la longueur des croix de ses saints, et il ne nous appartient pas d'en établir une nous-mêmes. Nous agissons ainsi; lorsque nous limitons ses châtiments au temps, de sorte que s'ils dépassent la journée que nous avons inscrite dans nos pensées, qui sera vraisemblablement assez courte, si nos cœurs pressés le décident, alors nous décidons que nous sommes des hypocrites.

Quant au deuxième point, sache que Dieu peut, sans que son amour soit remis en question, le "cacher" temporairement. Et il peut très mal prendre que ses enfants le remettent en cause, eux qui ont la certitude de son amour pour eux, (outre la manifestation sensible de cet amour à leurs âmes), simplement parce qu'il ne vient pas les visiter et les prendre dans ses bras quand ils le désirent.

En un mot, il se peut que ton affliction prenne la forme d'une purification. Dieu souhaite peut-être ainsi extirper une corruption qui menace ta santé spirituelle et entrave ta progression dans la piété. Or, la manifestation (plus visible) de son amour, Dieu la réserve peut-être, comme les médecins réservent leurs remèdes, pour te la donner une fois la purification terminée. 

2. Faux prétexte. "Je crains d’être hypocrite", dit l’âme tentée, "sinon, comment expliquer autrement mes déclins et mes faiblesses ? Le propre des hommes droits est de progresser, mais moi, je régresse, de la force à la faiblesse." Certains chrétiens, semblables à ceux que l’on appelle dans le monde des personnes bienveillantes, s’ils subissent des pertes dans leurs affaires et que les choses ne se déroulent pas comme prévu, ils ne manquent jamais de le répéter. Ils parlent de leurs pertes à tout le monde ; mais lorsqu’ils font de bonnes affaires et que les gains affluent, ils les gardent pour eux, sans jamais s’en vanter. Si les chrétiens étaient sincères, ils diraient ce qu’ils gagnent autant que ce qu’ils perdent. Mais considérer comme acquis le déclin et y réagir aveuglément, c’est une erreur.

Réponse 1. J’admets qu’il est vrai que l’âme sincère se fortifie sans cesse, mais comment ? Tout comme l’arbre grandit et s’épanouit, ce qui, nous le savons, est suivi par la chute des feuilles et l’hiver, qui interrompt temporairement sa croissance. Ainsi, l’âme sincère peut être mise à l’épreuve par une tentation, comme Pierre, qui était loin de se fortifier lorsqu’il passa de la profession de foi au reniement du Christ, puis du reniement aux jurons et aux malédictions, s’il le connaissait. Pourtant, comme l’arbre, au printemps, revit et gagne en été plus qu’il ne perd en hiver, ainsi en est-il de l’âme sincère.

De même que nous le voyons en Pierre, dont la grâce, un temps tapie en lui, se manifesta avec une telle force, ébranlant les tentations, qu’aucune cruauté humaine ne put plus jamais la faire disparaître ; ainsi l’âme sincère finira-t-elle toujours par trouver la paix, selon la prière de l’apôtre : "Que le Dieu de toute grâce, après que vous aurez souffert un peu de temps, vous rende parfaits, vous affermisse, vous fortifie, vous rende inébranlables", 1 Pierre 5:10.

Réponse 2. Il y a une grande différence entre la déchéance d'une âme sincère et celle d'un hypocrite. L'hypocrite décline par aversion intérieure pour les voies de Dieu. C'est pourquoi on les appelle "infidèles de cœur" (Proverbes 14:14). Tant que ses désirs servaient ses convoitises et contribuaient à l'acquisition de ses intérêts terrestres, il affichait un zèle apparent ; mais dès que l'argument est écarté, il commence à se relâcher peu à peu, jusqu'à devenir indifférent, voire aussi dégoûté de sa profession qu'Ammon l'était de Tamar. Quand l'hypocrite commence à chuter, sa chute est rapide. Tel une pierre dévalant la colline, il ne connaît d'autre fondement que le fond. Parle maintenant librement, pauvre âme.

Oses-tu dire qu'il existe une aversion intérieure pour les voies de Dieu en toi ? Peut-être ne pries-tu plus avec la même ferveur qu'auparavant ; mais est-ce parce que tu n'aimes plus ce devoir comme avant ? Tu n'entends plus la parole avec la même joie ; mais ne l'entends-tu pas pour autant avec plus de tristesse ? En un mot, ne peux-tu pas dire avec l'épouse, quand tu dors, que ton "cœur veille" (Cantique des Cantiques 5:2) ; c'est-à-dire que tu n'es pas satisfait de ton état actuel de déclin, mais que tu souhaites de tout cœur en sortir, comme celui qui a un grand désir de se lever et d'être à son travail; son cœur est éveillé, mais qui est incapable pour l'instant de se débarrasser de ce sommeil qui le retient. Si oui, cela te disculpera de toute hypocrisie.

3. Faux prétexte. "Je crains", dit la pauvre âme, "d'être hypocrite, car mon cœur est partagé. Je ne peux trouver aucun moment d'intimité avec Dieu dans l'accomplissement de mon devoir, car quelque vile convoitise s'insinue dans mes pensées lorsque je prie, que j'écoute la Parole ou que je médite. Tantôt je m'élève sous l'effet d'une pensée flatteuse, tantôt je retombe à terre sous l'effet d'une pensée mondaine. Que de pensées entre nous ! Je n'ai guère de répit auprès d'une telle compagnie. Et de tels parasites ne prolifèrent-ils nulle part ailleurs que dans le fumier d'un cœur faux et hypocrite ?"

Réponse 3. Malheur au plus grand des saints si la simple émergence de telles pensées, ou pire encore, révélait un cœur malade ! Prends garde de ne pas conclure de ton état à leur seule présence en toi, mais à la manière dont ton cœur les perçoit. Réponds donc à ces quelques questions, et peut-être discerneras-tu ta sincérité à travers le brouillard qu'elles ont semé dans ton âme.

1. Quel accueil leur réserves-tu, lorsqu'elles se présentent à toi ? Ces pensées sont-elles des invités que tu attendais et pour lesquels tu avais préparé ta chambre ? Es-tu allé à leur rencontre comme prévu, ou bien se sont-elles introduites sans ménagement chez toi et t’ont-elles emmené de force, comme le Christ l’avait prédit pour Pierre, là où tu ne voulais pas aller ? Si tel est le cas, pourquoi remettre en question ta sincérité ?

