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dimanche 29 mars 2026

Deux brigands sur la croix, par Richard Andrejewski

 

Trois croix sont dressées sur une colline de Jérusalem. Trois hommes endurent le supplice réservé aux pires malfaiteurs. Deux de ces hommes ont mérité leur condamnation. Celui qui est au milieu n'a rien fait de mal. C'est Jésus de Nazareth. Et pourtant, c'est pour le péché que ce troisième doit mourir. Non pas pour ses propres péchés, car il n'en a pas commis, mais pour les péchés du monde; même pour les péchés de ces deux larrons crucifiés avec Lui. 

Il convenait que Jésus fût crucifié avec des malfaiteurs, puisque, sur cette croix, il prend la place de tous les malfaiteurs, c'est à dire, de tous les hommes. Car la Bible affirme que tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. Le salaire du péché, c'est la mort, et ici, au Calvaire, Jésus se charge de nos péchés. Il souffre la mort pour tous. Le prophète Esaïe avait annoncé: "Ce sont nos souffrances qu'Il porte, ce sont nos douleurs dont Il s'est chargé, Il est blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités, le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur Lui, et c'est par Ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie, et l'Éternel a fait retomber sur Lui l'iniquité de nous tous. Il s'est livré Lui-même à la mort, Il a été mit au nombre des malfaiteurs, Il a porté les péchés de beaucoup d'hommes, Il a intercédé pour les coupables".

Mais les deux brigands, sont-ils conscients de cela? Connaissent-ils Celui qui est crucifié avec eux?  Savent-ils que cet homme qui meurt avec eux est le Prince de la vie? Au-dessus de Sa tête, on peut lire l'inscription suivante: "Celui-ci est le roi des Juifs". Se rendent-ils compte de ce que Jésus peut leur ouvrir les portes du royaume Céleste? Les évangélistes Matthieu et Marc nous rapportent que les deux brigands, au début, l'insultaient et le raillaient avec autant de méchanceté que les passants, les prêtres, les scribes et les anciens.  

Mais Luc nous dit que, tandis que l'un des malfaiteurs continuait à l'injurier; "n'est-il pas le Christ, sauve-toi toi-même, et sauve-nous", l'autre le repris fermement en disant: "Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subit ce qu'ont mérités nos crimes? Mais celui-ci n'a rien fait de mal". Puis, se tournant vers Jésus, il lui dit: "Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne". 

Dans l'exemple de ces deux brigands, nous retrouvons les différents effets que produit la croix de Jésus. Lorsque, dans la prédication de l'Évangile, elle est présentée aux hommes. Tous, comme eux, sont des malfaiteurs. Ils sont tous coupables devant Dieu. Mais tandis qu'aux uns, la croix est une occasion de s'enfoncer plus profondément encore dans le mal, elle est pour les autres comme une bouée providentielle au milieu du naufrage. "La croix est une folie pour ceux qui périssent", écrit l'apôtre Paul, mais pour ceux qui sont sauvés, elle est une puissance de Dieu".

En effet, le premier de ces brigands s'endurcit jusqu'au bout. Bien qu'il soit en proie à une douleur extrême, dans la vallée même de la mort, son esprit orgueilleux ne s'humilie pas. Le Christ ne lui inspire que mépris et répulsion. Et pourtant, Jésus l'aime. Il donne Sa vie pour lui aussi, mais l'autre refuse cette rançon. Un cœur incrédule et impénitent ne peut recevoir la grâce qui lui est offerte. Cet homme s'enfonce dans l'éternité sans Dieu, sans Christ, sans espérance. 

L'autre brigand ressent au contraire une grande émotion devant Jésus de Nazareth, son compagnon de souffrance. Il pressent la grandeur et la puissance de l'innocente victime; un merveilleux changement se produit en lui. Un remord l'envahit, profond, à cause de ses crimes. Il entrevoit une lueur d'espoir en considérant ce Roi des Juifs qu'il vient de railler, et qui, tout à l'heure, implorait encore le pardon de Dieu sur Ses propres bourreaux. 