Ignores-tu que le diable est un intrus audacieux, qui ose venir là où il sait que personne ne l’invitera à s’asseoir ? Et cette âme seule, il peut l'appeler sa propre demeure, où il trouve le repos (Luc 11, 24). Imaginez que, dans votre famille, alors que vous vous agenouillez pour prier, une bande de tapageurs se tienne sous votre fenêtre et, pendant toute votre prière, ils hurlent et crient. Cela ne manquerait pas de vous perturber. Mais, à cause de ce trouble, douteriez-vous de votre sincérité dans votre devoir ? En vérité, qu'il s'agisse du trouble dans la pièce ou dans le cœur, cela revient au même : l'âme n'apprécie ni l'un ni l'autre.

2. Te contentes-tu de cette compagnie, ou uses-tu de tous les moyens pour t'en débarrasser au plus vite ? La sincérité ne peut rester passive face à de tels agissements ; mais, tel un serviteur fidèle lorsque des voleurs s'introduisent chez son maître, même impuissant face à leur force et leur nombre, il enverra secrètement chercher de l'aide et soulèvera la ville contre eux. La prière est le messager de l'âme sincère. Elle s'élève au ciel sans tarder, se considérant comme Jonas au plus profond des enfers tant qu'elle est hantée par de telles pensées, et aussi heureuse que Lot lorsque Abraham le libéra des rois qui l'avaient emmené prisonnier. 

Objection. Mais peut-être diras-tu, bien que tu n'oses nier que ta prière soit envoyée au ciel contre elles, tu n'entends aucune nouvelle de ta prière, mais tu continues d'être importuné par eux comme auparavant, ce qui accroît ta crainte que ton cœur soit vain, sinon ta prière aurait été exaucée et tu aurais été délivré de ces captifs. 

Réponse. Paul aurait tout aussi bien pu dire la même chose lorsqu'il a supplié le Seigneur à trois reprises, mais qu'il ne lui a pas retiré l'écharde dans sa chair (2 Corinthiens 12:8). Dieu ne te montre pas ainsi que tu es un hypocrite, mais te donne l'occasion de prouver ta sincérité (un peu comme lorsqu'il a agi envers les Israélites, devant lesquels il n'a pas, comme ils s'y attendaient, chassé les nations à la hâte, mais les a laissées comme des épines dans leurs flancs). Et pourquoi ? Écoute la raison de la bouche même de Dieu : "Afin que, par eux, je puisse éprouver Israël, pour voir s'ils garderont la voie de l'Éternel, en y marchant comme leurs pères l'ont gardée" (Juges 2:22).

Ainsi Dieu laisse ces corruptions en toi, pour éprouver si tu finiras par y succomber et t'y associer, ou si tu maintiendras le combat contre elles et continueras à prier contre elles ; par cette persévérance, tu prouveras ta droiture. Un cœur infidèle n'agira jamais ainsi. Celui qui ne désire pas sincèrement ce qu'il demande est vite exaucé. L'hypocrite, lorsqu'il prie contre sa corruption, agit selon sa conscience, non selon sa volonté ; tout comme un serviteur qui n'apprécie guère le message que son maître lui confie, mais n'ose le contrarier, et se rend donc chez celui où il est envoyé, frappant à peine à la porte, redoutant d'être entendu. 

Tout ce qu'il fait, c'est pour pouvoir raconter une belle histoire à son maître, en disant qu'il était là. Ainsi prie l'hypocrite, uniquement pour faire taire sa conscience, prétendant avoir prié contre sa convoitise. Il est heureux quand c'est fini, même s'il reste contaminé, la chose étant inachevée. Observe donc le comportement de ton cœur dans la prière, et juge-toi sincère ou non par cela, et non par le succès immédiat obtenu par ta prière. Dieu peut bien prendre que tu lui demandes ce qu'il juge actuellement préférable de refuser plutôt que d'accorder. Tu voudrais que toutes tes corruptions soient terrassées d'un seul coup et que ton cœur soit disposé à accomplir l'œuvre de ton Dieu, sans aucun obstacle ni influence néfaste, ni intérieure ni extérieure ; ne le voudrais-tu pas ? 

Dieu approuve grandement ton zèle, comme il approuvait celui de David, qui désirait Lui construire un temple. Mais, de même qu'il jugea indigne que la maison fût érigée du temps de David (la réservant au règne paisible de Salomon), il ne juge pas non plus que ta requête soit exaucée en cette vie, ayant réservé cette immunité comme une disposition particulière de la charte de la cité céleste, dont seuls jouissent les saints glorifiés qui y résident.

Il nous a certes enseigné à prier : "Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel" ; mais nous devons nous attendre à la pleine réponse lorsque nous serons là-haut. Apprends donc, pauvre âme, à accepter ce refus comme David l'a fait. Puisque Dieu ne lui permit pas de construire Sa maison de son vivant, il ne mit pas en doute l'amour et la faveur de Dieu, ni ne cessa de préparer les matériaux nécessaires, mais fit tout ce qui lui était possible de faire, même s'il ne put faire tout ce qu'il désirait lui-même.

Loin de toi aussi, de perdre confiance en Dieu pour cela, ou de renoncer à tes efforts pour Lui, en mortifiant tes corruptions et en enrichissant le trésor de ses grâces que tu possèdes actuellement. Bien qu'imparfaites et encore brutes, il s'en servira dans l'édifice céleste qu'il te destine, où tous les fragments brisés de nos faibles grâces seront, pour ainsi dire, perfectionnés par la puissance et la sagesse de Dieu, pour former une structure glorieuse d'une sainteté parfaite, plus digne d'admiration aux anges du ciel, pour sa construction exceptionnelle, que ne l'était le temple de Salomon sur terre aux yeux des hommes dans toute sa splendeur. 

4. Faux prétexte. "Oh, mais", dit l’âme tentée, "il m’arrive d’avoir des remords intérieurs, de la part de ma propre conscience, qui me rappellent que j’ai accompli ce devoir hypocritement, et que, dans cet acte, une grande duplicité de cœur s’est révélée. Et si mon cœur me condamne, comment pourrait-il en être autrement, sinon que je serais forcément hypocrite ?"

Réponse 4. Je vais tenter d'éclaircir ce point en établissant deux distinctions et en les appliquant au cas présent. (1) Il faut distinguer entre une conscience qui, dans son jugement, se fonde sur une règle juste, et une conscience qui, dans son jugement, se fonde sur une règle fausse. (2) Il faut distinguer entre une conscience qui suit une règle juste et qui est correctement informée sur la manière de l'appliquer, et une conscience qui juge selon une règle juste, mais qui n'est pas correctement informée sur la manière de l'appliquer.

En ce qui concerne le premier point: Il nous faut distinguer entre la conscience qui, dans son jugement, suit une règle juste, et la conscience qui suit une règle fausse. La conscience suit une règle juste lorsqu'elle fonde son jugement sur la Parole de Dieu, car, n'étant qu'un subalterne, elle est tenue de respecter une loi. Et cette loi ne peut être autre que celle que Dieu lui a prescrite, lui qui lui donne mandat et la met en fonction. Et cette loi, c'est la Parole de Dieu, et elle seule.

Ainsi, nous devons faire confiance à notre conscience lorsqu'elle nous commande ou nous interdit, nous condamne ou nous acquitte, et ce, uniquement lorsqu'elle peut justifier ses décisions par la Parole de Dieu. Autrement, de même que les sujets lésés par un tribunal inférieur et qui n'y obtiennent pas justice peuvent faire appel à une instance supérieure, nous pouvons et devons, par notre conscience, nous tourner vers la Parole de Dieu. 

Et sachez que la conscience est une faculté aussi corruptible que toute autre par nature, et que Satan s'en sert très souvent pour tromper les bons comme les méchants, les pieux comme les impies. Nombreux sont ceux qui prétendent aujourd'hui que leur conscience leur apporte la paix, mais qui se révéleront dupés et trompés lorsque les livres seront ouverts. On ne trouvera alors dans la Parole aucune trace de ce que leur conscience leur aura donné. Et nombre d'âmes vertueuses, qui ont passé leurs jours dans la crainte constante de leur état spirituel, enchaînées dans le sombre cachot d'une conscience tourmentée, seront alors acquittées et pourront intenter une action contre Satan pour séquestration et pour avoir abusé de leur conscience au point de troubler leur paix. 

Et maintenant, ô pauvre âme, toi qui dis que ta conscience te soupçonne d'hypocrisie, es-tu toi-même un hypocrite convaincu par la parole même de ta conscience ? Te révèle-t-elle un passage de la loi du Christ qui le prouve ? Ou bien, Satan n'abuse-t-il pas de ta propre crainte, jouant sur la tendresse de ton esprit, si profondément imprégné par le sentiment de tes péchés, que tu es prêt à croire le moindre mouvement en toi qui te révèle un mal quelconque ? J'en suis certain, c'est souvent le cas. Les craintes et les appréhensions que certaines âmes malheureuses éprouvent en elles sont semblables aux rumeurs, parfois propagées, de grandes nouvelles par ceux qui ont l'intention de nuire au pays. On en entendra parler et murmurer partout, mais si l'on remonte à la source, on ne trouvera aucun fondement, ni personne digne de confiance pour le confirmer. 

Ainsi, ici : un murmure court dans le cœur du chrétien tenté, une voix qui semble lui chuchoter sans cesse à l'oreille : "Je suis un hypocrite, mon cœur est sans valeur ; je ne fais que dissimuler." Mais lorsque le malheureux, sincèrement, entreprend de découvrir la vérité, lorsqu'il appelle son âme à la barre et l'interroge à l'aide des questions que la Parole pose pour éprouver notre sincérité, il ne peut se défaire de cette accusation et finit par découvrir qu'il ne s'agit que d'une fausse alerte à l'enfer, lancée pour le troubler et l'effrayer momentanément, sans pour autant lui nuire à long terme.

C’est comme le mensonge du politicien qui, même s’il est finalement démasqué, lui rend un certain service tant qu’on le croit vrai. De même qu’une question sérieuse, posée avec sérieux à un hypocrite notoire, peut le réduire au silence, à savoir : "Quelle promesse de salut as-tu dans toute la Bible pour toi ?" Il suffit de délivrer l’âme troublée de sa crainte d’être hypocrite, si elle veut bien, comme David, demander à son âme, à la lumière des Écritures, la raison de ses inquiétudes : "Pourquoi es-tu abattue, mon âme, et pourquoi gémis-tu au-dedans de moi ?" L’âme sincère a, au fond, un fondement solide pour sa foi, même si Satan y jette un peu de terre pour l’empêcher d’oser y poser le pied. 

Mais nous devons aussi faire la distinction suivante, (et cela nous mène au deuxième point) : Il faut distinguer entre une conscience bien informée et une conscience mal informée. Une conscience peut être régulière, au point de choisir la bonne règle, mais mal informée quant à la manière de l'appliquer à son cas particulier. En effet, dans le trouble spirituel du saint, la conscience est parfois remplie d'Écritures sur lesquelles elle fonde son verdict, mais très mal interprétées : "Ô !" dit la pauvre âme, "ce lieu est contre moi !" (Heureux l'homme à qui l'Éternel n'impute pas l'iniquité, et dans l'esprit duquel il n'y a point de ruse, Ps. 32, 2). "Voici", dit-il, "la description d'une âme sincère, d'une âme dans l'esprit de laquelle il n'y a point de ruse".

Mais je trouve beaucoup de ruse en moi. C’est pourquoi je ne suis pas sincère. » Or, il s’agit là d’une conclusion très faible, voire erronée. Par un esprit sans ruse, on n’entend pas une personne totalement exempte de tromperie et d’hypocrisie. Une telle personne n’a jamais été trouvée, depuis la chute, que le Christ lui-même, marchant dans la chair mortelle. Être sans péché et être sans ruse, au sens strict, sont synonymes ; une prérogative terrestre propre au Seigneur Christ, « qui ne commit point de péché, et dans la bouche duquel il ne se trouva point de ruse » (1 Pierre 2:22). 

C’est pourquoi, lorsque nous rencontrons la même expression attribuée aux saints, comme à Lévi : "On ne trouva point d’iniquité sur ses lèvres" (Malachie 2,6), et à Nathanaël : "Voici un véritable Israélite, en qui il ne se trouve point de ruse" (Jean 1,47), nous devons la comprendre d’une manière moins nuancée, qui convienne à leur condition imparfaite ici-bas, et ne pas imposer au chrétien faible et militant sur terre; non seulement le diable l’entourant, mais aussi le péché l’habitant, ce qui n’était que la couronne du Christ sur terre et la robe glorifiée du saint au ciel, ce sont ces choses qui le caractérisent.  