"Je te le dis, en vérité, aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis". Ces paroles incroyables sont un monument à la miséricorde divine. Tout homme, fût il le pire des pécheurs, peut bénéficier du pardon total de Dieu, pourvu qu'il se repente. Le cas de ce brigand ne doit cependant pas inciter certains hommes à remettre leur repentir jusqu'au dernier moment, afin de "profiter" de l'existence au maximum. Car bien qu'un vrai repentir n'arrive jamais trop tard, un repentir volontairement retardé est rarement sincère. Il y a là une sorte de préméditation aussi sordide que stupide.   

En outre, qui peut être sûr d'avoir l'occasion de se repentir tout à son aise s'il remet à plus tard ce changement de cœur? Il est intéressant de considérer les différentes étapes par lesquelles est passé le brigand repentant. D'abord, il reprend son compère, en lui disant: "Ne crains tu pas Dieu?" Voilà, au fond, l'une des causes du péché. L'homme n'a pas respecté la justice de Dieu, ni Sa vérité, ni Ses commandements. "La crainte de Dieu n'est pas devant leurs yeux", dira l'apôtre Paul dans sa lettre aux Romains. 

Cet homme qui a vécu toute sa vie dans le tourbillon de ses passions désordonnées, est maintenant frappé par sa conscience et par la présence du Christ. Il dit en somme à l'autre: "Je crains Dieu; je n'ose plus agir en insensé". 

Ensuite, il avoue qu'il mérite son châtiment. Ceux qui sont réellement repentants reconnaissent la justice de Dieu lorsqu'il inflige un châtiment à cause du péché. Enfin, le brigand met toute sa confiance en Christ. Il n'ose même pas l'implorer, tant son salut lui paraît impossible. Il dit seulement: "Souviens Toi de moi quand tu viendras dans Ton règne". Ces paroles sont surprenantes, par la foi lumineuse qu'elles expriment. Jésus est Lui-même aux portes de la mort, tous l'ont abandonné, Son Père céleste semble Lui-même s'être détourné de Lui, et pourtant, l'homme croit en Lui. Il ne pense même pas à son pauvre corps, à sa pauvre vie; il pense à son âme. Il entrevoit une vie meilleure, inaugurée par Jésus, et il veut participer à cette vie.

"Souviens Toi de moi, quand Tu viendras dans Ton règne". 

dimanche 4 février 2024

J'attirerai tous à moi, par Richard Andrzejewski

 

Le chapitre 12 selon Jean renferme le dernier discours public de Christ, après lequel il se retira définitivement de la vie publique. Le texte nous dit que, malgré tant de miracles qu’Il avait fait en leur présence, ils ne croyaient pas en Lui.

Dans ce discours, Jésus prononcera une prophétie à la portée immense : "Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerais tous les hommes à moi". Ses paroles résonnent à travers 19 siècles d’histoire chrétienne, mais au moment où Jésus les prononça qui aurait supposé qu’elle se réaliserait pleinement, et de quelle manière? C’est ce que nous allons voir dans le courant de cette étude.

Les juifs avaient été fascinés par la personnalité de Jésus de Nazareth. Ils n’en restaient pas moins incrédules quant à ses déclarations et à ses affirmations. Après tout, ils se trouvaient en présence d’un homme sans instruction ou presque, issu d’un vague village de Galilée, Il ne possédait rien, Il n’avait aucun pouvoir politique, Il était entouré d’hommes plutôt insignifiants, quoique droits et sincères.

Parmi ceux qui le critiquaient habituellement et qui avaient entendu cette nouvelle déclaration solennelle que nous venons de citer, combien ne l’on pas jugé prétentieux, présomptueux et insensé? Peu de temps auparavant ne leur avait-il pas dit : « Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverais »? Indignés et suffoqués par tant d’insolence ils lui dirent : « Comment peux-tu dire qu’il serait relevé en trois jours, alors qu’il a fallu quarante-six ans pour le construire? », car ils n’avaient pas compris qu’Il parlait du temple de son corps. Ne l’avait-on pas aussi entendu déclarer : « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en Moi vivra, quand même il serait mort » et « quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais »? Et voici, qu’à présent Il a une autre sortie, non moins étonnante mais ils devaient bien l’avouer, assez impressionnante. « Quand j’aurais été élevé de la terre, j’attirerais tous les hommes à moi. » 

Avec Lui, Ils allaient de surprise en surprise.