Essuie encore tes yeux, pauvre âme, et alors, si tu lis ces passages où l'Esprit de Dieu parle avec tant d'éloquence et d'hyperbole de la grâce de ses saints, tu constateras qu'il n'affirme pas la perfection de leur grâce comme étant exempte de tout mélange de péché, mais plutôt, pour consoler les pauvres âmes abattues et émouvoir leurs cœurs sceptiques, qui, face à l'hypocrisie, sont prêts à considérer leur sincérité comme nulle. Il exprime la haute estime qu'il porte à leur grâce modeste en parlant d'elle comme si elle était parfaite, et de leur hypocrisie comme étant inexistante.

Ô chrétien, ton Dieu veut que tu saches que tu ne dois pas négliger ta faible grâce par crainte de l'hypocrisie qui s'y mêle, pas plus qu'il ne néglige tes grandes corruptions, car il porte un amour profond à la petite, mais véritable grâce qu'il discerne au milieu d'elles. Abraham aimait et prenait sous son aile son cousin Lot, alors prisonnier et emmené par ces rois païens. De même, ton Dieu aime et reconnaît ta grâce, si proche de lui par le sang, même lorsqu'elle est cruellement asservie par l'ennemi en ton sein ; et, pour ta consolation, sache que lorsque le livre sera ouvert, la parole aussi, et le jugement de ta conscience également, au grand jour du Christ.

Le Christ sera l'interprète des deux. Ce n'est pas le sens que tu as dans le trouble de ton âme, lorsque tu lis les deux avec la glose de Satan, qui prévaudra, mais ce que le Christ dira. Et assurément, il s'est déjà déclaré si grand ami de la grâce faible, lorsqu'il était sur terre, par sa conversation aimante avec ses disciples et le témoignage libre qu'il a donné de sa grâce en eux (alors que Dieu sait qu'ils n'étaient que des chrétiens novices et faibles, tant dans leur connaissance que dans leur pratique) que, pauvre âme, tu n'as pas à craindre qu'il condamne alors ce qu'il a ici loué et si tendrement embrassé. Oui, celui qui a pris le plus grand soin de ses petits agneaux, de la façon dont ils devaient être traités avec douceur, lorsqu'il devait les quitter pour le ciel, ne sera pas cruel envers eux à son retour, je te le garantis. 

 

dimanche 30 août 2026

Dieu confond les sages

 

"Joseph vit avec déplaisir que son père posait sa main droite sur la tête d'Ephraïm; il saisit la main de son père, pour la détourner de dessus la tête d'Ephraïm, et la diriger sur celle de Manassé" (Genèse 48:17).

"Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes" (1 Corinthiens 1:27).

À l'époque, la coutume était de bénir le premier-né. C'est pourquoi Joseph dira au verset 18: "Pas ainsi, mon père, car celui-ci est le premier-né; pose ta main droite sur sa tête". Mais cet exemple nous montre une fois de plus que Dieu ne pense pas comme nous. Souvenons-nous lorsque le prophète Samuel eut à oindre un nouveau roi pour remplacer Saül. L'épisode en est presque comique, lorsqu'Isaï fit passer ses sept fils devant Samuel, mais aucun n'était le choix de Dieu. 

Mais Dieu dit une chose intéressante au verset 16 de 1 Samuel: "Lorsqu'ils entrèrent, il se dit, en voyant Eliab: Certainement, l'oint de l'Éternel est ici devant lui. Et l'Éternel dit à Samuel: Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l'ai rejeté. L'Éternel ne considère pas ce que l'homme considère; l'homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l'Éternel regarde au coeur".

La grâce de Dieu est source de salut pour tous (Tite 2:11), mais malheureusement, ce ne sont pas tous qui l'acceptent. Et lorsque nous marchons à Sa suite, notre Seigneur ne nous accorde pas tous les mêmes dons et les mêmes grâces. Nous n'avons à jalouser qui que ce soit pour leurs grâces, Dieu ne se trompe pas lorsqu'Il accorde à l'un et à l'autre, selon Son bon vouloir. C'est pourquoi Israël répondit à Joseph, au verset 19: "Je le sais, mon fils, je le sais; lui aussi deviendra un peuple, lui aussi sera grand; mais son frère cadet sera plus grand que lui, et sa postérité deviendra une multitude de nations".

C'est une image de notre deuxième verset d'introduction; Dieu choisi souvent les choses qui semblent folles aux yeux des sages de ce monde afin de les confondre. Plus nous semblons faibles et fous, plus la grâce et la gloire de Dieu peut rayonner en nous et à travers nous. Lorsque nous sommes suffisants et fiers, lorsque le nom le plus grand dans notre vie est celui que nous portons, lorsque le nom que nous défendons le plus est le nôtre plutôt que celui de Jésus-Christ, alors nous sommes dans le pétrin spirituellement, et il est peu probable que nous soyons utilisés par Dieu pour quoi que ce soit, hormis que, pour d'autres, nous servions un jour d'exemple de tout ce qu'il ne faut pas faire.

Bien sûr, Dieu utilise les hommes de toutes le classes de la société, riches ou pauvres, éduqués ou illettrés, mais le plus souvent, nous l'avons vu dans l'Histoire, ce sont de simples hommes qu'Il a utiliser pour porter l'Évangile au pus grand nombre, comme les disciples, comme Pierre, qui ne savait même pas écrire (1 Pierre 5:12), mais, poursuit-il, "je vous atteste que la grâce de Dieu à laquelle vous êtes attachés est la véritable". 

Est-ce surprenant qu'il en soit ainsi? Qu'est-il dit de Jésus en Esaïe 53? Les hommes ne l'ont point connu, ni reçu, parce que le Seigneur s'est élevé "comme une faible plante, sans beauté, ni éclat", n'ayant rien dans son aspect pour nous plaire. Et il est dit de Lui au verset 3: "Méprisé et abandonné des hommes", et pourtant, au verset 4, "ce sont nos souffrances qu'il a portées, c'est de nos douleurs qu'il s'est chargé". 

Dieu a utilisé le Christ pour nous sauver, Lui qui n'avait rien pour attirer les acclamations d'un monde déchu, mais qui avait grandement, et qui a toujours grandement besoin d'un Sauveur. Il n'est donc pas surprenant qu'Il utilise encore de nos jours ceux qui, selon les "experts" de ce monde, manquent "d'estime de soi". Il est vrai que cela ne nous est d'aucune utilité de nous déprécier sans raison, mais comprenons que notre vraie valeur nous est donnée par le Christ en nous; le reste est appelé à disparaître, car, nous sommes poussière, et nous retournerons à la poussière (Genèse 3:19). 

Au temps de Jésus, il a plu à Dieu d'utiliser ceux qui n'avaient aucune raison de se glorifier eux-mêmes, et il en est de même aujourd'hui. C'est ainsi qu'Il humilie les "grands" de ce monde, ceux qui ne considèrent pas les voies de Dieu comme étant dignes d'être suivies. 

Trop souvent, les chrétiens marchent selon les apparences, ils se contentent d'un voile religieux pour couvrir leur manque de piété, et quand quelqu'un marchant véritablement avec le Seigneur remarque leur hypocrisie, plutôt que de se repentir et de changer de voie, ils ajoutent un voile, disant: "Seul Dieu me juge". Et ils ont raison, ils se placent sous Son jugement, mais il ne sera pas celui espéré. Dieu n'a rien à faire de l'image que nous tentons de projeter aux autres. Attention donc de ne pas prétendre seulement marcher avec Christ, tout en ne considérant pas attentivement Ses voies. Dieu ne regarde pas aux apparences, mais Il regarde le coeur de chacun. Nous ferions bien de ne pas l'oublier.

Après avoir vu les sept fils d'Isaï, et ayant su que l'Éternel ne choisit aucun d'eux, Samuel demanda: "Sont-ce là tous tes fils?" Et Isaï répondit: "Il reste encore le plus jeune, mais il fait paître les brebis" (1 Samuel 16:11). Les bergers étaient mal vus, ils étaient considérés comme des moins que rien, et on le voit clairement dans cette famille, où le père, jusqu'à ce que Samuel lui pose la question, ne daigna même pas parler de David. Pourtant, c'est lui que Dieu avait choisit. 

Cette idée que les bergers étaient de mauvaises personnes persista même jusqu'au temps de Jésus. Et n'est-il pas intéressant que le Christ, le "fils de David", se soit Lui-même désigné comme étant le "Bon Berger" (Jean 10:14)? Trop souvent, en lisant ce passage, nous mettons l'accent que sur les brebis, c'est à dire, sur nous. "Oh, comme c'est bon de savoir que le Bon Berger veille sur moi". C'est vrai, c'est bien, c'est encourageant, mais nous manquons une partie du message si nous nous arrêtons là.

Car, en y réfléchissant, n'est-il pas intéressant de constater que le Christ se soit appelé Lui-même du nom de ceux qui étaient parmi les plus rejetés des hommes de son époque? Quelle audace avons-nous alors, lorsque nous défendons avec hargne notre propre nom plutôt que le Sien, sachant que Lui, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, s'est appelé lui-même du nom de ceux qui était parmi les plus moqués et les plus rejetés de Son époque!

Cela devrait nous amener à réfléchir sur notre marche chrétienne. Quelles sont nos priorités? Qui est à la première place dans notre vie? Dans notre attitude, dans nos propos, quel nom élevons-nous, le nôtre ou celui de notre Seigneur et Maître? Suis-je parmi les choses folles du monde, ou suis-je constamment en train d'essayer de me hisser parmi celles qui sont considérées comme sages par ce monde? Attention qu'il ne soit pas dit de nous : "Ne prends point garde à son apparence, car je l'ai rejeté". Encore une fois, c'est très important, Dieu n'a rien à faire de l'apparence de notre piété, Il voit notre cœur, rien ne Lui est caché. 

Qu'il soit dit de nous que, lorsque nous nous battons pour quelque chose, nous le faisons sur nos genoux, courbés dans la poussière du sol, et non pas avec la tête haute comme si nous étions un souverain défendant sa propre bannière. Les temps sont courts, plus que jamais, il faut marcher dans l'humilité, car Dieu résiste aux orgueilleux, mais Il fait grâce aux humbles (Jacques 4:6).

"Les corps des animaux, dont le sang est porté dans le sanctuaire par le souverain sacrificateur pour le péché, sont brûlés hors du camp. C'est pour cela que Jésus aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. Sortons donc pour aller à lui, hors du camp, en portant son opprobre. Car nous n'avons point ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir" (Hébreux 13:11-14).

"Cherchez l'Eternel, vous tous, humbles du pays, qui pratiquez ses ordonnances ! Recherchez la justice, recherchez l'humilité! Peut-être serez-vous épargnés au jour de la colère de l'Eternel" (Sophonie 2:3). Que toute la gloire soit rendue à Dieu seul, Amen.



dimanche 9 août 2026

Le chrétien en armure complète, par William Gurnall, 59e partie

 

Second argument ou application.

Exhortation à tous de veiller, qu'ils soient sincères ou non.

Utilisation seconde. La sincérité couvre-t-elle toutes les faiblesses d'un saint ? Cela montre combien il convient à chacun d'examiner sa conduite et de sonder son cœur, qu'il soit sincère ou hypocrite.

Premier argument. Il te faut sonder ton cœur, car tout en dépend; même ta valeur dans l’autre monde. C’est ce qui te fera réussir ou échouer à jamais : "Fais du bien, ô Éternel… à ceux qui sont droits de cœur ; quant à ceux qui se détournent vers les voies tortueuses, l’Éternel les conduira avec les artisans d’iniquité" (Psaume 125, 4-5).

Telle est la fin certaine de l’hypocrite. Il voudrait alors se faire passer pour un saint et se mêler aux justes, mais Dieu "les conduira avec les artisans d’iniquité", une compagnie qui lui sied mieux. C’est la sincérité qui triomphera en ce jour-là. "Je viendrai bientôt vers vous", dit Paul, "et je reconnaîtrai non pas les paroles de ceux qui sont orgueilleux, mais la puissance ; car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance. Que voulez-vous ? Que je vienne à vous avec une verge ou avec amour ?" (1 Corinthiens 4:19).