Un peu plus tôt dans ce même évangile Jésus avait déjà parlé de Son élévation dans le troisième chapitre : « Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé afin que quiconque croit en Lui ait la vie éternelle. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle ».

Jésus fait ici allusion à l’incident qui nous est rapporté dans le livre des Nombres au chapitre 21 : « Dieu envoie contre les Israélites des serpents à la morsure venimeuse, à cause de l’ingratitude du péché de ce peuple. C’est alors qu’au milieu des clameurs de désespoir, des cris d’agonie et de terreur, Moïse forge un serpent de bronze et l’élève sur un poteau ». « Tous ceux qui porteront les regards vers lui seront sauvés ».

« Afin que quiconque croit en Lui ne périsse point mais qu’il ait la vie éternelle », avait dit Jésus. Par cette déclaration Il révèle que les hommes sont dans un état de perdition. Sans Christ le monde périt, il s’enlise dans le péché et l’indifférence.

Nous avons tous été témoins du spectacle navrant d’une jeunesse qui se détruit et se dégrade par des excès de toutes sortes, dans la débauche et la corruption. Nous en éprouvons à la fois répulsion et pitié. Mais il y a aussi ceux qui périssent très respectablement, très confortablement. Ils sont plus nombreux encore que les débauchés.

L’homme peut très bien avoir réussi dans la vie, avoir atteint une position sociale honorable et s’entourer de confort, mais si cet homme n’a pas jeté un regard sur la croix, il a raté sa vie, il est vide de toutes valeurs, en un mot, il périt avec son argent, son confort et sa respectabilité. 

Il périt parce qu’il n’y a aucun sauveur dans sa vie, parce qu’il n’y a aucune communion, aucune respiration entre lui et son créateur. Il se suffit à lui-même, il n’a besoin de personne, aux yeux de Dieu il est déjà mort.

Tout comme le serpent que Moïse éleva était un moyen de salut pour tous ceux qui tournaient le regard vers lui, de même Jésus annonce qu’Il est la source de salut, la seule pour tous les hommes, par Sa mort sur la croix.

Moins d’une semaine après avoir annoncé cette prophétie, Jésus fut effectivement élevé au-dessus de la terre, sur une croix.

Les Évangiles nous rapportent cette scène très brièvement, mais néanmoins d’une manière très poignante. Luc nous fait assister au dernier moment : « Il était déjà environ la sixième heure et il y eu des ténèbres sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure. Le soleil s’obscurcit et le voile du temple se déchira par le milieu. Jésus s’écria d’une voix forte : « Père, je remets mon esprit entre Tes mains », et en disant ces paroles Il expira. Le centenier voyant ce qui était arrivé glorifia Dieu et dit : « Certainement, cet homme était juste », et tous ceux qui assistaient en foule à ce spectacle, après avoir vu ce qui était arrivé s’en retournèrent se frappant la poitrine. Tous ceux de la connaissance de Jésus et les femmes qui l’avaient accompagné depuis la Galilée se tenaient dans l’éloignement et regardaient ce qui se passait.

Cependant, il ne faut pas croire que Jésus n’a fait allusion qu’à son élévation sur la croix. Il a aussi été élevé de la tombe. La résurrection du Christ, fondement même du christianisme est attesté par plusieurs témoins.

Jésus est en effet apparu à Marie de Magdala, puis à d’autres femme qui étaient venues ce dimanche-là pour visiter le tombeau. Il apparut ensuite aux dix apôtres assemblés à Jérusalem le soir de ce même dimanche. Une semaine plus tard, c’est-à-dire le dimanche suivant, il apparait de nouveau aux apôtres parmi lesquels se trouvaient cette fois Thomas. Il est apparu à plus cinq cents frères à la fois, bref à tous ceux qui avaient été ces intimes durant son ministère, qui avaient été témoins de sa mort et qui maintenant le voyaient de nouveau vivant.