Ô mes amis ! Ce n'est pas Paul, mais le Christ qui viendra bientôt à nous. Il ne reconnaîtra pas les paroles et les flatteries de ceux qui se vantent d'une vaine profession de foi, mais il connaîtra la force, il sondera le cœur et verra ce qu'il contient. Maintenant, souhaitez-vous qu'il vienne avec une verge, ou avec amour; pour vous juger comme des hypocrites, ou pour vous accorder la faveur d'un serviteur fidèle ? Ne perd-il pas son temps, celui qui se donne tant de mal à son commerce et qui investit tout son capital dans une marchandise qui, lorsqu'il ouvrira son étal, sera saisie pour contrefaçon, et qu'il sera arrêté pour avoir exploité le pays ?

Tout ce que l'hypocrite a fait sera, au grand jour du Christ, trouvé contrefait, et il sera certainement jeté en enfer pour avoir cherché à tromper Dieu et les hommes. Les œuvres de chacun seront alors manifestées, ce jour-là le révélera. Même le chrétien sincère qui a flirté avec l'hypocrisie perdra le fruit de son œuvre, mais l'hypocrite, avec son œuvre, perdra aussi son âme. 

Deuxième argument. Il te convient donc d'examiner attentivement ta conduite, car l'hypocrisie se cache souvent au fond du cœur. Si tu n'y prends garde, tu risques facilement de porter un jugement erroné sur toi-même. Ceux qui furent envoyés fouiller la cave du Parlement ne trouvèrent d'abord que du charbon et des provisions pour l'hiver ; mais, après vérification, lorsqu'ils voulurent jeter ces provisions, ils découvrirent qu'il ne s'agissait que de nourriture pour le diable ; alors le mystère de l'iniquité fut dévoilé et les barils de poudre apparurent.

Ceux qui furent envoyés fouiller la cave du Parlement ne trouvèrent d'abord que du charbon et des provisions pour l'hiver ; mais, après examen, lorsqu'ils sont venus jeter ces choses, ils ont constaté que tout cela n'était que de la nourriture pour la cuisine du diable ; alors le mystère de l'iniquité fut dévoilé, et les barils de poudre apparurent. 

Combien sont ceux qui, après avoir accompli certains devoirs de piété, affiché un zèle apparent, s'écrient aussitôt "tout va bien" et se croient si bienveillants envers eux-mêmes qu'ils se déclarent bons chrétiens, alors que s'ils prenaient la peine de rejeter cette croyance, ils découvriraient un vil hypocrite au fond de tout cela ? L'hypocrisie s'installe souvent juste à côté de la sincérité, et passe ainsi inaperçue; l'âme ne soupçonnant pas que l'enfer puisse être si proche du ciel. Et comme l'hypocrisie, la sincérité est difficile à déceler. Cette grâce se niche souvent au fond du cœur, cachée par des faiblesses, telle la violette odorante dans une vallée, ou près d'un ruisseau, dissimulée par les épines et les orties. Il faut donc à la fois soin et sagesse pour ne pas laisser prospérer l'hypocrisie ni pour arracher l'herbe de la grâce à sa place.

Troisième argument. Il te convient de sonder ainsi ton cœur, car cet exercice est possible. Je ne te confie pas une tâche impossible. Le cœur de l'homme, je l'avoue, est comme un écheveau de soie emmêlé, difficile à démêler ; pourtant, en utilisant fidèlement les moyens mis à disposition, on peut démêler le problème et le résoudre au fond du problème, entre sincérité et hypocrisie. Job, lorsque Satan et ses cruels alliés s'efforçaient de le briser et d'obscurcir le cours de sa vie, en y jetant leurs objections comme autant de pierres, pouvait pourtant distinguer ce joyau précieux qui scintillait au fond. De même, Ézéchias, au bord même de la tombe, retrouve la force de son esprit grâce à lui. 

En vérité, mes amis, voici un encouragement pour l'âme : elle ne manquera pas de l'aide de Dieu dans cette recherche, si elle l'entreprend avec des désirs sincères. Un juge ne se contentera pas de donner un mandat pour perquisitionner une maison suspecte, mais, si nécessaire, il ordonnera à d'autres de l'assister dans cette tâche. Or, mes ministres, que l'Esprit vous accompagne dans cette œuvre ; prenez seulement garde de ne pas vous moquer de Dieu. 

Cette âme mérite d'être damnée à ce péché, elle qui, dans sa quête d'hypocrisie, joue l'hypocrite, tel un agent de police malhonnête et malhonnête qui, volontairement, ignore celui qu'il recherche, puis prétend ne pas le trouver. Pour une compréhension plus complète de ce point, et pour vous aider dans cette épreuve, voici ce sur quoi se trompent aussi bien les bons que les méchants : le misérable charnel se flattant d'avoir un cœur bon et honnête ; l'âme sincère, maintenue dans la crainte d'être considérée comme hypocrite ; et Satan abusant de l'un comme de l'autre.

Je vais donc, premièrement, exposer les fondements sur lesquels l'hypocrite consolide sa maison pourrie, et j'en démontrerai la fausseté. Deuxièmement, j'exposerai les fondements de la crainte du chrétien faible d'être considéré comme hypocrite, et j'en démontrerai la faiblesse. Troisièmement, je présenterai des preuves tangibles de sincérité qu'aucun hypocrite n'a jamais atteintes ni ne pourra jamais atteindre.

Les fondements de la profession d'hypocrite et leurs mensonges.

Premièrement. Je vais exposer les fondements sur lesquels un hypocrite consolide sa maison pourrie et j'en démontrerai la fausseté. L'hypocrite se défendra en affirmant que son cœur est sincère. Mais comment le prouvera-t-il ? 

Première fausse justification. L'hypocrite dira : "Certainement, je ne suis pas hypocrite, car je ne pourrais pas le supporter chez autrui." 

Réponse. Cela ne suffit pas à te disculper de toute hypocrisie, à moins que tu ne puisses prouver que tu agis ainsi en toute sainteté. Jéhu, qui interrogea Jonadab sur la droiture de son cœur, nourrissait lui-même un cœur faux. Il est fréquent qu'un homme dénonce chez autrui ce qu'il possède pourtant en lui-même, et s'y oppose avec véhémence. Quelle sévérité chez Juda envers Tamar ! Il ordonne, dans la hâte, de la brûler (Genèse 38:24).

Qui n'aurait pas cru cet homme chaste ? Et pourtant, c'était lui même qui l'avait souillée. Il peut se trouver une grande tromperie dans ce "zèle". Parfois, le lieu même où se trouve un homme peut l'entraîner (comme la cause première du mouvement entraîne les astres) dans un mouvement auquel son intelligence et ses désirs ne l'auraient jamais conduit. Ainsi, nombre de magistrats appliquent la loi aux ivrognes et aux jurons, simplement pour maintenir l'ordre et éviter le tumulte que susciterait leur négligence, alors qu'ils peuvent très bien eux-mêmes faire les deux, lorsqu'ils trouvent un lieu et une compagnie convenables.

Certains, face au péché d'autrui, enflamment leur "zèle" face à la honte que cela leur attire aux yeux du monde, mais celui-ci s'éteint lorsque le péché est public et que la personne qui l'a commis est impliquée. Tel est le cas de Juda, qui souhaitait que sa belle-fille soit éliminée afin que la tache qu'elle avait jetée sur sa famille disparaisse avec elle.

D'autres encore y voient un moyen de subsistance et profitent de l'invective contre les fautes d'autrui pour mieux dissimuler les leurs et poursuivre leurs propres desseins sans éveiller les soupçons. Absalom critique le gouvernement de son père, comme un étrier pour s'aider à monter en selle. Jéhu aimait la couronne plus qu'il ne haïssait les débauches de Jézabel, malgré ses protestations véhémentes.

En un mot, car il est impossible de tout englober, la vengeance peut y jouer un rôle important, et c'est la personne qui est visée plus que son péché. On a observé cela du zèle d'Antoine contre Auguste; on disait "qu'il haïssait le tyran, mais aimait suffisamment la tyrannie". 

Deuxième fausse justification. Il dit: "Je suis hardi et intrépide face au danger ; assurément, je ne suis pas hypocrite." Mais c’est le juste qui est hardi comme un lion.

Réponse. Il est préférable, assurément, de mettre ta hardiesse à l’épreuve par ta sincérité, plutôt que de conclure à ta sincérité par ta hardiesse. 

La véritable confiance et un esprit inébranlable face à la mort et au danger sont des choses glorieuses, lorsque l'Esprit et la Parole du Christ sont là pour les garantir que la créature peut rendre compte de l'espérance qui est en elle, comme Paul, qui montre comment il l'a acquise. C'est cela le courage chrétien, non le courage romain (Romains 5:1-4). On traverse bien des pièces avant d'arriver à celle-ci, qui nous conduit directement au ciel. La foi est la clé qui ouvre tout.

Tout d'abord, elle ouvre la porte de la justification et nous fait entrer dans un état de paix et de réconciliation avec Dieu par Jésus-Christ : "Étant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ" (Romains 5.1). Par là, nous passons à une autre pièce; le parvis de la faveur divine, et sommes admis près de Lui, comme un traître pardonné : "par qui nous avons aussi accès à cette grâce dans laquelle nous demeurons" (verset 2).

Autrement dit, non seulement nos péchés sont pardonnés et nous sommes réconciliés avec Dieu par la foi en Christ, mais, sous son aile, nous sommes pour ainsi dire conduits à sa cour et nous nous tenons, dans sa grâce, comme des élus devant leur prince. 

Cette pièce s'ouvre sur une troisième, et "réjouissez-vous dans l'espérance de la gloire". Non seulement nous jouissons ici-bas de la grâce et de la faveur de Dieu et de la communion avec Lui, mais nous avons aussi, de là, une espérance fermement enracinée dans nos cœurs pour la gloire céleste à venir. Il est maintenant conduit dans la pièce la plus intérieure de toutes, à laquelle nul ne peut accéder sans avoir traversé toutes les précédentes (verset 3) : "Et non seulement cela, mais nous nous glorifions aussi dans nos tribulations."

Si tu n'es pas entré par ces portes, tu es un voleur et un brigand ; tu acquiers ta confiance trop vite pour que Dieu te la donne. Si Dieu te veut du bien pour l'éternité, il te punira pour ton audace, comme il le fit pour Jacob qui avait volé la bénédiction de son père. Ne te contente donc pas d'une audace et d'une confiance aveugles face aux dangers, mais demande-toi si elles reposent sur un fondement biblique, ou si elles ne sont pas soutenues par l'ignorance et la stupidité. Si tel est le cas, ton sort est bien triste. 

Ton audace ne durera pas plus longtemps que tu ne la vois chez l'ivrogne ; celui qui, sous l'effet du vin, se croit, dit-on, capable de sauter par-dessus la lune, et s'aventure sans crainte sur les précipices et les pièges, mais, une fois sobre, tremble à la vue de ce qu'il a fait dans son accès d'ivresse. Nabal, qui ne craignait rien lorsqu'il était ivre, vit son cœur mourir en lui et devenir de pierre, au récit qu'Abigaïl lui fit au matin, une fois le vin passé (1 Samuel 25:37). 

C’est pourquoi, comme celui qui, lorsque sa cause a échoué à cause de la somnolence du juge siégeant, "a fait appel du juge endormi au juge éveillé", je fais de même ici avec vous, car malgré la stupidité actuelle de votre conscience, vous êtes hardis et sans crainte de la mort, et c’est de là que vous plaidez votre droiture. Je m'adresse à votre conscience endormie, à la sentence qu'elle prononcera lorsqu'elle sera éveillée ; je souhaite que ce soit en ce monde, afin que vous puissiez reconnaître votre erreur et la corriger.

3. Troisième fausse justification. "Certainement, dit un autre, je ne suis pas hypocrite, car j'accomplis mes devoirs religieux en secret. L'hypocrite n'est personne, sauf sur scène. C'est là le signe distinctif de l'hypocrite : il recherche les applaudissements du monde et, par conséquent, agit toujours en public."

Réponse. Bien que la négligence totale des devoirs religieux secrets soit un signe d'hypocrisie, l'accomplissement de ces devoirs en secret ne prouve pas la sincérité. L'hypocrisie est en cela comparable aux grenouilles qui envahissaient l'Égypte. Nul n'en était exempt, pas même les chambres à coucher. Elles s'étaient infiltrées jusque dans les recoins les plus intimes. Il en va de même de l'hypocrisie dans les devoirs accomplis en secret, comme dans les devoirs publics. Certes, même si le lieu où ces devoirs sont accomplis est secret, certains hypocrites s'y prennent de telle sorte qu'ils ne restent pas discrets dans leur secret ; à l'image de la poule qui se retire dans un endroit secret pour pondre son œuf, mais dont le caquètement révèle à toute la maison sa présence et ses activités. 