Plus tard, devant les tribunaux, on les entendra dire avec véhémence : « Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu », et ils iront presque tous à la mort au nom de celui qui est sorti victorieux de la mort.

Enfin, et c’est surtout cela que Jésus entrevoyait, il a été enlevé au ciel et élevé à la droite de Dieu, au-dessus de toutes dominations, de toutes autorités, de toutes puissances.

Paul dit que Dieu l’a donné comme chef suprême à l’église.

Cette prophétie dont nous étudions la portée est donc surtout l’annonce du règne d’un Messie glorifié, dont l’œuvre se poursuivra du haut de son élévation.

Les Juifs se représentaient que le Messie viendrait ici-bas pour prendre la place de David, Il serait le Roi, l’envahisseur romain serait chassé et Israël retrouverait sa gloire d’antan, sur une terre transformée en nouvel Eden.

Mais Jésus n’entend pas régner de cette manière. Son élévation sur la croix est le prélude à son élévation sur le trône céleste, dont la croix est le chemin. Avec sa mort sur la croix, sa résurrection et son ascension, Jésus étendra désormais son influence, sa domination et son activité au monde entier, de sorte qu’Il a pu dire : « Et moi, lorsque j’aurais été élevé de la terre, j’attirerais tous les hommes à moi ».

Dépassé, le nationalisme étroit des juifs, dépassé la prétention d’Israël à la faveur exclusive de Dieu.

Paul pourra écrire triomphalement : « Il n’y a plus ni Juifs, ni Grecs, il n’y a plus ni esclaves, ni libres, il n’y a plus ni hommes, ni femmes, car vous êtes tous un en Jésus-Christ. Quiconque croit en Lui ne sera point confus. Il n’y a aucune différence en effet entre le Juif et le Grec puisqu’ils ont tous un même Seigneur qui est riche pour tout ceux qui l’invoquent, car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ».

Avant de monter au ciel pour prendre place sur le trône de Son règne, Jésus va donner l’assaut au monde au moyen d’une puissance indestructible, Sa Parole. « Allez par tout le monde dit-il à ses disciples et prêchez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé mais celui qui ne croira pas sera condamné.

On ne peut pas venir à lui sans obéir à Sa Parole. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ». C’est le critère par excellence de la vie chrétienne et c’est ainsi que dès le commencement à travers l’histoire de l’église nous assistons à la conversion d’innombrables personnes qui viennent au Christ par le moyen de Sa Parole vivante et éternelle.

Lors de la première prédication de l’Évangile à Jérusalem, quelques semaines après l’ascension du Christ, nous assistons au baptême de trois milles personnes. Puis ce sera la conversion d’un centurion romain nommé Corneille, celle du ministre des finances de la reine d’Éthiopie, celle d’un gardien de prison en Macédoine, celle aussi d’un nommé Saul de Tarse, qui deviendra l’apôtre Paul. Tout ceux-là et des milliers d’autre à travers les siècles ont senti l’influence du Seigneur. Ils ont entendu Sa voix dans l’Évangile et ont répondu à Son invitation.

Par la foi, la repentance et le baptême en Son Nom ils sont devenus Ses disciples, c’est-à-dire de simples chrétiens. Ainsi s’accomplit cette merveilleuse promesse : « J’attirerais tous les hommes à moi ».

Lorsqu’on y réfléchit, comme tout cela parait paradoxal en comparaison avec nos notions de grandeur, de puissance et de gloire. Car voici un homme qui est né dans un village obscur, d’un pays insignifiant, Il mène une vie cachée pendant trente ans, trente années où Il ne sera que le fils du charpentier. Puis Il décide de prêcher en public et Il le fera pendant environ trois ans. Jamais Il n’a écrit de livres, Il n’a jamais tenu d’emploi officiel, Il n’a jamais possédé de maison, Il n’a jamais eu de foyer, jamais Il n’est allé à l’université, ni jamais fait de longs voyages à travers le monde. Lorsque la vague de l’opinion populaire se tourne contre Lui, Ses amis l’abandonnent, l’un d’eux le trahit. On le crucifie entre deux voleurs, ses bourreaux tirent au sort Sa tunique qui fut son seul bien., Après Sa mort, on l’enterre dans un sépulcre emprunté à un de ses amis.

Dix-neuf siècles sont révolus et aujourd’hui Jésus-Christ est le centre vital de la race humaine et à la tête du progrès humain. Il n’est certainement pas exagéré de dire que toutes les armées que le monde ait jamais connues, tous les parlements qui ont jamais siégés et tous les rois qui ont jamais régnés, tout cela ensemble n’ont pas influencé l’homme sur la terre et la marche de la civilisation en général, comme l’a fait cet humble charpentier de Nazareth.

Voulez-vous connaitre le secret de cette vie? C’est lui-même qui nous le livre, écoutez et ne l’oubliez jamais : « Je suis venu comme une lumière dans le monde afin que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. Celui qui croit en moi croit non pas en moi mais en Celui qui m’a envoyé. Car Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle ».

samedi 23 décembre 2017

Pas de place pour lui, par Richard Andrzejewski

Deux voyageurs, arrivent sur les hauteurs de la Judée, dans la ville de Bethléem. Ils viennent de Nazareth. C'est dire qu'ils ont parcouru près de cent kilomètres, ce qui représente trois à quatre journées de marches. Les derniers rayons du soleil illuminent la belle ville de David, assise comme une reine sur les sommets d'une colline. Un édit impérial ayant prescrit un recensement général de la population; chacun doit se faire inscrire à la cité où sa famille est originaire. C'est ce qui explique la présence de Marie et de Joseph à Bethléem, avec une foule d'autres Juifs qui, comme eux, cherchent un abri pour la nuit. Évidemment, les maisons regorgent de monde, ainsi que l’hôtellerie, et il n'y a plus de place. Alors on se hâte de trouver un abri, ne fut-ce qu'un abri de berger, dans les environs immédiats. Et c'est là que naîtra celui que l'ange avait annoncé à sa mère comme le Saint, le Fils de Dieu, le Sauveur de tout un peuple. 

Ce fait, le plus important de l'histoire, l'Évangile le raconte en deux mots sublimes de simplicité, comme s'il s'agissait du dernier des Bethléemites. Or, pendant qu'ils étaient là, le temps où elle devait enfanter se trouva révolu. Elle mit au monde son fils premier-né, l'enveloppa de lange, et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux à l'hôtellerie. Cette dernière phrase est sans doute la note la plus triste de tout ce passage; "parce qu'il n'y avait pas de place pour eux à l'hôtellerie". Il est évident que l'hôtelier était loin de supposer qu'il venait de refuser l'asile au Messie de son peuple, au Roi des rois. A ses yeux, c'était des gens comme les autres. Les premiers arrivés avaient été les premiers servis. En effet, tout cela présente l'aspect d'un incident tout à fait ordinaire, tout à fait banal. Mais ce qui est plus grave, c'est le fait que cet incident se reproduisit et se reproduit encore, et cette fois, en toute connaissance de cause. Car, cette hôtellerie de Bethléem est devenu le symbole de chaque cœur humain qui a jamais battu depuis cette nuit-là. Le cœur de l'homme abrite toutes sortes d'invités, qui s'y trouvent bien. Tellement bien, qu'ils se trouvent tout disposés à devenir des locataires permanents. Toutes les chambres sont occupées. Et lorsque frappe à la porte le seul qui pourrait enrichir vraiment l’hôtelier, il a la folie de dire qu'il n'y a plus de place. Alors au lieu de lui ouvrir la porte de sa maison, il l'envoie à l'étable. 

On peut dire que c'est là l'histoire tragique de Jésus de Nazareth, qui est allé et qui va encore de cœur en cœur, pour essayer de trouver une place. Nous ne voulons pas ici verser dans le sentimentalisme. Nous n'essayons que de présenter la vérité dans toute sa pitié en dénonçant la folie et l'égarement de l'homme qui s'attache au superflu et qui dédaigne l'essentiel. La prophétie d'Esaïe avait déjà annoncé ces hommes qui le méprisent, qui l'abandonnent, qui font de Lui un habitué à la souffrance. Car, on détourne de Lui le visage, car on le dédaigne, car on ne fait de Lui aucun cas. De même dans son évangile, l'apôtre Jean déclare que Jésus est venu comme la lumière du monde, mais le monde ne l'a point connu. Elle est venue chez les siens mais les siens ne l'ont point reçu. 