Mais là où ce n'est pas le cas, ce n'est pas suffisant ; car il ne faut pas croire que certains hypocrites ne parviennent pas à tisser des mensonges plus subtils que d'autres. Dans tous les arts, certains surpassent d'autres, et il en va de même dans cet art de l'hypocrisie. Le grossier hypocrite dont le but est de tromper autrui, sa religion est généralement sans fondement ; mais il existe un hypocrite qui s'efforce de se ménager une juste place et qui désire ardemment se présenter comme étant juste.

Pour ce faire, il ira jusqu'au bout de sa chaîne et fera tout ce qui ne pourra le séparer de ses désirs les plus chers. Or, la prière secrète et les autres devoirs peuvent être accomplis de telle sorte qu'ils ne nuisent pas davantage aux désirs d'un homme que n'importe quel autre. 

Ce n'est pas l'épée, aussi tranchante soit-elle, qui tue, mais la force avec laquelle elle est portée. Certes, il existe des devoirs secrets, comme l'examen de notre cœur, la mise à l'épreuve de notre conduite et la méditation sérieuse des menaces de la Parole contre les péchés que nous trouvons en nous, qui, appliqués scrupuleusement à nous-mêmes, rendraient le péché difficile à accepter. Mais l'hypocrite peut si facilement et si favorablement brandir cette épée que ses convoitises ne s'en offusquent pas ; il faut donc encore un examen approfondi, une recherche plus poussée, avant de pouvoir s'en défaire. 

4. Quatrième fausse justification. "Je ne suis pas hypocrite, car non seulement je prie, et cela en secret contre mes péchés, mais je les combats aussi, et ce, avec succès, car je peux vous montrer les fruits de mes victoires, car j'en ai vaincu certains. Il fut un temps où je ne pouvais m'approcher de la taverne sans que ma luxure ne m'y oblige et m'y attire ; mais maintenant, grâce à Dieu, je maîtrise si bien mes désirs alcooliques que je peux passer devant sans même regarder".

Réponse. Tout cela est bien, et je souhaiterais que tous les ivrognes puissent en dire autant, que, si le magistrat ne veut pas, ou ne peut pas, mettre fin à ce commerce d'ivrognes, ceux qui tiennent ces boutiques pour le diable devraient même fermer leurs portes faute de clients ; mais n'est-ce pas dommage que ce qui est bien soit gâché dans sa réalisation ? C'est pourtant trop courant, et c'est peut-être ton cas. 

Permettez-moi de vous demander, depuis combien de temps cela dure-t-il pour vous ? Les désirs, quant à leurs actes, sont comme la fièvre : la crise n'est pas permanente, et pourtant l'homme n'en est pas guéri. Et les désirs de certains hommes, comme certaines fièvres, ne reviennent pas aussi vite que ceux d'autres. Le fleuve ne coule pas toujours dans le même sens. Tantôt il monte, tantôt il descend ; et, bien qu'il ne monte pas lorsqu'il descend, il n'en perd pas pour autant son autre mouvement. 

La vague de la luxure monte, puis descend aussitôt, et l'homme recule et semble s'enfuir ; mais elle revient sur lui. Qui l'aurait cru en revoyant Pharaon dans sa folie, lui qui était de bonne humeur lorsqu'il ordonna à Moïse et au peuple de partir ? Hélas ! l'homme ne changea pas. Ainsi, peut-être que, lorsqu'une occasion importante se présentera, telle une brise d'est soufflant sur certains de nos ports, elle amènera la vague de ta convoitise avec une telle force que ton âme, qui semblait aussi pure de ta convoitise que le sable nu est d'eau, sera en quelques instants submergée et aussi profondément engloutie sous ses flots qu'auparavant. Mais plus longtemps les berges auront résisté, mieux ce sera ; cependant, si tu ne t'enivrais plus jamais de la satisfaction extérieure de la convoitise, cela ne suffirait-il pas à te disculper de toute hypocrisie ? 

Alors, permettez-moi de vous demander quel était le motif principal de vous éloigner de la taverne ? Ce qui vous en éloigne maintenant est peut-être aussi mauvais, d'une certaine manière, que ce qui vous y attirait auparavant. Il est courant qu'un désir ne fasse que nuire à autrui. Celui qui devrait économiser son argent pour s'offrir de plus beaux vêtements, que fait-il sinon voler un désir pour le sacrifier à un autre ? Est-ce Dieu ou un homme, Dieu ou votre bourse, Dieu ou votre orgueil, Dieu ou votre réputation, qui vous en a chassé ? Si quelqu'un d'autre que Dieu a prévalu en vous, le nom d'hypocrite vous sied mieux maintenant que lorsque vous étiez à la taverne!

Encore une fois, si c'est de Dieu, quelle conception de Dieu avaient ceux qui ont fait cela ? Certains, la colère divine pour un péché particulier les a tellement ébranlés que, comme celui qui, effrayé par une apparition, ne supporte plus d'y rester, ils n'osent plus, du moins pour longtemps, se prêter à cette pratique. Et si l'un n'a d'aversion que la pièce et l'apparition, l'autre ne fuit pas le péché, mais la colère divine qui le hante. En un mot, tu as peut-être abandonné cette pratique pécheresse, mais l'as-tu haïe et aimé Dieu, au point de la laisser de côté ? Tu es devenu étranger à l'un ; n'as-tu pas, pour l'autre, appris à connaître la pièce où elle se trouvait ? 

Tu as abandonné la commission du mal, mais as-tu assumé ton devoir ? C'est un mauvais laboureur qui laboure sa terre et n'y sème ni ne la plante. C'est comme si elle avait été sous l'eau, épuisée et non cultivée. Et si tu cessais de faire le mal, si cela était possible, et que tu apprenais à ne plus te contenter de faire le bien ? Ce ne sont pas tes champs, exempts de mauvaises herbes et fertiles en blé, qui te permettent de payer ton loyer et d'engranger tes profits ; ni le fait de ne pas être ivre, impur ou coupable d'aucun autre péché, mais ta sainteté, ta grâce, ta foi sincère, ton amour pur et toutes les autres grâces qui te prouveront ton intégrité et témoigneront de ta place en Christ, et par lui, dans les cieux.