Depuis que le monde est monde, il n'y a jamais eu en lui la moindre place pour son Créateur, du moins, parmi les créatures intelligentes qui l'habitent. Telle est la lamentable vérité. Dieu est exclu du monde. Il est, en quelque sorte, comme un exilé. Les hommes l'ont d'abord exclu de ce qu'ils considèrent comme leur nourriture intellectuelle. Ils sont devenus des conquérants et des maîtres en ce monde. Ou du moins, ils veulent s'en donner l'impression. Ils veulent tout gouverner selon leurs propres lois, selon leur raisonnement et leur intelligence. Mais parlez leur de Dieu et de Ses lois, de la mort et du jugement, et ils vous répondent avec une ironie et un mépris très poli: "nous vous entendrons là-dessus une autre fois". Mais le jugement de Dieu est déjà prononcé contre cette attitude insensée qui a détrônée Dieu et intronisée la science de l'homme. L'apôtre Paul, l'un des plus grand esprit de son temps, a écrit: le langage de la croix est une folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous, il est une puissance de Dieu, car il est écrit: "Je détruirai, la sagesse des sages, et j'anéantirai l'intelligence des intelligents". Où est-il, le sage? Où est-il, l'homme cultivé? Où est-il, le raisonneur d'ici bas? Dieu n'a-t-il pas convaincu de folie la sagesse du monde? Chers amis, ce sont là des paroles graves, et saisissantes. Elles établissent une distinction entre les hommes par rapport à leur attitude à l'égard du Christ. Loin de mépriser le savoir, loin de condamner la poursuite du savoir, l'apôtre Paul dénonce plutôt l'égarement de ceux qui, par leur intelligence et leur science, se sont cru le droit de faire abstraction de Dieu. Selon les mots du psalmiste: "ils finiront par tomber dans la fosse qu'ils ont creusé". L'apôtre Paul dira, avec la flamme qui le caractérise, lorsqu'il aborde cette question : "Se vantant d'être sages, ils sont devenus fous". N'est-ce pas en pensant à cette intoxication intellectuelle que Jésus nous recommande de redevenir comme des petits enfants, pour avoir part au Royaume? 

Dieu est aussi exclu de ce que l'homme considère comme "ses besoins spirituels". La suffisance intellectuelle de l'homme a envahi et empoisonné jusqu'à son esprit, car là non plus, il n'y a plus de place pour Dieu. En réalité, on n'a plus besoin de Lui. On s'en sert comme un pilote se sert de son parachute; uniquement en cas d'urgence. Lorsque dans Sa parole, Dieu leur parle de péché, ils se demandent honnêtement et avec une certaine pointe de vexation, de quels péchés ils sont coupables. Car en réalité, ils ne se sentent coupables de rien. Ils ne se rendent pas compte que le Seigneur leur a remis une dette énorme, et ils se comportent comme si c'était Lui qui leur devait quelque chose. En l’occurrence: bénédictions, et salut. Les mots "pardon"; "rançon"; "grâce" et "réconciliation" ne font plus partie de leur vocabulaire spirituel. Ils n'ont plus de sens. Cependant, on Lui construit des cathédrales et des temples imposants. C'est là une expression de la piété des hommes, nous dit-on. "Voici la maison que nous t'avons construite, oh Jésus de Nazareth, Seigneur de gloire". Et si le cœur écoutait à ce moment-là, il entendrait la réponse du Seigneur: "Où dites-vous que je dois demeurer? Ne savez-vous pas que le Seigneur du ciel et de la terre n'habite point dans des temples faits de mains d'hommes? Ce que je veux, c'est ton cœur qui me demeure obstinément fermé". C'est ainsi que nous pouvons constater que Dieu est parfois exclu de la vie religieuse même. C'est la vie froide et vide des chrétiens du dimanche, pour qui la religion ne consiste qu'en rites et en cérémonies. 

Mais il y a plus grave encore. Lorsque les fondements mêmes de cette religion constituent une alliance contre-nature entre les traditions et les doctrines d'une part, et la parole de Dieu d'autre part. Le Christ a condamné cette anomalie de la manière la plus sévère. En outre, l'apôtre Jean n'a t-il pas écrit en toute clarté: "Celui qui va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine de Christ n'a point Dieu" Celui qui demeure dans cette doctrine a le Père et le Fils". Et où se trouve cette doctrine du Christ, sinon dans la Bible qu'on appelle à juste raison, les Écritures Saintes? 

Enfin, il faut le dire, Dieu est exclu de notre vie quotidienne. L'homme moderne est un homme pressé. Sa vie est déjà remplie d'une foule de préoccupation qui gravitent autour de sa propre personne. Il est souvent encombré par des inquiétudes. Il y a aussi ses moments et ses projets de joie qui occupent beaucoup de temps, beaucoup de place. Et le Seigneur est là, qui voudrait lui donner quelque chose, mais il a déjà les mains pleines. Lorsqu'il frappe à sa porte: "Excusez-moi, je n'ai pas le temps, il n'y a pas de place". Ou alors, la place est si petite, (car il faut bien donner l'impression qu'on est tant soit peu croyant) la place est si petite, qu'elle ressemble à un réduit. Le plus souvent, on dit: "Allez donc voir ailleurs". Mais dans tout cela, il est une chose qu'il ne faut jamais oublier: "Écoutez, voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix, et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui, avec moi". 

Ainsi, voilà l'image humiliée, aimante, suppliante de notre Seigneur devant la porte de notre cœur, qui mendie notre hospitalité. Et il trouve porte close. Alors il frappe. Il s'annonce souvent par de nombreuses bénédictions; celles aussi banales que la santé et le toit; le pain quotidien. Elles cessent cependant d'être banales lorsqu'elles viennent à manquer. C'est pourquoi sa manière de frapper à la porte est parfois un avertissement. Une épreuve. L'un des personnages de Michel de Saint-Pierre, le marquis de Maubrun, homme pétrit d'orgueil, vient de perdre un de ses fils préféré. Il a failli en perdre un autre dans un accident stupide. Et l'auteur fait dire au père ainsi ébranlé: "Dieu m'a frappé fort". Il avait entendu et compris l'avertissement de Dieu. D'aucun diront peut-être: Pourquoi l'Esprit de Dieu n'entre-il pas où il veut? N'est-il pas assez fort pour forcer tout barrage, pour réduire toute volonté, pour aplanir tout obstacle s'opposant à sa volonté? Oui, bien sûr. Mais dans ce cas, il serait l'indésirable; l'indésiré; le tyran qui impose sa loi. C'est pourquoi il préfère rester là jusqu'à ce que j'ouvre. Il préfère frapper jusqu'à ce que je l'entende. Il préfère me parler jusqu'à ce que je réponde et que je l'invite librement, affectueusement. 

Avant de présenter au public son célèbre tableau représentant le Christ frappant à une lourde porte, le peintre William Hunt le montra à son plus cher ami. Ce dernier examina d'un œil critique, et visiblement admiratif, tous les détails de l'oeuvre; la masse imposante et rébarbative de la porte; le tendre lière qui envahissait l'entrée... Soudain, il s'exclama: "Hunt, vous avez fait une erreur. Ici". "Laquelle", demanda l'artiste. "Vous avez peint cette porte sans poignée". "Ce n'est pas une erreur", dit gravement le peintre. "Cette porte là n'a pas de poignée à l'extérieur. Elle se trouve en dedans". 

L'âme qui enfin lui ouvre la porte, c'est celle qui est prête à suivre sa loi jusqu'au bout. Toute sa loi. Avec ses exigences parfois sévères. C'est celle qui aime la vérité et qui dit comme (le prophète) Samuel: "Parle, Seigneur, ton serviteur écoute". Alors le Seigneur trouve le seul temple dans lequel il se complaise. Une hôtellerie où il fait bon demeurer. N'a t'il pas dit lui-même avec une infinie tendresse: "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, nous viendrons à Lui, et nous ferons notre demeure chez lui".  

Par Richard Andrzejewski